TUBERCULOSE ET ALCOOLISME
L’alcoolisme chronique est'une des causes prédisposantes de la tuberculose. L'alcool peut agir directement ou indirectement.
L'action indirecte de l'alcool est incontestable et multiple. L'alcool agit d'abord comme cause de dénutrition et d’hypoalimentation des sujets. La place importante occupée, trop souvent, par l'alcool dans les budgets ouvriers est prise aux dépens des aliments nécessaires, il est donc cause d’appauvrissement, amène la mauvaise alimentation, dont nous avons étudié précédemment l'influence sur l’éclosion de la tuberculose.
L’alcoolisme favorise considérablement la contagion tuberculeuse. Le séjour prolongé au cabaret, où les hommes toussent et crachent sans aucune contrainte, est un important facteur de contagion et les vétérinaires connaissent la grande fréquence de la tuberculose chez les chiens de marchands de vins.
Cette action indirecte est à peu près la seule admise par Léon Bernard, par
(1) RÉxow, Tuberculose pulmonaire et diabète. Arch. gén. méd., 1903, p. 528.
(2) Lépine, les Complications du diabète sucré. Paris, Baillère.
(3) LETULLE, Deux cas de granulie chez des diabétiques. Soc. méd. des hôpitaux, 21 juin
(4) RicHarDièRE et Sicarp, Maladies de la nutrition, in Traité Brouardel et Gilbert. art. Diabèle, p. 257. |
(5) Poxcer et Lericne, Tuberculose inflammatoire et glandes vasculaires sanguines. Académie de médecine, 27 juin 1911 ; Gazette des Hépitaux, 1911, p. 1139.
TUBERCULOSE PULMONAIRE ET AFFECTIONS CARDIAQUES. Fasc. XII. — 937
Rist. L'action directe de l'alcool sur l'apparition et la marche de la tuberculose pulmonaire est plus malaisée à démontrer.
L'alcoolisme chronique eu occasionnant des lésions viscérales fréquentes, en particulier au niveau du foie, affaiblit la résistance de l'organisme. Quant à l’action directe de l'alcool sur le processus tuberculeux, elle est loin d’être démontrée. Ch. Achard et Gaillard (1) ont obtenu chez le cobaye une accélération de l'évolution tuberculeuse par l’intoxication alcoolique. Ces mêmes effets n'ont pas été observés par nombre d’autres auteurs (Moos, Morsoli et de Gervino). Il semble, au contraire, que, par son action sclérosante générale l'alcoolisme doive favoriser l'évolution fibreuse de la phtisie.
Cliniquement, d’après Lancereaux, les hémoptysics seraienttrès fréquentes ; l'état général serait plus atteint que ne l’expliquerait l’intensilé des lésions pulmonaires.
La tuberculose intestinale est fréquente dans la phlisie des alcooliques et souvent précoce. Enfin, aux différents signes de tuberculose se surajoutent ceux de l'intoxication alcoolique : tremblements des mains et des lèvres, rêves, hallucinations, crampes, etc. Très fréquemment, on observe de la parésie des extenseurs des pieds, par polynévrite éthylo-bacillaire. IL est de même fréquent d'observer des syndromes mixtes hépato-péritonéaux (cirrhoses éthylobacillaires) avec tous les intermédiaires, depuis la cirrhose du type Laënnec jusqu à la tuberculose hépato-péritonéale typique.
Comme l'avait déjà signalé Lancereaux, il n’est pas rare d'observer, chez l'alcoolique, l'évolution d’une phtisie rire d'une tuberculose fibreuse à marche lente, la mort survenant par complication cardiaque ou hépatique.
Tuberculose pulmonaire des saturnins. — Beau considérait le saturnisme comme l'antagoniste de la tuberculose. Les observations modernes n'ont pas confirmé cette façon de voir. La tuberculose est aussi fréquente chez les saturnins que chez les autres individus, mais elle revêt fréquemment le type de la tuberculose fibreuse.