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SIGNES GÉNÉRAUX

Anémie.— L'anémie est un symptôme RAGE du début évolutif clinique de la tuberculose.

C'est parfois une anémie légère, à type le plus souvent chlorotique, sur laquelle l’ochrodermie attire l’attention. Ces anémies ne sont guère dépistées que par l'examen hématologique, qui montre une bypoglobulie oscillant entre 3 et 4 millions ; l'hémoglobine est généralement diminuée, se maintenant entre 70 et 80 p. 100. Les leucocytes sont en quantité normale: il existé une légère polynucléose.

Cette anémie va souvent de pair avec l’amaigrissement; dans d’autres cas elle se voit au contraire chez des sujets bouffis, à pseudo-embonpoint, maigres de muscles, mais infiltrés, aspect désigné souvent fort improprement sous le nom d’anémie lymphatique. M. Labbé, Barbier et Ravry ont fait remarquer que cette anémie ne se manifeste pas toujours par les signes objectifs habituels de l’anémie sur la peau et sur les muqueuses, alors que

l'examen du sang donne la preuve d’une déglobulisation incontestable. Inver-.

sement, chez d’autres malades présentant des symptômes d’anémie les plus marqués, la numération montre un sang à peu près normal. Ces contradis-

tions résulleraient, pour Barbier, des variations du volume du sang qui diminue

ou augmente selon les variations de l’état général du malade et qui diluerait plus ou moins les globules rouges,

FA Ne

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Dans les anémies moyennes le chiffre des globules rouges varie entre 2 et 3 millions. Cette anémie se traduit par une päleur accentuée des téguments et une moindre décoloration des muqueuses, elle complète le plus souvent le tableau d’une forme fébrile ; il n’existe pas d’autres manifestations cliniques.

L'examen hématologique ne fournit guère d'autres renseignements que la diminution du nombre des globules. La valeur globulaire est généralement.plus grande que l'unité chez l'homme, souvent inférieure à un chez la femme (A. Cain). Les globules rouges ne sont pas modifiés; il existe une polynucléose plus ou moins marquée.

Les anémies graves sont rarement observées au début de la tuberculose, répondant toujours alors aux tuberculoses à évolution aiguë. Cliniquement, elles sont révélées par la pâleur extrême, la décolcration de la peau et des muqueuses, ce n'est que plus rarement que l'aspect cireux, blafard et œdémateux des téguments donne un aspect assez voisin de celui des anémiés pernicieuses.

Au point de vue hématologique, rien n’est plus variable que l'aspect du sang au cours de l’évolution tuberculeuse et il est impossible de décrire une formule univoque. D'ailleurs le seul examen hématologique ne donne pas la mesure exacte des anémies tuberculeuses ; ce n'est que rarement qu'il peut donner des indices sur la gravité et même sur le caractère pernicieux de l'anémie. Ces indices sont l’anisocytose, la polychromatophilie et, de façon exceptionuelle la présence d'hématies nucléées dans le sang.

La variation des globules blancs est également des plus variables, et tandis que certains auteurs signalent une hyperleucocytose, d’autres indiquent une hypoleucocytose, d’autres un état normal. Expérimentalement, Borrel, Achard et Loeper ont constaté successivement un polynucléose, puis une mononucléose, Lacapère a observé des faits analogues. D'après Ehrlich, les polynucléaires neutrophiles seraient augmentés en proportion de la gravité de la maladie. Les éosinophiles légèrement accrus au début diminueraient ensuile. Il n’y a pas de myélocytes. On ne peut tirer de conclusions que de plusieurs examens répétés. Le nombre des leucocytes paraît en rapport avec l'étendue de la suppuration pulmonaire (Brodin et Saint-Girons).

A la suite des travaux d’Arneth (1904), un grand nombre d'auteurs ont attaché une importance assez considérable à la constitution morphologique du noyau des globules blancs neutrophiles. Arneth a décrit cinq variétés, correspondant au nombre des lobes du noyau. Chez l’homme normal la figure serait telle que sur 100 neutrophiles on note 5 du premier groupe, 35 du second, 41 du troisième, 17 du quatrième, 2 du cinquième. Chez les tuberculeux la formule serait modifiée dans le sens de l'augmentation des leucocytes du groupe 1 au détriment des groupes 2, 3 et 4, d'autant plus qu'il s'agirait d'une forme plus grave.

D'autres auteurs, notamment Arloing et Gentz, Et. Brissaud, admettent également l'importance de la formule d'Arneth pour le pronostic de la tuberculose. Les Lravaux récents, notamment ceux de Bezançon et M. P. Weil (1)

(1) Bezawçox et M. P. Weiz, Études de la formule d’Arneth au cours de la tuberculose pulmonaire. Bull, de la Soc. d’études scientifiques de la tuberculose. Novembre 1912, p. 71.

M. LETULLE et P. HALBRON

n’ont pas confirmé cette façon de voir et il paraît bien que les modifications nucléaires des leucocytes polynucléaires neutrophiles soient trop variables, tant chez l'individu sain que chez le tuberculeux, pour que l’on puisse y attacher une signification diagnostique on pronostique. Arloing insiste cependant sur l'intérêt que présente chez un malade donné l'étude systématique, en série, de la formule d’Arneth. Elle permettrait d’être fixé dans chaque cas sur l'évolution de la maladie et l’action des agents thérapeutiques.

La pathogénie de l’anémie a suscité des discussions nombreuses. II paraît incontestable que, quand elle atteint un degré suffisant, elle s'accompagne de destruction globulaire qui a sa répercussion dans des modifications au-niveau de la rate et de la moelle ‘osseuse. L'anémie tuberculeuse est une anémie par hémolyse, provoquant secondairement l’activité médullaire. |

Le poison hémolytique du bacille de Koch a été mis en lumière par les expériences de Dufourt et Gaté (1); Camus et Pagniez (2) ont montré que l’éthéro-bacilline d’Auclair hémolysait les globules rouges.

À. Cain (3), a repris l'étude de cette question et a pu confirmer les expériences des précédents auteurs, mais il n'a pu déceler une modification de la résistance globulaire ou la présence d’hémolysines dans le sérum des tuberculeux anémiques, ni mettre en évidence un poison hémolytique spécial des extraits d'organe (rate, moelle osseuse, ganglions).

Au cours de la tuberculose, l’anémie dépend de l’activité érythrophagique de la rate, ou, à son défaut, de la moelle osseuse. Le mécanisme par lequel

l'infection tuberculeuse provoque cette réaction reste encore à déterminer.

Tension artérielle. — Les variations de la tension artérielle constituent également un symptôme important de la poussée iniliale tuberculeuse.

Dès 1891, Marfan (4), attirait l’attention sur l’abaissement de la tension artérielle chez les tuberculeux et il en faisait un symptôme important de la maladie. Cette constatation était confirmée par Potain, Boschi, Emerson. La tension maxima chez les tuberculeux pulmonaires, dans la forme caséeuse commune de la maladie, est en moyenne d'environ 13,7 à l'appareil de Pachon, 11 à 12 à celui de Vaquez-Laubry.

Les recherches de Marfan, de Léon Bernarä ont montré qu'il était intéressant de suivre chez le tuberculeux les variations de la tension artérielle : elle s’abaisse lors des poussées, pour se relever au moment des rémissions. Marfan montrait, en outre, que les crachements de sang accompagnés de tension normale ou élevée ne sont pas d’un pronostic grave et on connaît

(U Durourr et GaTÉ, Poison hémolytique des bacilles acido-résistants. Journal de physiologie et de pathologie générale, 1912, n° 3, p. 554. |

(2) 3. Camus et Pa. PaAGwiez, Action destruclive de l’éthéro-bacilline sur les globules rouges. Action empèchante du sérum humain. C. R. Soc. biologie, 1° novembre 1901.

(3) A. Cain, L’anémie des tuberculeux, Thèse Paris, 1914.

(4) Marraw, De l’abaissement de la tension artérielle dans la phtisie pulmonaire. C. R, Soc. biologie, 10 mars 1891, p. 345. — La tension artérielle dans la tuberculose pulmonaire chronique et son importance pour le pronostic. Revue de médecine, 10 novembre 1907.

SYMPTOMES DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE. Fasc. XII. — 91

bien maintenant les hémoptysies à répétition des formes fibreuses avec hypertension.

Aussi, la tension a-t-elle une valeur pronostique considérable, les tensions moyennes et basses s’observant dans la tuberculose caséeuse chronique, le pronostic étant d'autant plus fâcheux que la tension est plus basse; les tensions normales ou légèrement faibles (13 à 14) se rencontrant dans les formes frustes, latentes ou non évolutives. Les tensions normales.ou fortes sont constantes dans les formes fibreuses bronchitiques ou emphysémateuses (20, 22), de même que les tensions basses sont constantes dans les tuberculoses aiguës. Chez les tuberculeux atteints de néphrite, la tension est le plus souvent basse. Car il s'agit généralement de néphrite hydropigène. Chez les rares tuberculeux atteints de néphrite urémigène la tension est élevée.

Dans une série de mémoires récents Marfan (1) et ses élèves Dorlencourt et Vannieuwenhuyse (2) ont repris l'étude de cette question en utilisant la méthode de Riva-Rocci (tensiomètre de Vaquez-Laubry). Ils ont pu confirmer leurs observations antérieures. La tension artérielle systolique ou maxima est le plus souvent abaissée, cet abaissement étant d'autant plus marqué que la maladie est plus sérieuse et augmentant à mesure qu'elle s'aggrave. Chez les tuberculeux dont la tension artérielle maxima est normale ou même surélevée, l’évolution de la tuberculose est, le plus souvent, favorable. Quant à la tension minima ou diastolique, elle demeure le plus souvent normale et ne s’abaisse qu’à la période ultime. Sa mesure à moins d'intérêt que celle de la tension maxima.

Dyspepsie. — Parmi les symptômes de la tuberculose pulmonaire au début, les symptômes gastriques sont des plus importants, d'autant que l'existence de troubles dyspeptiques dans une maladie comme la tuberculose où l'alimentation est à la base du traitement, constitue une éventualité très fâcheuse.

Souvent ces symptômes sont très précoces; chez certains malades, les nausées, la perte de l’appétit, la sensation de gonflement après les repas, les vomissements parfois peuvent être les premiers signes d’une tuberculose au début.

L'anorexie des tuberculeux a fait l’objet de nombreuses recherches; parfois en rapport avec la dyspepsie et l’hypofonctionnement nervo-moteur de l'estomac, elle est très souvent d'ordre névropathique, s’améliorant par la psychothérapie.

Puis au bout d'un certain temps apparaissent, après le repas, des malaises, de la pesanteur épigastrique, du ballonnement, accompagnés parfois de signes de stase gastrique avec fermentations incomplètes ou anormales, éructations, sensation de flot.

Les douleurs gastriques sont plus rares : elles irradient vers l'épaule d’après Jacob. L'examen physique révèle parfois une sensibilité ou une dou-

(1) Manran et J. VaNNIEUWENHUYSE, La tension artérielle dans la tuberculose. Annales de médecine, t. VII, n° 1, 1920, p. 16. - (2) VanNIEUWENHUYSE, Thèse de Paris, 1920.

M. LETULLE ét P. HALBRON.

leur à l'épigastre. Le chimisme gastrique donne des résultats inconstants : hyperchlorhydrie pour Hayem, hypochlorhydrie pour Marfan et Du Pasquier. Ces troubles paraissent liés essentiellement à l'hypofonctionnement gastrique. D'autres sont sous la dépendance d’une irritation du nerf pneumogastrique, aboutissant à la toux émétisante, Sur laquelle nous reviendrons.

Enfin, signalons, chez certaines femmes, des vomissements répélés, qui, coïncidant souvent avec l’'aménorrhée, peuvent'faire croire à un début de

grossesse.

En tout cas, cette dyspepsie est toujours un Re dont il faudra : se

préoccuper, soit qu'elle soit le premier trouble qui alarme le malade et qui

le décide à consulter, soit qu'elle survienne chez un tuberculeux connu et constitue alors un obstacle à la diététique convenable, | Marfan (1) distingue une dyspepsie commune des phtisiques avec appétit diminué, inégal, capricieux, s’affaiblissant progressivement jusqu’à la mort. Après le repas, le phtisique présente des malaises : sensation de tension épigastrique, parfois crampes d'estomac, éructations fétides et acides. Rarement survient une régurgitation d’une minime quantité de chyme, avec sensation de brûlure. La toux émétisante est fréquente. Les matières vomies sont presque toujours des aliments digérés. La langue est humide, malgré la constipation qui parfois alterne avec une diarrhée fréquente. Dans ces cas,

Marfan, Hayem (2) et Winter trouvent un chimisme gastrique répondant à. une hypopepsie avec hypochlorhydrie. Affaiblissement de la motricité gas-

trique et diminution du pouvoir digestif seraient le substratum dé la dyspepsie vulgaire des phtisiques. |

Dans d’autres cas, on voit survenir des troubles différents, caractérisés par une gastralgie plus tardive avec hyperchlorhydrie correspondant à ce que Bourdon avait appelé dyspepsie prétuberculeuse. Ce syndrome, en effet, est fréquemment précoce, disparaissant d’ailleurs quand la tuberculose évolue. Enfin Marfan décrit la gastrite terminale des phtisiques avec langue rouge vif, dépouillée, muguët fréquent, anorexie absolue, diarrhée persistante. Il existe souvent une douleur de la région épigastrique, des éructations fétides, l'estomac paraît dilaté. L'hypopepsie est marquée. se

Les désordres intestinaux sont plus rares à cette période. Depuis qu’on a renoncé à la suralimentation intempestive et excessive, on ne voit plus qu'exceplionnellement les entérites des suralimentés, avec selles fétides noirâtres. Souvent, il s'agit de diarrhée nervo-motrice avec congestion, survenant brus-

quement et transiloirement ; le plus fréquemment, les malades ont de la.

diarrhée par hypo-fonctionnement intestinal et surtout pancréatico-hépatique. Loeper a bien étudié ces différentes variétés de troubles intestinaux.

Symptômes nerveux. — Souvent, ce sont des phénomènes nerveux qui paraissent les premiers symptômes de la maladie, Ces symptômes sont essentiellement variables et diffèrent selon le caractère du malade.

Le plus habituellement, il s’agit de symptômes désignés sous le nom de

(1) Marranx, Troubles et lésions gastriques dans la phtisie pulmonaire. Thèse Paris, 1887. (2) Hayxem, Gastropathies et phtisie pulmonaire. Congrès de la tuberculose, 1893, p. 424

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neurasthénie tuberculeuse : on trouve une fatigabilité exagérée dans le domaine psychique, un manque de continuité de l'effort volontaire. Les malades sont impressionnables, irritables. Souvent, la faiblesse de la volonté conduit à un manque de maîtrise de soi et on peut voir les malades devenir susceptibles, pusillanimes, originaux ou misanthropes. Il leur devient difficile, par suite, d'observer strictement le traitement, d'autant que le malade instable passe rapidement d'un optimisme exagéré à un sombre pessimisme.

Troubles génitaux. — Les troubles des fonctions génitales sont très fréquents au cours des poussées évolutives tuberculeuses. :

Chez l'homme, en l'absence de toute lésion de l'appareil génital (épididymotesticulaire ou prostato-vésiculaire), ils consistent fréquemment en simple fatigue et frigidité progressive. Dans d’autres cas, plus rares, mais qui ont frappé plus vivement l'esprit des médecins et du public, il y a une phase d'hyper-activité génitale, qui serait d'ailleurs plus fréquemment observée chez la femme. Ces faits sont surtout constatés dans la clientèle aisée des sanatoria. C'est dans ce milieu que les auteurs ont pu édifier leurs observations « d'embrasés », de phtisiques coïtant encore quelques heures avant leur mort (Simmonds, Cornet). Dans la très grosse majorité des cas, comme l'avaient établi Laënnec, Louis, Grisolle, il y a forte diminution des fonctions génitales, qui arrivent à disparaître complètement à la fin.

Chez la femme, il y a fréquemment diminution et disparition des règles. Souvent, dès le début des phénomènes anémiques, les règles deviennent peu abondantes, irrégulières ou même disparaissent. Exceptionnellement, elles persistent jusqu’à la fin ou deviennent plus abondantes. Souvent, l'arrêt des règles s'accompagne d’hémoptysies dites vicariantes. Chez les fillettes, l'apparition des premières règles peut être retardée ou empêchée.

La réapparition de menstruations régulières paraît constituer un signe de pronostic favorable, Cependant, ainsi que l'ont montré différents auteurs, et en particülier Sabourin en France et Krauss en Allemagne, la période menstruelle constitue toujours une période critique au cours d’une tuberculose pulmonaire chronique. Souvent, il existe une élévation prémenstruelle de la température de 00,5 à 1°. Les signes fonctionnels s’exagèrent ; fréquemment survient une hémoptysie ; l'auscultation révèle l'apparition de signes nouveaux ou l'augmentation de signes précédemment constatés. D'ailleurs, comme l'ont montré dernièrement Rist et Coullaud, la période prémenstruelle peut s'accompagner, comme la gestation et la puerpuéralité, d'une anergie tuberculinique.

La pathogénie de ces troubles génitaux est encore discutée, variable suivant les cas. Dans certains d’entre eux, il existe des lésions de sclérose ovarienne, avec troubles de l'ovulation et de la formation du corps jaune (Siredey et Mile de Jong). Dans d’autres observations, ovaire et utérus sont absolument sains et il faut incriminer des lésions d’autres glandes ou des troubles uniquement fonctionnels.

Troubles urinaïres. — Jusqu'à ces dernières années, il été admis par tous les auteurs que la recherche du syndrome urinaire prenait une valeur

considérable et pouvait fournir un appoint sérieux au diagnostic du début de la tuberculose. Les travaux d’un certain nombre d’auteurs, poursuivis depuis quelques années en France et à l'étranger, ont montré que, dans la plupart des cas, si on se plaçait rigoureusement à l'abri des causes d'erreur, si on faisait un nombre suffisant de dosages chez des individus normaux, les modifications urinaires décrites ne correspondaient pas à la réalité des faits. Il est impossible de décrire un type uniforme de trouble urinaire dans la tuberculose au début, ét par conséquent de bâtir un diagnostic sur de semblables recherches. - |

Commel'avait montré A. Robin, l'analyse chimique dénote, dans de très nombreux cas, un coefficient de déminéralisation très supérieur à la nor male. Peu marquées pour les sulfates, ces pertes anormales portent surtout sur les phosphates. Il y aurait également un excès d'élimination de certaines matières organiques dérivées des albuminoïdes {urée, acide urique, créatine, tyrosine). À

Tous ces troubles indiquent la mauvaise utilisation digestive, qui a été confirmée par les recherches de H. Labbé et Vitry (1). Mais ces troubles ne sont pas fixes chez le même malade; ils varient avec la ration alimentaire, les phénomènes digestifs, la marche de la maladie. Ces modifications ne sont pas régulières et ne peuvent servir à établir un type de nutrition chez les tuberculeux. La diminution des déchets phosphatés ou azotés est souvent en. rapport avec l’absence d’alimentation du malade, conséquence de l’anorexie ou de la dyspepsie, et ces différents dosages n’ont de valeur qu'autant qu'il est fait un bilan alimentaire très exact. Il en est de même des troubles signalés dans l'élimination dessels calciques et magnésiens par différents auteurs, qui admettent une décalcification intense révélée par l'examen des urines.

Quand on procède, comme l'ont fait H. Labbé et Vitry (2), H. Labbé et: Galippe (3), Sarvonnat et Rebattu (4), en dosant exactement les ingesta et les excreta, il est impossible de retrouver cette décalcification ; au contraire, dans de nombreux cas il parait exister, par contre, une rétention des sels de chaux et de magnésie. Les différentes thérapeutiques (sels de chaux, phosphates, adrénaline) ne paraissent avoir aucune influence sur le bilan des éliminations minérales (Léon Bernard et Vitry) (5).

La recherche de l'acidité urinaire au cours de la tuberculose pulmonaire a suscité également de nombreux travaux et a provoqué de. nombreuses discussions. Dès 1892, Hale While constatait que l'urine des tuberculeux restait longtemps acide après l'émission. En 1909, Malme-

(1) H. Lassé et Vrrry, Les échanges azotés chez les phtisiques. Revue de médecine, OCt:11942"Dp. 019:

(2) H. Largé et Vrrry, Les échanges calciques chez les tuberculeux. Revue de la Tuberculose, juin 1913.

(3) H. LaBgé et Garrppe, L'élimination de la magnésie et de la chaux chez quelques tuberculeux. C. R, Soc. biologie, t. LXXIF, juin 1912, p. 876,

(+) Sarvonxar et ResarTu, Teneur en chaux de l’urine des tuberculeux pulmonaires. Presse médicale, 17 septembre 1910.

(5) Léon Bervarp et G. Vrrry, Recherche sur les échanges calciques chez les tubercu, leux. L'influence de l’adrénaline. Bullet. Soc. Études scientifiques de la Tuberculose, % sériet. Il,ine'1, janvier.1913, p.106.

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jac (1) appelaitde nouveau l'attention sur la persistance anormale de l'acidité urinaire chez le tuberculeux, qui augmenterait avec les progrès du mal, l’acidité se conservant de 12 jours à 3 mois, au lieu de 3 à 7 jours chez l'individu normal. :

Par contre, Chatelain, confirmant les expériences de Oliviero, Boureau, Joubie, Gautrelet, de Kergueven, arrive à une conclusion tout à fait opposée. D’après ces auteurs, l'acidité urinaire serait diminuée dans la tuberculose, comme dans toutes les maladies chroniques à désassimilation exagérée. L’acidité serait de 1,37 chez les tuberculeux, au lieu de 1,64 chez le sujet normal. La courbe de disparition de l'acidité ne serait pas davantage caractéristique; cette disparition se faisant aussi irrégulièrement chez le tuberculeux que chez l'individu normal. Pour Pertik, la baisse serait même plus rapide chez le tuberculeux. H. Labbé et G. Vitry (3),en utilisant la méthode de Grimbert, qui permet de titrer l'acidité réelle, ont constaté une hyperacidité urinaire légère, dans les formes bénignes ou curables, et de l’hypoacidité dans les formes évolutives. Les tuberculeux éliminent fort peu de phosphates et cette quantité s’abaisse avec les progrès de leur maladie. Par contre, la proportion d'acides organiques est de plus en plus considérable (surtout acides . aromatiques. acide hippurique.

Un phénomène plus important paraît être le trouble des échanges azotés que les recherches de H. Labbé et G. Vitry, de Lucet, de Mlle Solovieff (4) ont permis de confirmer. D'après ces divers auteurs, l'azote total urinaire est toujours faible et diminue avec l’aggravation du mal, le coefficient d’absorp-

: < ù : AZU , tion azotée est très faible, le rapport azotique AT St également faible. La partie de l'azote urinaire transformé en azote uréique est moindre que chez les individus normaux. Le rapport de l'azote des purines à l'azote total est supérieur à la normale, bien que l'alimentation soit pauvre en purines. |

Le métabolisme des lipoïdes a fait l’objet de travaux de Gérard et Lemoine (5). Pour ces auteurs, le tuberculeux éliminerait dix fois moins de cholestérine que le sujet sain et, pour Chauffard, Ch. Richet fils et Grigaut (6), Valois (7), il y aurait cholestérinémie au cours de la tuberculose.

Beaucoup de malades ont de la polyurie comme l'avait signalé Robin. Il faudra rechercher avec soin la présence d'albumine qui est fréquente.

() F. Mazmeyac, L’acidité urinaire chez les tuberculeux. Presse médicale, n° 75, oct, 1909.

(2) CHarezain, L’acidité urinaire, son dosage. Son étude clinique chez les tuberculeux. Thèse Nancy, 1910.

(3) H. Lagsé et G. Vitry, L’acidité urinaire chez les tuberculeux. Presse médicale, n° 46, 10 juin 1914 ; Les échanges azotés chez les tuberculeux. C. R. Soc. biologie, 23 déc. 1911, et Congrès de la Tuberculose, Rome, avril 1912.

(4) Mlle Socovigrr, Étude des échanges azotés chez les tuberculeux. Thèse de Paris,

(5) Lemoixe et Géraro, Recherche sur l'élimination des lipoïdes chez les tuberculeux. XII: Congrès français de médecine, Lyon, 1911.

(6) Cnaurraro, Cu. Ricuer fils et GriGaur, De la cholestérinémie au cours de la tuberculose pulmonaire. C. R. Soc. biologie, 25 janvier 1911.

(7) Varoiïs, Thèse Lyon, 1912-13.

M. LETULLE et P. HALBRON.

C’est une albuminurie peu abondante, transitoire, parfois intermittente, revêtant surtout chez les adolescents le type orthostatique. Le plus souvent, elle ne s'accompagne d'aucun autre signe de néphrite : c’est « l’albuminurie solitaire » des tuberculeux bien décrite par Léon Bernard (1), symptôme de grande importance, car souvent une albuminurie survenant chez un adolescent anémié, amaigri, fatigué, est annonciatrice ou dénonciatrice de tuberculose. Le pronostic en est bénin, au point de vue de l’albuminurie ellemême, car on ne la voit guère amener de troubles et il ne s’y surajoute pour ainsi dire jamais ni syndrome néphritique, ni signes de tuberculose rénale.

De même, le pronostic de la tHbaiauties n'est pas assombri du fait de l’albuminurie. Ce symptôme ne prend pas la valeur d’une complication,

même au point de vue thérapeutique, le malade devant être traité comme un

tuberculeux et non comme un néphritique. | On a voulu rattacher cette albuminurie à une néphrite due aux poisons diffusibles du bacille. Les recherches de M. Salomon, celles de R. Debré et

J. Paraf ont montré que la pathogénie en était complexe et variable. La réaction

de l’antigène pratiquée dans les urines de ces malades y est tantôt positive, tantôt négative.

La recherche de l'indicanurie et de l’urobilinurie n’est d'aucun intérêt: il en est de même de la diazo-réaction d’'Ehrlich, inconstante et sans valeur.

Il paraît, par contre, plus intéressant de rechercher la réaction de Moritz-

Weiss (2) au permanganate de potasse.

La technique indiquée par Weiss est simple : on remplit un tube à essai ordi:

naire jusqu'au tiers avec l’urine à examiner, on la dilue avec deux fois son volume d’eau ordinaire, on mélange et on verse la moitié du contenu du tube dans un second tube de mêmes dimensions. On fait tomber alors dans un des tubes 3 gouttes d’une solution à 1/1000 de permanganate de potasse dans l’eau distillée et on y mélange le tout. Si la réaction ‘est positive, on voit apparaître

une coloration jaune, qui se distingue nettement par comparaison avec le tube témoin.

Cette réaction n’est pas particulière à la tuberculose, elle s’observe dans tous les états graves et est l'indice d’un mauvais pronostic. A la période ini-

tiale de la tuberculose, elle serait le plus souvent négative; elle deviendrait

vositive au cours des poussées évolutives. Pour M. Weiss, la substance mise en liberté par le permanganate serait l'urochrome, pigment normal de l'urine

rangé parmi les acides protéiques. L’excrétion de ces acides serait, d'après

Grinsberg, Salomon et Saxel en rapport avec la destruction des albumines tissulaires. Donc, toutes les fois qu'il y aurait exagération de la destruction des albumines corporelles, l'urochrome apparaîtrait dans urine et la réaction serait positive.

Les constatations de Moritz Weiss (3) ont été dans l’ensemble confirmées

(1) Léo Berxar», L’albuminurie solitaire des tuberculeux. Progrès médical, 19 avril 19138.

(2) Morrrz Weiss, Mediz. Klinik, n° 42, 1910, et Klinik med. Woch.,n° 25,20 juin 1911, p.1818.

(3) G. Virrryx, La réaction de Moritz Weiss. Bull. Soc. études scientifiques de la tuberculose, 2e série, t. IL, n° 1, janvier 1913, p. 223.

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