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TRAITEMENT DE LA DIPHTÉRIE, Fasc. II. — 65!

destinée à en faciliter l'élimination. De ces réactions, on aperçoit le reflet dans le sérum sanguin lui-même. Dans certains cas on y voit apparaître une propriété précipilante ou précipitine:; celte propriélé ne se montre chez l'homme que lorsque la sérothérapie a déterminé des accidents sériques assez importants el que nous étudierons plus loin. Elle est au contraire constante chez certains animaux tels que le lapin. L'action précipitante s'observe en mettant en contact dans un tube de verre étroit une trace de sérum de cheval, délayée au besoin dans un pêèu de sérum physiologique et 10 à 15 gouttes du sérum supposé précipitant. Au contact des 2 zones de liquides apparaît un léger nuage blanchâtre d'intensité variable et qui se «dépose peu à peu au fond du tube sous l'aspect d’un petit coagulum. Indiquons dès à présent que la constatation d'une réaction précipitante de ce genre permet de prévoir une faculté d'élimination plus rapide que normalement du sérum étranger introduit dans l'organisme et par suite de l’antitoxine qui y est jointe. Nous reviendrons plus loin sur les conséquences de ces phénomènes.

Influence de la sérothérapie sur la mortalité dans la diphtérie. — De nombreuses statistiques ont été établies depuis 1894 pour démontrer l'efficacité de la sérothérapie. Ces statistiques sont établies dans lunique but d'apprécier la différence de mortalité dans la période antérieure et dans la période postérieure à la sérothérapie.

Toutrécemment Louis Marlin a résumé dans une communication faite à l'Académie de Médecine (!) les résultats obtenus jusqu’à ce jour, c’est-à-dire pendant vingt-cinq années de pratique de la sérothérapie. Nous lui empruntons ici les chiffres qu'il a pu recueillir.

Avant le sérum, la plus forte mortalité observée pour 100.000 habitants a été de 200 décès à Berlin en 1883, de 100 décès à Paris en 1882.

Postérieurement à l'application de la sérothérapie, la plus forte mortalité constatée pour 100 0600 habitants est celle de 1901-1902 à Paris, période d'épidémie et qui a fourni le chiffre de 27,7 pour 100 000 habitants. Ce chiffre doit être considéré d’ailleurs comme tout à fait exceptionnel et il faut lui opposer les minima obtenus en 1906 à Paris, soit 6,4, en 190$ au Havre, 5, et à Utrecht en 1908 également, 2,6.

La statistique de la Ville de Paris, avant l'usage du sérum, fournissail chaque année en moyenne 1452 décès ; dans ces 25 dernières années la moyenne ne s'est élevée qu'à 130.

L'étude de la mortalité par diphtérie dans les divers pays de l’Europe et que l’on pourra retrouver en particulier pour la période de 1891 à 1900 dans les bulletins de statistique fournis par le Ministère du Travail et que nous ne voulons pas reproduire ici, témoigne de la transformation remarquable de la mortalité par diphtérie depuis l'avènement de la sérothérapie.

A la vérité cette amélioration considérable de la mortalité par diphtérie devrait se doubler d'une diminution proportionnelle de la morbidité si toutes les méthodes de prophylaxie, indiquées dans ces dernières années, élaient mises systématiquement en usage (?).

1. L. ManrTin. Bull. Acad. de Méd., 14 oct. 1919. 2. Cf. plus loin page 647. |

- É:-C. AvIRAGNET, B.: Werirz-HArré et P.-L. Marie:

6 + ADIPHTERIE,

Accidents de la sérothérapie. — La maladie sérique. — Now

avons signalé plus haut les réactions biologiques déterminées par l'intro=. duction l'organisme du sérum antidiphtérique. Le sérum antidiphtérique est constitué de deux éléments : l’antitoxine, d'une part, Sur la nature : intime de laquelle l’on n’est pas absolument fixé et qui est vrais mblablement une propriété annexée à une globuline contenue dans le sérum ; d'autre part, le véhicule de cette antitoxine, autrement dit le. sérum du cheval immunisé contre la diphtérie. Il a été impossible jusqu’à ce jour de disso= cier l'antitoxine du sérum animal qui la contient et l'on se trouve ainsi obligé, pour injecter une antitoxine, d'injecter parallèlement toutes les substances constitutives du sérum animal auquel elles se trouvent incor-. porées. Il en résulte qu’on ne peut exercer sur l'homme l'action antitoxique du sérum antidiphtérique, sans provoquer en même temps les inconvénients résultant de l'introduction dans son organisme de toutes les substances étrangères, les albumines notamment, contenues dans le sérum de cheval. Or, l’injection de sérum de cheval, anlitoxine mise à part, peut être considérée comme une véritable inloxicalion expérimentale déterminant des accidents signalés depuis longtemps par les premiers auteurs qui ont pratiqué des injections de sérum animal (!).

On trouvera dans un autre chapitre de ce traité l'étude complète des accidents déterminés par linjection dans un organisme de sérum provenant d’une autre espèce, ou plus brièvement l'histoire de la maladie sérique.

C'est la sérothérapie ant-diphtérique qui en a fourmi les prie documents. |

Nous n’insisterons donc pas ici sur les accidents sériques nsuels, : ascension thermique immédiate, urticaire ou arthralgie survenant après-la pres mière injection ou la première série d’injections.

Par contre nous croyons devoir rappeler quelques notions concernant ee accidents consécutifs aux réinjections sériques etleurs conséquences.

Les accidents sériques dans les cas de réinjection. — Avant de poursuivre celle élude il convient de préciser ce ae nous entendons ici par le terme de réimJection. À

Sous ce nom nous envisageons l'injection de sérum pratiquée chez un. individu qui a déjà subi antérieurement une injection de sérum de la même origine animale, De plus, cette injection nouvelle n'a élé pratiquée qu'après la disparition absolue de toute trace de sérum provenant de linjection antérieure. Pour prendre un exemple concret nous ‘envisagerons ici Les malades qui auront subi six mois, un an ou deux ans auparavant une inJecüon de sérum de cheval —— sérum anti-tétanique, anti-diphtérique. Si la! nécessilé se présente de procéder chez ces sujels à une nouvelle injeetion de sérum :- sérum anti-diphtérique par exemple — il s'agira là d’un cas de réimjection sérique. Dans ces conditions les accidents toxiques déterminés par la pénétration du sérum de cheval dans l'organisme humain pourront prendre une autre apparence que lors de la précédente injection. D'une manière générale les accidents revêtiront un caractère de précocité ct d'intensité très remarquable. Si le sujet a réagi la première fois par un éry-

1. CharLes Ricner et HéricourT. C. R. Acad. des Sciences, 29 oct. 1888.

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thème orlié léger survenu du 6° au 10° jour, on pourra voir se développer

cette fois une urticaire intense débutant généralement au voisinage de

la piqûre dès le 1°, le 2e ou le 3° jour et se généralisant rapidement à Loul le corps. Il s’agit ici d’une manifestation clinique de ce que l’on a appelé anaphylaxie, terme imaginé par M. Charles Richet, traduisant lhypersensibilité du sujet lors de la réinjection et dont nous reparlerons plus loin en étudiant la pathogénie des accidents sériques.

D'autres fois les accidents sériques de réinjection se traduisent uniquement, par un œdème local que Marfan a désigné sous le nom de phénomène d'Arthus et qui est caractérisé par deux symptômes : la rougeur et la tuméfaction. Cet accident se produit presque aussitôt après la réinjection, acquiert parfois une intensité considérable, pouvant s'étendre si l'injection a été faite sous la peau du ventre, à la plus grande partie de l'abdomen, donnant l'impression d’une large lymphangile œdémateuse et même pseudophlegmoneuse. Cet œdème local qui apparaît dès la première heure après l'injection dure rarement plus de vingt-quatre heures et disparaît sans laisser de trace. Néanmoins on a pu signaler un cerlain nombre d' exemples de

réaction locale grave accompagnée de nécrose étendue de la paroi abdo-

minale et qu'Aviragnel et Hallé ont décrite sous le nom de phénomène d'Arlhius gangréneux (1).

Ces accidents graves, tout à fait exceptionnels ne peuvent se produire, comme l'indiquent ces auteurs, que dans des condilions éiologiques très particulières et qui sont :

1° Réinjection de sérum ;

2° Fièvre éruptive récente (rougeole, scarlatine, varicelle) ;

9 Diphtérie en évolution ;

4 État infectieux grave.

Le phénomène d'Arthus Sangréneux, qu'il ne faudrait pont be avec l’abcès provoqué par une injection de sérum non aseptique, a entrainé la mort dans les quatre cas décrits par Aviragnet et Hallé.

Laissant de côté ces accidents qu’on peut considérer comme une complication de l'œdème local, nous concluerons que la réinjection peut donner

lieu à deux types d'accidents sériques. Ces accidents -— œdème local et urticaire — sont ici très fréquents. Tandis que la première sérothérapie

n'en provoque que dans 14 pour 100 des cas, le pourcentage des accidents de réinjection atteint, selon la statistique de Lemaire, 86 pour 100.

Leur évolution est toujours de courte durée et ne dépasse guère 5 à 4 jours. Certaines conditions biologiques déterminent la production de l'un ou l’autre de ces deux types.

L'œdème local s’observe de préférence chez les sujets qui ont déjà eu antérieurement des accidents sériques. L'urticaire peut survenir chez ceux qui n’en avaient pas eu lors de la première série d’injections. Dans le plus grand nombre de cas, les symptômes généraux qui accompagnent ces phénomènes, sont d'intensité médiocre, se réduisent à une élévalion passagère de la tempéralure, à des réactions arthralgiques el n’entraînent aucune conséquence g grave. Par contre ils coïncident loujours avec une CAN

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