DIAGNOSTIC CLINIQUE
Le diagnostic des cas isolés est toujours malaisé, d'autant plus que, dans ces cas, comme au début des épidémies, le tableau clinique est souvent fruste.
Cu. Nicozze et E. CONSEIL.
419 TYPHUS EXANTHÉMATIQUE.
La notion d’endémicité ou d’épidémicité offre toujours une importance capitale; elle facilite grandement le diagnostic.
On peut confondre le typhus exanthématique avec toutes les fièvres à caractère typhoïde, principalement avec la dothiénenterie elle-même, Les infections paradothientériques, la méningite cérébro-spinale épidémique, dans quelques cas aussi avec la rougeole, la pneumonie, le delirium tremens, l’endocardite ulcéreuse; en pays exotiques, le diagnostic se pose en outre avec le paludisme, la fièvre récurrente, la fièvre méditerranéenne.
Dans la fièvre typhoïde et les infections paratyphoïdiques, le début est. moins brusque, le pouls moins rapide et l’éruption ordinairement beaucoup plus discrète. La prédominance des symptômes abdominaux, diarrhée, gargouillement, météorisme, hémorrhagies, orientent généralement le diagnostic. Les rémissions thermiques y sont aussi plus accentuées et la rate s’hypertrophie davantage. Il n’y a pas de chute brusque de la température. La convalescence survient plus lentement, plus graduellement. D'autre part, la fièvre typhoïde, sans connaître de saison, se rencontre plutôt en été; le typhus montre dans chacun de ses foyers une saison élective qui correspond à notre hiver et au printemps. Dans les cas difficiles, le sérodiagnostic et l’hémoculture lèveront tous les doutes.
La confusion avec la rougeole n’est possible que dans les cas où l’exanthème typhique revêt le caractère morbiliforme, chez l'enfant surtout. Pour. l'éviter, il suffira de se rappeler que, dans la rougeole, l’éruption atteint la . face et le cou (c’est même par là qu'elle débute), que la chute de la fièvre suit rapidement l'apparition de l’exanthème et que les symptômes nerveux n’y acquièrent Jamais une semblable intensité.
Le diagnostic avec la fièvre récurrente est plus délicat, du moins pendant les premiers jours et en l’absence du contrôle du laboratoire. Le tableau clinique au début est le même pour les deux infections; mais, dans la spiillose, on observe presque aussitôt une hypertrophie douloureuse et notable de la rate et du foie. Ce symptôme capital manque toujours dans le typhus exanthématique. Plus tard, la marche de la température éclairera sans aucun doute le diagnostic. La première période fébrile seule d’ailleurs pourrait prêter à la confusion. La rechute, après un intervalle d’apyrexie complet de 8 à 10 jours, lèverait tous les doutes, si la constatation des spirilles dans le sang au microscope ou mieux à l’ultra-microscope ne les avait enlevés dès le début.
Dans la méningite cérébro-spinale, la céphalée angoissante, la constipation, le délire violent, parfois enfin un exanthème fugace peuvent dans certains cas embarrasser le médecin. La raideur de la nuque, les vomissements, l’habitus extérieur surtout permettent généralement le diagnostic. Dans certains cas cependant, la ponction lombaire est le seul moyen de lever tous les doutes.
De toutes les fièvres, la plus difficile, dans ses formes continues, à distinguer du typhus est le paludisme. Dans une double épidémie, nous avons observé des malades chez lesquels l'examen chnique le plus minutieux ne nous permettait pas un diagnostic. Seule, la recherche de l’hématozoaire apportait la solution facile du problème. En général, cette confusion peut
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être évitée. Chez le paludéen, la céphalalgie est moins aiguë, la rate plus hypertrophiée, enfin l’éruption manque.
La pneumonie du sommet, par l'importance de ses troubles nerveux el l'absence au moins initiale des symptômes pulmonaires, offrira dans certains cas une difficulté momentanée, que l’évolution de la maladie tranchera quelques jours plus tard.
Il sera question du diagnostic ex; PR dans un suivant chapitre.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
A l’autopsie des malades morts de typhus, on ne trouve aucune lésion caractéristique. L'absence d’altérations intestinales constitue le caractère fondamental de sa distinction avec la fièvre typhoïde. Cette absence de lésions des plaques de Peyer a été un moment le terrain où se sont combattus les partisans et les adversaires de l’unité des deux maladies; la question est aujourd’hui tranchée. Les ganglions mésentériques ne nt pas non plus hypertrophiés. La seule observation que l’on puisse faire à l’autopsie d’un exanthématique, mort à la période d'état, est l'existence d’une congestion généralisée de tous les viscères. La rate, légèrement augmentée de volume et congestionnée, offre souvent une consistance diffluente. Les reins et le foie ne présentent qu’une hyperémie plus ou moins intense ; il en est de même des muscles, où se rencontrent parfois de petites hémorrhagies. Cette hyperémie réalise souvent dans le poumon une splénisation ou une hépatisation véritables. La muqueuse bronchique, comme toutes les muqueuses, ‘est tuméfiée. Les méninges présentent une congestion diffuse et le liquide ventriculaire se trouve sous une assez forte tension. Le cœur n'offre point au début de lésions particulières, mais, si la mort survient à la fin dé la maladie ou du fait de complications de la convalescence, on le trouve ordinairement flasque, mou et friable.
Plusieurs auteurs ont déerit des lésions des capsules surrénales qu'ils considèrent commes importantes (Broc), mais ces lésions n’ont pas été retrouvées d’une façon constante par d’autres auteurs, et il ne s’agit là probablement que d’une de ces complications du côté des surrénales qu'on peut observer au cours de toutes les maladies aiguës.
L'anatomie microscopique n’a point non plus révélé de lésions spécifiques. Les recherches les plus nombreuses ont porté sur le sang. Slatineano et Gobsesio, Conseil, Fourrié ont noté une lymphocytose avec légère mononucléose à la période d'état; cette mononucléose se trouve souvent” masquée vers la fin de la maladie par une polynucléose secondaire, due aux complications purulentes si fréquentes dans le typhus. Ch. Nicolle et Jaeggy, étudiant le typhus expérimental, ont noté chez le singe des modifications analogues dès le 5° jour de l’incubation; ils insistent en outre sur les lésions des polynucléaires neutrophiles. Leur nécrose paraît en rapport avec le siège intraleucocytaire du microbe inconnu du typhus.
Cu. Nicozze et E. Conseir.
Al4 TYPHUS EXANTHÉMATIQUE. ‘