CLIMATS
On est d'accord pour, autant que possible, faire sortir le tuberculeux de son milieu. Outre l’avantage qu’il y a à lui enlever ses soucis et ses préoccupations familiales, le tuberculeux doit aller chercher l’air pur de la campagne. S'il est impossible de lui faire quitter la ville, il faut s’efforcer de l'installer dans un logis sain, aéré et ensoleillé. On ne peut songer à faire la cure d'air dans une chambre obscure, mal aérée, sur une rue bruyante, poussiéreuse, au milieu d'odeurs pénibles. Quand un malade ne peut quitter la ville, il faut s’efforcer de lui trouver un logis convenable dans un faubourg, près de la campagne. À Paris, en particulier, le tuberculeux devra quitter le centre, il devra, autant que possible, habiter la banlieue, et nombre de malades font la cure d'air dans des conditions assez favorables dans les localités situées sur les collines du voisinage, à proximité des bois, comme à Sèvres, à Saint- Cloud, ou encore au voisinage du bois de Vincennes ou des bois de la région située au sud de Paris.
Il est d’autres malades pour qui le voyage ne devra pas être conseillé. En effet, il n’y a que des inconvénients à imposer de longs déplacements à des phtisiques fébriles arrivés aux stades ultimes de la maladie. Il est peu humain de les envoyer mourir au loin, dans des stations où le climat ne saurait agir sur des lésions irrémédiables et sur un organisme épuisé.
On sait qu’il fut longtemps de règle d'envoyer les tuberculeux se soigner, l'hiver, dans les climats chauds, si possible au Caire, à Madère et en tout cas sur la Riviera méditerranéenne. Cependant, à la suite des travaux allemands sur les résultats obtenus dans les sanatoriums, on en vint à considérer que, seule, la cure d’air importait, quel que fût le climat où elle se faisait. Dettweiller a pu dire : « Dans un traitement bien conduit, les intempéries n’exercent pas d'influence défavorable sur l’évolution de la phtisie. Suivant le climat, la cure peut être plus ou moins facile, nécessiter plus ou moins d'attention et de précautions, mais les actions, dites spécifiques, du climat sont des facteurs de deuxième ou troisième rang. Le tuberculeux peut, partout, être soigné très efficacement, dans son propre pays, par l'application convenable de la cure d'air sur la chaise-longue. »
À l'appui de cette opinion viennent évidemment les cures très heureuses qui ont pu être suivies en tous pays dans les sanatoriums installés dans des "régions peu favorisées au point de vue climat, ne bénéficiant ni de l'altitude ni de l’insolation, ni des qualités propres aux riantes stations du Midi. En particulier, on a pu soutenir qu'il y avait avantage à ce que le malade fit sa cure dans les conditions climatériques où il avait vécu jusque-là et où il vivra après sa cure. Küss, qui a personnellement obtenu de très bons résultats au sanatorium installé par l’Assistance publique de Paris, à Angicourt (Oise), a pu se rallier en partie à cette opinion, en admettant que, pour la grande majorité des tuberculeux curables, les résultats d'un traitement méthodique bien dirigé sont partout les mêmes. On ne peut que se réjouir de pareilles consta-
M. LETULLE et P. HALBRON.
Job LA TUBERCULOSE PULMONAIRE. re:
tations ; elles montrent que le tuberculeux qui ne peut se déplacer au loïn ne sera pas trop désavantagé et ne perdra pas ses chances de guérir. Ces travaux facilitent singulièrement la lutte antituberculeuse, en ne restreignant pas à l'extrême les points où pourront s’édifier les sanatoriums. Ce qui ps avant tout, c’est la méthode du traitement et la bonne discipline imposée aux malades par un médecin compétent. Daremberg avait déjà insisté sur ce fait, qu'il n’y a pas de climat spécifique, de climat curateur, et qu'il n’y a pas dans le monde, un lieu de résidence pour les phtisiques, où des malades puissent vivre de la vie des gens bien portants.
Il y a néanmoins des climats plus favorables que d’autres aux tuberculeux ne serait-ce qu’en ce qu'ils permettent davantage l’organisation de la cure d'air. Dans le climat de plaine, dans nos pays, la cure d’air n’est pas supportée par tous les malades. Certains ne peuvent supporter le froid ét ne peuvent faire la cure par les températures trop basses; pour d’autres, plus nombreux, l'humidité et surtout les brouillards ont une influence fâcheuse. 11 peut survenir des complications congestives, des inflammations des voies aériennes supérieures ; ces malades sont alors forcés de faire leur cure à la chambre. D’autres patients supportent mal le vent ou les changements brus-
ques de température. Ces malades restent stationnaires ou même s’aggravent
dans un climat défavorable et Küss conclut lui-même que les cures climatériques demeurent en phtisiothérapie une ressource précieuse indispensable à une minorité de tuberculeux, utile à beaucoup. |
Il y a trois catégories de stations climatiques convenant aux tuberculeux :
les stations d'altitude, les stations de plaine, les stations marines. Chacune a
ses indications essentielles, mais pour choisir une station, il est nécessaire de mettre en balance toutes les particularités d'évolution de la maladie et toutes les réactions du malade; plus qu'ailleurs, il faut se rappeler qu’il n'y a pas de maladies, il n'y a que des malades. D'autre part, on doit tenir compte de
la saison, les indications climatiques ne sont pas les mêmes en hiver eten
été (1).