TUBERCULOSE DES DIABÉTIQUES
La tuberculose pulmonaire est très fréquente dans le diabète : on l’observe dans presque la moitié des cas de diabète. La fréquence de cette complica tion n'avait point échappé aux anciens auteurs : Bardsley (2), Coopland allaient même jusqu'à considérer la tuberculose comme la cause unique
(1) Nous renvoyons pour l'étude complète des relations de l’asthme et de la tuberculose à Particle « asthme » par Bezançon et de Jong, fascicule XI de ce Traité. (2) Barpszey, Med. reports and experiments. London, 1887.
Le
TUBERCULOSE DES DIABÉTIQUES. Fasc. XII. — 935
de la mort des diabétiques. Nicolas et Gueudeville, frappés de la fréquence de la phtisie au cours du diabète, l'avaient dénommée phtisie sucrée. Malgré l'opinion contraire de Passy et de Wilks, tous les auteurs s'accordent à admettre la prédisposition considérable des diabétiques à la tuberculose. La
proportion serait de 43 p. 100 pour Griesinger (1). D’autres auteurs arrivent
à un chiffre analogue [Frerichs (2), Seeger (3), Williamson (4)]. Il est nécessaire d’ailleurs, comme le fait Marcel Labbé (5), qui, dans un travail d’ensemble, a repris l'étude de cette question, de tenir compte de trois facteurs importants qui sont : Le milieu social, l’âge du malade et la forme du diabète.
La tuberculose est surtout fréquente chez les diabétiques pauvres observés à l'hôpital, et la statistique de von Noorden, établie dans une maison de santé, démontre le faible pourcentage de tuberculeux dans ce milieu. La nutrition azotée y ajoute son effet.
Au point de vue clinique, l'aspect de la tuberculose chez le diabétique est un peu particulier. Le début est insidieux, sans douleurs thoraciques, sans réactions fébriles, sans hémoptysie. La toux avec expectoration abondante et l’amaigrissement rapide attirent l'attention. Aussi, l'examen des crachats prend-il une grosse importance. Malheureusement, il est souvent négatif chez les diabétiques tuberculeux (von Noorden, M. Labbé).
L'évolution de la tuberculose du diabétique est rapide ; il s’agit, le plus souvent, d'une tuberculose aiguë ou subaïguë (broncho-pneumonie). Souvent le premier examen révèle déjà des lésions profondes ayant évolué à bas bruit. En quelques semaines, les lésions progressent considérablement. Cependant la fièvre reste modérée (38°), il n’y a pas de frissons ou de gros symptômes généraux, il s’agit d'une tuberculose « froïde et sans réaction » (Pidoux).
Par contre, la tuberculose n’exerce aucune action sur le processus diabétique et si certains auteurs (Lecorché) ont noté une disparition de la glycosurie à la période terminale, cela tient à ce que, l’appélit diminuant, l'ingestion des hydrates de carbone tombe au-dessous de la tolérance du malade (M. Labbé).
L'évolution est presque toujours rapidement mortelle, surtout dans la forme avec dénutrition. La mort survient en un an, parfois moins.
Comme l'avaient vu Bouchardat et, plus récemment, Tranché et Durand- Fardel, il s’agit surtout de jeunes sujets, qui, selon la remarque de Marcel Labbé, font surtout un diabète avec dénutrition.
Cependant la tuberculose s’observe dans toutes les formes du diabète, aussi bien dans le diabète léger, le « diabète goutteux » (Charcot et Brouardel), que dans le diabète gras (Hutinel) et les diabètes avec dénutrition intense. Les grands diabétiques y sont le plus exposés.
D’après M. Labbé, c'est surtout l'intensité du trouble glyco-régulateur qui mesure le degré de la prédisposition. Elle est surtout fréquente dans le dia-
(1) GRIESINGER, Studien ueber Diabetes Arch. fur physiol., Herskunde, 1859.
(2) Frericas, Ueber Diabetes. Berlin, 1884.
(3) SEEGEN, Der diabetes melitus. Berlin, 1884.
(4) WizziAMsoN, Diabetes melilus and its treatment. London, 1898.
(5) Marcez Lagré, Diabète et tuberculose. Gazette des hôpitaux, 30 juillet 1908, n° 86,
- p. 1023, et le Diabète sucré, p. 123, Masson 1921,
M. LETULLE et P. HALBRON.
bête avec dénutrition. Marcel Labbé, sur 61 diabétiques sans dénutrition, compte 16 tuberculeux, soit 26,5 p. 100, alors que, sur 10 diabétiques avec dénutrition, il y en a 5 qui sont sûrement tuberculeux et 3 suspects, soit 50 et même 80 p. 100.
La contagion est, nous l'avons dit, la principale cause de la tuberculose chez | le diabétique, contagion hospitalière, ou contagion familiale, comme dans le cas cité par Rénon (1). -
Il semble“bien que l'action si favorisante du glucose sur le bacille de Koch soit la cause de cette prédisposition des diabétiques.
On a observé des rémissions (Bouchardat, Griesinger, Trousseau) et même des guérisons (Lépine) (2). A côté de la forme caséeuse subaiguë, on a décrit des cas de broncho-pneumonie tuberculeuse chez le diabétique (Dieulafoy). Letulle (3) a publié deux observations de granulie chez des diabétiques. Dans certains cas exceptionnels, l'hémoptysie peut êlre considérable et même occasionner la mort (Dieulafoy, Richardière et Sicard, Rénon (4).
Nous ne ferons que signaler l'hypothèse de Poncet et Leriche (5), d’après laquelle les relations du diabète et de la tuberculose seraient encore plus intimes. S'appuyant sur la fréquence des lésions scléreuses et réactionnelles du pancréas aux autopsies des tuberculeux (P. Carnot, Klippel, Salomon et Halbron), ils supposent que le diabète est dû à une tuberculose inflammatoire du pancréas.