PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
Nous serons bref sur la physiologie pathologique du charbon, la plupart des faits qui s’y rapportent ayant déjà été exposés dans l’histoire générale de l'infection.
Rappelons seulement que l’étude de la bactéridie charbonneuse a permis d'établir la variabilité des virus, a fait trouver le moyen de les exalter par
inoculations en série sur les animaux sensibles (Davaine) et même sur les
animaux doués d’une certaine résistance (Malm), et qu’elle a conduit à la découverte des vaccinations préventives par les cultures atténuées.
Elle a fait faire aussi des observations curieuses sur le rôle de la lésion locale et sur la rapidité dela généralisation microbienne. Qu'on inocule, par exemple, comme l'ont fait Colin, Rodet, Nissen, une trace d’une culture charbonneuse sous la peau de l'oreille d’un lapin; si, au bout de quelque temps, on pratique l’amputation du pavillon, on fait disparaître le foyer
primitif; dans certains cas, l'animal survit alors qu’on a attendu trois quarts -
d'heure; dans d’autres, il succombe même quand l'intervention a été pratiquée rapidement, au bout de 5 minutes.
La variabilité des résultats tient, pour une part, au mode de du virus. Il ressort, en effet, des recherches de Wyssokowitsch que les bactéridies n’entrent pas directement dans les vaisseaux sanguins; elles cheminent par les voies lymphatiques, atteignent les ganglions qui peuvent les arrêter; puis elles passent dans les vaisseaux lymphatiques efférents et envahissent le sang. Ainsi, les ganglions lymphatiques constituent une barrière de second plan et s'opposent au cheminement des bactéridies qui ont franchi l'obstacle formé par la lésion locale.
Quand ils ont traversé les ganglions, les bacilles charbonneux arrivent
dans le sang et se fixent dans les organes dont certains possèdent des pro-
priétés bactéricides très marquées, tels sont les poumons, le foie et la rate.
Pour mettre en évidence l’action du foie sur la bactéridie charbonneuse, nous avons injecté des dilutions de cultures très virulentes, comparativement par les veines périphériques et par la veine porte ('}. Nous avons
1. RoGer. Sur le rôle protecteur du foie contre l'infection charbonneuse. Soc. de biologie, 1897. — Les organes protecteurs contre les infections. La Presse médicale, 1898.
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trouvé que 0<.25 d’une culture diluée à 1 pour 2000, c’est-à-dire 1/8 de millimètre cube de la culture primitive, est une dose sûrement mortelle quand on lPintroduit dans une veine. D’un autre côté on peut, sans tuer l'animal, injecter par la veine porte jusqu’à # centimètres cubes d'une dilulion à 1 pour 500, c’est-à-dire 8 millimètres cubes de culture. Le foie est donc capable d'arrêter et de neutraliser 64 doses mortelles.
Les chiffres sont encore plus élevés quand l’inoculation est pratiquée dans le parenchyme splénique, la rate et le foie concourent alors à la défense de l'organisme.
Réciproquement, Bardach (!) a constaté que l’ablation de la rate diminue la résistance naturelle du chien.
L'action protectrice des organes a été souvent attribuée à la phagocytose, que Hildebrandt () et Tchistovitch (5) ont observée dans le poumon, que Werigo (‘| a constatée dans le foie et la rate. Mais il est plus probable qu’elle est due à des substances bactériolytiques, dont Turo a démontré la présence dans les extraits de foie.
Le processus phagocytaire n'apparaît pas avec nettelé quand on étudie les lésions développées chez l'homme.
En examinant les coupes d'une pustule maligne, Ziegler n’a jamais constaté de bactéridies dans les cellules et Koch fait remarquer que, dans la parie centrale, où les leucocytes sontrares.les bactéridies sont mortes, tandis qu'elles sont vivantes à la périphérie où s'accumulent les cellules rondes. Karg rapporte une observation où 1l vit d’abondants phagocytes, ce qui n'empêcha pas le malade de succomber, tandis que Palm ne put en déceler dans un cas terminé par la guérison.
Ces résultats négatifs conduisent à rechercher quelle est l'action du sérum sur les bactéridies.
Les expériences ont été fort contradictoires. Cependant certains faits semblent bien établis. C’est ainsi que Czaplenski chez le pigeon, Holmfeld et Lewin chez le rat et le cobaye, Fischel chez la grenouille et le crapaud, Netschezeff chez lé chien, ont observé la dégénérescence et la mort des bactéridies en dehors des éléments cellulaires.
Le rôle du sérum ressort des expériences poursuivies sur le rat, le pigeon et la grenouille.
L’immunité du rat blanc est due à l’état de son sang. Behrig supposa qu'il est trop alcalin. L'expérience établit, en effet, que la résistance de l'animal diminue quand on lui injecte des acides ou qu'on le soumet au surmenage. Dans ces conditions l’alcalinité faiblit, mais il semble que l'explication proposée soit trop simpliste, car le pouvoir bactéricide du sang dépend d’une substance organique qui résiste à 64° et disparaît à 68°.
1. Barpacu. Rôle de la rate dans les maladies infectieuses. Zbid., 1889 et 1891.
2. HiLDEBRANDT. Exp. Untersuchungen über das Eindringen pathogener Mikroorganismen von den Luftwegen und der Lunge aus. Ziegler's und Nauwerck's Beitrage zur patholog. Anat. und Physiol., Bd IT, 1888.
5. TcHisTovircH. Des phénomènes de phagocytose dans les poumons. Annales de l'Institut Pasteur, 1889.
4. WERIGO. Développement du charbon chez le lapin. Annales de l'Institut Pasteur,
GS HS-ROGER.
Les expériences que Bakunin et Boccardi (‘) ont réalisées sur des pigeons établissent que les saignées multiples ne diminuent ni le pouvoir bactéricide du sérum ni la résistance des animaux. Si l'on fait jeûner des pigeons, leur sérum devient un bon milieu de culture pour la bactéridie charbonneuse et on constate en même temps que leur immunité est abolie. Chez un seul pigeon, le jeûne ne modifia pas l’action bactéricide du sang et cet animal, inoculé avec du virus charbonneux, ne contracta pas la maladie.
De nombreuses recherches, poursuivies sur la grenouille, démontrent encore l'influence de l’état chimique de l’organisme dans le mécanisme de l’immunité. Lubarsch a fait voir que la bactéridie virulente s’atténue quand on l’inocule sous la peau de cet animal; le même résultat s'observe, d'après Petruschky (‘), quand les microbes ont été placés dans de petits sacs qui permettent la diffusion des Hquides interstitiels, mais empêchent l’arrivée des leucocytes. Voswinkel (?) a réalisé une expérience fort mgénieuse qui établit nettement l’action bactéricide des tissus ou des liquides interstitiels ; il inocule le charbon à des grenouilles dont le sang a été remplacé par de l'eau salée; les microbes s’atténuent et périssent, comme chez les grenouilles normales. |
Ces faits sont simples, car l’état des humeurs cadre avec la résistance de l'organisme. Ce qui complique le problème c’est que certains animaux sensibles au charbon, comme le lapin, ont un sérum plus bactéricide que des
animaux presque réfractaires, comme le chien. La contradiction est plus
apparente que réelle, comme nous avons essayé de l’établir en exposant l'histoire générale des infections. En tout cas, ces faits expliquent une expérience de Pekelharing qui, opérant sur des lapins, avait introduit sous la peau de petits sacs de parchemin, contenant une culture charbonneuse ; la diffusion de la sérosilé à travers la membrane perméable a causé l'atténuation, puis la mort des bacilles.
L'étude des modifications que la vaccination détermine dans le sérum n'a donné lieu qu'à un petit nombre de travaux. En 1887, Metchmikoff annonça que la bactéridie s’atténue dans le sang des moutons rendus artificiellement réfractaires; l’année suivante, Gamaleïa constata que pendant la fièvre vaccinale et dans les 14 jours qui lui font suite, l'humeur aqueuse est devenue bactéricide; Nuttal reconnut que le sang défibriné d'un mouton vacciné détruit plus de microbes que le sang d’un mouton neuf. D’après de Christmas (5), les organes des lapins rendus réfractaires contiennent des substances antiseptiques, solubles dans la glycérine et précipitables par l'alcool; ces substances mélangées à du bouillon empêchent le déy YeNREe ment de la bactéridie charbonneuse.
Malgré l’action des sérums et des phagocytes, la bactéridie même atténuée n’est pas rapidement détruite. Comme l'a montré Phisalix (*), elle s’installe
1. Perruscuxy. Untersuchungen über die Hanoi des Frosches gegen Milzbrand. Ziegler und Nauwerck’s Beiträge z. path. Anat., Bd IIT, 1888.
2. VoswikEL. Ueber Bacterienvernichtung1 in Frosckhôrper. Fortschr. d. Medicin. 4890. à
3. De Carisrmas. Études sur les substances microbicides du sérum et des organes d'animaux à sang chaud. Annales de l’Institut Pasteur, 1891.
4. BAKUNIN e Boccarptr. Ricerche sul la proprieta battericida del sangue in HYORS stati dell’ organisma. La Riforma medica, 1891.
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