DIAGNOSTIC DE LA TUBERCULOSE FIBREUSE
Dans ces diverses formes, trop nombreuses, de tuberculose fibreuse, il est certains traits communs qui dominent la séméiologie : la marche lente, l’apyrexie habituelle, la prédominance des symptômes bronchitiques, Pintensilé des crises de dyspnée. Le diagnostic est souvent difficile, car le tableau est celui d’une bronchite aiguë ou d’un catarrhe chronique, de l'asthme ou d'une congestion pulmonaire, ou bien encore on constate une cachexie lente ou des crises d’asystolie à répétition. Tous ces accidents ne rappellent guère la tuberculose pulmonaire caséeuse, et il faut un examen clinique particulièrement attentif, aidé par la connaissance des antécédents du malade pour établir un diagnostic qui devra toujours être complété par la recherche itérative, parfois infructueuse, du bacille de Koch dans les crachats et surtout par l'examen. radiologique; celui-ci a pour Dumarest (1) une importance capitale : seul, il permet le diagnostic des formes purement fibreuses, dans lesquelles l anses tation est muette. -
Le diagnostic de la forme fibreuse est rendu plus difficile par t fait quon ne pense pas à la tuberculose chez des malades souvent âgés, d’assez bonne apparence et qui souffrent de leur bronchite depuis de longues années.
Le diagnostic habituellement porté est celui de bronchite chronique avec emphysème. On tend actuellement à analyser de plus en plus ces cas pour y dépister soit la tuberculose, soit la syphilis. On donne comme caractère do la bronchite simple avec emphysème, l'aspect plus distendu et plus globuleux du thorax, la longue durée des accidents, l’absence de signes de localisation. En réalité, si dans quelques cas, les signes cliniques font porter le diagnostic de tuberculose fibreuse, c’est surtout l'examen radiologique qui permet de reconnaître des zones d’opacité vers Les sommets, et quelquefois des lésions cavitaires, s'accompagnant de ganglions bronchiques volumineux et souvent calcifiés, Mais surtout la recherche des bacilles dans les crachats est primordiale. On ne doit admettre comme valablement négatifs que les examens répétés et faits après homogénéisation.
Le diagnostic de la bronchite sanglante de la spirochétose de Castellani se era par l'examen des crachats, dans lesquels on mettra en évidence l’agent pathogène. |
La sclérose pulmonaire d'origine syphilitique, avec dilatation des bronches doit être différenciée de la tuberculose. On devra y penser toutes les fois
(1) F. Dumaresr, Sclérose pulmonaire et tuberculose fibreuse. Annales de médecine, 1922; t. XI. n°3, p.219.
TUBERCULOSE FIBREUSE. Fasc. XII. — 175
qu’une sclérose pulmonaire ne s'accompagne pas d'expectoration bacillaire. Les antécédents, les stigmates de syphilis et une réaction de Wassermann positive seront les éléments d’un diagnostic qui devra souvent être porté (Dalsace) (1). On connaît, d’ailleurs, l'opinion actuellement très en faveur, d’après laquelle la phtisie fibreuse évoluerait surtout chez les vieux syphiliques.
Les crises de dyspnée ayant tous les caractères de l’asthme tiennent souvent une place importante dans la tuberculose fibreuse. Ce sera l’histoire même du malade, l'examen des crachats qui permettront de faire la séparation, difficile, de l’asthme vrai, dit essentiel et des dyspnées asthmatiformes. Dans leur article (fascicule XI), Bezançon et de Jong ont montré quelle place il fallait attribuer à la tuberculose dans l’étiologie de l’asthme.
La dyspnée continue et paroxystique, les bronchites à répétition se rencontrent souvent chez les cardiaques et chez les rénaux. On sait que les bronchites albuminuriques se localisent fréquemment aux sommets. L'examen du cœur, l'étude des fonctions rénales, d’une part, l'examen des crachats, de l’autre, fourniront les éléments du diagnostic.
À une phase avancée de la tuberculose fibreuse, les accidents cardiaques deviennent prépondérants. L'asystolie du cœur droit, de plus en plus typique, apparaît. Il faudra en chercher la cause dans l’état des poumons et à travers le cardiaque retrouver le tuberculeux.
La tuberculose abortive, avec sa marche lente, ses longues périodes de bonne santé apparente, ses signes physiques discrets sera souvent méconnue. Les accidents seront considérés comme des bronchites accidentelles, comme des poussées grippales. Les hémoptysies' seront souvent révélatrices, mais leur caractère même de bénignité a fait nier longtemps leur origine tuberculeuse; nous avons déjà dit ce qu'il fallait penser de la nature réelle de ces hémoptysies arthritiques, supplémentaires et mêmes hystériques, qu’on décrivait jadis avec tant de complaisance et qui semblaient plutôt dues à des états antagonistes de la tuberculose qu à une forme, même atténuée, de la maladie.
Il est des syndromes pseudo-tuberculeux qu’on observe chez les anciens intoxiqués par les gaz de combat {Achard, Clerc, L. Ramond el Guillaume, Roubier) qui peuvent donner le change, en raison des bronchites persistantes, des poussées congestives, souvent localisées au sommet, du mauvais état général, des hémoptysies assez fréquentes, et quelquefois d’une atteinte profonde de l’état général. Ce sont ces cas qui ont fait d’abord considérer les gaz de combat comme une cause provocatrice fréquente de la tuberculose pulmonaire. En réalité, dans les cas que nous avons en vue, les examens répétés de crachats montrent toujours l'absence de bacilles de Koch et nous avons vu, à propos de l'étiologie, que les gaz asphyxiants n'avaient pas grande influence sur le développement de la tuberculose pulmonaire.
(1) J. Dazsacr, Étude critique de l’étiologie des bronchites chroniques avec sclérose pulmonaire. Thèse Paris, 1920.
M. LETULLE et P. HALBRON.