Traité clinique des maladies de l'enfance
ÉVOLUTION GÉNÉRALE DU RHUMATISME. Fasc. II, 141
misérable et meurent au moment de l'adolescence, qui est le terme ultime de leur existence.
Une autre particularité est la rareté du rhumatisme cérébral et son aspect un peu modifié, lorsqu'il existe. C’est ainsi que le délire est peu accusé; il est remplacé par un état de mutisme avec subdelirium et demicoma, durant quelques jours, et semblant se terminer assez souvent par la guérison (H. Roger). Il serait donc moins grave que chez l'adulte. Cependant d'Espine et Picot, Cadet de Gassicourt ont publié un certam nombre de faits, peu nombreux d’ailleurs, 15 ou 16, concernant des formes délirantes et méningitiques terminées par la mort.
La vraie manifestation nerveuse du rhumatisme de l'enfance est la chorée ('), dont nous n’avons pas parlé à propos du rhumatisme de l'adulte, bien qu'elle puisse s’y développer aussi. Elle coïncide avec des désordres cérébraux variés, avec l’endopéricardite et avec la pleurésie.
Deux cas assez dissemblables comme évolution et comme gravité peuvent se présenter.
Dans le premier la chorée se développe dans le cours d’un rhumatisme souvent assez fruste en tant qu'arthropathie, accompagnée de manifestations cérébrales diverses, de fièvre et de phénomènes infectieux graves qui peuvent amener rapidement la mort. Lorsque les malades guérissent, c'est après un temps plus ou moins long pendant lequel les mouvements choréiques persistent, et après quoi les malades présentent un léger affaiblissement intellectuel.
Dans le second cas il s’agit de l'alternance de la chorée et du rhumatisme : la chorée suivant ce dernier à quelques semaines ou quelques mois d'intervalle. Ces chorées n'ont jamais la gravité des précédentes.
Dans ces formes anormales fréquentes le rhumatisme peut être méconnu surtout chez les nourrissons. Il nous suffira de signaler les causes d'erreur, qu'on évitera sûrement en se rappelant que le rhumatisme, surtout le rhumatisme anormal, peut exister chez eux. On peut le confondre avec les phlegmons superficiels, avec la maladie de Barlow, une poussée de rachihsme, les foyers mulhples d’ostéomylite, la pyohémie avec arthrites chez le nouveau-né.
Plus tard c’est le rhumatisme tuberculeux, qui prêtera le plus à la confusion; et il est fréquent. On tiendra compte de la .fixité plus grande des arthropathies, qui ressemblent davantage aux hydarthroses, se localisent aux membres inférieurs (tibiotarsienne et genoux), sont peu douloureuses, mais plus tenaces aussi, sans rougeur et sans gonflement périarticulaire. On tiendra compte également du terrain sur lequel elles se développent : en- fants pâles, maigres; des conditions dans lesquelles il s’est montré : enfants au début de leur apprentissage, ayant des adénopathies axillaires ethilaires, et chez qui l’intradermo-réaction à la tuberculine est toujours nettement
1. Une des statistiques les plus récentes est celle de Ferraris-Wyss (Jahrb. f. Kinderh, 1908). Dans 51 cas de chorée, il relève 16 fois un rhumatisme antérieur (31,3 pour 100); dans 35 cas de chorée, 14 fois un rhumatisme postérieur (40 pour 100). Il y avait 27 endocardites, 52,9 pour 100 des cas de chorée. On a pu suivre 54 pour 100
de ces cardiopathies. 15 malades souffraient d’une affection cardiaque et 4 en étaient morts.
H. BARBIER
positive. Ces faux rhumatisants évoluent à l'hôpital comme des tuberculèux. L'existence de lésions orificielles du cœur n’est pas un argument contre la nature tuberculeuse de ces rhumatismes (!). | Une grossière erreur serait la confusion avec l’ostéomyélite des membres, surtout lostéomyélile juxta-épiphysaire.
On n’oubliera pas non plus les ostéo-arthropathies de la syphilis hérédi-
taire et on ne les éliquettera pas « rhumatisme » à la légère : non plus que.
les purpuras douloureux el les arthropathies des hémophiles.
1. Cardiopathies orificielles d’origine tuberc. H. BARBIER et BARBARY. Soc. d’études scientif. sur la tub., Mai 1914. H. Barpier. Soc. méd. des hôp. Mai et Décembre 1918.
DENGUE
Par H, DE BRUN
Professeur à {a Faculté française de médecine de Beyrouth, Associé national de l’Académie de médecine.
La dengue est une maladie infectieuse et épidémique caractérisée, en général, par de la fièvre, de la courbature, des douleurs dans les membres, un état gastrique prononcé et fréquemment des éruptions polymorphes.
Epidémiologie et étiologie. — Issue des zones tropicales, la dengue s’est étendue peu à peu aux zones sub-tropicales et a de la tendance à pénétrer et à s’acclimater dans les zones tempérées. Alteignant souvent dans ses épidémies la plus grande partie des habitants d’une région, elle sévit sans distinction d'âge, de sexe, de race, de conditions sociales : maladie égalitaire par excellence, elle présente partout les caractères d’une pandémie.
Les saisons ont une importance capitale. C’est en été qu'éclatent les épidémies pour disparaître aux approches de la saison froide. Localisée, en général, aux régions du littoral ou aux basses terres de l’intérieur, la dengue a pu cependant, en 1889, envahir certains villages du Liban situés à 1200 et 1500 mètres d’allitude (de Brun).
Ce qui caractérise les épidémies, c’est leur rapide généralisation. En moins de quarante jours, sur 200 000 habitants, 150 000 personnes furent atteintes à Smyrne, en 1889; à Amoy, en 1872, 75 pour 100 des habitants auraient été attaqués. Ce chiffre est encore au-dessous de la vérité (Patrick Manson). L'explosion est parfois si soudaine, le nombre des malades est tel que les services publics se trouvent complètement désorganisés. Il n’est pas rare de trouver 5, 6, 8 personnes de la même famille alitées, en même temps que tous les Te
Par voie de mer la dengue peut être transportée à de grandes distances. C’est ainsi que le vapeur Le Havre, parti de Nouméa, lintroduisit à Tahiti. Par terre, la voie ferrée est un mode de propagation rapide. En Syrie où les moyens de communication étaient autrefois rudimentaires, c’est par l’arrivée d’une personne atteinte de dengue que la maladie était importée ; et, dans les bourgades où tout le monde se connaît, on a toujours pu me désigner la personne qui avait apporté le germe de lPaffection.
Ce germe est encore indéterminé. H. Graham pense qu'il s’agit d’une amibe intraglobulaire ressemblant à la babesia bigemina, qui serait inoculée par le culex fatigans. Cette opinion n’a pas été confirmée par des faits probants, pas plus, du reste, que celle de Bancroîft relative à la transmission de l'affection par le stigomya fasciata dont la distribution géographique est loin d’être identique à celle de la dengue.
H. be BRUN.
AA : DENGUE.
L'examen du sang n’y a révélé la présence d'aucun élément microbien; et comme, d'autre part, Ashburn et Craig ont réussi à transmettre la maladie avec du sérum de malade, filtré sur bougie, comme avec du sang non filtré, on peut supposer que l’agent pathogène est invisible et filtrant, analogue à celui qui, selon toute probabilité, provoque les fièvres éruptives.
Les recherches hématologiques ayant permis de constater la multiplicalion des mononucléaires (Ashburn et Craig, Nattan-Larrier et Bussière) rapprochent la -dengue des affections dues aux protozoaires plutôt que de celles provoquées par les bactéries.
La maladie semble transmissible aux animaux. Les faits de Cristobal Cubillas à Cadix ; ceux de Martialis dans l’Inde et en Nouvelle-Calédonie ; ceux de Duchateau au Sénégal, ceux que j'ai signalés en Syrie, en 1889, paraissent concluants. Toutefois les tentatives d’inoculation aux animaux sont restées stériles. Quant à l'expérience de Voderman (inoculation positive obtenue sur un singe), elle ne présente pas toute la précision désirable.
Symptômes. — [La période d’incubation semble varier de 4 à 4 jours, mais est parfois fort courte et peut ne pas dépasser quelques heures.
Le début, en générai brusque, est assez variable. Dans les zones tropicales’ les douleurs caractéristiques de la maladie saisissent les patients à l’improviste, si soudainement qu’elles les immobilisent parfois dans la posi-
Lion qu'ils occupaient quelques minutes auparavant ; et si quelques-uns ont,
la force de se traîner sur leurs jambes jusqu’à leur domicile, d’autres sont obligés de se faire transporter chez eux, incapables qu'ils sont de se tenir debout. |
Un pareil début ne s’observe pas dans la zone tempérée où, quelle que soit la violence du frisson initial, le malade a toujours le temps de rentrer chez lui et de se coucher. Très souvent c’est après une nuit d'insomnie et de cauchemars, de fatigue et de fièvre que les symptômes de la maladie se déclarent. | ;
Parfois, surtout dans les zones tropicales, la face, en particulier à la partie inférieure du front, au pourtour de l’orbite et aux pommettes, prend une teinte pourpre foncée qui peut même envahir la presque totalité du corps ainsi que les muqueuses de la bouche et du pharynx. Les yeux sont injectés et il se peut que la face entière soit tuméfiée. Cette congestion du tégument, assez comparable à l’érythème que produit un bain chaud, éruption protéiforme et fugace, peut être limitée aux régions que recouvrent les vêtements ou à celles qui reposent sur le lit, et constitue le rash initial.
Les phénomènes douloureux sont presque constants dans la dengue et lui ont valu une infinité de noms, tels que fièvre articulaire exanthématique, fièvre rhumatismale éruptive, scarlatine rhumatismalé, arthrodinie, transcazo ou coup de barre, striffnecked (qui raiïdit le cou), brise-épaule, abourékabe (douleur des genoux), etc. Indépendamment de la sensation de fatigue et de brisement que beaucoup de malades éprouvent dans la totalité des membres, le malheureux patient est, de plus, atteint de douleurs insupportables qui peuvent occuper à la fois ou séparément la tête, les lombes et les membres. ;
La céphalalgie constitue souvent le phénomène capital. Elle est ordinai-