CURE DE REPOS
La cure de repos constitue l'accompagnement habituel de la cure d'air. Elle est toujours nécessaire dans le traitement, mais, suivant les cas et aussi suivant les auteurs, elle sera appliquée avec plus ou moins de rigueur.
Le repos est nécessité par les troubles nombreux que la faligue détermine chez les tuberculeux : elle épuise leurs forces déjà défaillantes, elle déprime leur système nerveux et affaiblit leur myocarde. La fatigue retentit, de plus, sur les lésions pulmonaires ; à la suite du surmenage se développent ou des poussées évolutives ou ces accidents à forme de catarrhe avec signes de bronchite, faisant penser à des lésions plus étendues et plus avancées qu'elles ne le sont en réalité : c’est ce que Sabourin décrit sous le nom d’encombrement pulmonaire, chez les malades qui arrivent surmenés au sanatorium. La fatigue retentit sur l’état général, en altérant le teint des malades, en leur enlevant l'appétit et en troublant la digestion. Enfin, au premier chef, elle détermine de la fièvre, soit en entretenant une poussée fébrile continue, soit en déterminant des poussées passagères, dont la fièvre de fatigue, la fièvre d'exercice sont des manifestations. De ces conséquences de la fatigue, on déduit aisément les indications du repos : le mauvais état général, les troubles dyspeptiques, les sueurs, les accès d’oppression, les crises de tachycardie, les accidents locaux d'évolution et enfin, et surtout, les poussées fébriles.
En étudiant la fièvre, nous avons indiqué les caractères de la température chez les tuberculeux et les précautions particulières qui doivent être prises pour sa mesure. Le repos sera surtout réglé d'après les caractères de la température.
= Le repos comporte, en effet, des degrés, depuis le séjour complet au lit, jusqu'au repos de.quelques heures entre des exercices d'entraînement. L’application en a été étudiée et réglée minutieusement par les médecins de sanatorium et la cure de repos sanatoriale est un type applicable aux malades se soignant librement.
Le repos complet au lit, sans que le malade se fève, est nécessaire chez les tuberculeux fébriles, qu’il s'agisse d’une poussée évolutive, d’une réaction passagère ou d’une complication surajoutée. 11 doit être poursuivi tant que la
M. LETULLE et P. HALBRON.
fièvre persiste ; le repos à la galerie de cure et la prise des repas levé et avec les autres malades ne seront autorisés que progressivement et avec une grande prudence. :
Dans les états fébriles ou sub-fébriles chroniques, la cure de repos devra être encore pratiquée de façon sévère, soit au lit, soit sur la chaise-longue, à la galerie de cure. Turban, Küss sont particulièrement sévères et préconisent l’alitement tant que dure la fièvre, sans hésiter à prescrire le Lit pendant de longs mois. Au contraire, Dettweiller, Sabourin estiment que le lit et le repos complet ne doivent pas être trop prolongés. Sabourin recommande le repos complet pour les malades dont la fièvre persiste le matin, ne serait-elle que de quelques dixièmes. Au contraire, pour les cas de fébricule vespérale, avec température normale le matin, il conseille le repos à la galerie de cure sur la chaise-longue ; mais il préconise, pendant la période d’apyrexie, une certaine activité et même des marches. Sabourin insiste sur des faits paradoxaux de fièvre clinostatique, où la température reste élevée le matin, au réveil, et ne revient à la normale qu'après le lever et même un léger exercice. Dans les formes apyrétiques, la cure de chaïise-longue devra être suivie encore pendant quelques heures, surtout après le repas, mais le malade aura une vie de plus en plus active et se soumettra à un véritable entraînement. Les règles de repos seront moins strictes chez les tuberculeux avancés pour qui une cure rigoureuse est sans objet et sans espoir. Nous donnons ci-dessous, dans des tableaux empruntés à Küss, la réglementation du repos et du travail au sanatorium d'Angicourt. | La cure de repos doit s'entendre non seulement du repos physique, mais aussi du repos moral et du repos intellectuel. Il est essentiel d'enlever au tuberculeux tout souci et toute cause d'excitation du système nerveux. L'éloignement de ses occupations, et souvent l'isolement de sa famille, contribuent à assurer ce repos. Au point de vue intellectuel, le surmenage sera nuisible et le malade doit limiter ses lectures. D'ailleurs, pour ce surmenage moral et intellectuel, la résistance des malades est très variable et il ne faudra pas, être trop absolu. Le repos sexuel doit être également recommandé; dans les. formes fébriies, l'abstinence sera la règle, et même en apyrexie et très amé-. lioré, le tuberculeux devra éviter tout excès. Telles sont les règles essentielles de la cure de repos, c’est pour les avoir méconnues que tant de malades ne s’améliorent pas ou même s’aggravent. La nécessité du repos restera, nous l’avons vu, aussi grande quel que soit le climat. C’est l’organisation de la cure de repos en plein air qui fait préférer à tant de médecins les séjours dans des sanatoriums de plaine ou de faible altitude, sous des climats quelconques, aux cures anarchiques de la Côte d'Azur. Nous avons vu que la cure de repos comportait certaines heures consacrées à la marche. Le repos trop complet et trop prolongé n’est pas toujours sans inconvénient ; il amène, chez certains malades, un état très marqué de dépression nerveuse, la reprise du travail devient plus difficile, le malade engraisse et supportera malaisément la vie active. Dans certains cas, l'exercice, en provoquant des réactions au niveau des lésions permet une amélioration qui ne pouvait plus se faire avec des lésions nee et incapables d’une réaction suffisante pour amener la guérison.