DESCRIPTION
L'incertitude qui subsiste, aux yeux de certains auteurs, quant à la cause bactérienne, nous engage à laisser de côté, pour le moment, l’étiologie, qui prélude généralement à l'étude symptomatique. Voyons d’abord en quoi consiste la coqueluche, nous en étudierons ensuite la genèse.
Après une courte période d’incubation, à compter à partir de la contaminalion, la coqueluche s'annonce par un syndrome respiratoire fort analogue à celui de la grippe et de la rougeole (invasion ou ancienne période catarrhale ou prodromique): elle se manifeste à sa période d’élat, dite nerveuse ou convulsive, par la quinte, non pas absolument mais presque pathognomonique, et entre en résolution, avec retour de catarrhe, à sa période de déclin.
Incubation. — La, coqueluche n’est pas une maladie infectieuse comparable à la rougeole, du moins en ce qui concerne l’incubation. Tandis que celle-ci éclôt, en tant qu'éruption, presque mathématiquement le 14° jour après le contage, la coqueluche se détermine beaucoup plus irrégulièrement. D'une part, elle est beaucoup moins indifférente au terrain; d'autre part, la durée de l’incubation ne paraît nullement fixe; elle varie, dit-on, de 2 à 12 jours. Pour Inaba elle serait de 3 Jours. On admet qu'elle est, en moyenne, d’une semaine ou un peu moins. H. Roger rapporte un cas de Blache où elle n'a pas dépassé 24 heures, et nous connaissons nous-même un cas de ce genre; mais l'interprétation d’un cas pareil est toujours disculable. On a vu, d’ailleurs, des enfants, restant au contact de coquelucheux, ne prendre la maladie qu'au bout de 2 mois et davantage. Ici, le contage actif a été évidemment retardé, jusqu’au moment où l’enfant s’est trouvé en état de réceptivité. Retenons donc ce fait : c’est que la réceptivité de chacun pour la coqueluche varie suivant l'état de santé. A la période d'incubation de la rougeole, on a signalé des troubles digestifs, de la diarrace en particulier; peut-être en est-1l de même pour la coqueluche?
Quoi qu'il en soit, on admet en hygiène publique qu'un enfant suspect de coqueluche ne doit être mis en observation que 15 jours, ce délai paraissant suffisant pour que la maladie soupçonnée ait fait sa preuve. On n'insiste peut-être pas assez sur ce fait, à savoir qu'il n’est jamais trop tard pour isoler du foyer de contagion un enfant suspect dont la coqueluche n'est pas confirmée.
1. Depuis la rédaction de cet article, en 1914, aucun fait nouveau important n’est venu accroître la somme de nos connaissances, ni surtout les infirmer. Consulter à ce sujet : La bactériologie et la thérapeutique de la coqueluche, par MATHILDE DE BIEHLER, Arch. de Médecine des enfants, 1915, n° 5, p. 237, el les articles de Compy sur la bactériologie, l’épidémiologie et le diagnostic précoce, Arch. de Méd. des enfants, 1917.
P. Lonpe.
Invasion. — En effet, la coqueluche n’a nullement la marche cyclique de la rougeole, à laquelle elle ressemble par sa prédilection pour les voies respiratoires; elle est subaiguë. Il est certain qu'elle peut ne pas parcourir tous les stades de son évolution, non seulement dans des cas graves, mais aussi dans les cas bénins: la coqueluche peut rester, pour ainsi dire, au stade d’invasion. Il est nécessaire aujourd’hui, si les récentes recherches de Bordet et Gengou sont de plus en plus confirmées, de considérer le catarrhe prémonitoire de la coqueluche comme la coqueluche elle-même. Dans les cas typiques, la coqueluche reste bien caractérisée par l'association du catarrhe avec la réaction spasmodique de la quinte; mais il ne faut plus voir de fausses coqueluches là où la réaction nerveuse est seulement ébauchée ou absente : il s’agit bien de la coqueluche, capable de se transmettre sous la forme quinteuse.
Et pourtant, cette période catarrhale n'offre aucune particularité susteptible de la distinguer d’un rhume ou d’une grippe vulgaire, en dehors de la notion d’épidémicité. | é
L’épithète de catarrhale, qui a été attribuée à cette période d’mvasion, n'est exacte que physiologiquement; car la toux est plutôt sèche, comme. dans un rhume qui ne mûrit pas. D'abord banale, elle devient de plus en plus opiniäâtre, surtout la nuit, comme dans une bronchite qui wa s’aggraver; el, de fait, on peut voir, dès cette période, avant là quinte, le passage à la broncho-pneumonie. Mais, tandis que la broncho-pneumonie qui menace s'annonce par une toux incessante (avec série de pelites secousses), fatigante et peu bruyante, la coqueluche qui s’installe se caractérise par une toux de plus en plus crispante, irrésistible, paroxystique et su/focante, de plus en plus dramatique et spasmodique. L'accès de toux s’installe et attire l'attention comme le ferait une déglutition vicieuse ayant permis Pintroduction d’un corps étranger dans les voies aériennes; les secousses de toux se succèdent par séries d’une dizaine, ou davantage, comme chez un Sujet qui aurait avalé de travers : cela est pénible, pour le patient, pénible aussi pour l’entourage. La scène se reproduit au bout de quelques heures. Dès lors, à mesure que l'accès de toux se prononce et se prolonge, on voit, sous l'influence des efforts d'expiration, pendant lesquels l’enfant n'arrive pas à reprendre son souffle par une inspiration suffisante, on voit, dis-je, le visage se congeslionner, les lèvres bleuir, les veines jugulaires se gonfler comme dans une convulsion expiratrice terminale, accompagnée d’éternuement, de laryngo-spasme et, fait pathognomonique, de rejet de mucosités filantes, collantes el transparentes, comme le blanc d'œuf cru, très peu aérées. Cette expectoralion, qui est projetée au dehors surtout si on penche, comme ül faut le faire, l’enfant en avant, ou qu’on doit aller chercher dans la bouche, si elle n'apparaît pas, est caractéristique non seulement par son allure spéciale, mais aussi par le seul fait qu'elle existe, puisque le jeune enfant, hormis ce cas, ne crache jamais. Le spasme, que termine cette ébauche de quinte, peut gagner le diaphragme et produire un vomissement, autre caractère quasi-pathognomonique (s’il se répète) de la toux, avant qu'elle m'ait pris l'allure de la quinte typique; le vomissement, d’ailleurs, ne se reproduit pas à chaque quinte en général, mais particuhèrement après les repas.
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D'anciens auteurs avaient donné à la coqueluche le nom de flux gastrobronchique tussiculeux (1), indiquant par là qu'ils reconnaissaient la participation de lestomac au processus.
Il est certain que le vomissement pituiteux ou alimentaire est plus fréquent chez les enfants dyspeptiques et suralimentés, et qu'il n’est pas seulement une réaction nerveuse de la quinte.
Les phénomènes généraux varient du tout au tout, suivant les sujets, et sont probablement en rapport précisément avec l’état des voies digestives, à moins qu'ils n'annoncent une complicalion respiratoire. On ne saurait trop répéter, avec Rilliet et Barthez, que la coqueluche est apyrétique en elle-même. L'hyperthermie est toujours l'indice d’un incident surajouté plus ou moins grave; mais une fièvre modérée est assez fréquente et presque habituelle au moment de l'invasion. Au début, la simple surcharge digestive peut produire la fièvre; et plus tard, il faut admettre wne complication broncho pulmonaire, même en l'absence de signes physiques évidents.
Le visage est généralement un peu bouffi, la mine un peu tirée ; l'humeur est irritable, le sommeil est troublé, ne fàt-ce que par la toux, particulièrement intense la nuit, ou par la fièvre (58° environ), ou par la digestion tout simplement. L'appétit est naturellement diminué, ou s’il paraît intact, 1l y a intérêt à ne pas le satisfaire complètement, et à se méfier des fringales. I y a avantage à éviter tout trouble digestif que viendraient accentuer les He de plus en plus intenses et fréquentes.
Celles-ci ne s'installent que peu à peu; et il est impossible de tracer une hmite nette entre la première et la seconde période de la coqueluche. Aussi les auteurs s’accordent-ils à reconnaître à la première une durée très variable de une à deux ou trois et même à six semaines.
Période d'état. — À l'accès de loux suffocant, au rejet des mucosités glaireuses, au vomissement provoqué par la toux, où qui parfois la remplace, vient s’adjoindre un quatrième caractère, qui parachève le syndrome et permet de reconnaître la coqueluche à grande distance, et le dos tourné, pour ainsi dire, à la simple audition de la quinte : c’est la reprise(?) insprratoire, bruyante, sifflante et prolongée après les efforts d'expiration successifs qui n'ont pas abouti à l'expulsion des mucosités ; cette inspiration, bien que gênée par le spasme persistant de la glotte (qui la rend pénible et sonore, d’une note aiguë, musicale même), permet à l'enfant de reprendre haleine, pour une nouvelle série de secousses de toux, qui aboutiront cette fois à l’expectoration, ou seront suivies d’une reprise nouvelle si elles sont restées impuissantes. La reprise est plus courte et moins chantante, souvent unique, chez les tout jeunes enfants ; quand elle est typique, elle est comparable au gloussement de la poule plutot qu'au chant du coq, appellation populaire ; elle est à peu près pathognomonique.
La quinte constitue à elle seule presque toute la coqueluche simple modérée.
1. P.-Æ. BourDer. Coqueluche ou flux gastro-bronchique tussiculeux. Thèse de Paris, 1812. Le terme tussiculeux (tussiculation, petite toux) ne parait pas très bien choisi.
: : 2. Le-mot de reprise a été appliqué aussi, non à l'inspiration sifflante, mais au
recommencement de la quinte, après une pause; dans cette dernière acception, il y a
plusieurs inspirations sifflantes entre chaque reprise.