RUBÉOLE. | LL NES ER
de caractère anormal, il faut songer à la Rubéole, et rechercher les signes différentiels. Si, malgré une analyse attentive, l’hésitation subsiste (le fait peut se présenter surtout pour les formes frustes de Rougeole et de Scarlatine), il est sage, à se placer au point de vue prophylactique, d'agir comme si l’on était en présence de l’une ou de l’autre de ces maladies, autrement dit d’accentuer, surtout au début, les rigueurs de l'isolement, l'application des mesures de propreté ou d’antisepsie. | ie
PRONOSTIC
La Rubéole est assurément la plus bénigne des fièvres éruptives. La guérison reste la règle normale dans la Rubéole et pour le rubéoleux de conditions de santé habituellement satisfaisantes.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
La lésion cutanée de la Rubéole est représentée par l’hyperhémie vascu: laire, aboutissant à un certain degré d’exosérose (moindre que dans la Rougeole) et de diapédèse (très RE pour ce qui est des hémalies). Même dans les formes graves de Rubéole signalées en Angleterre on n’a pas. relevé de forme hémorragique de Rubéole.
Il est permis de supposer que ces phénomènes d’hyperhémie vasculaire et de congestion s'étendent aux viscères; et c’est tout ce que l’on peut dire actuellement concernant les lésions viscérales de la Rubéole.
ÉTIOLOGIE
La Rubéole est une maladie contagieuse et épidémique.
Contagieuse, elle l’est d’une façon précoce. Aviragnet et Apert affirment que cette contagiosité peut se manifester 5 ou 6 jours avant l’érupüon et plus tôt que pour la Rougeole; par contre, elle serait très éphémère.
Ce pouvoir de contagion, plus exactement de diffusion, a été et est. encore l’objet de discussions; très étendu pour les uns, il serait pour les” autres très limité. | |
Il semble bien que le contact direct soit la cause presque exclusive de la propagation de la maladie. Si, dans les grandes villes, il est difficile de relever exactement les conditions de dissémination, et si l’on ne peut écarter l’idée qu’un individu sain a pu servir d'intermédiaire, il semble que la caducité rapide du virus de la Rubéole rende ce transport exceptionnel. D'ailleurs, dans les villages ou dans les groupements limités (familles, pen: sions, corps de troupe), où l’enquête est plus simple, il est aisé de se rendre compte de l'importance du contact direct et de la brièveté du. délai dans lequel la diffusion se produit dans un milieu déterminé, Comme le disait Béclère, le temps d’un déjeuner familial suffit à contaminer parents el serviteurs.
ÉTIOLOGIE. Fasc. II. — 101
De l'étude que j'ai pu poursuivre en 1914-1915 à la Ve armée et dans la région de Reims, où des foyers multiples de Rubéole apparurent suecessivement dans une série de cantonnements où de villages voisins ou éloignés, il me fut le plus souvent facile d'établir la filiation. La diffusion était d’ailleurs toujours limitée et ne se faisait pas d’une façon massive comme pour la Rougeole; le plus habituellement, une partie du village était atteinte, parfois une seule maison, lorsque celle-ci était suffisamment isolée et les contacts moins fréquents; et toujours c'était à la suite de la venue d’un
civil ou d’un soldat atteint de Rubéole. Si l'unité se déplaçait, remplacée
rapidement par une autre unité, celle-c1 présentait de nouveaux cas. Mais lorsqu'un certain intervalle s’écoulait entre les déplacements, le foyer avait grandes chances de s'étendre. L'extension était toujours rapide; d'emblée plusieurs soldats se trouvaieut atteints; puis, quelques jours après, un nou-
veau groupe était contaminé.
Une des difficultés de la dissociation de la Rubéole et de la Rougeole ent en quelque mesure à la contemporanéité des épidémies. Les épidémies de Rubéole, comme celles de Rougeole, sont plus fréquentes en hiver qu’en été, et. si comme ces dernières elles peuvent se présenter sous la forme de foyers endémiques d’ailleurs plus discrets, leurs recrudescences s’affirment surtout en hiver. |
Les épidémies semblent plus fréquentes en Allemagne et en Angleterre, où la maladie est plus habituelle et, semble-t1l, plus facilement reconnue.
En France, plus exactement pour ce qui est de Paris, c’est le plus souvent au cours d’une recrudescence épidémique de Rougeole qu’apparaît la Rubéole. Dans les hôpitaux d'enfants, comme d’ailleurs à l'hôpital Claude- Bernard, c’est parfois à la suite d'isolement de Rubéoles méconnues dans les pavillons de Rougeole, que la survenue d’une nouvelle éruption chez les rougeoleux guéris atüre l'attention sur l'existence de l'épidémie de Rubéole.
Aviragnet et Apert ont rappelé que lorsque Grancher prit la délermination de faire isoler pendant 14 jours les enfants suspects de Rougeole, il arrivait encore que vers le 16°, 17°, 18° jour d'autres enfants présentaient une éruption morbilliforme. Sur la demande de son interne, Martin de Gimard, Grancher prolongea l'isolement jusqu’au 18° jour. On ne parlait pas alors de Rubéole mais c'était peut-être de la Rubéole.
La Rubéole respecte les nourrissons. On ne saurait toutefois, à mon avis, affirmer que les éruptions roséoliques frustes et éphémères, qu'on observe parfois chez le nouveau-né nourri par une nourrice atteinte de Rubéole ou de Rougeole, ne soient pas une Rubéole ou une Rougeole légère ou fruste. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la réceptivité du nourrisson est limitée pour les raisons multiples que j'ai déjà exposées et qui réduisent pour lui
les chances de contagion.
Les jeunes, plus que les adulles, sont aliéints: la prédominance appar- Uent à la 2° enfance (3 à 5 ans). Comme pour la Rougeole, les rassemblements de l’école ou de la caserne favorisent la diffusion.
Le germe de la Rubéole reste inconnu, et l’on peut même ajouter (cela tient sans doute à ce que l’autonomie de la Rubéole est plus récente et à ce qu'il s’agit d’une maladie particulièrement bénigne), que l'ignorance à
PJ. TEISsSIER:
Fo Pa . RUBÉOLE.
l'égard du virus de la Rubéole est plus absolue. Nous ne trouvons pas i ne longue série d’études et la diversité des microbes propres aux autres mala- :
dies éruptives. Aucune tentative d'inoculation expérimentale n'â élé, que je
sache, relatée. Certains auteurs ont pensé que le virus de la Rubéole était.
plus résistant que celui de la Rougeole. Tout ce que j'ai rappelé plus haut
concernant la limitation des foyers épidémiques en extension et en durée, Le est contraire à cette hypothèse. nt
PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT
La Rubéole ne tombe pas sous le coup de la loi de 1902. La déclaration | n'est pas pire obligatoire que la désinfection. L’isolement, malgré la béni
gnité de la und est cependant justifié : il doit être réalisé aussi tôl
que possible, mais son application est rendue souvent difficile par la précocité même du caractère contagieux. | Aucune durée d'isolement n’est exigée pour les écoles. Il est admis que pourra retourner à l’école l'enfant qui durant 8 jours à dater dû début de. l'éruption, aura été gardé à la chambre. Le licenciement des écoles est inutile. Les règles de prophylaxie et de thérapeutique individuelle justifiées pour . les formes bénignes de Rougeole et de Scarlatine sont applicables à Ja Rubéole. Elles reposent sur Le mêmes principes, répondent aux précautions, aux mesures de proprelé que nous avons déjà analysées. Pratiquement d'ailleurs, elles sont quelquefois réalisées avec excès, pour celte raison qu'on croit avoir affaire à une Rougeole ou à une Scarlatine. A
QUATRIÈME MALADIE" Par P.-J. TEISSIER :
Professeur de clinique des maladies infectieuses à {a Faculté de Paris. Membre de {’ Académie de Médecine.
A l’époque ou la Rubéole fut définitivement considérée comme une
maladie autonome, des observations cliniques ont été publiées concernant
un nouveau type morbide d’un aspect et d’une évolution offrant des caractères un peu particuliers, encore bien qu’il fut possible de les rapprocher tantôt de la Rubéole, parfois de la Scarlatine, plus rarement de la Rouweole. Ainsi le pensaient tout au moins un certain nombre de médecins,
jusqu'au moment où, au Congrès de Moscou (1885), Filatow dans une com-
municalion concise ébaucha l'histoire de la quatrième maladie.
C’est en 1884, que Filatow observe une épidémie familiale qu’il considère comme répondant à une forme fruste de Scarlatine, car il déclare aux parents que leurs enfants seront désormais protégés contre celte maladie. Or, dès 1885, la Scarlatine apparaît dans la même famille, et atteint trois des enfants qui avaient été louchés par la précédente épidémie. Il décrit alors sous le nom de Rubéole Scarlatineuse, une maladie infectieuse aiguë, contagieuse, épidémique, qui se caractérise par un exanthème scarlaliniforme, mais distincte de la Scarlaline par la bénignité de l’évolution et cerlaines particularités de contage. |
En 1886, il abandonne son opinion première et pense qu'il s’agit d’une Rubéole ordinaire avec exanthème polymorphe. Puis revenant, en son livre sur les maladies infectieuses à la Rubéole scarlatineuse, il montre que Paasch et:Niemeyer, ont décrit sous ce nom, des cas douteux de Rougeole ou de Scarlaline et se range à l'opinion formulée par Lebert en 1851, d’après laquelle la Rubéole morbilleuse, et la Rubéole scarlatineuse, doivent être considérées comme deux maladies distinctes. Cette Rubéole scarlatineuse est à la Scarlaline ce que la Rubéole morbilleuse est à la Rougeole.
Jusqu'ici il n’est donc parlé que de Rubéole scarlatineuse. C’est én 1900 que le nom dé 4 maladie 6st prononcé par Dukes à propos d'un type morbide analogue à celui décrit par Filatow dont Dukes ignore les travaux, et qu'il observe en 1892, lors d’une première épidémie scolaire, puis d’une Seconde:
IT lui parut tout d’abord, et le fait d’ailleurs se vérifia, qu'un isolement de quinze jours devail suffire ; puis au moment de la deuxième épidémie scolaire, où se juxtaposent des cas de Scarlatine et de la quatrième maladie il constate que celle-ci se distingue: de la Scarlatine par la longueur de la période d’incubation qui peut atteindre en moyenne 14, 15 jours, et qu’elle
1. Dénommée également Maladie de Filatow-Dukes; en anglais : Fourth disease; en allemand : Vierte Krankheit. |
P.-J. Trissrer.