‹ Nouveau traité de médicine (volume 5)Chapitre 104 sur 224 · P.-J. MÉNARD · texte numérisé non relu

P.-J. MÉNARD

Fig. 1. — Lésion aphleuse au début, formation d'un îlot nécrotique (muqueuse de la langue chez un bovidé). — Tandis que les vaisseaux des régions plus profondes du derme paraissent normaux, on voit les capillaires des papilles remplis de polynucléaires qui traversent par diapédèse les parois des vaisseaux et infiltrent les interstices des fibres conjonctives.

Ces polynucléaires pénètrent dans l’épiderme, entre les cellules du corps muqueux; ils sont particulièrement nombreux dans une zone arrondie où les cellules malpighiennes semblent s’im-

briquer et subir une dégénérescence

acidophile massive.

Au niveau de cet ilot, lés cellules ont un contour plus net, un protoplasma chromophile, un noyau pycnotique.

Au-dessous de l’ilot nécrotique on trouve deux cellules malpighiennesisolées frappées de la même dégénérescence.

A la périphérie les cellules ont un protoplasma plus clair, qui semble gonflé par l'ædème:; leurs noyaux atteints de chromatolyse se colorent mal.

FIÈVRE APHTEU SE.

sont normales au début, mais bientôt certaines d’entre elles subissent une ‘dégénérescence toute différente de celle que présentent les éléments de l’ilot. Le protoplasma devient chromophobe, il se tuméfie, la cellule augmente de volume, le noyau cite en chromatolyse.

5° Stade : formation de la vésiculo-pustule aphteuse. — Les îlots nécrotiques ne tardent pas à augmenter de vo- .

lume. Les cellules en chromatolyse disparaissent, et sont remplacées par un abondant liquide d'œdème qui dissocie les éléments nécrosés de lilot.

Ceux-ci nagent isolés ou agminés par deux où trois dans le liquide où les polynucléaires s'accumulent bientôt en tel nombre qu'il devient franchement purulent. |

L’aphte est constitué: il est rarement formé par l’évolution d’un seul ilot nécrotique ; il y a presque toujours fusion de plusieurs îlots voisins.

Évolution de l’aphte. — Ulcération.

— La couche cornée amincie ne tarde pas à se rompre, il y a ulcération simple. Mais souvent l'infection secondaire amène la destruction plus ou moins étendue de la couche basilaire avec ulcération vraie.

Cicatrisation. Quand il ny a eu qu'exulcération, la cicatrisation due à la prolifération des éléments dé la couche basilaire est très rapide. Les éléments néoformés mûrissent vite, si bien qu'il y a formation d’une nouvelle couche cornée qui sépare les éléments sains des éléments nécrosés qui, après rupture de l’aphte, s’affaissent et restent longtemps adhérents à la zone cicatricielle. Quand il y a eu ulcération vraie, la cicatrisation est plus longue à se produire et ne présente aucune particularité qui la distingue des plaies septiques banales (1).

1. Cet article était imprimé depuis longtemps, quand après la mort de notre reoretté collaborateur P.-J Ménard, parvint à notre connaissance le travail de Kallert (Arbeiten aus der Kaïiserlichen Gesundheiltamte, Berlin, juin 1914), analysé in Revue:

générale de médecine vétérinaire, 15 février 1919, p. 77. Comme MM. Clunet, Morel et Pascano, Kallert montre que la vésicule aphteuse se développe dans les couches épidermiques consécutivement à un pro-

cessus de nécrose qui atteint un certain nombre de cellules. (Note de la rédaction.)

COMPLICATIONS. Fasc. II. — 529

« En résumé l’'histogenèse et l’évolution de la pustule aphteuse, nous paraît être le type de l’efflorescence d’une septicémie. Tout Se passe comme si le virus inconnu, charrié dans le torrent circulatoire, sort des vaisseaux au niveau des papilles du derme, grâce à la diapédèse des polynucléaires qui l’entraînent dans l’épiderme. Arrivé au contact des cellules malpighiennes, il nécrose ces éléments formant d’abord les îlots nécrotiques, puis la vésicopustule. La vésico-pustule se rompt et le virus est éliminé en dehors de l'organisme. Lorsque la virulence de la septicémie s’atténue, l'élimination par l’émonctoire tégumentaire cesse. L’épiderme lésé se répare rapidement: il n’y a de cicatrice persistante qu'aux points où une infection secondaire banale a produit une lésion ulcéreuse vraie (Clunet, Morel et Pascano). »

Traitement. — Malgré les importantes recherches de Loffler et de ses élèves, de Nocard et de Vallée sur la vaccination ou la sérothérapie de la fièvre aphteuse, on ne possède encore aucun remède vraiment efficace et susceptible d’être appliqué à l'homme. L'action du sérum antidiphtérique (Lévy) s’est montrée nulle chez l'animal, la vaccination anticharbonneuse, la vaccination par le cow-pox, préconisées chez l'animal, ont été abandonnées. Eût-on ce remède d’ailleurs qu'il faudrait, pour pouvoir en user, trouver d’abord un moyen de diagnostic étiologique sûr, sous peine de l'appliquer aveuglément. Le traitement de la fièvre aphteuse reste donc un traitement uniquement local (voir art. stomatite aphteuse). Mais ce qu'il faudrait avant tout c’est une hygiène préventive, réglementée, interdisant la vente des produits d'animaux aphteux : lait, beurre, fromage surtout (la viande ne paraît pas contagieuse); car si la contagiosité de ces produits est moindre que certains ont cru, il n’en reste pas moins qu’elle existe et que, par ailleurs, les modifications chimiques du lait aphteux peuvent être

préjudiciables aux nourrissons.

P.-J. MÉNaRb.

Par Jules RENAULT

Médecin de {Hopital Saint-Louis (Annexe Grancher).

Définition. — La suelte miliaire, maladie endémique et épidémique, est caractérisée essentiellement par la triade symptomatique suivante : sueurs abondantes, éruption érythémateuse accompagnée de miliaire, symptômes nerveux inquiétants.

Historique. — Colin, dans sa remarquable monographie (‘), évoque plusieurs affections qu'il englobe dans le même cadre : 1° le mal cardiaque (passio cardiaca de Celse et Galien), signalé au mr siècle avant J.-C., et au n° siècle de l'ère chrétienne; 2° la suette anglaise, observée de 1485 à 1551; 3° la suette picarde, apparue en 1712; 4 la paralysie cardiaque qu'on observa à Rœttingen en 1802.

Les grandes side de suette anglaise éclatèrent à 5 reprises. En 1485, en 1507, le mal reste localisé en Grande-Bretagne ;"en 1518, il touche Calais; la 4e aie (1529), surgit en Angleterre, puis un foyer s'allume à Hambourg et rayonne en Hollande, Danemark, Suède, gagnant toute l’Allemagne du Nord jusqu’à la Russie, la Pologne et:la Bavière, la Suisse et l'Alsace. Ambroise Paré la signale d’une façon nette. Enfin, la 5° épidémie date de 1551 : elle resta cantonnée en Angleterre.

En France, la suette miliaire ou suette picarde fit son apparition à Montbéliard en 1702. Colin a dressé un tableau des différentes épidémies qui se produisirent dans notre pays depuis cette date jusqu’à 1881. On aurait pu en compter environ 200, mais, en réalité, ces chiffres sont trop faibles, par suite de l'absence d'organisation, l’absence de documents réguliers durant les périodes de guerre, enfin à cause de l’endémicité. :

Les auteurs suivants ont étudié les épidémies régionales de France : Alioni a donné une description de la première atteinte à Montbéliard; Bellot, de celle de Picardie. Lepecq de la Clôture a rassemblé des documents plus nombreux en Normandie, de 1740 à 1775. Rayer observa, en 1891, l'épidémie qui éclata dans l'Oise. De sa description date vraiment la connaissance première de la maladie. A partir de cette date, les travaux se multiplient: il faut citer surtout Dubun de Peyrelongue, Türck, Barthez, Guéneau de Mussy, qui ont donné des relations d’épidémies survenues dans l'Oise, la région de la Seine, les Vosges. De 1841 date l'épidémie de suette A étudiée par Parrot.

Martin-Solon inaugure la série des rapports à | l'Académie de Médecine de 1842 à 1846; Grisolle, Gaillard, Fauconneau-Dufresne relatent l épidémie du

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