IODE
En dehors de la tuberculose pulmonaire, l'iode est le médicament classique des formes ganglionnaires de la tuberculose, des manifestations lymphatiques ou scrofuleuses de l'enfance. Il a son indication dans les tuberculoses ganglio-pulmonaires très torpides de l'adulte. L’iode, qui active les sécrétions
‘bronchiques, s'emploie dans les tuberculoses fibreuses avec asthme et
emphysème. |
L'iode, etsurtout les iodures alcalins, ont une action excitante sur les foyer tuberculeux. G. Sée, le premier, a montré que l'ingestion d’iodure de potassium, à la dose de 0 gr. 50 à 1 gramme par jour, pendant plusieurs jours, faisait apparaître dans les régions suspectes du poumon, des frotiements, des râles plus ou moins humides. En même temps, l’expectoration augmente. On peut, dans cette expectoralion provoquée, trouver des bacilles de Koch. Il y a là une épreuve qui peut être aussi utile pour le diagnostic que les réactions à la tuberculine ; d'autre part, ces modifications des lésions pulmonaires peuvent être suivies d’une régression des foyers.
L'iode, chez les tuberculeux, peut être employésous forme de teinture d'iode. N. Guéneau de Mussy et Grancher ont administré chaque jour à des tuberculeux 20 gouttes de teinture d'iode dans du vin sucré. Cétte thérapeutique n'était plus guère employée, quand Boudreaù (de Bordeaux) (4) et, à sa suite, Morichau-Bauchamp ont préconisé l'emploi de la teinture d’iode en ingestion à des doses tout à fait surprenantes ; on administre la teinture d’iode du Codex, en commençant par 1 à 2 gouttes dans chaque verre de boisson (du vin rouge coupé, de préférence) ét en augmentant ensuite les doses toujours fractionnées jusqu'à 500, 800 et même 1.500 gouttes par jour au besoin.
(1) JEANSELME, Vernes et MarceLz BLocn, Syphilis et tuberculose, action du salvarsan et du néo-salvarsan. Bull. rt Mém. Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 20 février. 1914."
(2) Léon BERNARD ‘et JEAN Parar, Traitement des tuberculeux syphilitiques par le néosalvarsan. Bull. el Mém. Soc. méd. des hôpilaux de Paris, 5 mars 1914, n° 8, p. 357.
(3) P. Courmonr et Duraxp, Action des lavements de salvarsan sur certaines formes de tuberculose. Lyon médical, 20 juillet 1913.
(4) L. Boupreau, Une thérapeutique intensive et simplifiée de la tuberculose pulmonaire Journal de médecine de Bordeaux, 4 janvier 1914, n°1, p. 8.
MÉDICATIONS CHIMIQUES ET PHYSIQUES. Fasc. XII. — 995
Habituellement, d'ailleurs, la dose de 300 à 400 gouttes serait suffisante. Cette médication serait sans inconvénient pour les muqueuses ; elle aurait une action excellente sur l’état général et si les lésions ne sont pas trop étendues et si, condition essentielle, le traitement est continué des mois et des mois, sans interruption, la guérison survient, d’après Bourdeau dans un très grand nombre de cas. Sabourin, qui a expérimenté la méthode, n’a eu qu'exceplionnellement un résultat manifeste. Rappelons que K. Spengler, en même temps que ses corps immunisants, emploie la teinture d’iode en ingestion dans du lait.
Le sirop iodo-tannique constitue la forme la plus fréquemment employée de la médication iodée, surtout dans les formes torpides, chez les lymphaliques et dans la tuberculose ganglio-pulmonaire de l'enfant. Le sirop iodo-tannique du Codex contient 4 centigrammes d'iode par 15 cm°. Küss recommande le sirop iodo-cachoutannique.
L'iode .a été employé aussi en solution huileuse, soit par la bouche, soit en injections sous-cutanées, mais, en ce cas, il faut craindre les réactions pulmonaires. Il a été également appliqué soit en pommade, soit sous forme de composés volatils, employé en frictions. L’absorption cutanée paraît une bonne voie d'administration dans les tuberculoses ganglio-pulmonaires.
Signalons seulement les inhalations de vapeur d'iode, vantées par Piorry, et les injections intra-caverneuses de teinture d’iode diluée essayées par Peper et Robinson.
M. Dufour (1) a employé en injections intra-veineuses quotidiennes l'iodobenzo-méthyl-formine, qui contient environ 40 p. 100 d'iode dans les 50 centigrammes de substance active contenus dans une ampoule de ÿ centimètres cubes. Par des séries répétées de ces injections, il a obtenu de très bons résultats chez des tuberculeux à lésions ramollies, avec fièvre vespérale. Il ne faut pas cependant l'employer chez les malades présentant de grandes oscillations fébriles non plus que dans les cas trop avancés.