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Sem. méd., n° 2, 9 janv

SYMPTOMATOLOGIE. Fasc. II. — 331

Suette et scarlatine. — « Il n'existe aucun rapport, qu'un rapport de coïncidence fortuit, entre les deux affections. » (Thoinot).

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Tous les auteurs signalent la rapidité avec laquelle se putréfie le cadavre. Très peu de temps après la mort, il se marbre d’ecchymoses, tandis que les ‘ fermentations attives dont il est le siège donnent issue à un écoulement spumeux, abondant, par la bouche et le nez. L'odeur devient rapidement intolérable.

« La putréfaction des cadavres dans les épidémies de l'Oise, en 1849 (Foucart), d'Oléron en 1880, mais surtout de Florac en 1851, était tellement rapide que les funérailles s’accomplissaient à la hâte; les morts n'étaient plus portés à l’église, ils étaient directement transférés au cimetière. » (Colin).

Cela explique, ainsi d’ailleurs que le lieu d'évolution habituel (la campagne) de la suette, la rareté des autopsies et le peu de précision des documents anatomiques recueillis. Si Rayer a noté la rougeur et l'injection des enveloppes cérébrales, des muqueuses intestinale et gastrique, si Bourgeois a vu dans un cas une éruption vésiculeuse localisée à l’iléon et au gros intestin, si les divers organes abdominaux ont pu être trouvés congestionnés par Parrot, il faut convenir que toutes ces descriptions sont vagues et qu’elles n’ont rien de particulier à la maladie; de même pour l’état de la rate qui est presque toujours hypertrophiée, ramollie et diffluente. (Parrot.)

SYMPTOMATOLOGIE

Début. — La période prodromique fait défaut dans plus de la moitié des cas. On a noté de la céphalalgie avec anorexie, quelques douleurs à l’épigastre, parfois de la lassitude avec courbature. Des crampes ont été signalées. Foucart admettait que les prodromes existent deux fois sur cinq.

Le plus souvent, le début est brusque, l'invasion très rapide. Le malade se sent pris de faiblesse. Quelques frissons apparaissent et il doit se mettre au lit.

Tous ces phénomènes éclatent d'ordinaire vers le milieu du jour ; à la nuit va se produire le premier signe important : les sueurs. Cependant elles peuvent surprendre le malade à peine couché.

Période de sueurs et d'angoisse. — 1° Les sueurs. — Elles ne manquent jamais. Elles apparaissent dans la nuit. Le malade se réveille trempé. Très rarement des frissonnements précèdent les sueurs.

En mème temps, on note une sensation de chaleur, de picotements, sans douleur.

On a voulu donner à cette sueur une odeur spéciale, et les anciens auteurs, Parrot, Rayer, Guéneau de Mussy, insistent sur la comparaison avec les relents de paille pourrie, En réalité, si la suette répand cette odeur,

JULES RENAULT

col: tient seulement à l'abondance du liquide qui dissout les principes odo- | rants des effets et de la literie de gens le plus souvent mal tenus.

Les symptômes concomitants de toute spolialion aqueuse s’observent dès celte période : les malades accusent une soif intense et le débit des urines est presque complètement supprimé.

Les sueurs sont continues. Cependant, le jour, la sudation est moins abondante ; d'autre part, à cet état de continuelle moiteur se surajoutent des paroxysmes sécréloires après lesquels les Etes Éprouent une sensation de bien-être relatif.

9 Phénomènes nerveux. — En même temps que la crise sudorale apparaissent des accidents nerveux qui contribuent à donner au tableau de la maladie une couleur particulière. |

Thoinot distingue dans la suette : 1° des phénomènes nerveux banals : 2 des signes vraiment caractéristiques par leur intensité, leur localisation spéciale, l'angoisse parfois extraordinaire qu'ils donnent aux malades.

Le terme d'angoisse est'celui qui conviendrait le mieux pour résumer le complexus symptomatique. De fait, bien que par l'analyse ces signes diffèrent évidemment de ceux de l’angor pectoris, par leur,intensité, par l’affreuse sensation qu'ils procurent aux malheureux qui les éprouvent et d’ailleurs aussi par le danger qu'ils leur font courir, il faut les en rapprocher. Ils éclatent le plus souvent et atteignent d'emblée leur maximum avec les premières sueurs, avant ou pendant les paroxysmes. Le malade est pris soudain d'une crise d’étouffement. Il éprouve une sensation de constriction thoracique, de barre épigastrique, parfois d'angoisse pharyngienne. En même temps, le cœur s’affole et le malade, désespéré, le sent battre à se rompre dans sa poitrine. Ces palpitations constituent un signe extrêmement pénible. |

Tels sont les signes nerveux les plus graves de la première période de la suette. Tous les classiques s’y sont arrêtés et y ont insisté : c'est le « spasme », le sentiment de « pesanteur sur la poitrine » de Rayer, qui suggérait aux malades « les plus sinistres pressentiments », c'est l'étouffement d'estomac » de Barthez, la sensation « d'éborscn ee de Foucart.

La durée habituelle de l'angoisse est assez variable. Elle est ordinairement assez courte, souvent de quelques minutes. Mais elle peut se prolonger pendant une demi-heure, une heure, constituée alors d’une série de paroxysmes séparés par des intervalles moins pénibles. Alors « chaque paroxysme, composé d’une série de petits accès avec instants de repos, se prolonge pendant un quart d'heure, quelquefois trois quarts d'heure. Puis le calme revient, et après quelques heures ou même moins, de nouveau les étouffements renaissent. Ainsi se passe la nuit, Pendant ces paroxysmes, les malades inquiets, agités, ne peuvent rester en piise surtout lorsque la fièvre est | vive ». en. ;

A côté de ces mamifestations éminemment dangereuses, A faut. citer l'abattement, plus ou moins marqué, et la céphalée, presque constante. D'après Colin, elle ferait défaut dans les cas très bénins. Dans tous les autres, elle existe « parfois légère, mais le plus souvent gravative, accablante, continue, occupant surtout la région sus-orbitaire et le vertex, pri-

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vant les malades de tout repos, de tout sommeil ». L’insomnie est en effet constante et contribue pour une grande partàl’anéantissement des malades. Elle est entrecoupée parfois de courtes périodes d'un sommeil agité. Le délire est fréquent, tantôt doux et tranquille, tantôt furieux, dans les ce graves. Rayer l’a vu s'accompagner de convulsions,

Celles-c1 revêtent toujours une signification grave : elles sont toniques, localisées ou généralisées ; dans ce dernier cas le pronostic est fatal. La généralisation constitue en effet le mode d'aggravation des crampes du mollet, des muscles de la main que signalent les auteurs. Thoinot a observé un cas de tétanie.

5° Autres symptômes. — Aspect général. — Les malades, atteints de suetle intense, présentent un aspect qui se rapproche à certains égards, de celui des cholériques. Ils souffrent d’une soif très vive, urinent peu; effroyablement prostrés, la voix éteinte, amaigris, cyanosés, ils éprouvent une sensation d'angoisse épigastrique, ont les extrémités crispées et les muscles contracturés.

Dès la première épidémie cholérique en Europe (1830-1832), on avait émis l'hypothèse d'une analogie de nature entre le fléau indien et la « suette anglaise » (Colin).

En réalité, ce sont apparences plus fictives que fidèles. Le plus souvent, la soif n'est pas en rapport avec la grande spoliation aqueuse, et l'intensité des symptômes de dessèchement qu’on observe dans le choléra ne peut être qu'exceptionnellement notée dans la suette. Ici les symptômes gastro-intesinaux sont au minimum. Certes la langue est rôtie, l’anorexie absolue. Mais les vomissements alimentaires ou bilieux sont peu intenses. Il y a plutôt des nausées.

Il faut noter une constipation presque invincible. On obtient, à l’aide de purgations répétées, des selles goudronneuses et d’une grande fétidité.

Les wrines sont très diminuées de volume et dans certains cas presque complètement supprimées. Parmentier à bien étudié la courbe des urines. A cette période, elles sont riches en sédiment, de coloration foncée. « L’albumine et le sucre ont toujours fait défaut. L'urine, haute en couleur, élait riche en urates, pendant la phase aiguë de la maladie. Ces urates composaient presque entièrement le dépôt sédimenteux. L’acidité de l'urine était conservée. L’urine et l’urée suivent une courbe à peu près parallèle » (Parmentier). Ainsi, la caractéristique de ces urines est leur faible quantité, s’'accompagnant d’une forte diminution de l’excrétion uréique. L'absence d'albumine montre le peu d’affinité des toxines suettiques pour le parenchyme rénal. |

L'appareil respiratoire est remarquablement respecté. L'angoisse suffocante est d’ordre exclusivement nerveux et l’auscultation ne révèle aucune lésion bronchique ni pulmonaire. Cependant, quelquefois l'immunité remarquable des poumons vis-à-vis de la suette est moins absolue. Parrot et Mazuel ont signalé la toux. Thoinot l’a notée surtout chez les enfants, ceux-ci présentant dès la première période quelques râles de bronchite. Il a noté également chez des enfants le coryza. Les épistaxis sont beaucoup plus fréquentes. Elles sont d'ordinaire assez abondantes. L'étude du cœur et de

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l'appareil circulatoire ne décèle dans les premiers jours rien de particulier.

Température. — Des observations de 1887 et de 1906, il ressort qu'à la période d'invasion la température « varie avec le degré d'intensité de la maladie dans la période de début et jusqu'à l'éruption » (Thoinot). « Elle est peu élevée dans les cas moyens ; dans les formes frustes elle n'existe pas, tandis que dans les cas graves elle constitue un dangereux symptôme » (Haury). On peut dire avec Thoinot que, dans les cas de moyenne intensité, les oscillations se font autour de 5805 jusqu'à l’éruption.

Dans les cas graves, la température peut dès le début aller de 390% à 4005. Dans l'épidémie des Charentes, on à pu observer fréquemment des températures de 40° dès le début et il n’a pas été rare de voir le thermomètre « atteindre subitement les températures incroyables de 42, 420,5 et même 45° » (Saisy). ;

Telle est la période d’invasion qui, remarquable par son début bruyant, par les sueurs et par l'angoisse, s'étend jusqu’à l’éruption et dure généralement deux à quatre Jours. Pour certains auteurs,'elle peut se prolonger pendant un temps plus long que Foucart appelle la période d'état et qu'il aurait vu se prolonger pendant plus de 13 jours. On aurait vu lPéruption n apparaître qu’au 27°, 50e, 24% jour. D’après Colin, « l'existence de cet intervalle, parfois si long entre le début et l’éruption, est un des caractères qui séparent l’évolution de la suette de celle des fièvres éruptives ».

Il faut en réalité tenir ces faits pour exceplionnels.

Période d'éruption. — Durant la période de sueurs, les malades accusent déjà une sensation de picotements. Quand léruption approche, ceux-ci augmentent, s'accompagnant d’un véritable prurit.

La peau, déjà chaude, est souvent plus sèche. Elle devient d'un rouge vif. Le prurit peut être douloureux et intolérable. Parfois c’est une sensation de fourmillements ou de pointes d'aiguilles enfoncées dans la peau, agaçant au plus haut degré les malades. « Le prurit était toujours le signe avantcoureur de l’éruption, même lorsqu'elle se faisait en plusieurs poussées successives. Une malade nous disait qu'elle sentait les boulons pousser; chaque fois qu'elle ressentait des picoltements, elle était certaine que des boutons allaient apparaître » (Parmentier).

En même temps que ces symptômes cutanés, les phénomènes nerveux s’accentuent et présentent à ce moment leurs paroxysmes les plus redoutables. On est véritablement à un {ournant de la maladie.

De fait, dès que ce tournant est franchi et dès que l'éruption est « sor- Lie », l’état général est beaucoup moins inquiétant. « Les sueurs diminuent, l'oppression, la céphalalgie, disparaissent; la constipation cède, le pouls tombe en quelques heures au chiffre normal » (Colin).

Nous emprunterons surtout à Rayer la description de l’éruplion. Elle débute au cou, à la nuque, aux aisselles, se propageant ensuile au tronc qu'elle frappe à la partie postérieure, puis au thorax el au ventre. Elle envahit ensuite la face interne et les plis de flexion des bras, puis les jambes et les cuisses. En deux à trois jours, lout le corps est recouvert des éléments éruptifs. Cependant, quelques plages sont respectées : la paurne des mains et la plante des pieds, la face. Des exceptions à cette règle ont'été

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