‹ Nouveau traité de médicine (volume 5)Chapitre 113 sur 224 · CHAUVEAU. Comptes rendus, 1882 et années suivantes · texte numérisé non relu

CHAUVEAU. Comptes rendus, 1882 et années suivantes

MORPHOLOGIE ET BIOLOGIE DU B., CHARBONNEUX. Fasc. II. — 555

Lorsqu'ils se développent dans des milieux riches en albumine, dans le sang des animaux, dans le sérum sanguin, dans le liquide d’ascite, les bacilles s’entourent d’une capsule (fig. 2). Celle-ci constitue un élément de résistance ; elle fait défaut dans les échantillons avirulents,.

En pratiquant des cultures dans du sérum de cheval, préalablement chauffé pendant une demi-heure à 58°, on constate qu'au bout de deux ou trois semaines, le milieu se prend en une masse gélatineuse, constituée par les capsules, qui se dissolvent dans les solutions alcalines, soude, potasse ou carbonate de soude. La substance extraite par ce procédé, après filtration sur bougie de porcelaine, précipite par l'acide acétique.

Ajoutée à du sérum de lapin, elle Lui fait perdre son pouvoir bactéricide.

Semée sur les différents milieux de culture employés en microbie, la bactéridie s’allonge et affecte une deuxième forme : celle de filaments Fig. 1. — Bactéridie charbonneuse.

7. RE / 7\ (Préparation faite avec le sang d’un cobaye plus ou moins enchevêtrés (lig. 9). mort 36 heures après l’inoculation.) Ces filaments sont constitués par

une mince gaine hyaline renfermant dans son intérieur une masse homo-

gène qui, dans la plupart des filaments, est divisée en segments réguliers, généralement plus courts que les bâtonnets et séparés les uns des autres

par des espaces clairs; chaque segment représente une cellule végétale.

Dans la plupart des milieux de culture, Fe filaments donnent rapidement des spores endogènes reconnaissables à leur aspect brillant. [n’y a jamais qu’une spore par segment cellulaire. La spore est considérée aujourd'hui comme essentiellement constituée par

Fig. 2. — Sang,d’une souris une transformation de la chromatine numorte du charbon Gr. 1500 D. cléaire. Dans les milieux glycérinés, la chro-

matine se produit en abondance et ne tarde pas à former de petites productions brillantes, les sporoïdes, qui ne possèdent pas la propriété germinative.

Contrairement aux sporoïdes, les spores se produisent facilement dans les milieux peu riches en matières nutritives, et même dans l’eau distillée. Elles ne prennent jamais naissance dans le corps ou dans le sang des animaux, ni même dans le sérum sanguin: elles apparaissent si on dilue le sérum. |

Quand la spore est développée, le protoplasma se désagrège, la membrane d'enveloppe persistant encore sous forme de gaine vide; enfin, les spores sont mises en liberté. Elles végéteront à la condition d’être reportées dans un nouveau milieu de culture; d’après les classiques, elles augmentent de

G.-H. Rocrr.

volume, perdent leur réfringence; puis, une saillie apparaît à l’un des pôles, la membrane d’enveloppe se déchire en ce point, ou plutôt se résorbe; le protoplasma fait issue, il pousse et s’allonge sous forme de bacille. Les jeunes éléments semblent doués d’une certaine mobilité (V. Frisch, Toussaint). |

Malgré le soin que nous avons apporté à cette recherche, nous n'avons jamais pu observer la déhiscence de la spore. Mais en mettant les spores dans des conditions eugénésiques, c’est-à-dire en les plaçant à Pétuve sur de la gélose nutritive, nous avons constaté qu'au bout d’un quart d'heure, la plupart d’entre elles se laissent pénétrer par les couleurs d’aniline.

\ € est donc survenu une modification de leur membrane d’enveloppe qui doit permettre l'entrée des matières nutritives, aussi bien que l’entrée des. matières colorantes ; on concoit ainsi leur mode de développement.

La forme de la bactéridiese modifie quelque peu, quand on fait varier la composition des milieux de culture. ou la température am-

Fig. 5. biante. Dans les

Culture dans du bouillon, âgée de 48 heures. Gr. 700 D. vieilles cultures, on

| observe des formes

d'involution, ayant l'aspect de renflements fusiformes, piriformes, cylindriques, etc.

Caractères des cultures. -— ‘La bactéridie charbonneuse se développe . facilement dans les milieux artificiels, à la condition que leur réaction soit neutre ou légèrement alcaline et que l’oxygène puisse y arriver aisément.

Dans le bouillon, la végétation se fait sous forme de petits grumeaux, qui nagent dans le liquide resté clair et, au bout d'un certain temps. tombent au fond du vase: à ce moment, la sporulation est terminée et les filaments commencent à se désagréger.

Sur l’agar, on observe une traînée blanchâtre, épaisse, crémeuse.

L'aspect est tout à fait caractéristique quand on emploie un tube de gélatine et qu'on y sème le charbon par une piqûre. Dans le canal ainsi produit se développe une bande blanchâtre d'où partent de petits filaments devenant bientôt floconneux; la partie libre est occupée par une colonie floconneuse, assez épaisse. Au bout de quelques jours, la gélatine liquéfiée est envahie par une masse blanchâtre, qui finit par tomber au fond du tube.

MORPHOLOGIE ET BIOLOGIE DU B. CHARBONNEUX. Fasc. II. — 555

Sur une plaque de gélatine, la colonie, au bout de 2 ou 5 jours, se présente, quand on l’examine à un grossissement de 60 à 80 diamètres, sous l'aspect d’un disque arrondi, formé de filaments réunis en une masse chevelue (fig. 4) ou en flocons cotonneux.

Sur la pomme de terre, la végétation se fait abondamment sous forme d’une couche opaque, épaisse et d’un blanc sale.

Les cultures dans le lait présentent quelques caractères particuliers. Si l’on sème la bactéridie dans un tube à essai contenant 15 à 20 ce. de lait, on constate que le milieu est coagulé vers le troisième Jour; si on la sème dans un matras à fond plat, de façon que l’aération soit facile, le lait ne se coagule pas, il se transforme simplement en un liquide jaune brunâtre. La coagulation du lait est due à un ferment soluble; s'il n’agit pas dans les milieux fortement aérés, c’est que, dans ces conditions, la bactéridie transforme la caséine en une ma- Lière incoagulable.

La bactéridie sécrète encore un ferment qui saccharifie lamidon et le glycogène. Dans les liquides où on a semé le microbe vivant, on ne trouve pas de glycose, le sucre étant consommé au fur et à mesure qu'il se produit (Roger, Étienne).

La bactéridie charbonneuse donne naissance à des ferments protéolytiques, liquéfiant l’un, la gélatine, l’autre, l’albumine coagulée. Ce dernier ne résiste pas à l’action du chloroforme, ce qui permet de le Fig. 4. — Colonie développée sur une plaque différencier du ferment peptonifiant ‘°Ssélatine et agée de 3 jours. Gr. 80 D. la gélatine.

Outre ces ferments solubles qui agissent sur le milieu, la bactéridie produit différents corps bien définis chimiquement : acide carbonique, ammoniaque (Perdrix), acides gras, acétique, formique, caproïque (Iwanow). D’après Mile Napias, elle: donne, aux dépens de l’amidon et des sucres, des acides lactique et acétique. La propriété amylolytique est surtout marquée chez les races atténuées.

Il est un certain nombre de bacilles qui ont des analogies assez étroites, peut-être même une certaine parenté, avec la bactéridie charbonneuse. Tels sont parmi les principaux : Bacillus anthracoïides (Hueppe et Wood), qui se trouve dans la terre et dans l’eau; B. pseudo-anthracis (Burri, Hartleb et Stutzer), isolé de différentes poudres de viandes. ; B. anthraci similis (Mac Farland) découvert dans le pus d’un abcès; trois bacilles dits simili-char- bonneux et distingués par les lettres À, B, C (Ottolenghi). Tous ces microbes ont une morphologie analogue à celle du bacille charbonneux, mais ne sont pas pathogènes.

Action des agents physiques et chimiques. —- Le développement et la

G.-H. Rocer.

356 FN OCHARDON

vie de la bactéridie sont considérablement influencés par la température; c'est à 57° que la végétation se fait le plus rapidement, en 8 heures environ; dès la vingtième heure, la culture est sporulée. À 30°, les spores se produisent au bout de 50 heures; à 18° ou 20°, elles mettent 2 où 5 jours à apparaître; elles cessent de se former à 15°. Les cellules ne se divisent plus à partir de 12°, Il va sans dire que ces chiffres n’ont rien d’absolu. Ainsi, d’après C. Frænkel, la végétation s’arrêterait à 16° et la sporulation à 24 ou 25°; il n'y aurait donc jamais de spores dans les cultures sur gélatine.

Pour les températures élevées, on admet que c’est à 45° que la bactéridie cesse de croître; à partir de 45°, les spores ne se forment plus.

Lehmann, Han Buchner, Behring, Roux ont décrit des variétés asporogènes; on les obtient en plaçant la bactéridie dans des conditions défavorables à son développement; par exemple, en la cultivant dans des milieux additionnés de faibles doses d’antiseptiques, bichromate de potasse ou acide phénique au millième (Roux) ; acide rosolique ou acide chlorhydrique à 1 pour 100 (Behring). En faisant croître la bactéridie dans des sacs de collodion, enfermés dans le péritoine du chien, Phisalix a obtenu une variété asporogène, à éléments extrêmement courts, ressemblant à des microcoques (Bacillus anthracis brewigemmans). |

Si l’antiseptique agit pendant 8 ou 10 jours, on obtient une race asporogène virulénte; si son action se prolonge plus longtemps, la bactéridie perd à la fois la propriété de donner des spores et de tuer les animaux.

L'action des différents agents physiques ou chimiques diffère totalement, suivant que les éléments sont ou ne sont pas sporulés; ce résultat, mis en évidence par les recherches de Koch, explique certains faits contradictoires observés au début de l'étude du charbon. Ainsi, lorsqu'on enferme du sang charbonneux dans des tubes scellés, en ayant soin de ne pas y laisser pénétrer d'air, la bactéridie périt en peu de temps; si l’on refait l'expérience avec des éléments sporulés, la vie persiste pendant des années.

La présence ou l’absence de spores n'est pas la seule cause d'erreur contre laquelle on doive se mettre en garde. Il faut toujours noter soigneu-

sement dans quelles conditions se trouvent placés les microbes sur lesquels.

on expérimente. Les résultats sont bien différents suivant qu'on emploie des cultures asporogènes ou du sang charbonneux, suivant qu’on opère sur des microbes humides ou desséchés, exposés ou non à l’action de l’air et de la lumière, suivant qu’on élève ou qu’on abaisse la température ambiante.

La «question est donc complexe et se trouve entourée d'une série de difficultés qui modifient les résultats et expliquent un grand nombre de con-

tradictions.

Momont (!) a essayé d'éviter ces diverses causes d'erreur. Il a reconnu

que les bâtonnets du sang charbonneux sont bien plus résistants que les filaments des cultures asporogènes. Le sang, desséché dans le vide sur l'acide sulfurique, reste virulent quand on le soumet pendant 1 h. 1/2 à une température de 92°; le sang humide est stérilisé à 55° en 1 heure. Les

4. Momonr. Action de la dessiccation, de l’air et de la lumière sur la bactéridie charbonneuse filamenteuse: Thèse de Paris, 1891 et Annales de l’Institut Pasteur, 1892.

MORPHOLOGIE ET BIOLOGIE DU B. CHARBONNEUX. Fasc. II. — 557

bâtonnets du sang desséché, quand on les laisse au contact de l'air, survivent pendant 60 jours à une température variant de 16° à 22°, et pendant 48 jours à 55°; si on les place dans le vide, la survie est de 48 jours à 22°, de 52 jours à 55. En se servant du sang humide, la survie, qui est de 60 jours à 35° dans le vide, n'atteint pas 50 jours au contact de l'air. D'après Weil(!). les éléments non sporulés périssent en ! minute à 80°; 3 m. à 75°; % m. à 70 et 5 m. 1/2 à 65°. À 5l° ils meurent en une demi-heure.

Pour tuer les spores, il faudrait les soumettre, d’après Koch et Wolffhügel, à une température humide de 107 pendant 5 minutes; dans l'air sec elles résisteraient à 120° pendant 4 heures et il serait nécessaire de les laisser 5 heures à 140° pour les tuer sûrement. Il est vrai que dans des expériences plus précises, Massol a trouvé des chiffres bien moins élevés; les spores seraient détruites par une exposition de 5 à 10 minutes à urie température de 1002. ;

Les modifications de la pression agissent peu sur les microbes, mais exercent des effets différents suivant que les bactéridies sont sporulées ou asporogènes : les premières, sous l'influence de hautes pressions, 2600 atmosphères par exemple, subissent une légère diminution du pouvoir pathogène ; les secondes, dans les mêmes conditions, périssent en grand nombre ; celles qui survivent sont fortement atténuées cet leur inoculation ne détermine plus qu'une maladie chronique (?).

L'influence de l'air, dans toutes ces expériences, ne doit pas non plus être négligée; Roux a démontré que les spores sont luées quand on les soumet, pendant 60 heures, à l’action combinée de l'air et d’une température de 70° ; si on répète l’expérience, en les laissant à l'abri de l’air, on les trouve encore vivantes au bout de 165 heures. On observe des faits anà-

logues en étudiant l'influence simultanée de l'air et du soleil. D'après

Arloing, la lumière solaire est plus nuisible aux spores qu'aux bâtonnets, même quand on place le liquide ensoleillé dans de la glace, de façon à empêcher le développement de la spore, et la production de jeunes bacilles peu résistants. Pour expliquer le résultat, Roux admet que, sous l'influence de la lumière solaire, le. bouillon subit des modifications chimiques qui le rendent impropre à la végétation de la bactéridie.

Momont, qui a repris cette étude, a reconnu que les spores maintenues

1 heure dans l’eau distillée, périssent après 48 heures d’insolation, quand

elles sont au contact de l’air; enfermées dans un tube sans air, elles sont encore vivantes après 110 heures. Les cultures asporogènes succombent rapidement; un liquide qui donnait, au début de l’expérience, 2520 bacléries, n'en contient plus que 50 après 20 minutes d'insolation, 4 après 40 minutes: il est stérile au bout de 3/4 d'heure.

Des différences analoguës s'observent quand on étudie l’action de l'eau. Hochstetter a trouvé que la bactéridie non sporulée, contenue dans de l’eau distillée ou dans l’eau de Berlin, stérilisée au préalable, périt en 3 jours;

1. WeEiL. Zur Biologie der Milzhbrandbacillus. Thèse de Berne 1899 et Arch. für Hygiene, xxxix, 1901.

2. RoGer. Action des hautes pressions sur quelques bactéries. Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1896; Arch. de physiol., 1896.

G.-H. Rocer.

les spores sont encore vivantes au bout de 154 jours (Nœgeli et Koch)

el mème au bout d’un an. La résistance est plus grande quand la température est basse; d’après Meade Bolton, les bâtonnets meurent au bout de 6 jours à 200, (andis que les spores restent vivantes pe 3 mois : mais si on les maintient pendant le même laps de temps à 55°, elles perdent le pouvoir de se développer. Une nouvelle cause d'erreur à été mise en évidence par Straus et Dubarry : dans l’eau distillée, la bactéridie donne des spores à 15 ou 20", et, dès lors, la végétation se trouve encore possible au bout de 131 jours.

En plaçant à l'abri de la lumière des fils de soie imprégnés de spores. on obtient des cultures au bout de 10 ans (Scagliosi) et même de 17 ans (Buisson). De vieux tubes de culture conservés 18 ans dans un laboratoire renfermaient des spores vivantes et virulentes (von Szekely). D'après Sirena,

les spores conservées dans de la terre végétale, à la température ordinaire,

étaient encore capables de végéter après 16 ans; dans de la terre saturée d’eau salée ou dans l’eau de mer, elles étaient vivantes après plus de 15 ans. En les laissant dans l’eau distillée, stérilisée, Sireux constate qu’elles sont vivantes et virulentes après 8 ans. Au bout de 10 ans elles peuvent encore se développer, mais elles ont perdu leur action pathogène. Dans les autres expériences, Ja vitalité et la virulence se sont modifiées parallèlement.

Les spores résistent pendant 3 et 4 heures à l’action de lozone, mais sont détruites par un séjour de 5 heures (Oberdôffer). Elles ne sont pas tuées quand on les soumet pendant 21 jours à’ l'influence de l'oxygène comprimé à 10 atmosphères, tandis que, dans les mêmes conditions, les bâtonnets succombent en 8 jours.

Nous ne pouvons, à notre grand regret, insister sur toutes ces expériences fort intéressantes; nous n'avons signalé que les faits principaux et nous terminerons l'étude de la résistance vitale du charbon en disant quelques mots de l’action des substances chimiques. Comme toujours, les résultats diffèrent suivant qu'on agit sur les bâtonnets ou les spores. Ces dernières résistent à un mélange d'alcool et d’éther; elles peuvent rester vivantes pendant 37 jours dns une solution d'acide phénique à 5 pour 100 (Guttmann ‘et Merke), tandis que les bâtonnets sont tués en 10 secondes par une solution au centième (Gartner et Plagge). Le sublimé à 1 pour 1000 fait périr les bâtonnets en quelques minutes (Geppert); pour détruire la spore, il faut des solutions à 1/400° et 1/200° (Tscherni).

Behring a étudié le rapport qui existe entre l’action antiseptique des diverses substances sur la bactéridie et leur action toxique sur les animaux : il est arrivé à cetle conclusion assez curieuse que la toxicité relative ne varie guère, et oscille autour du chiffre 6; c’est-à-dire que pour tuer 1 kilogramme d'animal 11 faut 6 fois moins de substance que pour stériliser un litre de liquide. Voici quelques-uns des chiffres qu'il donne et qui ont un certain intérêt pratique.

ÉTIOLOGIE. Fasc. II. — 559

Pouvoir Pouvoir Toxicité

antiseptique. toxique. relative.

RP DNEMINUe ES Es TR Se 1e",7 Oer,27 6,6 SUBI Er nr APRES EE Osr, 1 Osr,017 d,8 Chlorhydrate de quisine RTE LE ES OS AR (LEURS Osr,17 4,7 Mercuro-cyanure de potassium. 12h OR UE 0s:,017 Oer,005 »,6 Argento-eyanure de potassium . . . . . Osr,02 0s',005 6,6 Auro-cyanure de potassium. . . . . . 06',04 0,006 6,6

- Ces chiffres sont loin d’avoir une valeur absolue, car l’action des antiseptiques varie avec la température. Koch a montré que la chaleur esi un adjuvant des antiseptiques. Heider a trouvé que l'acide phénique à 5 pour 100 n’a pas détruit les spores en 56 jours à la température ambiante: il les fait périr en 2 heures à 55° el en 5 minutes à 570.

D'assez nombreuses expériences établissent encore que les bâtonnets sont rapidement détruits sous l'influence de la putréfaction, tandis qu'au boul d’un mois les spores sont vivantes.

Les quelques considérations que nous avons cru devoir présenter sur la résistance’ du bacille aux diverses causes de destruction étaient indispensables pour pouvoir aborder létude étiologique du charbon.

ÉTIOLOGIE Distribution géographique. — Sile charbon s’observe dans toutes

les régions du globe, il est certaines contrées où 1l a exercé de véritables ravages. Ce sont, en France, la Brie, la Champagne, la Bourgogne, le Dauphiné, l'Auvergne, les Charentes, le Languedoc et surtout la Beauce; dans celte dernière contrée, l’infection charbonneuse à pu, à de certains moments, frapper 20 pour 100 de la population ovine, amenant par an une perte de 7 à 8 millions de francs. En Allemagne, on l’observe surtout dans la Bavière et la Saxe; en Autriche, ce sont les provinces danubiennes et la Hongrie qui sont plus spécialement atteintes. Parmi les États d'Europe, c'est la Russie qui a payé le plus lourd tribut à la terrible infection; la Sibérie a été à maintes reprises ravagée par des épizooties et des épidémies qu'on a réunies sous le nom de peste sibérienne; c’est ainsi qu'à Novogorod, de 1867 à 1870, le charbon fit périr 56 000 individus des espèces chevaline, bovine et ovine et entraîna la mort de 528 hommes.

Les maladies charbonneuses semblent plus rares en Angleterre et dans l'Amérique du Nord. Elles sont assez répandues dans les autres parties du Nouveau-Monde, surtout à Buenos-Ayres, ainsi que dans l'Asie centrale et dans l’Inde. On n'a pas toujours su les rattacher à leur véritable cause ; rien d'instructif à cet égard comme cette épizootie d'Australie qu'on désignait autrefois sous le nom de Cumberland disease et qui causait, chaque année, la mort de 300000 moutons. Loir, Germond et Hinds ont montré qu'elle est sous la dépendance de la bactéridie. Au Brésil, la maladie qu’on avait décrite chez les bovidés sous le nom de Garotilha n’est que l’infection charbonneuse, comme l'ont établi Marchoux et Salimbeni.

G.:H. Rocer.

Modes de propagation du charbon. — La résistance des spores charbonneuses aux différents agents chimiques ou physiques explique la persistance de l'infection dans certaines contrées. Pendant un temps fort long, les spores, déposées sur le sol ou même dans l’eau, conservent leurs propriétés végétatives. Bollinger(‘) rapporte à ce propos une observation bien curieuse, publiée par Einike. En 1852, un bœuf meurt du charbon; deux personnes mangent de sa chair et succombent. Au printemps, la peau de l'animal est mise à macérer dans une mare, puis manipulée par un sellier qui en fait des harnais. Cet homme contracte le charbon. Un troupeau de moutons se baigne dans la mare : vingt d’entre eux succombent au sang de rate; enfin on voit périr deux chevaux qui avaient porté les harnais préparés avec la peau de la bête charbonneuse. Cette observation est intéressante à plus d’un titre; elle confirme, en tout cas, ce que nous disions plus haut de la survie des spores, maintenues dans de l’eau.

Le plus souvent c’est la terre, contaminée par les urines, les excréments, le sang des animaux malades, qui sert à la propagation de l'infection.

La persistance des germes à la surface du sol ou dans son épaisseur a été étudiée à maintes reprises; les résultats semblent au premier abord assez contradictoires. On sait depuis longtemps que, dans une même. contrée, certains pâturages sont particulièrement dangereux; en Beauce; on les désigne sous le nom de « champs maudits ». Parfois les foyers sont circonscrits, se localisant à une ferme, un enclos, une étable. Pasteur. réussit à découvrir les spores charbonneuses sur les terres infectantes, dans le sol qui recouvrait ou entourait les fosses où l’on avait enfoui, plusieurs années auparavant, des cadavres d'animaux charbonneux. Souvent même la terre avait élé ensemencée et avait donné des moissons sans que Sa virulence eût disparu. Restait à trouver comment se fait l'infection de la terre : et comment les spores remontent du point où l’on a enfoui les cadavres à Ha surface du sol. Pasteur montra le rôle des vers de terre qui vont autour des cadavres, avalent la terre contaminée et, remontant à la surface, y déposent, par les excréments qu'ils rendent, les germes du charbon.

Koch attaqua vivement ces conclusions; il prétendit que la terre est trop froide pour permettre la végétation et surtout la sporulation du charbon. La température, dans l'intérieur du sol, à un demi-mètre de profondeur, est de 15 à 19%, et, à un mètre, de 14 à 18°, pendant les mois où elle atteint son maximum, C'est-à-dire en août et septembre. Ces chiffres mêmes nous indiquent que nous sommes sur la limite des conditions thermiques où peut se faire la sporulation et Schrakamp a réussi à cultiver le charbon dans de la terre végétale stérilisée, maintenue etitre 18 et 29% Paterre semble-t-il, représente un bon milieu de culture, car, en introduisant des particules de quartz dans les liquides où l’on cultive la bactéridie, on favorise notablement la sporulation (Soyka). D'ailleurs, autour des animaux enfouis, la température du sol est plus élevée à cause de la chaleur que diet les cadavres peñdant la putréfaction.

Koch admit que l’infection se fait surtout en surface, par contamination

1. BoLziINGER. Ziemssen’s Handb. d. speciellen Path. und Therap., Bd IT, 1876.

Page 1