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I. — Climats d'altitude

Les climats d'altitude utilisés pour le traitement des tuberculeux varient entre 1.000 et 1.900 mètres d'altitude environ. Leur action ne tient pas à une composition chimique spéciale de l'air, qui ne diffère de l'air dela plaine que par une teneur légèrement inférieure en acide carbonique et par la présence

d'une certaine quantité d'ozone. Il est, tout d'abord, très pauvre en germes microbiens; mais surtout la diminution très marquée de la pression barométique

62 cm. à Davos (1.550 m.), 60 à Saint-Moritz (1.856 m.) a une influence sur l'organisme du tuberculeux. Le nombre des globules rouges et la quantité d'hémoglobine augmentent: le sang fixe plus d'oxygène; les processus nutritifs et les échanges organiques sont plus actifs ; l'expansion respiratoire aug-

(1) On trouvera des renseignements très précis sur les diverses stations climatiques françaises dans l’Armement antituberculeux français, publié par le Comité national de défense contre la tuberculose. Paris, Massow, 1922, ou les articles de G. Porx, Presse RES 1922, n°‘ 33 et.38.

PIN T TS ET Een PL

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mente, ainsi que l'évaporation pulmonaire. Par suite, dès que le malade est acclimaté, la respiration est plus aisée, l'appétit meilleur, les sécrétions bronchiques et pulmonaires deviennent moins abondantes.

Il faut ajouter les caractéristiques du climat montagnard, surtout en hiver, la sécheresse de l'air, l'absence de vent dans les localités bien choisies et, surtout, la grande intensité de la lumière et de l'insolation, qui permet la cure en plein air par les grands froids. Il ne faut pas négliger non plus l'influence favorable des beaux sites et des larges horizons. C’est essentiellement un cli-

mat fortifiant et excitant.

| La cure d'altitude ne convient pas à tous les tuberculeux. A. Bergeron (1) en a précisé les indications. Les cas de tuberculose pulmonaire au début, les indurations des sommets sont, avant tout, justiciables du climat montagnard, qui stimule étrangement les organismes affaiblis. De nombreux cas de tuberculose ulcéro-caséeuse peuvent bénéficier de la cure d'altitude, mais la diffusion des lésions est, plus que leur profondeur, une contre-indication au séjour à la montagne. Des cavitaires peuvent supporter la haute altitude, si leurs lésions ne sont pas étendues. Mais ceux dont le champ pulmonaire est par trop restreint, y souffrent d’une véritable asphyxie. La fièvre peut être une contre-indication formelle. Une fièvre légère peut disparaître au bout de quelque temps de séjour, mais il faut s'abstenir d'envoyer à la montagne les tuberculoses aiguës, les malades présentant de la fièvre heclique et, en général, ceux qui sont en cours de poussée évolutive aiguë.

La tuberculose fibreuse LOTPETE peut s'améliorer à l'altitude; mais les tuberculeux emphysémateux s’y trouvent fort mal et leur cœur, déjà surmené, n'y peut suffire à sa tâche.

Les formes hémoptoïques, congestives ne doivent pas être envoyées à la montagne, mais une hémoptysie isolée n’est pas une contre-indication.

Les tuberculoses des séreuses peuvent être très améliorées à l'altitude, à condition de n'être pas à une phase fébrile. Les complications rénales et intestinales sont également des contre-indicalions. La tuberculose laryngée ‘peut s’y trouver améliorée.

Il est, au contraire, des malades pour qui la c cure d'altitude est néfaste, en hiver. Ce sont les nerveux, les palpilants et surtout les malades dont la circulation défectueuse ne s'adapte pas aux climats froids.

IL faut, en effet, dans les stations d'altitude, distinguer la saison d'hiver et la saison d'été. La saison d'hiver, du début d’octobre au milieu de mars, est particulièrement favorable, bien entendu dans les cas propices que nous avons signalés. Mais, la cure ne peut s’y faire qu'avec une bonne installation, car, malgré la température élevée au soleil, les malades doivent être soigneusement protégés contre le froid. En été, les malades bénéficient des mêmes qualités du climat, avec une fraicheur agréable qui leur est plus favorable que la chaleur souvent humide de la plaine. Certains malades, qui ne supportent pas l'altitude en hiver, peuvent y faire la cure avec bénéfice pendant la saison d'été (début de juillet à fin septembre). Les saisons intermédiaires,

(1) A. BERGERON, La montagne dans la lutte contre la tuberculose. Indications et contreindications de la cure d’altitude. La Presse médicale, 21 août 1919, n° 46. |

le printemps et l’automne, sont au contraire mauvaises ; elles sont caractérisées par la fonte des neiges, l'humidité et les brouillards. À ce moment, les malades doivent quitter la montagne, où ils sont réduits à faire la cure se dans leur chambre, souvent avec des résultats médiocres.

La cure d'altitude en hiver peut, théoriquement, se faire partout où, à l'altitude se joignent un abri suffisant contre le vent et une insolation satis-

faisante. En pratique, elle ne peut guère être pratiquée que là où existent des -

installations convenables et, en particulier des sanatoriums. Il est regrettable

qu'en France, où tant de localités des Alpes, des Pyrénées et du Massif Central se prêteraient si bien à la cure, l’organisation des stations soit encore si

incomplète. Il existe des sanatoriums dans les Alpes-Maritimes, à Thorenc

1.200 m.); dans le Massif Central, à Aubrac (1.460 m.); dans les Cévennes, au mont Pilat (1.200 m.); dans l'Ain, à Hauteville (910 m.), et Belligneux

(920 m.) (dirigés par Dumarest); à Durtol (520 m.), en Auvergne, que créa Sabourin dans les Pyrénées Orientales, aux Escaldes (1.400 m.). Il faut

espérer que d’autres stations s’ouvriront et éviteront à nos malades de cher-

cher au dehors la cure qu'ils devraient trouver en France. Pendant l'été, nombreuses sont les stations où les tuberculeux pourront s'installer : à Cha

monix (Hte-Savoie, 1.050 m.), et dans sa vallée, au mont Revard (Savoie, près

d'Aix-les-Bains, (1.456 m.), à Pralognan, en Savoie (1.424 m.), dans de nombreux points des Pyrénées, sans compter les stations thermales dont l’action propre peut compléter la cure d’air, comme le Mont-Dore (1.050 m.), La Bourboule (846 m.), en Auvergne, comme Saint-Gervais (800 m.), en Haute-

Savoie, comme Praz de Mollo (745 m.), le Vernet (700 m.), Barèges (1.250 m.),

Cauterets (930 m.), Bagnères-de-Bigorre (556 m.), Saint-Sauveur (7150 m.), Eaux-Bonnes (750 m.), Bagnères-de-Luchon (629 m.), dans les Pyrénées.

Les stations d'altitude sont nombreuses en Suisse où l'installation des sanatoriums attire les tuberculeux pendant l'hiver et pendant l'été. Davos- Platz, dans les Grisons, à 1.559 m., est la plus ancienne et la plus fréquentée. Leysin dans la vallée du Rhône, à 1.450 m., rivalise avec Davos. Citons encore

Saint-Moritz dans l'Engadine à 1.856 m., Arosa à 1.800 m., dans les Grisons,

Montana à 1.500 m. dans le Valais, et les très nombreuses stations ouvertes en hiver et dont les hôtels se prêtent à la cure. Pendant l'été, les tuberculeux s'installent dans les innombrables hôtels et y font leur cure avec plus ou moins de régularité.

Il. — Climats maritimes. . ;

L'air marin était considéré par Laënnec comme le meilleur pour les tuber-

culeux. Longtemps, le séjour au bord dela mer et même les voyages sur mer

ont été conseillés à tous les tuberculeux. Cependant, une évolution s'est faite .

et l'on a précisé nettement les indications et les contre-indications de ce climat. L'air marin est salutaire par sa pureté et par ses qualités toniques; la pré-

sence d'ozone, d'iode, de brome, et de chlorure de sodium n’est pas sans:

importance. Comme inconvénients, on doit citer la violence du vent et les

varialions nyctémérales de la température. 11 faut surtout établir, pour les

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climats marins, des distinctions suivant la température, l'exposition, l'humidité du sol, l'orientation des vents et la protection contre eux qu'on rencontre dans les diverses localités.

L'étude du climat marin a été reprise, récemment, par A. Robin et M. P. Weil (1) Ils concluent, de l'étude des éléments physiques, chimiques et biologiques du climat marin, que c’est un climat excitant, stimulant l'appétit, la circulation et la respiration et, surtout, le système nerveux; Les propriétés thérapeutiques essentielles sont, outre le pouvoir reminéralisateur, une accélération intense de la nutrition et du métabolisme vital, La cure marine est contre-indiquée dans les tuberculoses actives, mais il faut accepter que les conditions propres à chaque malade et aussi les particularités climatiques de chaque station en modifient beaucoup les indications.

En France, on peut admettre que le littoral de la mer du Nord et de la Manche ne convient pas aux tuberculeux pulmonaires. La plage de Berck, si efficace dans les tuberculoses chirurgicales, si utile chez les enfants en imminence de tuberculose, est ici nettement contre-indiquée.

Deux régions maritimes sont particulièrement utilisées pour le traitement des tuberculeux, la côte méditerranéenne, principalement la Riviera, et la côte Atlantique, où Arcachon a pris une importance prédominante. Chacune a ses indications. |

La Riviera, tant française qu'italienne, a longtemps abrité à peu près tous les tuberculeux. En particulier, Bennett avait étudié et célébré le climat de Menton. Mais, à mesure que la cure d'altitude se révélait efficace, le Midi tombait en grande défaveur. On accusait son climat d’être inactif, et même nocif et les malades en étaient écartés. Il est avéré que les tuberculeux s'y soignaient mal, trop confiants dans les vertus du climat ; les malades négligeaient les précautions les plus indispensables de la curé et prétendaient y vivre comme les gens bien portants. Un inconvénient certain, le brusque abaissement de la température au coucher du soleil, entraînait des accidents chez des malades imprudents. Cependant, il serait maladroit et injuste de ne pas utiliser les qualités d’un pays admirable, où le séjour influe sur l’état psychique des malades, où la douceur du climat, sa sécheresse relative, la longue insolation, la pureté de l'air, l'abri contre les vents constituent des condilions très favorables à la cure. C’est avant tout un climat tonique. L’indication sera d’y envoyer les tuberculeux apyrétiques et torpides, les tuberculeux bronchitiques et emphysémateux, ou rhumatisants, les Iymphatiques. Ces stations conviennent encore aux tuberculeux âgés, aux malades qui supportent mal le froid; mais les formes fébriles et aiguës, les sujets nerveux devront éviter la Riviera. Les cas cliniques indiqueront le choix des stations et feront adopter un point plus ou moins éloigné de la mer.

Les trois principales stations sont Nice, Cannes et Menton. Nice a les inconvénients d’une grande ville, qui offre aux malades trop d'occasions de plaisir et d’imprudence ; mais les quartiers éloignés de la mer et élevés, comme Cimiez, sont très favorables. Cannes est plus sédatif, les malades

(1) A. Rom et M.-P. Wir, Les tuberculeux pulmonaires à la mer. Revue de la Tuberculose, 1920, n° 4, pp. 209, 229.

M. LETULLE et P. HaArLBroON.

270 LA TÜBERCULOSE PULMONAIRE.

facilement congestionnés s’y trouvent bien, surtout un peu loin de la mer

au Cannet. Menton est, au contraire, tonique et convient particulièrement aux malades très atteints. Sur la Riviera italienne, entre la frontière et Gênes, Bordighera et, surtout, San Remo sont particulièrement fréquentés.

Plus à l’ouest, entre Cannes et Toulon, la température moyenne est moins

élévée, les stations sont moins abritées ; nous citerons Saint-Raphaëlet Hyères, qui a Nantpe d'être plus éloigné de la mer.

Grasse, à 320 m. d'altitude, à 15 km. de la mer, joint aux qualités du climat de la Riviera l’avantage de poser une action sédative favorable aux

tuberculeux à poussées évolutives ou à réactions nerveuses ou tachycardiques

marquées. L Du climat de la Riviera, il faut rapprocher les stations plus lointaines,

comme Alger, où le quartier de Mustapha supérieur est particulièrement

habité par les malades; le Caire, Gatane, ou encore Madère, à qui sa situation

insulaire donne tous les avantages du climat marin.

Le climat maritime de l'Atlantique, à part sa plus grande humidité, a des propriétés beaucoup plus sédatives que celui de la Côte-d'Azur. Arcachon est le type des stations maritimes. La réunion d'un climat maritime atténué, au bord de la baie et de la forêt de pins, sèche, avec une atmosphère résineuse, en fait un séjour de choix pour les tuberculeux fébriles, à forme congestive,

à poussées fébriles. Les enfants tuberculeux, atteints d’adénopathie bron- .

chique, avec accidents fébriles y seront également envoyés. La ville d'hiver est dans la forêt, la ville d'été au bord de la baie : on peut ainsi combiner

les indications principales de la cure. La baie permet, en plus, aux tubercu- …

leux apyrétiques d'y faire la cure en barque, dont Lalesque a mis en évidence

les avantages. Son climat, essentiellement sédatif, contre-indique Arcachon

pour les tuberculeux torpides, à faibles réactions.

Sans avoir tous les avantages d'Arcachon, les plages tempérées du sud de la Bretagne, comme La Baule, del’Atlantique, comme Royan, comme Hendaye, peuvent être utilisées chez des tuberculeux au début; mais il faudra craindre les plages trop exposées au vent du large, dont Biarritz est le type.

I, — Climats de plaine.

Les climats de plaine comprennent les localités dont l’altitude est infé-

rieure à 400 mètres. Nous avons vu que la cure d'air pouvait se faire, partout, dans des conditions favorables ; par ner on peut dire que les cli-

mats de plaine conviennent, en hécat, à la cure des tuberculeux. Parmi les

climats de plaine, certains offrent des avantages spéciaux. Tout d'abord, le climat de la Riviera a été assimilé à un climat de plaine, en considérant que l'influence marine y est négligeable. Certains points, comme Grasse, réalisent, en tout cas, une heureuse association du climat de la Côte d'Azur et du climat

de plaine. Pau représente, au plus haut degré, la station de plaine. Pau est

situé sur un plateau, à 200 mètres d'altitude. Les vents sont rares et peu violents, la température est douce, la pluie y est fréquente, mais les brouillards sont rares; l’insolation y est atténuée et le climat se trouve particulièrement sédatif. Aussi le séjour à Pau convient-il parfaitement aux formes éréthiques et

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congestives, aux tuberculeux fébriles et évolutifs. Cambo (Basses-P yrénées), peut-être moins pluvieux et plus froid, a des indications analogues. Amélieles-Bains (250 m. d'altitude) est plus ensoleillée que Pau, elle constitue également une station de cure favorable pour les tuberculeux fragiles et ses eaux sulfureuses peuvent être utilisées pour le traitement des bronchites torpides. En Suisse, les stations de plaine sont nombreuses et Montreux, sur le lac Léman, est une des plus réputées.

Quel que soit le climat choisi pour la cure d'un tuberculeux, il est indispensable de faire comprendre au malade que les qualités du climat ne font qu'aider à l’action de la cure d'air et de repos. D'autre part, il ne faut pas que le tuberculeux voyage sans cesse, à la recherche du climat et de la saison favorables, Il est surtout inutile d'imposer des voyages pénibles à des malades qui ne pourront bénéficier du climat.

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