DIPHTÉRIE NASALE
Signalée par Bretonneau, la diphtérie du nez(!) peut accompagner l’ancine, éventualité habituelle, ou exister à l’état isolé.
La diphtérie nasale primitive paraît peu fréquente (1,5 p. 100 des cas de diphtérie), mais elle passe souvent inaperçue en raison de sa bénignité.
Exceptionnelle chez l'adulte, elle n’est pas propre, comme on l'a dit, au
nourrisson, bien que ce soit chez lui la localisation la plus habituelle de la diphtérie. On la rencontre souvent aussi de 3 à 5 ans. La syphilis y prédispose.
Ses symptômes, dans la forme catarrhale, se bornent à un léger écoulement nasal, muqueux ou muco-purulent, comme dans un corvza banal, maïs
LL. LanDé. Jahrb. f. Kinderheik. LXXXVE, 4917, p.1 (Bibliographie). — ROLLESTON. British Journ. of chil. dus. XIV. A917;p.. 21!
DIPHTÉRIE NASALE. Fasc. II. — 597
qui offre un caractère diagnostique de premier ordre, bien mis en valeur par Marfan : l’unilatéralité, qui est constante au début et le reste presque toujours pendant l’évolution. De plus, les signes d'occlusion nasale sont plus marqués que dans la rhinite simple, l'enfant respire par la bouche et ronfle. Autres signes importants : il existe souvent de l’adénopathie sousmaxillaire du même côté que l'écoulement, un excoriation de la lèvre supérieure au-dessous de la narine qui coule et une tendance à de fréquentes épistaxis, d'ordinaire peu abondantes, si bien que des croûtes brunes encombrent l’orifice de la narine. Rarement des fausses membranes cohérentes sont expulsées. Par contre, la rhinoscopie antérieure permettrait toujours, d’après Landé, de constater des exsudats membraneux. L’affection évolue au milieu d’un état général à peine touché, presque toujours sans fièvre. Chez les tout petits, on note un peu de pâleur et d’abattement. D'ordinaire, les sujets atteints continuent à se mêler à la vie commune, constituant des porteurs de bacilles éminemment dangereux pour la collectivité. |
Non traitée, la maladie dure des semaines et finit par guérir, mais les sujets conservent longtemps des bacilles virulents dans leur nez. Elle a peu de tendance à se propager; Rolleston attribue cette particularité au milieu à réaction acide impropre à la vie du bacille que constitue la cavité pharyngée du nourrisson. Parfois cependant, d’autres localisations hp raissent,-une angine le plus souvent.
I] faudra se Hot de confondre cette affection avec un coryza banal, qui n’a pas l’unilatéralité initiale de la diphtérie ni avec le coryza syphilitique qui s'accompagne d’autres signes d’hérédosyphilis. Il sera toujours bon de : confirmer le diagnostic clinique par un examen bactériologique qui devra soigneusement différencier le B. diphtérique du B. cutis commune el surtout du B. d’'Hofmann, hôte habituel du nez.
La rhinite fibrineuse où membraneuse chronique, longtemps décrite par les spécialistes comme une affection nasale autonome, n'est en réalité dans la majorité des cas qu’une diphtérie nasale à forme pseudo-membraneuse qui évolue, comme la forme catarrhale, de façon très bénigne et chronique, représentant un dangereux foyer de contagion. La maladie débute comme un rhume intense; au bout de quelques jours apparaissent des fausses membranes fibrineuses qui obstruent les fosses nasales et adhèrent à la muqueuse tuméfiée. Elles sont ensuite expulsées, souvent sous forme de moules de la cavité nasale; leur ablation à la pince détermine un léger saignement. A cette chute succède leur reproduction, suivie au bout d’une huitaine de jours d’une nouvelle expulsion. L'évolution est chronique, ne s'accompagne pas de troubles de l’état général et rappelle celle de l’angine diphtérique prolongée de Cadet de Gassicourt.
La raison de la bénignité de ces diphtéries nasales est encore mal connue. On à soutenu que la muqueuse nasale se prête mal à la résorption de la toxine. La notable teneur en antitoxine du sang des nourrissons atteints (Esch) expliquerait mieux cette bénignité (!).