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CHARBON DES ANIMAUX

Comme ce serait sortir de notre cadre que d'étudier l’évolution du charbon dans la série animale, nous nous bornerons aux faits indispensables.

Parmi les animaux de laboratoire, 1l en est trois qui se montrent particulièrement sensibles à la maladie, la souris, le cobaye et le lapin. Si on inocule le virus (sang charbonneux ou culture) dans les veines d’un lapin, on n observe d’abord aucun trouble; an bout de 48 heures, l'animal est pris de convulsions et ne tarde pas à succomber. Si l’inoculation est faite sous la peau, l’évolution est semblable, souvent un peu plus longue. Il se produit fréquemment au point inoculé un œdème qui peut prendre des proportions considérables. L'animal reste pendant longtemps bien portant en apparence; mais sa température s'élève de 1 ou 2", puis elle s’abaisse rapidement et tombe à 34, 32 el 30°.

Chez le bœuf, on observe surtout des formes aiguës sans localisations externes, caractérisées par des phénomènes généraux graves portant sur le système nerveux (stupéfaction ou accès rabiformes), de la fièvre, parfois une

1. CHAMBRELENT et Moussous. Passage de bactéridies charbonneuses dans le lait des animaux atteints du charbon. Comptes rendus, 1883.

2. SrRAUS et SANCHEZ-ToLEpo. Recherches bactériologiques sur l'utérus après la parturition physiologique. Comptes rendus de la Société de biologie, 1888.

5. MarrTiNoTTI: und TEpEscHi. Untersuchungen über die Wirkungen der Inokulation des Milzbrandes in die Nervenzentra. Centralb. für Bakteriologie, 1891.

G.-H. Rocer.

dyspnée d'ordre toxique, des hématuries et des matières sanguinolentes. La mort survient dans les convulsions au bout de 12 à 48 heures. On peut trouver des tumeurs charbonneuses, primitives ou secondaires, sur les téguments, ou sur la muqueuse buccale (glossanthrax, palato-anthrax).

Le charbon est plus rare chez le cheral et se caractérise aussi par une marche rapide, par des troubles nerveux et par des coliques ‘qui sont constantes et souvent précoces.

C'est, comme on sait, chez le mouton que le charbon s’observe le plus souvent. Désigné sous les noms de maladie de sang, coup de sang, sang de rate, il affecte, en général, une évolution apoplectiforme. Les animaux sont frappés subitement; ils tombent, sont pris de convulsions, rendent du sang noir par les ouvertures naturelles et succombent ainsi en quelques minutes. Dans les cas aigus, où l’évolution dure 1 ou 2 heures, on observe des symptômes de congestion pulmonaire, des troubles nerveux, une démarche titubante. Parfois l'infection est plus lente : le berger s'aperçoit que l'animal est malade car il reste en arrière du troupeau; il lui serre fortement les naseaux; si l’urine rendue est sanguinolente, le diagnostic est presque certain.

SYMPTOMATOLOGIE

Il est facile de comprendre que, suivant qu’elle aura envahi d'emblée l'organisme, qu’elle aura pénétré par les voies digestives ou respiratoires, ou qu'elle se sera cantonnée dans les téguments, la bactéridie charbonneuse déterminera des manifestations morbides qui sembleront n'avoir entre elles aucun our Aussi est-on forcé de décrire séparément les différents types qu’on peut observer. Nous étudierons d’abord les localisations externes, comprenant la pustule maligne et l’'œdème malin, puis nous décrirons le charbon gastro-intestinal et le charbon pulmonaire. Dans un dernier chapitre, nous mentionnerons certaines formes plus rares.

Pustule maligne (Syn. : feu persique, bouton malin, puce maligne). — La pustule maligne est, sans contredit, la manifestation la plus fréquente de l'infection charbonneuse chez l’homme. |

Elle se développe sur les parties découvertes, particulièrement à la face où elle s’observe dans plus de la moitié des cas. Sur 1077 faits, relevés par Koch, elle occupait 601 fois la face et la tête, 370 fois les membres supérieurs, 45 fois le cou et la nuque, 61 fois les membres inférieurs et le tronc.

Presque toujours la pustule est unique; exceptionnellement on en à

observé deux (Bourgeois, Raimbert, OEmler) et trois (Thomassin) sur le

même individu.

Entre le moment de l'inoculation et celui où apparaissent les premières manifestations morbides, existe une période d’incubation dont la durée, assez variable, est généralement fort courte et n'excède pas 2 ou 5 jours. Dans un cas que nous avons observé récemment, elle s’est prolongée 9 jours; elle a atteint 15 jours dans un fait rapporté ‘par Bidanet. D’après Bayle, une pustule maligne se développa chez un officier de santé qui, 99 jours auparavant, avait pratiqué l’autopsie d’une mule charbonneuse. S1 le fait est exact, il faut admettre que des spores sont restées dans des

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rephis de la peau et ont pénétré plus tard par une éraillure accidentelle. Le début passe le plus souvent inaperçu; quand le malade vient consulter, il porte déjà une lésion bien constituée, dont l'aspect, comme nous le

verrons, est tout à fait caractéristique. Dans quelques cas pourtant, où le

malade était prévenu du danger, on a pu observer la lésion dès son début. A cette première période, c'est une pelite lache ayant l'aspect et les dimensions d’une simple piqûre de puce; c’est ce qui lui a valu, en Bourgogne, le nom expressif de « puce maligne ». Puis se produit une vésicule légèrement prurigineuse, que le malade gratte et qu'il écorche, mettant à nu une dépression d’un rouge violacé, qui ne tarde pas à se recouvrir de concrétions jaunâtres.

D’autres fois le début se fait par l’apparition d’une vésicule de volume variable, qui s'étend, atteint 2 où 3 millimètres de diamètre, s’aplatit el s’ombilique à son centre; elle prend une coloration gris brunâtre et repose parfois sur une base dure, entourée d’un léger œdème. Si on crève la vésicule, il s'écoule une goutte de sérosité; au-dessous, le derme est rouge et ne tarde pas à s’escharifier.

Dans quelques cas, la vésicule initiale a semblé faire défaut; il y avait une simple papule; d’autres fois, au contraire, le liquide était plus abondant et formait une bulle d'un jaune ambré (Bourgeois).

Vers le deuxième jour, la lésion est constituée par une eschare jaunâtre, qui devient rapidement brune, puis d’un noir foncé, ce qui lui a valu le nom de charbon, qu'elle porte encore aujourd'hui. C’est la deuxième période.

L’eschare repose sur une base indurée et est entourée d’un bourrelet œdémateux, dur, rouge. Sur ce bourrelet se produisent de petites vésicules (aréole vésiculaire de Chaussier), remplies d’un liquide citrin, plus rarement rougeâtre ou même bleuâtre, se coagulant sur les téguments dès qu'il s'écoule au dehors. Ces vésicules sont disposées sur un ou plusieurs rangs; leur nombre est variable; tantôt elles font autour de l’eschare un cercle complet, une sorte de collier; tantôt elles sont bien moins nombreuses; il y en a trois ou quatre, formant sur le bourrelet périphérique autant de saillies séparées par de petites dépressions. L’eschare ‘centrale, en s'étendant, chasse devant elle le bourrelet, qui va toujours en augmentant d'épaisseur et sur lequel peut se faire une nouvelle éruption de vésicules, plus volumineuses que les premières. H. Pied insiste sur l’insensibilité à la douleur et la chaleur de la zone atteinte, avec conservation de la sensibilité tactile.

La troisième période commence vers le troisième ou le quatrième jour; la lésion est alors constituée de la façon suivante: au centre l’eschare, qui atteint ? et 5 centimètres de diamètre, et paraît d'autant plus déprimée que les parties voisines sont plus saillantes et plus tuméfiées ; autour d’elle on trouve le bourrelet et les vésicules; enfin les téguments voisins se sont infiltrés de sérosité. L’œdème, surtout abondant dans les points où le tissu cellulaire est lâche, peut, par places, atteindre des proportions considérables. Si la lésion siège à la face, les paupières sont gonflées, recouvrant complètement le globe oculaire; dans une observation de Straus, l’œdème s’étendait du maxillaire inférieur au rebord des fausses côtes. La peau est le plus souvent tendue et luisante, parfois rouge ou violacée; exceptionnel-

G.-H. Rocer.

lement elle est sillonnée de traînées bleuâtres ou rosées, en rapport avec de la phlébite ou de la lymphangite (racines du charbon). Généralement l’envahissement des lymphatiques ne se traduit pas par des altérations tronculaires appréciables; seuls, les ganglions sont volumineux, douloureux à la pression et s’entourent d’un certain degré d'infiltration œdémateuse.

La pustule elle-même n’est pas douloureuse spontanément, il n'existe à son niveau qu'un simple engourdissement, et une certaine sensibilité à la pression.

À la fin de cette période, c'est-à-dire vers le quatrième ou le cinquième jour, les phénomènes généraux sont très marqués. Souvent, dès le début, le malade se sent fatigué, courbaturé; il ne peut se livrer à aucun travail: parfois 1l éprouve quelques frissons et de la céphalalgie. La fièvre s'allume vers le deuxième jour, plus souvent vers le quatrième ou le cinquième ; la température atteint, 40°, mais ne monte guère au-dessus. Il n'y a aucun rapport entre l'élévation thermique et l’évolution de la maladie; la fièvre est souvent très vive dans les cas favorables, et Verneuil regardait lapyrexie comme d’un mauvais pronostic.

rarement dur; la langue est blanche, l’anorexie absolue.

Cette troisième période dure

Fig. 5. — Pustule maligne (figure schéma- AU ; ; tique). — A, eschare centrale; B, aréole * de 5 à 5 jours, du moins chez les vésiculaire; C, bourrelet périphérique; sujets robustes. Chez les gens rue AE un ne Et T Re Re débilités, la marche est beau-

coup plus rapide et aboutit à la

quatrième période ou période d'infection générale.

Les symptômes deviennent plus graves : la peau est ch et sèche ; la

bouche pâteuse, l’haleine fétide; la soif est modérée; les urines sont rares,

de coloration rouge brique; le plus souvent elles ne contiennent pas d'albu-

mine. Puis se produisent des vomissements glaireux et bilheux; à la constipation du début succède de la diarrhée. Le malade se plaint d'une céphalalgie assez vive; s’il veut se lever, il est pris de vertige et ne peut se maintenir en ee Il éprouve parfois des douleurs articulaires, souvent fort pénibles, et pouvant, comme dans une observation de Chassaignac, revêtir -une forme erratique et passer d’une jointure à l'autre.

À ce moment l’eschare se détache; le tissu cellulaire voisin et la peau sont envahis: des phlyctènes apparaissent autour du foyer primitif ou en des points éloignés; parfois on voit se développer une suppuration abondante ou bien des plaques de gangrène et même des infiltrations gazeuses. Toutes ces lésions peuvent être fort étendues, mais restent superficielles, elles ne dépassent pas le tissu cellulaire et épargnent les muscles.

Bientôt les phénomènes généraux s'aggravent encore : les vomissements deviennent de plus en plus fréquents et sont teintés de sang; la langue est rouge, sèche, râpeuse; le ventre se météorise; la diarrhée est fétide; le

Le pouls est accéléré, mou, plus.

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facies est tiré, rappelant celui qu'on observe dans la péritonite; le malade se refroidit rapidement, ce qui achève de lui donner un aspect cholériforme. Dans quelques cas il se plaint d'une chaleur interne; 1l rejette ses couvertures; et pourtant sa température tombe rapidement de 39 à 36° (Frænkel et Orth) et même à 55° (Routier). L'haleine est froide et fétide; le corps est couvert de sueurs visqueuses. Le pouls est faible et la respiration inégale. La connaissance persiste le plus souvent jusqu'à la fin, mais le malade est dans un état continuel de somnolence ou agité et incapable de dormir. Il succombe ainsi, soit par collapsus algide, soit au milieu de phénomènes convulsifs, tétaniformes ou épileptiformes. Plus rarement la mort est précédée de délire auquel fait suite le coma. Elle peut encore être due à une syncope ou à une complication, comme la thrombose de l’ophtalmique et des sinus de la dure-mère, le télanos (Reynier), ete.

Dans quelques cas, le malade est mort subitement, sans que rien ait fait prévoir la terminaison fatale (Montfils, Régmier, Raimbert).

Quand l'issue doit être funeste, Ia maladie peut se prolonger 12 et même 15 jours ; généralement son évolution oscille entre 6 et 9. Pendant 3 ou 4 jours, la lésion reste locale; puis apparaissent les phénomènes qui indiquent l’envahissement de l'organisme et qui durent de 4 à 6 jours.

En se basant sur la marche de la maladie, on lui a souvent décrit deux périodes, sui- Fig. 6. — Pustule maligne

vant que l'infection est encore locale ou de la région brachiale.

s’est généralisée.

Lorsque la pustule maligne est traitée, et même en dehors de toute intervention thérapeutique, la guérison est possible : l’eschare se limite, se soulève à la périphérie, le centre restant plus longtemps adhérent; au-dessous d'elle on aperçoit un peu de pus, et cette suppuration doit être regardée comme un signe favorable. L’œdème diminue, devient moins dur; puis du dixième au vingtième jour, l’eschare tombe, laissant une plaie assez profonde. La suppuration peut être abondante et prendre les proportions d’un véritable phlegmon, ce qui constitue un nouveau danger; on a vu des malades, qui avaient résisté à l’infection charbonneuse, succomber tardivement à des accidents septicémiques ou pyémiques. Dans les cas moins graves, où elle n'entraîne pas la mort, la suppuration peut être une cause de cicatrices difformes. Le plus souvent pourtant, la plaie bourgeonne et guérit, laissant seulement une petite cicatrice indélébile, blanche et déprimée.

La guérison spontanée peut survenir, alors même que se sont montrés des phénomènes généraux inquiétants (Bourgeois, Raimbert, Reclus).

Un fait curieux, c’est que la pustule maligne ne confère pas l’immunité; on cite d’assez nombreuses observations où un même individu en à eu deux et trois à quelques mois de distance. I n’y a même pas d'atténuation dans l’évolution; la deuxième pustule peut être plus grave que la première.

Formes chiniques de la pustule maligne. — L'aspect de la pustule maligne se modifie suivant le siège de la lésion. Aux paupières l'eschare est très pelile: ce n'est souvent qu’un simple point brunâtre ou bleuâtre, mais l’æœdème est très considérable. À la région cervicale, l’œdème peutse propager au larynx el nécessiter la trachéotomie (Coley, Reynier, Gellé), ou fuser vers le médiaslin. Les pustules développées sur les paupières, déterminent parfois une thrombose de lophtalmique et des sinus de la dure-mère.

Œdème malin. — L'infection charbonneuse peut se traduire par un œdème souvent très abondant, analogue à celui qu’on observe chez les animaux(!). Cette manifestation est assez rare. Sur un relevé de 72 cas, Le Roy des Barres n’en à observé que 5 exemples contre 67 de pustule maligne. |

Signalée pour la première fois par Bourgeois, cette affection s'observe surtout aux paupières, qui s'infiltrent, se tuméfient et recouvrent complètement le globe oculaire; vient-on à les écarter, on constate que la cornée est saine, mais la conjonctive est distendue de liquide. |

L'œdème s'étend rapidement aux régions voisines, envahit l'œil primitivement sain, puis gagne la face, les lèvres, qui deviennent énormes, descend sur le cou et parfois sur le thorax et même sur la partie supérieure de l'abdomen. Les régions atteintes sont déformées et boursouflées. C’est d’abord un œdème mou, tremblotant, qui, plus tard, devient plus dur. La peau est lisse ou, plus souvent, chagrinée, l’épiderme étant détaché par une multitude de petites vésicules. Parfois, vers le deuxième ou le troisième jour, on voit apparaître des phlyctènes sanguinolentes sous lesquelles se produisent des eschares noirâtres.

La marche de l’œdème malin est beaucoup plus rapide que celle de la pustulé. Dès le deuxième ou le troisième jour surviennent les phénomènes d'infection générale, et le malade suécombe en 4 ou à jours dans le collapsus, la température rectale pouvant tomber à 55°, comme dans une observation de Regnard et Routier.

Cependant, dans quelques cas, l’évolution s’est prolongée une dizaine de jours et exceptionnellement s'est terminée par la guérison. |

L'œdème malin peut occuper le tronc et les membres supérieurs, se traduisant encore par une infiltration œdémateuse ‘fort étendue. On la observé aussi sur la langue et les lèvres; les parties atteintes se tuméfient, oblitérant la cavité buccale, empêchant la déglutition et rendant la respiration très difficile. |

Charbon gastro-intestinal. — Le charbon gastro-intestinal (fièvre gasrique ou gastro-entérite charbonneuse de Raimbert) débute d’une façon assez brusque. Parfois l’invasion s'annonce par des frissons; plus souvent, le malade se sent fatigué; il éprouve une vive courbature, un anéantissement général qui le force à abandonner tout travail. En même temps, il se plaint de céphalalgie, de vertiges, d’éblouissements, de douleurs lombaires et épigastriques. Ces prodromes durent peu et bientôt éclatent divers troubles digestifs. L’anorexie est complète, la soif vive; la langue,

1. CaRRIEN et OEcoxomos. L’æœdème malin charbonneux. Gazette des Hôpitaux, 4 et 11 juillet 1914.

SYMPTOMATOLOGIE. Fasc. II.

Saburrale au centre, est rouge sur les bords; l’épigastre douloureux. Puis

surviennent des nausées et des vomissements, presque toujours bilieux. Les douleurs abdominales sont de plus en plus marquées, au point de rappeler celles de l’étranglement interne; dans quelques cas, l'erreur a été commise. Pourtant, dans le charbon, on observe presque constamment une diarrhée bilieuse et souvent des selles sanguinolentes.

En même temps, le ventre se météorise ; le malade est oppressé ; la respi-

ration est anxieuse; à l’auscultation, on trouve des râles disséminés dans la

poitrine et, en quelques points, on peut percevoir des bouffées de râles sous-crépitants, en rapport avec des foyers de congestion ou d’hémorragie.

La fièvre n’a pas de cycle-régulier ; elle est, du reste, généralement peu élevée et ne dépasse pas 40°. |

Rapidement, l’adynamie augmente ; le malade est prostré, lourmenté souvent par des crampes dans les membres; le pouls est petit et irrégulier.

L'état général devient extrêmement grave ; le malade est anxieux, privé de sommeil; les traits sont tirés; le facies rappelle celui qu’on observe dans les péritonites ou dans l’étranglement interne ; la peau, sèche au début, se couvre de sueurs visqueuses ; les téguments se refroidissent ; on observe des tendances à la lipothymie et à la syncope. La mort est parfois précédée de délire et même de convulsions épileptiformes ou tétaniformes.

On peut, à la fin, voir survenir des manifestations extérieures, des pétéchies, plus rarement une tuméfaction des parotides ou des glandes Iymphatiques, particulièrement des glandes axillaires. On a signalé des tumeurs externes gangreneuses, dont l'apparition, considérée quelquefois comme favorable, semble le plus souvent ajouter encore à la gravité de la maladie. Ce sont des tubercules très douloureux entourés d’un cercle inflammatoire, des pustules ou des phlyctènes, remplies d’une sérosité sanguinolente. Puis l’éruption se transforme en tumeurs dures, dont le centre s’escharifie, dont la périphérie devient rouge et peut s'étendre à la manière d'un érysipèle; plus souvent, la lésion prend l'aspect d’une pustule maligne. Ces manifestations, qui peuvent se montrer sur tous les points du corps, sont surtout fréquentes à l'abdomen et au cou.

L'évolution du charbon gastro-intestinal est assez variable. On voit parfois l'infection prendre une marche foudroyante et emporter le malade en 48 heures et même en 40 ou 56 heures. Les symplômes se précipitent avec une telle rapidité, qu'ils imposent l'idée d’un empoisonnement.

En général, les phénomènes évoluent moins vite et la mort ne survient qu'au bout de 5 à 6 ou 8 jours.

Le charbon gastro-intestinal est susceptible de guérison. C’est ce qu'ont bien établi les observations recueillies dans les centres d'infection professionnelle, où la nature de la maladie est plus facilement reconnue que lorsqu'elle survient à l’état isolé. Baumgarten regarde la terminaison heureuse comme aussi fréquente que dans le cas de pustule maligne.

Charbon pulmonaire. — Nous serons bref sur la description du charbon pulmonaire, dont l’évolution rappelle celle du charbon gastro-intestinal.

L'affection débute de même par de la courbature et des douleurs dans les” membres. Le malade accuse une vive constriction thoracique, qui aug-

mente par les mouvements el les efforts; il se plaint d'une sensation de froid intérieur et on constate souvent une tendance à la cyanose. Puis la dyspnée augmente; la toux, d’abord sèche, s'accompagne bientôt d'une expectoration abondante, spumeuse ou visqueuse, renfermant parfois des bactéridies. La poitrine est remplie de gros râles, entremêlés par places de râles fins, dont le siège correspond à des foyers de broncho-pneumonie. Dans quelques cas, on constate les signes d'une pleurésie bilatérale, avec épanchement assez abondant. Le malade est agité, privé de sommeil; puis il tombe dans le collapsus : ses extrémités se refroidissent et se cyanosent ; ses téguments sont couverts de sueurs. Les phénomènes gastro-Intestinaux sont assez fréquents : ce sont des vomissements, de la diarrhée, parfois de l’ictèré. L’urine est rare, dense, albumineuse.

La marche, comme dans la forme abdominale, peut être rapide el ns droyante; 2 généralement. l’évolution dure de 3 à 5 jours. La mort, annoncée par une aggravation des douleurs thoraciques, survient dans le coma ou l’asphyxie ; elle peut aussi être due à une syncope. La guérison est pourtant possible, après une convalescence fort longue.

Formes rares. — On a cité quelques cas où le charbon s'est comporté, semble-t-il, comme une septicémie, sans lésion appréciable. L'évolution serait analogue à celle qu’on observe chez les animaux très sensibles, et la porte d'entrée devrait être probablement placée dans l'appareil respiratoire ou le tube digestif.

Ces observations, fort intéressantes, sont exceptionnelles; nous n'en avons trouvé que trois, dues à Baumgarten, Curschmann et Marchand, et encore ont-elles soulevé quelques critiques.

Les anciens médecins ont décrit l'apparition sur les téguments, à la suite de phénomènes généraux graves, de manifestations secondaires, semblables à celles qu’on rencontre parfois dans les formes pulmonaire et gastrointestinale. Les faits de ce genre, identifiés bien à tort avec le charbon symptomatique des animaux, ne peuvent être acceptés sans réserve.

Enfin, il existe quelques cas exceptionnels, dont plusieurs insuffisamment étudiés, où la maladie a revêtu la marche de la paralysie ascendante aiguë (Baumgarten, Marie et Marinesco, Hitzig, Drozda).

PRONOSTIC

Nous n'avons pas besoin d'insister longtemps sur la gravité des infections charbonneuses. Sans doute, leur pronostic est loin d’être toujours fatal et il est même assez fréquent de voir guérir la pustule maligne. Cette manifestation du charbon serait même plus bénigne qu’en France dans certaines contrées de la Hongrie, particulièrement dans la vallée de la Theiss (Ko- . räny1).

La gravité varie suivant le siège de la lésion el suivant l'état antérieur du sujet. On regarde comme un bon signe une réaction inflammatoire intense, Landis que l'absence de fièvre est souvent un phénomène fächeux.

DIAGNOSTIC. FasC TI. 311

Les pustules de petites dimensions sont plus souvent infectantes que les pustules larges et étendues (Salmon et Maunoury).

L'œdème malin est plus grave que la pustule, le charbon interne plus grave que le charbon externe. Dans la statistique personnelle de Le Roy des Barres, il y a eu 10 morts sur un total de 72 individus atteints de manifestations externes; la mortalité est donc de 14 pour 100.

La pustule maligne guérit fréquemment lant qu'elle reste une affection locale; mais la terminaison fatale est à peu près inévitable quand l’infeclion se généralise et qu'on trouve des bactéridies dans le sang.

Le pronostic doit être d'autant plus réservé, même quand l’évolution semble favorable, que parfois le malade est mort subitement, alors que rien ,ne faisait prévoir cette issue.

L'aspect de la pustule maligne est tellement particulier que, le plus souvent, le diagnostic est assez facile.

Il nous semble qu'il n'y a pas de confusion possible avec une éruption d'herpès, une pustule d’acné ou un érysipèle phlycténoïde.

La pustule d’ecthyma se rapproche davantage de la pustule maligne, mais elle est rarement unique; elle s'accompagne de douleurs plus vives, de phénomènes franchement inflammatoires; elle est plus saillante et aboutit rapidement à la suppuration.

Le furoncle et l'anthrax, qu'on a si longtemps confondus avec le charbon, en diffèrent par la saillie de leur partie centrale, la douleur lancinante qu'ils provoquent, la suppuration qui les accompagne et la production d’un bourbillon. | |

Au début, on peut confondre la pustule maligne avec la piqüre d’un insecte, particulièrement quand la lésion siège sur les paupières, où l’eschare est fort petite. La forme tuberculeuse ou vésiculeuse de la piqûre, l'absence de dépression, l’instantanéité de son apparition, tels sont les caractères servant à établir un diagnostic, que confirmera [a marche bien différente dans les deux cas. |

On a décrit autrefois des fausses pustules malignes (pustules malignes pseudo-charbonneuses de Raimbert). Les caractères cliniques seraient analogues à ceux du charbon, l’évolution serait favorable et l'examen bactériologique révélerait seulement des microcoques. Nicaise et son élève Coulon ont insisté sur les faits de ce genre, dont Gallois et Tuffier ont publié deux observations. Mais les bactéridies sont souvent peu nombreuses et passent facilement inaperçues. Dans un cas que nous avons observe el qui se termina par la guérison, l'examen microscopique de la sérosité contenue dans les vésicules ne nous montra aucun bâlonnet; quatre cobayes furent inoculés avec ce liquide ; un seul mourut charbonneux, témoignant ainsi de la nature de cette lésion qui, sans cela, aurait pu être interprétée d’une façon différente.

L'œdème malin peut être confondu avec divers œdèmes bénins, ceux, par

G.-H. RoGERr.

exemple, qui sont liés à une lésion dentaire ou à une piqûre d'insecte. Dans ce dernier cas, s'il existe un doute, on pourra, suivant le conseil de Girouard, passer, sur la peau un pinceau imbibé d’ammoniaque ; la piqûre apparaîtra sous forme d’une petite lache brunâtre.

Le charbon interne, quelle que soit la forme qu'il revête, est extrêmement difficile à diagnostiquer.

La gravité des symplômes généraux pourrait peut-être faire penser à une fièvre ph Mais le début assez brusque, l'existence fréquente de vomissements et de diarrhée sanguinolente, la marche différente de la température sont autant de signes différentiels qui font éviter l'erreur.

Dans les formes suraiguës, la confusion avec un empoisonnement nous semble difficile à éviter. Ce ne sera guère que par les commémoratifs, l'étude des phénomènes thoraciques et, au besoin, l'analyse des vomissements, qu’on pourra soupçonner la cause des accidents qu'on observe.

Les formes lentes simulent parfois l’occlusion intestinale; les douleurs abdominales, le collapsus sont semblables ; mais le charbon s'accompagne souvent de fièvre, de troubles respiratoires parfois très marqués, de diarrhée bilieuse ou sanguinolente.

Diverses infections gastro-intestinales peuvent si bien er l'aspect de de

charbon, que le doute reste possible, même à l’autopsie. C’est ce qu'on voit particulièrement dans le botulisme et dans les infections produites par Bacillus enteritidis de Gärlner.

Il existe plusieurs autres infections, plus ou moins bien définies, dont le diagnostic avec le charbon interne est impossible en dehors d'une étude bactériologique complète. Dans une épidémie de maladie des chiffonniers,

ayant frappé douze femmes et déterminé quatre morts, Krannhals (!) recon- .

nut, par l’examen microscopique et l’inoculation aux animaux, que linfection était sous la dépendance de bacilles analogues à ceux de la gangrène gazeuse. Dans le cas de Foa, l’évolution et les lésions rappelaient complètement celles du charbon ; le microbe trouvé ressemblait aussi à la bactéridie, mais il ne liquéfiait pas la gélatine; ce microbe, décrit succinctement par Bordoni Uffreduzzi (?) sous le nom de Proteus hominis, déterminait chez les animaux des accidents tout à fait semblables à ceux que produit la bactéridie. À ces observations, on peut en ajouter beaucoup d’autres, notamment celles de Klebs et de Hlava, de Frænkel, etc. |

Le diagnostic du charbon est considérablement facilité aujourd'hui par les recherches bactériologiques. Le sang pris à la fin de la vie ou sur le cadavre renferme toujours de nombreuses bactéridies, dont l'aspect est caractéristique. La culture ou l’inoculation à un animal sensible (souris ou cobaye) lèverait tous les doutes.

Pendant la vie, les microbes manquent dans le sang ou son trop clairsemés pour qu'on puisse les voir au microscope. Il en est de même quand on examine la sérosité des vésicules ou du tissu conjonctif infiltré. Les cul-

1. KRANNHALS. Zur Kasuistik und Ætiologie der Hadernkrankheït. Zeitschrift f. Hygiene, Bd IT, 1887. |

2. Borpont UrFREDUzzI. Ueber einen neuen pathog. Microphyten. Centralb. f. Bakt.. Bd IT, 1887. |

Sa

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