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rement frontale, s'accompagne parfois d’élancements douloureux aux tempes, et vient dans quelques cas se localiser au niveau de l’arcade sourcilière. Beaucoup de malades se plaignent d’une sensation douloureuse dans le fond de l'orbite ou dans les muscles moteurs des yeux et élévateurs des paupières. J'ai observé fréquemment un endolorissement pénible du cuir chevelu.
Les douleurs lombaires sont fréquentes. Elles s’exagèrent à la marche, empêchent l’accroupissement. Il semble au malade qu'il ait été roué de coups. Les douleurs des membres siègent principalement aux environs des genoux et aux mollets, quelquefois dans la continuité des cuisses, el s’accompagnent souvent d’un besoin impérieux de se déplacer pendant la nuit, si bien que le malade ne peut alors rester une minute en repos dans son lit. Dans la dengue de Syrie, ces douleurs sont exclusivement musculaires; je n'ai jamais constaté de douleurs franchement articulaires telles qu’elles ont été signalées dans les dengues des zones tropicales. Quelques malades présentent un endolorissement très pénible des parois thoraciques et abdominales.
Au reste, la douleur varie beaucoup suivant les épidémies. Dans certains cas, elle précède la fièvre ; dans d’autres, elle apparaît plus ou moins longtemps après l'élévation thermique. Dans les épidémies de Syrie, ce sont les douleurs musculaires qui dominent; dans les zones tropicales, les articulations sont parfois particulièrement affectées et l’on peut observer alors du gonflement des jointures, de la tuméfaction des gaines tendineuses, de l’œdème des mains et des pieds. Tantôt les jointures sont prises une à une, graduellement, tantôt elles sont toutes atteintes simultanément, en quelques heures. Les douleurs, comme dans le rhumatisme articulaire aigu, peuvent être mobiles d’une articulation à l’autre. L'intensité des douleurs est extrêmement variable ; et si, dans certaines épidémies, elles ont pu être considérées comme un symplôme accessoire, dans d’autres la violence de la souffrance a pu être comparée aux plus intolérables douleurs du rhumatisme articulaire aigu ou de la goutte. On a noté des crampes, des contractures musculaires douloureuses au point d'interdire parfois tout mouvement au niveau de la nuque, des lombes, des membres inférieurs. Très rarement localisées dans les muscles thoraciques, elles peuvent y provoquer une angoisse respiratoire extrêmement pénible. Le
L'anéantissement est extrême et véritablement caractéristique. W oblige les malades à s’aliter dès le premier jour et constitue un symptôme de haute valeur plus important encore que dans la grippe. Un travail, quelque léger qu'il soit, est interdit aux plus robustes. Tout effort intellectuel, tout exercice physique même modéré, devient impossible. Il faut avoir senti sur ses épaules le manteau de plomb de la dengue, il faut avoir eu ses membres engourdis, alourdis et comme brisés par cette singulière affection, il faut avoir éprouvé non seulement cette déchéance absolue des forces physiques, mais éncore cet anéantissement complet de la volonté, cette impuissance intellectuelle indescriptible pour savoir ce que vaut la prostration de l’abourekabe. EL c'est avec raison qu'un de mes élèves, le D' Alfred Khourv, place cette asthénie si impressionnante sous la dépendance d’une hypo-
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épinéphrie qui expliquerait également les douleurs lombaires et surtout épigastriques, les vomissements fréquents dans certaines épidémies, les nombreuses algies qui caractérisent l’affection. La constatation de la ligne blanche et plus rarement de certains symptômes d’hypotension cardio-vasculaire confirme cette manière de voir (!).
L’éruption (rash secondaire de quelques auteurs) est très fréquente, mais peut manquer dans quelques épidémies. Tantôt elle est caractérisée par de petites taches rosées nettement distinctes les unes des autres, à bords irréœuliers, séparées par des intervalles de peau saine, réalisant en un mot les caractères propres aux roséoles: tantôt elle produit de petites taches rouges analogues à celles de la rougeole; tantôt elle affecte la forme de larges plaques rouges identiques à celles de l’éruption scarlatineuse. Quelle que soit l'intensité de la teinte, la pression du doigt la fait toujours disparaître. Les taches pétéchiales sont extrêmement rares. On a noté des éruptions lichénoïdes, bulleuses, vésico-pustuleuses; elles sont absolument exceptionnelles; je ne les ai jamais rencontrées. L’exanthème commence en général
par la paume et le dos des mains, puis envahit les membres supérieurs, le.
thorax, l'abdomen et les cuisses. Sa distribution est, du reste, très. irrégulière. L’éruption peut être étendue à la totalité du corps ou rester limitée à certains points (régions articulaires du côté de la flexion). Très exceptionnellement, elle constitue un symptôme de début; le plus souvent elle survient après un, deux et plus fréquemment encore après trois jours de fièvre. Il n'est pas rare cependant de la voir apparaître lorsque la maladie a ter-
miné son cycle et que le sujet entre en convalescence. L'éruption ne pro-
voque aucune modification aux autres symptômes de la dengue. Contrairement à ce qui se passe dans les autres fièvres éruptives, l'exanthème est et demeure simplement un phénomène surajouté, en quelque sorte indépendant et sans aucune relation avec l’évolution de la” maladie. J'ai vu des dengues sévères évoluer sans éruption (épidémie de 1902) et j'ai fréquemment observé des exanthèmes généralisés et ardents à la façon de celui de la scarlatine coexistant avec des dengues exceptionnellement légères et parfois apyrétiques (épidémie de 1892) pouvant même constituer le seul
symptôme de la maladie (?). L'éruption à une durée qui varie de 1 à 4 jours.
Elle se termine par une desquamation qui appartient à la convalescence.
L'état gastrique est constant, s’accompagnant souvent de nausées, parfois de vomissements. Les vertiges ne sont pas rares. La langue est large, chargée, présentant sur ses bords l'empreinte des dents. L'’appétit est nul: les malades ont un dégoût très accusé pour tous les aliments et pour toutes les boissons. La constipation est la règle; dans quelques épidémies on à noté de la diarrhée. Le foie est légèrement congestionné dans certains cas et le malade peut présenter un léger ictère.
Les urines ont en général les caractères des urines fébriles ; elles sont peu abondantes, denses, foncées. Il n’est pas rare cependant qu’elles soient abon-
1. AzrreD Kaoury. L’insuffisance surrénale dans la dengue. Société médicale des Hôpitaux, T novembre 1913.
2. H. be BruN. Etude sur les formes éruptives de la dengue. Revue de Médecine, juin 1894. S
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dantes, limpides et claires comme les urines nerveuses. Très rarement, on observe une albuminurie transitoire qui disparaît dès la cessation de la fièvre. |
Bien qu'il existe des cas apyrétiques (de Brun), la fièvre est la règle. La température s'élève brusquement et atteint son maximum (39, 40, plus rarement 41) en quelques heures. La courbe n'a aucune régularité et n'est soumise à aucune loi. Après une durée de 3 à 6 jours la température baisse par le fait d'oscillations plus ou moins régulièrement descendantes. Il se peut par contre, qu'après 1 ou 5 jours de fièvre, on observe une chute brusque précédée parfois de phénomènes critiques (diaphorèse, diarrhée, polyurie, épistaxis). Dans les zones tropicales la- courbe présente souvent une rémission de 1 à 5 jours pendant laquelle la température s'abaisse aux environs de la normale, suivie d’une nouvelle exacerbation coïncidant avec le rash secondaire. Cetle variété s’observe quelquefo::. bien qu'assez rarement, en Syrie (bracé À).
Le pouls varie de 100 à 125. Il est souvent plein, non dicrote, régulier. Dans certaines formes asthéniques, il est mou, dépressible, dicrote.
Complications. — Elles sont très rares et j'ai pu, de 1886 à 1909, assister à de très nombreuses épidémies sans avoir Jamais observé aucune manifestation alarmante. Par contre, l'épidémie de 1909 fut remarquable par la fréquence des hémorragies, de l’albuminurie et des troubles cardiaques.
Les hémorragies sont caractérisées par du purpura et des pétéchies, par des épistaxis abondantes se répétant plusieurs fois par jour et pouvant devenir réellement graves, par des hématémèses s'’accompagnant souvent de melœna et pouvant constituer une complication redoutable. J'ai vu deux malades succomber par le fait de leur abondance. On a signalé des hémorragies buccales, des métrorragies. |
L’albuminurie est parfois très abondante; elle n’en disparaît pas moins au moment de la convalescence si nous nous en rapportons aux cas assez nombreux qu'il nous a été donné d'observer en 1909.
Quant aux troubles cardiaques, ils ont consisté en sensation de défaillance avec pelitesse du pouls et assourdissement des bruits du cœur, phénomènes attribuables soit à un trouble d’innervation, soit à une altération du myocarde. On a, du reste, cité à titre exceptionnel des formes cardiaques avec angoisse, dyspnée, tendance à la syncope; Vassal et Brochet signalent, dans des cas mortels, l’altération du myocarde se traduisant par des mouvements du cœur affaiblis et accélérés, l'augmentation de la matité précordiale et dans un cas par du souffle systolique à la pointe. Ils ont aussi constaté des troubles bulbaires retentissant sur le cœur par les pneumogastriques. J'ai moi-même observé, en 1909, chez deux malades, un souffle systolique au foyer mitral, souffle qui a persisté après la convalescence, traduisant l'existence d'une altération définitive de la valvule mitrale. Toutefois, je dois dire que les souffles que l’on observe — du reste très rarement — au cours de la dengue, sont en général transitoires et ont tous les caractères des souffles extracardiaques. Des péricardites ont été signalées.
On a noté parfois de l'agitation et du délire, phénomènes le plus souvent passagers et sans gravité. Les enfants peuvent présenter des convulsions;
H. pe BRON.
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