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ÉTIOLOGIE. Fasc: II. — 593

souvent sans doute, il a dû s'agir de B. diphtérimorphes el ces intéressantes recherches mériteraient d'être revisées à la lumière des données bactériologiques modernes. Au reste, l'opinion précédente ne s'accorde guère avec les constatations de très nombreux chercheurs qui n’ont jamais mis en évidence la moindre corynébactérie dans la diphtérie aviaire, avec l'inefficacité habituelle du sérum, avec la structure histologique des lésions des oiseaux qui n'ont que l'apparence grossière de la fausse membrane humaine (F. Arloing). En réalité, l'immense majorité des cas de diphtérie aviaire est due à des microorganismes qui n'ont rien à voir avec le B: diphtérique, l'affection n'étant elle-même qu'une entité symptomatique relevant de bactéries diverses, spécifiques ou non. Que la maladie aviaire, en dehors de toute origine lüfflérienne, puisse être contagieuse pour l’homme, comme le veut Arloing, et qu'elle nécessite des mesures de prophylaxie, c'est un point ui sort de notre sujet. Il faut retenir seulement que le B. diphtérique n'est presque jamais en cause, que d’ailleurs certaines constatations sont sujettes à revision et qu'il n'existe encore aujourd'hui aucun fait où l'on ait bactériologiquement prouvé que le B. diphtérique rencontré chez l'oiseau ait causé une diphtérie chez l’homme.

$ 3. CAUSES PRÉDISPOSANTES

S'il n'y a pas de diphtérie sans bacille de Lôffler, 1l ne suffit pas que ce germe soit introduit dans l’organisme pour que la maladie éclate. Nombre de médecins et d'infirmières vivent parmi les diphtériques sans contracter leur mal, bien qu'ils aient fort souvent hébergé le bacille; impunément, Trousseau et Peter ont pu badigeonner leur propre gorge avec des fausses membranes. |

Pour: expliquer ces faits d’immunité el la réceptivité morbide, on a d'abord invoqué certaines conditions locales. Seuls sont capables de <ontracter la maladie, a-t-on dit, ceux qui présentent une lésion locale de la muqueuse, souvent très légère, qui permet limplantation du bacille, lésion qui peut être d’origine traumalique (érosion accidentelle, plaie opéra- Loire conséquence d'ablation des amygdales ou de végétations adénoïdes, plaie de vésicatoire pour la diphtérie cutanée) où d’origine pathologique, résultant d’une angine, d’une laryngite, d’une rhinite, d’une conjonctivite, «l'une fissure des lèvres, etc. L'expérimentation vient en apparence à l'appui de cette conception, puisque les animaux badigeonnés avec une culture pure ne prennent la maladie que si la muqueuse à été préalablement altérée; toutefois, cette analogie n'a pas toute la valeur qu'on lui accordait puisque, sans léser la muqueuse, il suffit d'ajouter des pyogènes vulgaires au B. diphtérique ou d'employer des fausses membranes pour provoquer la maladie.

Il est incontestable, lorsqu'on considère la foule des microorganismes peuplant les premières voies, qu’un rôle de défense important est joué par les moyens de protection locale, barrière des couches épithéliales, sécrétions dont l’action mécanique de nettoyage est plus certaine que l'effet bactéricide, enfin leucocytes de la sous-muqueuse qui, par la phagocytose, concourent

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E.-C. AviRAGNET, B. WeErc-HALLÉ et P.-L. Marie.

à débarrasser les premières voies des germes pathogènes qu'elles ren-

ferment. Il est évident qu'une lésion qui altérera ce système de protection sera capable de créer des conditions propices au développement | de: la maladie.

Cette explication ne saurait cependant ant oi les faits . niques que permettent au contraire d'interpréter de façon satisfaisante les recherches récentes qui sont venues mettre en lumière l'existence d'une immunité générale envers le B. diphtérique chez de nombreux sujets.

Dès 1894, Abel trouva que le sang de beaucoup d'individus sains qui n'avaient pas eu récemment la diphtérie possède la propriété de protéger le cobaye contre des doses mortelles de bacilles ou de toxine. Wassermann montra que le pouvoir antitoxique des sérums n'est pas toujours le même el supposa que les sujets possédant les sérums les moins actifs sont les plus récepüfs; Fischl et Wunschheim décelèrent ensuite des corps protecteurs dans le sang des nouveau-nés, Schmid et Pflanz dans le lait des nourrices. Dès cette époque, bien des expérimentateurs attribuaient à la présence d'antitoxine dans le sang la résistance à l'infection que préons nombre d'individus.

Les recherches de Marx en apportèrent une démonstration encore plus frappante, grâce à sa méthode qui lui permettait de mettre en évidence et de doser de très petites quantités d’antitoxine sanguine. Marx détermina d'abord la ‘plus petite quantité de toxine capable de donner encore de l'œdème au cobaye, puis il mélangea les sérums à essayer à cette dose de loxine. Si le sérum expérimenté contient de l’antitoxine et si la quantité employée en renferme suffisamment pour neutraliser la toxine, aucun œdème ne se produit. Marx a réussi à déceler ainsi 1/240° d'unité antitoxique dans 1 cc. de sérum. Cette technique lui a permis de constater que le sérum des nouveau-nés renferme des quantités notables d’antitoxine, que celui des jeunes enfants en est presque toujours dépourvu ou en contient peu, que de 10 à 15 ans l’antitoxine est de plus en plus souvent présente et en quantité de plus en plus grande, qu'enfin chez l'adulte, elle existe chez la plupart des sujets.

Rômer el Sames ont donné une sensibilité extrême à ce dosage en employant injection intradermique qui n’est suivie d'aucune modification des téguments lorsque la quantité de sérum est suffisante pour neutraliser la dose minima de toxine nécessaire pour provoquer la rougeur et l’œdème de la peau. Michiels et Schick (*), en la modifiant légèrement, ont appliqué cette méthode pour mesurer directement chez l’homme la teneur du sérum en antitoxine:

Technique de l'épreuve de Schck. — Avec une seringue bien calibrée, munie d’une aiguille en platine iridié, fine, courte et à pointe acérée, on injecte dans le derme, au niveau de la face antérieure du tiers supérieur de l’avant-bras, 0 c. c. 2 de toxine diluée de telle sorte que ce volume renferme 1/50 de la dose minima mortelle pour un cobaye

J. Micniezs et B. Scuick. Zeits.f. Kinderheilk., V, 1919, p. 549.—B. Scaick. Münch. en Woch., LX, 1915, p. 2608. — Bibliographie de la réaction de Schick dans E.-C. Avi- RAGNÉT, WEILL- HALLÉ et P.-L. MARIE. Journ. méd. franc., IX, 1920, p. 4, et J. RENAULT et P.-P. Lévy, Annales de Méd., VIT, 1990, p. 180.

Nouveau TRAITÉ pe MÉDECINE. DIPATÉRIE.

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