ARSENIC
C'est un des médicaments les plus anciennement employés et on a insisté, de longue date, sur l’action reconstituante de l’arsenic chez les phtisiques. On a voulu lui reconnaître une action presque spécifique sur le bacille. Il est acquis que les divers arsenicaux sont un moyen utile destimuler l’organisme. L’arsenic a une action tonifiante sur le système nerveux et une action très favorable sur la nutrition. Le poids augmente, non seulement par accumulation de graisse, mais aussi par fixation d'azote. En même temps, l'appétit s'améliore. Le nombre de globules rouges s’accroit, ainsi que la teneur du sang en hémoglobine.
Les arsenicaux sont, avant tout, indiqués chez les tuberculeux au début,chez les tuberculeux larvés avec phénomènes marqués et prédominants d’anémie ou d’amaigrissement, chez les tuberculeux épuisés par une poussée évolutive.
Les contre-indications résultent des inconvénients souvent observés : poussées fébriles, accidents hémoptoïques, congestion des foyers tuberculeux, tachycardie, phénomènes nerveux, troubles digestifs et diarrhée. Par conséquent, il faudra être réservé dans l'emploi de l’arsenic chez les tuberculeux fébricitants ou congestifs, chez les malades nerveux et dyspeptiques.
On peut employer les préparations d’arsenic minéral, les eaux minérales arsenicales ou les arsenicaux organiques.
Les composés minéraux d’arsenic surtout utilisés en thérapeutique sont : l'acide arsénieux, l’arsénite de potasse (liqueur de Fowler) et l’arséniate de soude. |
L’acide arsénieux est employé sous forme de granules de dioscoride . un milligramme, dont on donnera deux à dix par jour, ou sous forme de liqueur de Boudin (solution à 1 p. 1.000), qu'on pourra donner par cuillerées à café, aux repas. L’inconvénient de ces préparations est d'être irritantes pour le tube digestif,
La liqueur de Fowler, solution d’arsénite de potasse, contient le centième de son poids d'acide arsénieux. On en donne de trois à trente gouttes. Trois gouttes correspondent à environ un milligramme d'acide arsénieux. Cette préparation très employée, provoque souvent des douleurs d’estomac ou de la diarrhée. Renaut (de Lyon) a beaucoup préconisé son administration en : lavements.
L'arseniale de soude est employé en solutions aqueuses ou en sirop. Il est trois fois moins actif que l’acide arsénieux. Les solutions d'arséniate de soude, habituellement bien tolérées, sont d’un maniement facile.
Le type des eaux minérales arsenicales est l’eau de la Bourboule : la source Choussy-Perrière contient 28 milligrammes d'’arséniate de soude. C’est une faible quantité d'arsenic, et 100 grammes d'eau de cette source correspondent, comme teneur en arsenic, à trois gouttes de liqueur de Fowler ou à un granule de dioscoride. Cependant, à la dose de 200 à 300 grammes
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par jour, l’eau de la Bourboule a une action très marquée sur l’état général, augmente l'appétit, relève les forces. La cure de la Bourboule à une efficacité très grande dans les tuberculoses torpides, chez les enfants scrofuleux, dans les anémies bacillaires. Les eaux du Mont-Dore n’agissent guère par leur faible teneur en arsenic (un milligramme par litre). Les résultats qu’en obtiennent les tuberculeux bronchitiques tiennent surtout à l’action physique des inhalations d’eau et aux conditions climatériques de cette station située à 1.000 mètres d’altitude.
Les arsenicaux organiques, dont l'emploi est actuellement si répandu, ont été préconisés, en 1894 par Armand Gautier, qui a montré leur faible toxicité. Le cacodylate de soude, ou diméthylarséniate de soude, contient, pour 100 parties, 46-87 parties d'arsenic ‘ métalloïdique. 0 gr. 10 correspondent à 0 gr. 0615 d'acide arsénieux, à 6 gr. 15 de liqueur de Fowler, à 0 gr. 19 d’arséniate de soude. On peut en donner, par la bouche, dix à vingt centigrammes. On obtient ainsi d'excellents résultats sur la nutrition et sur l’anémie et des améliorations très nettes de l’état des tuberculeux. Cependant, les résultats ne sont pas aussi décisifs que l’avait annoncé Gautier. L'emploi par la bouche du cacodylate de soude peut déterminer des troubles digestifs ; surtout, il entraine une odeur alliacée de l'haleine très désagréable. On a préconisé les lavements au cacodylate de soude ; 5 à 10 centigrammes sont donnés dans quelques centimètres cubes d’eau. Ces lavements sont habituellement bien tolérés. [ls peuvent également amener l'odeur alliacée de l’haleine.
La voie la meilleure pour l'administration du cacodylate est la voie sousculanée. On injecte 3 à 10 centigrammes par jour, pendant dix à quinze jours et le traitement est poursuivi par séries avec des intervalles de repos.
Tels sont là les doses et le mode d'administration classiques. Levrat (1) injecte sous la peau deux ou trois fois par semaine des doses de cacodylate de soude allant de O gr. 30 à 0,gr. 90, habituellement 0 gr. 40, en employant une solution à 15 p.100. Maréchal (2) a pratiqué des injections intra-veineuses d'une solution à 0,50 centigrammes par centimètre cube, débutant par des injections de 0 gr. 50 à 1 gramme, faisant une injection tous les quatre ou cinq jours et allant jusqu'à injecter 6 grammes de cacodylate. Thérasse (3) utilise la voie-intra-musculaire pour injecter une solution à 25 p. 100, commençant par une dose de:0 gr. 15, et ne dépassant pas 0 gr. 50. Ces hautes doses sont bien tolérées et, dans les formes lorpides et les formes de début, les résultats sur l'état général et les troubles fonctionnels très favorables. Il faudra s'abstenir de ces traitements intensifs dans les poussées évolutives et chez les hémoptoïques, et même ne les employer qu'avec réserve dans le cas de lésions étendues.
Au cacodylate, Gautier a ajouté le méthylarséniate disodique, ou arrhénal, combinaison voisine, moins riche en arsenic, mais mieux supportée par le
(1) Levrar, Indications et contre-indications du cacodylate de soude dans le traitement adjuvant de la tuberculose pulmonaire. Revue de médecine, 1911, p. 493.
(2) Marécnaz, Essai sur les hautes doses de cacodylate de soude en thérapeutique. Thèse Paris;:1919:
(3) Cité par Roziës, Le cacodylate de soude à hautes doses en thérapeutique. Gazette des hôpilaux, 1920, n° 65, p. 1033.
M. LETULLE et P. HALBRON.
tube digestif, ne déterminant pas l'odeur alliacée, On le donne à la dose de
0 gr. 05 par jour, en général, en solution étendue ou concentrée (gouttes). Quelle que soit la préparation arsenicale employée, il faudra se méfier de ce médicament dans les formes fébriles, congestives ou à évolution rapide. Le traitement des tuberculeux syphilitiques par le néosalvarsan a montré que, eu dehors de l’action des injections intra-veineuses sur les lésions syphilitiques, l’état général du malade et les lésions pulmonaires tuberculeuses se trouvent heureusement modifiées (Jeanselme, Vernes et Marcel Bloch) (L), Léon Bernard et J. Paraf (2). P. Courmont et Durand (3) avaient déjà traité
des tuberculeux par des lavementsde salvasan, à la dose de 0 gr. 10, et avaient
obtenu des résultats intéressants de stimulation générale chez les tuberculeux peu atteints; au contraire, ils ont noté une aggravation dans les tuberculoses à lésions étendues et à évolution progressive. |