DIPHTÉRIE CUTANÉE
Bien décrite par Bretonneau et Trousseau, la diphtérie cutanée était très fréquente avant l’antisepsie et la sérothérapie. Presque toujours secondaire. elle ne se développe pas sur la peau intacte; il faut qu'en un point, qui peut être d’ailleurs fort minime, l’épiderme ait disparu. Aussi la rencontre-t-on sur les érosions de l’ecthyma, de l’impétigo, de l’herpès, au niveau des lésions traumatiques, excoriations diverses, morsures de sangsues, plaies de vésicatoires, de trachéotomie, plaie ombilicale. La guerre de 1914-18 a donné souvent l’occasion d'observer la diphtérie primitive des plaies de guerre (P.-L. Marie, Hertsell et Morris, Lüwen et Reinhardt, etc.).
Elle siège de préférence là où les téguments sont minces et délicats, au niveau des plis, autour des orifices naturels; la face, le pavillon de l'oreille, l’ombilic sont surtout atteints.
Lorsque la plaie cutanée va se diphtériser, elle devient douloureuse, rouge, parfois saignante, et laisse écouler une sérosité jaune clair irritante : bientôt elle se recouvre d’un exsudat grisätre, mollasse, d'épaisseur el d’adhérence variables. Les bords de la plaie, rouges et violacés, s’infiltrent, prenant parfois une dureté ligneuse et s'élèvent au-dessus du fond de l’ulcération ; ils préseñtent souvent des vésicules qui, une fois crevées, se recouvrent d’un exsudat blanchâtre qui s'étend et se fusionne avec la fausse membrane déjà formée. Une surface plus ou moins considérable : des téguments finit ainsi par se trouver revêtue d’une couenne qui s’épaissil de plus en plus par l’apparition de nouvelles couches, dont les plus profondes adhèrent au derme, qui saigne quand on essaie de les en détacher, el dont les plus superficielles se désagrègent peu à peu, laissant suinter une sanie fétide et devenant grises ou noirâtres, simulant parfois une gangrène qui, d’ailleurs, peut compliquer l’évolution quand des anaérobies envahissent les lésions. En même temps, les ganglions régionaux sont tuméfiés et l’état général reflète l’intoxication diphtérique. Mais ce tableau de diphiérie cutanée maligne ne se voit plus guère de nos jours: le sérum amène l'arrêt et la régression du processus.
Les formes qu’on observe aujourd’hui, très atténuées, se bornent d’ordinaire au développement d’une plaque grisâtre, peu suintante, peu extensive, qui tombe au bout d’une huitaine de jours (Diphtérie commune).
À côté de ces aspects bien tranchés, la diphtérie cutanée peut n’offrir que l’apparence de lésions banales (Diphtérie bactériologique), qui, lorsqu'elles sont primitives, risquent fort d’être méconnues si l’on n’en pratique pas l'examen bactériologique qui devra être ici plus rigoureux que partout ailleurs, en raison de la fréquence extrême du B. culis commune dans les lésions des téguments. L'épreuve de la fermentation du saccharose s’impose et la recherche de la virulence est très recommandable; positive. elle fournit une confirmation précieuse de la nature diphtérique du bacille
E.-C. AvirAGNeT, B. Weaisz-HaLLé et P.-L. Mani.
en cause. Ces méthodes permettront la revision du chapitre de la diphtérie cutanée où l’on a rangé bien des faits discutables. L'existence de formes atypiques de diphtérie de la peau semble néanmoins certaine : eczémas el impétigos diphtérisés d'aspect banal (R. Labbé et Demarque), phlyctènes de la face (Jez), folliculites des mains survenant après l’autopsie de diphtériques (Leary), enfin et surtout panaris diphtérique sous-épidermique (Calimani, Han et Revoil), observé chez les enfants qui sucent leurs doigts et chez les médecins qui pratiquent le tubage, siégeant d'ordinaire aux doigts, parfois aux orteils, et se traduisant par une phlyctène voisine de l’ Dal remplie d’une sérosité riche en bacilles et dont l'ouverture est suivie du dév eloppement d’une petite fausse membrane; le tout cède vite au sérum: mais, non traitée, la lésion peut conduire à la perte de longle. L'aspect très banal de certaines plaies de guerre d'où l’on isolait du bacille virulent et qui ont pu être l'origine d’angines diphtériques mortelles (Lüwen), a frappé souvent les observateurs; le bacille semble s'y comporter en saprophyte inoffensif pour le sujet qui l’héberge et qui est probablement protégé par des antitoxines naturelles.