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TUBERCULOSE PULMONAIRE DES VIEILLARDS

Signalée par Laënec, admise par la plupart des cliniciens, la fréquence de la tuberculose du vieillard a été diversement appréciée par les différents auteurs. Elle a été étudiée très complètement par E. Barié (1).

D'après les statistiques de Landouzy (2),5 p. 100 des vieillards mourraient tuberculeux ; Oppenheim et Le Coz (3) trouvent une proportion encore plus forte. En pratiquant l’autopsie de plus de 300 vieillards, ils découvrirent que plus de 60 sont morts de tuberculose soit 19 p. 100, et chez plus de 30p. 100, existait un processus tuberculeux en activité.

Courcoux et Labesse (4), étudiant les statistiques française, américaine, japonaise et anglaise, et ramenant les chiffres de mortalité au chiffre de la population vivante du même âge, constatent que, dans ces pays, la mortalité par tuberculose chez le vieillard est presque aussi élevée qu’à l’âge adulte.

La tuberculose pulmonaire est donc fréquente chez le vieillard, maïs son aspect clinique particulier la fait souvent passer inaperçue et dans de nombreux cas. elle est une trouvaille d’autopsie. Cependant, le diagnostic de la tuberculose pulmonaire du vieillard est d’une importance sociale considérable,

. car les vieux tuberculeux, souvent ignorés ou considérés comme atteints de catarrhe bronchique, constituent, pour leur entourage familial ou hospitalier, de très redoutables agents de dissémination du bacille de Koch (5).

Dans un assez grand nombre de cas, la phtisie évolue comme celle de l'adulte et peut se diagnostiquer assez facilement; mais, chez la plupart des

(1) É. Barié, Rech. sur la tuberculose sénile. Revue de Médecine, 1895, p. 793; et 1896,p. 17.

(2) Lanpouzy, Académie de médecine, 13 mai 1913.

(3) Orpexnerm et Le Coz, Progrès médical, 19)1, p. 5.

(4) Courcoux et LaBesse, Fréqu. de la tuberc. pulm. sénile. Rev. de la Tubercul., 1921, n° 8.

(5) Des recherches en cours poursuivies par l’un de nous à l’Hospice des Ménages, il paraît résulter que la tuberculose pulmonaire évolutive du vieillard est plus rare que les recherches récentes ne semblent l'indiquer.

M. LETULLE et P. HALBRON

vieillards, la maladie se développe d'une façon latente. La tuberculose sénile apparaît comme le reliquat ou le réveil d’une tuberculose ancienne datant de l'enfance ou parfois de l'âge adulte. Dans les antécédents des malades, on trouve des bronchites chroniques, des hémoptysies, parfois des pleurésies.

Aspect clinique. — Comme chez l’adulte, on retrouve chez le vieillard des formes aiguës et des formes chroniques.

Les formes de tuberculose aiguë du vieillard sont relativement fréquentes et s’observent souvent dans l’extrème vieillesse. Elles évoluent alors sous forme de broncho-pneumonie, de granulie, de pleurésie. Ce qui domine dans ces manifestations tuberculeuses aiguës du vieillard, c’est la latence de la plupart des symptômes. Les vieillards hospitalisés pour des affections diverses, sénilité, artério sclérose, bronchite, néphrite chronique, vaquent jusqu'aux. derniers jours à leurs occupations. En quelques jours, souvent même cn quelques heures, ces vieillards s’affaiblissentet succombent, ayantsimplement présenté un peu de dyspnée. A l’autopsie, on constate qu’il s’agit de granulie pulmonaire terminale.

Dans d’autres cas, la granulie revêt le masque de la cachexie sénile. Ce sont des vieillards, qui dépérissent, qui deviennent cachecliques, anémiques, amaigris. L'examen de l'appareil respiratoire ne révèle rien, qu’une dyspnée assez vive, symptôme d'ailleurs assez banal chez le vieillard. La mort survient en quelques semaines et l’autopsie révèle des granulations miliaires grise terminant une tuberculose pulmonaire méconnue.

Pour d’autres malades, la phtisie aiguë éclate brusquement chez un sujet âgé, indemne en apparence de tuberculose. La maladie évolue d'une façon rapide, présentant toules les allures d'une infection aiguë. Souvent, elle se présente comme une broncho-pneumonie aiguë à évolution torpide ou rapide. Le diagnostic n’est possible que par l'examen bactériologique des crachats, qui révèle la présence de bacilles de Koch. :

Dans d’autres cas, les symptômes prédominent sur d’autres appareils que les voies respiratoires : la température oscille entre 39° et 40°, les symptômes digestifs sont marqués (anorexie, langue sale, vomissements). Très souvent, on constate une réaction nerveuse accentuée. En une ou deux semaines, le malade tombe dans le coma.

Les formes chroniques sont, de beaucoup, les plus fréquemment. observées. Nombre de ces sujets sont soignés depuis fort longtemps pour des brorichites répétées ou pour un catarrhe chronique des bronches ; mais chez d'autres, on ne retrouve aucune affection des voies respiratoires et la tuber-. culose paraît ne s'être déclarée qu'à un âge avancé.

Quelle que soit d’ailleurs sa date de début apparent, la tuberculose pulmonaire des vieillards est surtout remarquable par son allure lente et insidieuse. La plupart des malades présentent l'aspect de bronchitiques emphysémateux ou d’artério-scléreux. La fièvre est généralement peu marquée,la toux est fréquente, l'expectoration abondante. L'examen bactériologique y révèle la présence de bacilles de Koch. L’hémoptysie, rare d’après les classiques, serait plus fréquente pour Barié, Oppenheim et Le Coz, parfois abondante d’après Barié qui a même isolé une forme hémoptoïque. Les troubles digestifs

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sont fréquents, la diarrhée est souvent notée, l’anorexie parfois absolue.

D’après la prédominance d'un des symptômes,on peut décrire une forme latente, évoluant comme une cachexie sénile ; les signes généraux et fonctionnels sont absents, les signes physiques sont la plupart du temps peu marqués ; ce sont surtout des signes d’emphysème qu'on constate. Dans la Jorme floride, les signes généraux sont absents, les signes fonctionnels peu marqués. Mais l’auscultation révèle une atteinte assez sérieuse du parenchyme pulmonaire, l'expectoration contient de nombreux bacilles. Ces malades sont les plus dangereux, au point de vue de la dissémination des germes, en raison de la longue durée de leur maladie, du peu de précautions qu'ils prennent eux-mêmes ou que leur entourage prend à leur égard.

La phtisie. ulcéreuse classique des vieillards s'accompagne de la même symptomatologie que celle de l'adulte, mais il s’agit de scléreux, de brightiques, parfois de cancéreux, ou de malades atteints d’affections nerveuses chroniques ; on observe souvent des formes fibreuses.

La forme la plus fréquemment observée est la forme bronchitique. Ces vieillards présentent tous les symptômes de la bronchite chronique avec emphysème. La dyspnée y est particuliérement marquée. L'examen dénote des râles sibilants et ronflants avec sonorité exagérée. Aux bases, on trouve des gros râles sous-crépitants. L’affection est apyrétique, évolue longuement, et on peut penser chez ces malades, souvent brightiques à une congestion œdémateuse des sommets.

Dans d’autres cas, la tuberculose évolue chez des cardiaques et le diagnostic avec les accidents respiratoires des cardiopathies est très délicat.

On a décrit une, forme pleurétique ; évoluant comme la pleuro-tuberculose de l'adulte et qu’il faut distinguer de la pleurésie consécutive à un infarctus ou à un hydrothorax. Le diagnostic, toujours délicat, ne pourra être fait que par l'étude biologique du liquide.

La tuberculose pulmonaire du vieillard ne présente pas seulement un intérêt clinique et nosographique ; elle est surtout d’une grande imporlance épidémiologique et sociale. Landouzy,E. Hirtz,ont insisté fréquemment sur le danger que constituent pour la collectivité, pour lesenfants et les nourrissons en particulier, ces vieillards tuberculeux cracheurs de bacilles, grands parents ou vieux serviteurs, qui pourront contaminer tout leur entourage.

Aussi, est-il bon de connaître la fréquence de la tuberculose chez le vieillard pour savoir la dépister, ce qui ne sera possible que par des examens de crachats systématiques, répétés, faits après homogénéisalion. On verra ainsi se resteindre de plus en plus le nombre des bronchites chroniques considérées comme des infections banales, souvent bénignes et en tout cas inoffensives pour l'entourage.

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