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En 1886, Rosenbach met en évidence, dans la plaie d’un tétanique, le bacille que Nicolaïer considérait à juste titre comme spécifique.

Les recherches de Nocard établirent bientôt l'identité du tétanos humain et du tétanos animal.

Kitasato, en 1889, isole le germe de la plaie d’un homme tétanique, puis de la plaie des animaux tétaniques, il cultive ce germe à l’état de pureté el voit qu'après repiquage ses cultures restent virulentes et déterminent une symptomatologie toujours la même.

Toxine tétanique. — Simpson, en 1854, avait supposé l'existence d'un poison strychnisant pour expliquer le tétanos: Knud Faber (1890), après avoir filtré une culture de bacilles de Nicolaïer, obtient un liquide complètement exempt de germes et qui, doué d’une toxicité extrême, réalise le télanos quand on l’injecte à dose très minime aux différents animaux. C'était la démonstration de l'existence de la toxine tétanique qui avait déjà été soupconnée par quelques auteurs. L’affinité de cette toxine pour la substance nerveuse est considérable, ainsi que le prouvèrent Wasserman et Takaki.

Antitoxine. — Behring et Kitasato ayant immunisé des animaux contre le tétanos virent que leur sérum était doué d’un pouvoir antitoxique considérable contre la toxine in vitro et même, disaient-ils, in vivo. Cette dernière conclusion fut d’ailleurs vivement contestée et finalement rejelée.

Tizzoni et Cattani publhèrent également des cas de guérison par le sérum antitétanique, mais les recherches de Roux et Vaillard montraient, par contre, l’inefficacité du sérum antitétanique dans le tétanos aigu ou grave.

Roux étudie la nature du mélange toxine et antitoxine et ses dissociations possibles.

Expérimentation. — L'expérimentation sur l'animal fut la grande * méthode qui permit d'acquérir presque toutes les notions nouvelles sur la nature du tétanos, sur les propriétés du microbe ou sa toxine el sur son antitoxine. Les auteurs qui étudièrent ces questions depuis l’ère de la bactériologie furent tous obligatoirement des expérimentateurs.

- C’est ainsi que Roux et Borrel réalisent un type expérimental très spécial, le tétanos cérébral par injection de toxine dans la substance cérébrale. Tizzoni et Cattani et plusieurs autres auteurs l’injectent dans le liquide céphalo-rachidien. Les recherches expérimentales de J. Courmont et Doyon méritent une mention spéciale; elles portèrent sur la période d’incubation nécessaire de la toxine, sur l’influence de la température pendant la période d’incubation, sur le sort de la toxine dans l'organisme, ainsi que l'avaient fait Pestana (1891), A. Marie (1897), etc. J. Courmont et Doyon ont poursuivi de longues recherches sur la localisation de la toxine sur les différents points de l'appareil nèuro-musculaire, Leur analyse physiologique très détaillée aboutit à cette conclusion que le poison tétanique ne modifie pas l’excitabilité des nerfs moteurs. Il agit comme s'il s’adressait au système sensitif. La Loxine n’est pas un poison musculaire mais un poison . nerveux à action élective sur le système sensitif.

J. Camus et J.-J. -Gournay.

pa | TÉTANOS.

Jean Camus (1910) étudie les lésions macroscopiques tardives du tétanos expérimental arrêté dans son évolution par l’antitoxine, il insiste sur les contractures localisées persistantes et les atrophies musculaires localisées.

Cet auteur montre l'influence d’une méningite sur l’intoxication tétanique expérimentale. Il étudie comparativement les résultats thérapeutiques du

sulfate de magnésie, de l'acide phénique et du sérum antitétanique dans le

télanos expérimental et montre la supériorité du sérum antitétanique. Dans d’autres expériences il établit Ia supériorité de l'injection intra-rachidienne sur l'injection intra-veineuse ou sous-cutanée dans le traitement du télanos. Ces résultats sont confirmés par William Park et Mathias Nicoll de New-York, par E. Salles Gommes, par Sherrington.

Thérapeutique. — De très nombreux travaux expérimentaux permirent d'établir bien avant la guerre les bases de la thérapeutique contre le,tétanos.

Il apparaissait avec une grande netteté à la lueur de ces travaux qu'on peut prévenir le tétanos par des injections de sérum antitétanique faites peu de

temps après les blessures et les traumatismes. Nocard (1894 puis 1897) montrait les heureux effets de cette pratique dans l’art vétérinaire, Roux et Vaillard (1893) en posaient les règles chez l’homme, et des chirurgiens comme Bazy (1896), Guinard, J. Championnière, Schwartz, Maunoury, Vallas, etc., illustraient ces règles de nombreux exemples.

Quelques insuccès réels ou apparents firent naître des critiques et de longues discussions.

Les partisans de la méthode, Vaillard en particulier, répondaient avec beaucoup de netteté aux critiques et insistaient avec détail sur les doses de sérum à employer, sur l'utilité des réinjections, sur la nécessité de faire une

désinfection minutieuse des plaies en même temps qu'on He le sérum

antitétanique.

Il. — Enseignements de la guerre de 1914.

En multipliant d’une façon brutale le nombre des cas de tétanos et les occasions d'infection tétanique, la guerre a fixé nos connaissances sur plusieurs points encore en discussion avant 1914.

L'efficacité du sérum antitétanique, pour ceux qui étaient au courant de la littérature de la question, paraissait un fait bien établi. Il n’en était pas de

même pour le rôle curatif du même sérum. Les recherches expérimentales :

rappelées plus haut montraient que le sérum antitétanique est curateur s'il est employé peu de temps après le début des accidents et si le tétanos n a pas une marche trop rapide. Plusieurs médecins avaient, d'autre part,

rapporté des cas isolés de tétanos guéri par l'injection de grandes quan-

tités de sérum. Néanmoins l’opinion générale admettait que le sérum était

dénué d'efficacité sur le télanos confirmé et qu’il était préférable d'em-

ployer d’autres agents thérapeutiques Ie que le chloral, le sulfate de magnésie, l'acide phénique, etc.

Le tétanos nous est apparu sous des formes nouvelles, Sara chez les sujels qui avaient reçu des injections préventives de sérum antitétanique.

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On décrivit des formes localisées, des formes tardives, des formes chroniques, des formes frustes, des formes monoplégiques, des formes oculaires, des formes récidivantes, etc. La forme cérébrale de Roux et Borrel, jusque-là réalisée seulement par l’expérimentation, fut décrite chez l’homme.

Des séquelles inconnues furent observées.

Au point de vue étiologique, le germe du tétanos fut retrouvé sur des corps étrangers, sur des éclats d’obus en particulier. La gelure des pieds apparut comme une cause assez nelte de l'infection tétanique.

Le traitement fut l’objet de fort nombreuses discussions et l’action préventive du sérum antitétanique fut de nouveau, à plusieurs reprises, mise en doute ; finalement tout le monde, semble-t-il, RU son efficacité à titre préventif.

Quant à son rôle curatif, beaucoup d'observations l’établirent et les insuccès nombreux ne purent aller à l'encontre de ce fait souvent vérifié pendant la guerre que le sérum antitétanique était capable à lui seul de guérir un tétanos en évolution. La voie intrarachidienne pour l'introduction du sérum se montra dans nombre d'observations nettement supérieure à la voie veineuse ou à la voie sous-cutanee.

A vrai dire ces notions élablies par la guerre étaient connues par les expérimentateurs ; ceux-ci avaient vu chez les animaux des tétanos localisés, des tétanos tardifs, des tétanos frustes, etc., créés par l’antitoxine. Pour eux le rôle préventif du sérum ne faisait pas de doute et son rôle curatif, bien que variable, suivant l’époque de son emploi. suivant la voie d'introduction etsuivant la marche dela maladie, était cependant démontré.

La guerre, par la multiplicité des cas, rendit évident aux yeux de la plupart des médecins ce qui n'était connu que d’un petit nombre.

ÉTIOLOGIE

Le chapitre de l’étiologie du tétanos a été singulièrement simplifié le jour ou Nicolaïer en fit connaître l'agent déterminant. Avant l’ère de la bactériologie les traités classiques attribuaient une place considérable à la recherche des causes déterminantes et favorisantes de l’affection. Le siège de la blessure, sa variété, son étendue, l'aspect ‘de la plaie, la nature du pansement ; le climat, les conditions atmosphériques, l’état antérieur du blessé, sa race, son âge, son élat moral étaient scrupuleusement étudiés. #4

Sans nier l'importance secondaire de ces facteurs, la cause nécessaire et suffisante est aujourd’hui pour nous une plaie, si minime soit-elle, qu: permet l'introduction dans l'organisme des germes du tétanos.

A ce titre interviennent les plaies duels les blessures de guerre, les corps étrangers, balles, éclats d’obus, débris de vêtements, épines, échardes; on a montré que ces dernières portaient les germes de l'infection qui pouvait être transmise ‘par elles aux animaux du laboratoire. Les spores tétaniques ont été également mises en évidence sur les projectiles de guerre (Lumière).

J. Camus et J -J. GourNAY.

Non TÉTANOS.

Les plaies anfraclueuses, irrégulières contenant des débris de corps étrangers, souillées de terre prédisposent particulièrement au tétanos (Vaillard et Rouget).

La terre est l'habitat normal du bacille du tétanos, mais en certaines régions la terre est plus spécialement tétanifère; par exemple celle de Vareddes, qui pendant la guerre le fut particulièrement (cas de Walther).

L'origine équine du tétanos fut longtemps soutenue et admise; il est connu aujourd'hui que les excréments des herbivores contiennent le bacille

du tétanos (Sanchez Toledo et Veillon). Ces animaux ingèrent des spores

qui se développent, se multiplient dans leur tube digestif sans provoquer ‘ chez eux aucun accident. : |

Les plaies occasionnées par des cartouches tirées à faible distance Sune assez souvent tétanigènes, et Lôsener et Bischoff ont prouvé que le carton, que les bourres formées de débris de feutre qui composent ces cartouches contiennent le germe du tétanos.

Le tétanos utérin, le tétanos des nouveau-nés nous apparaissent maïinte-

nant comme déterminés par une plaie utérine, une plaie ombilhcale infectée ;

l'asepsie et l’antisepsie ont fait disparaître chez nous ces formes du tétanos. Le feutre peut être le vecteur des spores tétaniques et il a été incriminé dans des cas de tétanos survenus après l'emploi de la méthode d’Abboîtt

(Kirmisson, Broca).

Le sérum.gélatiné (Chauffard, Dieulafoy), le'catgut désinfecté insuffi-

samment (Ch. Nicolle et Bouquet) paraissent pouvoir jouer un rôle ana-.

logue.

Toutes les plaies, excoriations superficielles sont capables de servir de

portes d'entrée à l'infection qu'on a vu se développer is exeraple sur des

ulcères variqueux. ;

Les gelures interviennent également de nombreux exemples en ont été fournis, Macleod, Legouest ont vu le tétanos apparaître à la suite de la congélation du pied et des orteils; des faits semblables ont été observés pendant la guerre de 1914 (Vincent Lumière, Alglave, Astier).

Le rôle de l'humidité, de la pluie a été invoqué par Larrey, Stromeyer,

Poncet, Le Fort, et pendant la dernière guerre Vincént de nouveau a insisté

sur l’action du refroidissement humide local. |

Les injections de quinine ont pu jouer un rôle dans l’apparition du tétanos; d’après Edward Francis les injections de quinine éveilleraient les spores qui seraient dans l'organisme à l’état de vie latente.

Le traumatisme d’une nouvelle opération chez un blessé infecté de

rement a souvent provoqué le tétanos malgré une injection de sérum antitétanique contemporaine de la blessure initiale. ï

Avant l’ère de la bactériologie la notion de l’épidémicité du tétanos avait |

été admise par plusieurs auteurs ; on citait des épidémies survenues à bord des navires, des séries de tétanos puerpéral, de tétanos du nouveau-né survenant dans les mêmes groupements. Arloing et Tripier invoquaient pour prouver l'épidémicité les cas de tétanos survenant dans les mêmes

moments dans un service d'hôpital alors que les autres services du même

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hôpital ne contenaient pas de tétaniques. B. Anger vit 4 malades placés dans des lits voisins atteints successivement de tétanos; on remarqua, il est vrai, que l’épidémicité dans ces 4 cas n’était pas prouvée parce que les malades étaient placés dans une petite salle particulièrement exposée aux courants d'air. Il y avait dans cette circonstance, pensait-on, la raison suffisante de l'apparition du tétanos.

Il est surabondamment élabli maintenant que la transmission du bacille tétanique pouvait se faire par les mains du médecin, des infirmiers, des sages-femmes, par les instruments de chirurgie. Les pseudo-épidémies observées dans certains ateliers ont été de même expliquées par le passage de mains en mains d'instruments de travail, de manches d'outils irréguliers qui, par des rugosités, des échardes, déterminaient des érosions superficielles.

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