TUBERCULOSE ET AUTRES MALADIES INFECTIEUSES GRIPPE ET TUBERCULOSE
La question de l'influence que la grippe peut exercer sur la tuberculose a été l’objet de nombreuses recherches à la suite de la pandémie grippale de 1918 ; mais, dès 1889, de nombreux auteurs avaient fait allusion à cette impor-. tante question. Dès cette époque, Daremberg remarquait le faible pourcentage de tuberculeux parmi les grippés."En 1918, la plupart des auteurs ont fait des constatations analogues. On peut dire, d’une manière générale, que, pour une raison encore inconnue, la grippe en 1918 a peu frappé les tuberculeux. Mme Weill-Raynal (1) ne trouve une morbidité que de 29 p. 100, Burnand (2), à Leysin, trouve une proportion inférieure à celle du reste de la population, 148 p. 100, H. Bonnet (3) 13 p. 100. Il est vrai que J.-P. Ménard (4) observa une morbidité de 83,67 p. 100. Des constatations analogues furent faites en Allemagne par Ladeck (5), Neumayer (6), Grau (7), Birhalli (8). Léon Bernard (9), qui a centralisé les statistiques des différentes formations sanitaires de tuberculeux, a remarqué que, dans ces formations, les atteintes de grippe ont été infiniment moins nombreuses que dans les autres collectivités et que la mortalité y a été faible. Même remarque a été faite par Debré et Jacquet(10), Gemener(11). +
Il n’y a aucune différence, ni comme symptômes, ni comme pronostic, entre la grippe développée dans une agglomération de sujets sains et celle atteignant les bacillaires à tous les degrés. Dans la majorité des cas, tout se passe comme si les lésions pulmonaires évoluaient parallèlement aux lésions tuberculeuses, sans que les deux affections aient, l’une sur l’autre, une influence notable. L'influence de la grippe sur la tuberculose en évolution a été plus discutée.
A la suite de l'épidémie de 1890 (12), la plupart des auteurs concluaient à.
(1) Mme Wrzc-Reynat, Contribution à l'étude de la grippe chez les tuberculeux pulmonaires. Thèse Paris, 1918.
(2) Burxaw, La grippe chez les tuberculeux pulmonaires. Soc. méd. Suisse romande, juillet 1919:n° 7; (3) H. Boxer, Grippe et Tuberculose. Thèse Paris, 1920. (4) J.-P. ne Une épidémie de grippe dans un milieu tuberculeux. Bull. Soc. méd. des hôpitaux, 7 février 1919, p. 101.
(5) Lanecx, Lungenkrankheiten und influenza. Wien. med. Woch., 1918, n° 51. (6) Neumayer, Ucber Influenza. Munch. med. Woch., 29 octobre 1918, n° 44. (7) Grau, Bemerkungen ueber Influenza. Munch. med. Woch., 3 décembre 1918, n° 49. (8) BrrHazLr, Grippe und Tuberkulose. Munch. med. Woch., 21 mars 1919, n° 12. (9) Léon BEernarD, Tuberculose et grippe. Bull. Soc. méd. des hôpitaux, 20 fév. 1919, p. 104. (10) R. Dssré et P. JAcQuET, Grippe et Tuberculose. Paris médical, 3 janvier 1920. (11) Gemexer, La grippe et son influence sur la tuberculose. Beiträge zur Klin. der Tub.. 1919, vol. XLII.
(12) Tuberculose et'influenza. Discussion du Congrès de la Tuberculose, 1891.
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l'influence néfaste de la grippe sur la tuberculose; cependant, comme le fait Justement remarquer H. Bonnet, ces conclusions ne paraissent pas assises sur un nombre suffisant de cas. Il manque, d'autre part, à beaucoup d'’observations la précision désirable comme histoire de la maladie, signes cliniques, confirmation bactériologique.
Lors de l'épidémie de 1918, d’ailleurs, la plupart des auteurs sont arrivés à des conclusions différentes. La grippe exerce peu d'influence sur les lésions tuberculeuses en évolution (Debré et Jacquet, Burnand, Gémener, Ladeck, Grau, Burns Amberson et Peter) (1). Au contraire Roubier, Honelli, Gougt (2) ne partagent pas cette opinion.
Pour la plupart des auteurs, chez le tuberculeux en évolution, la grippe n’aggrave pas les lésions préexistantes et ne modifie que rarement le pronostic de la maladie. Exceptionnellement elle provoque l'apparition de pneumonie caséeuse ou de phtisie galopante. Gouzet, d'autre part, insiste sur l'apparition des lésions granuliques chez des grippés ne présentant pas d'antécédents tuberculeux. Ç
Par contre, la grippe paraît, dans certains cas, ranimer les foyers tuberculeux latents et, dans d’assez nombreuses observations, on remarque que Ja poussée évolutive tuberculeuse a débuté quelque temps après une grippe. Pour Crouzon et Marceron, la grippe de 1918 a souvent eu une influence défavorable sur l’histoire ultérieure des tuberculeux.
Ces faits paraissent en rapport avec l’anergie grippale bien mise en lumière par R. Debré (3), Lereboullet (4), Bloomfield et Matcer (5), Max Berliner (6), Layrel, Fontaine et Descoffres 7), sous ses différents aspects.
La grippe, à ce point de vue, se comporte, au point de vue biologique, à peu près comme la rougeole; mais la rougeole est une maladie survenant surtout dans l'enfance, et la tuberculose évolue alors sur un terrain neuf et prend une marche rapide. Au contraire, la grippe, surtout fréquente chez l'adulte, survient chez des individus immunisés partiellement ou totalement et a une influence moins fâcheuse. D'ailleurs, même chez l'enfant, Hutinel (8) n’a pas observé que la grippe ait eu une influence extrêmement fâcheuse au point de vue du développement de la tuberculose, mais elle a donné des accidents impressionnants, sous forme de poussées congestives curables, développées autour de foyers anciens.
(1) J. Burxs, AmBErsoN et AnprEWS PETERs, Observations on the epidemic influenza in the Loomis Sanatorium. The americ. Review of Tuberculose, août 1918, n° 6, vol. III,
(2) Gouczr, Sur quelques caractères de la récente pendémie grippale. Bull. Soc. méd. des hôpitaux, 1919, n° 17, p. 441.
(3) R. Degré, L’anergie dans la grippe. C. R. Soc. biologie, 26 oct. 1918, p. 193.
(4) LeresouLrerT, La grippe en 1918. Paris médical, 16 nov. 1918, n° 46, p. 374.
(5) BLoowriezp et MarTeer, Changes in skin sensitiveness to tuberkulin. during epidemic influenza Bulletin of the John Hopkins hospital, août 1919, vol. XX, p. 342.
(6) Max BERLzINER, Die immunität reaktion gegen tuberkulose in Influenza. Deutseh med. Woch., 1919, n° 9, 2 mars.
(7) LAYREL, Fonraixe et DEscorrres, Diminution des propriétés agglutinantes du sérum chez les grippés. C. R. Soc. biologie, 29 mars 1919.
(8) V. Huriez, Grippe et tuberculose chez les jeunes sujets. Gazelte des hôpitaux, 1920, n° 22, p. 341.
M. LETULLE et P. HALBRON.