TUBERCULOSE ET ROUGEOLE
L'influence néfaste de la rougeole sur la tuberculose pulmonaire est connue de longue date. |
Hoffmann (1), en 1748, paraît avoir été le premier à signaler la luberculose comme complication possible de la rougeole. Après lui, de nombreux médecins répétèrent cette observation (Huscham, Rosen, Morton, Kortum). Plus récemment, si l’on excepte l'avis de Grisolle, qui considère que la rougeole peut être parfois utile, tous les cliniciens admettent l’action tuberculi-
gène de la rougeole. Guersant (2) regardait presque la rougeole comme une pierre de touche et ne connaissait pas de maladie capable d'accélérer davan-
tage le développement des tubercules.
Les recherches de von Pirquet (1) devaient montrer le substratum biologique de cette action tuberculisante.
En 1907, en effet, von Pirquet, ayant observé un garçon de 5 ans avec cutiréaction positive, fut frappé de voir cette réaction devenir négative après une infection morbilleuse. À la suite de celle première observation, von Pirquet et Preisich confirmèrent, sur de nombreux enfants, cette action suspensive de la rougeole sur les réactions tuberculiniques qu'ils devaient appeler anergie. Depuis, de nombreux auteurs en France et à l'étranger, vérifièrent cette action anergisante de la rougeole (Marfan, Mantoux et Harvier, Aptekman, Babonneix, Hutinel). L’anergie morbillieuse ne s'exerce, d’ailleurs, pas seulement sur les réactions tuberculiniques. Netter, Philbert et Bertault ont montré l’action suspensive qu'avait la rougeole sur la réaction de revaccination et Léon Ber-
nard et Paraf, le pouvoir suspensif qu'elle avait sur les réactions :
agglutinantes.
Quel qu'en soit le mécanisme, la plupart des auteurs admettent que la diminution ou la disparition des réactions tuberculiniques coïncide toujours, chez un sujet, avec une diminution parallèle de l’immunité. C’est cette chute de l’immunité, extériorisée par la disparition de la cuti-réaction, qui explique l'action éminemment tuberculisante de la rougeole.
L'aspect clinique diffère suivant les cas.
Quand, ce qui est rare d'ailleurs, la rougeole survient chez un enfant at-
teint de lésions tuberculeuses ulcéreuses des poumons en pleine évolution,
elle se comporte comme chez les sujets dont l'arbre bronchique est déjà in-
fecté, faisant apparaître soit un catarrhe suffocant, soit une broncho-pneu-
monie banale. Dans d’autres cas, elle accélère la marche de la tuberculose, qui devient de plus en plus fébrile. Parfois, une méningile ou une poussée granulique termine rapidement la maladie. Dans la plupart des cas, il s’agit de sujets ne présentant qu'une tuberculose discrète, latente, révélée seulement par une réaction tuberculinique positive.
Dans ce cas, l'explosion tuberculeuse peut se faire immédiatement ou un
(1) Horrmanx, De febre morbillon, 1740, t. IV, p. 63. (2) GuersanT, Diclionnaire de médecine, 1827, t. XVII. (3) Vox Pinquer et PreisicH, Deutsch. med. Woch., juillet 1907.
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peu plus tardivement. La fièvre tombe et la guérison semble assurée. Mais, au bout de quelques jours (6 à 10), on voit la température s'élever sans raison appréciable. Danscertains cas, cette tuberculose évoluera d’une façon suraiguë, sur le type de l’asphyxie tuberculeuse aiguë, avec dyspnée intense. A l’auscultation on ne perçoit que des râles sibilants disséminés et il existe une disproportion-manifeste entre la gravité des signes fonctionnels et généraux et le peu d'importance des symptômes locaux. La mort est rapide et l’autopsie montre l'existence d’une granulie.
Dans d’autres cas, la marche est moins rapide : on observe alors l'évolution et les symptômes d’une granulie ordinaire. Le plus souvent, la défervescence n'a pas été franche, la température se maintient au voisinage de 39° ou bien remonte, après 5 ou 6 jours d’apyrexie. La respiration est rapide ; l’enfant, maigrit considérablement. Chez les enfants plus âgés, la tuberculose évolue comme une broncho-pneumonie : elle succède parfois à une bronchopneumonie pneumococcique ou elle s'installe après une défervescence nette. L'évolution dure plusieurs semaines et la mort survient.
Enfin chez d’autres malades, ce n’est que quelques mois après la rougeole que l’on verra évoluer une manifestation tuberculeuse, ganglionnaire, pulmonaire, osseuse ou articulaire.
L'action tuberculisante de la rougeole a été plus difficilement étudiée sur l'adulte, chez lequel la rougeole estrare. D'après des recherches pratiquées dernièrement en Amérique par Berghoff (1), l’action de la rougeole chez l'adulte (qui possède le plus souvent une solideimmunité), est tout à fait comparable à celle de la grippe, agissant dans les mêmes conditions. Rarement on observe une action nocive de la rougeole sur une tuberculose pulmonaire, mais il n'est pas rare de voir un processus tuberculeux apparaître à la suite d'une rougeole,