ASSOCIATIONS PATHOLOGIQUES
Les infections associées peuvent également assombrir le POS de la
Rougeole, comme celui de la Scarlatine.
Il est de ces associations qui sont fréquentes, — la Diphtérie, la Coqueluche, la Tuberculose — cela en dehors de toute condition épidémique particulière. Il est, lorsque des épidémies surviennent qui augmentent les raisons de contagiosité, des associations plus rares, telles que la pe les Maladies éruptives, la Suette miliaire.
Les conséquences de ces associations varient selon que la Rougeole com-
‘plique une infection déjà existante et en évolution, ou se CÉFCRRE à 18
suite de cette dernière.
Pour ce qui est de la Diphtérie par exemple, si la Rougeole vient compliquer la Diphtérie, elle peut prendre un caractère de gravité spéciale. Mais l'association n’est pas moins grave quand c est la Diphtérie qui complique la Rougeole ; la mort est pour ainsi dire fatale, et la Diphtérie peut être considérée, selon l'expression classique, comme terminale, lorsqu'il s’agit d’un enfant du premier âge.
C'est à propos de la Diphtérie que le rôle aggravant exercé par la Rou- |
geole à l'égard de certaines infections est le plus net. On'a dit, et c'est là un fait exact, que la Rougeole est la maladie qui favorise le plus la généralisation de la Diphtérie; j'en ai donné des exemples évidents.
Or, cette influence de la Rougeole se peut opposer en quelque mesure à celle qu'exerce la Scarlatine, devant laquelle l'infection diphtérique semble rétrograder. Martin et Darré (1911) ont rapporté le fait suivant, qui vient à l'appui de cette donnée : un enfant entre le 11 janvier 1911 à l'hôpital des Enfants-Malades pour un croup léger, il guérit après sérothérapie et sort
le 29 janvier; huit jours après, le 6 février, il contracte la Varicelle avec une otite suppurée, et le dimanche 12 février, soit 14 jours après la sortie :
de l'hôpital, il est atteint de Rougeole. Celle-ci évolue normalement, mais le 45 février il est pris de suffocation et envoyé à l'hôpital Pasteur, où l'on constate l'existence d’une angine pseudo-membraneuse avec croup. Il semble bien que l'enfant avait conservé des bacilles de sa première infection et que ceux-ci aient trouvé un terrain favorable à leur reviviscence dans
la détermination des lésions bucco-pharyngées et laryngées de la Rou-:
geole, ou des conditions d’exaltation de virulence de l'association du b. diphtérique avec le virus rubéolique. Or de tels faits de rechute de la Diphtérie sont exceptionnels. |
On a pu rapporter, d'autre part, un cas de Diphtérie . devenue envahissante à la suite de la Rougeole.
Netter a montré que les faibles doses de sérum données à titre préventif chez les rougeoleux sont insuffisantes et doivent être augmentées.
La Rougeole présente éaioeient une affinité toute particulière pour la.
Coqueluche; cette notion est ancienne, et l’association des deux maladies
on ce dal
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avait paru autrefois tellement habituelle qu’on avait voulu les identifier.
Ici encore l’ordre de subordination peut varier. Sila Coqueluche précède la Rougeole, elle peut faire que celle-ci prenne un caractère ecchymotique ou se complique de lésions broncho-pulmonaires. Inversement si la Coqueluche suit la Rougeole, il en peut résulter pour le coquelucheux le développement de complications broncho-pulmonaires. En troisième lieu, Rougeole et Coqueluche associées semblent favoriser à un plus haut degré que si elles évoluent isolément la prédisposition à l’égard de la tuberculose ganglionnaire et de la tuberculose pulmonaire.
L'influence de la Rougeole à l'égard de la Tuberculose, connue depuis longtemps, doit retenir l'attention non seulement en raison des types anatomiques divers que peut revêtir la Tuberculose (!), et de l’évolution souvent aiguë qui les peut caractériser, ou de l’aggravation brutale qu'un foyer depuis longtemps silencieux peut présenter, mais aussi et surtout eu égard aux interprétations pathogéniques récentes de cette influence. L'initiative de ces interprétations appartient a v. Pirquet pour ce qui est de l’aggravation de Tuberculoses préexistantes et s'appuie sur un ensemble de preuves d'ordres divers et de valeur réelle.
V. Pirquet considère que par le fait d’une imprégnation brun laisse l'organisme se trouve modifié pour la vie entière; qu'ainsi, vis-à-vis d’une réinfection, il possède la propriété de former des substances dites anticorps beaucoup plus rapidement que lors de la première infection. Cette faculté de réaction précipitée répond à l’état d'allergie; elle dépend d’un état d’hypersensibilité. Ainsi s'explique la réaction à l’inoculation tuberculinique, réaction accélérée, qu'avec Schick 1l a proposée comme élément diagnostique, et qui ne fait défaut que s'il s'agit de Tuberculose aiguë ou de Tuberculose cachectique.
Peu de temps après que v. Pirquet publia ces faits, Preisich montra que la cuti-réaction ne se produit pas chez les enfants rougeoleux, qui ont pu la présenter antérieurement. Cette cuti-réaction disparaît pendant l’exanthème pour reparaître dès que l’exanthème a pâli. V. Pirquet vérifia cette donnée, dont il donne l'interprétation suivante : du fait de la Rougeole l'ergène, c’est-à-dire la substance anticorps qui dans la cuti-réaction est l'intermédiaire nécessaire entre la tuberculine (l’antigène) et la cellule de l'organisme, est absorbée; dès lors la faculté de réaction disparaît, autrement dit, la Rougeole fait disparaître temporairement l’état d'allergie, met l'organisme en état momentané d’anergie.
Pour si logique que soit cette interprétation de faits dont l'existence ne saurait être mise en doute, il faut reconnaître qu'elle repose sur une hypothèse du genre de celles qui s’échafaudent sans cesse dans le domaine de l’'Immunité. Il semble d’ailleurs que le mécanisme soit plus complexe.
Si la constatation du phénomène est plus constante dans la Rougeole, celui-ci semble s’observer également pour d’autres maladies infectieuses
1. Les localisations le plus souvent rencontrées sont: la broncho-pneumonie ou la pneumonie tuberculeuse, la Tuberculose miliaire, la Tuberculose ganglionnaire suppurée, plus rarement la Tuberculose des séreuses ou la Tuberculose osseuse.
P.-J. Trissrer.
(Scarlatine, Diphtérie, Fièvre typhoïde, Pneumonie, etc.). Or, dans la Scarlatine, où la Tuberculose peut se montrer plus fréquemment qu’on ne l’a dit, mais n’est point parmi les suites habituelles, comme il en est pour la Rougeole, l’état d’anergie semble s’observer également. Il est d’ailleurs difficile de comprendre comment les anticorps peuvent disparaître et reparaître si rapidement. On a cherché d’autres explications. Neumark, Nothmann ont invoqué la leucopénie : au stade éruptif les leucocytes seraient en si petit nombre dans la peau qu'il n’y aurait plus auéune irritation ou faculté de réaction; mais la leucopénie existe encore alors que la cuti-réation a réapparu !
On a pensé encore que l’hyperthermie que détermine l'exanthème peut empêcher la cuti-réaction de se produire!
Le dernier mot n’est donc pas dit sur la cuti-réaction à la tuberculine envisagée comme critère d’un état allergique ou anaphylactique, mais il. reste certain que pendant l’évolution de la Rougeole il y a, vis-à-vis de la Tuberculose, une diminution de résistance de l’organisme, une atténuation : momentanée de ses pouvoirs de défense, dont peut témoigner l’absence éphémère de la cuti-réation au cours de l’exanthème. Cela semble être la manifestation d’une loi de pathologie générale que deux infections se développant dans un même organisme peuvent s'influencer réciproquement, et que notamment pour ce nos est de la Rougeole et de la Tuberculose on peut voir la Tuberculose s’aggraver comme d’autres infections à la suite de la Rougeole. Si doné les interprétations pathogéniques peuvent et doivent être encore l’objet de réserves et s’il est sage de ne s’avancer qu'avec prudence dans ce dédale, les faits sont hors de toute discussion ; ils ont pu être contrôlés et confirmés de plusieurs côtés.
En 1908, avec mon interne Léon Kindberg, dans 178 cas de Rougeole, la cuti-réaction fut toujours négative durant l’exanthème, et dans 31 cas, où il s'agissait réellement de lésions pulmonaires ou de lésions ganglionnaires de nature tuberculeuse, la cuti-réaction négative lors de l’exanthème fut à nouveau relevée trois ou quatre jours après la disparition de l’exanthème. Chez une petite fille de dix mois indemne de Rougeole, entrée avec un frère jumeau qui s’en trouvait atteint, la cuti-réaction fut positive; ayant contracté à son tour la Rougeole, la cuti-réaction devint négative pour redevenir positive, l’exanthème disparu ({).
Des faits similaires s’observent dans l’association de la Rougeole et de la : Syphilis. Avec mon interne, M. Lutembacher, j'ai constaté que le sérum d’un rougeoleux en pleine éruption de Syphilis secondaire ne donne pas la réaction de Wasserman, cette réaction réapparaissant à la fin de l’exanthème.
Il convient de rapprocher également de l’absence de cuti-réaction les observations d'Hamburger signalant que sans la Rougéole l'affaiblissement de la réaction à la Vaccine ou au Sérum peut s ADO be
Concernant la Vaccine, les constatations d'Hamburger et de Schley, celles de Netter et de ses internes sont analogues. L'état d'allergie, ou de réaction
1. Comme O. Grüner, nous avons recherché si le sérum de rougeoleux exercerait une, action antituberculinique, et tout ce qu’il a été permis de conclure de nos expériences c’est que l’action du sérum affaiblit l’action de la tuberculine.
Il en va de même en ce qui concerne la réaction de fixation.
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accélérée qu'on observe lors de la revaccination (v. Pirquet) peut disparaître également au cours de la Rougeole. Il y a anergie vaccinale provisoire et cet état d'anergie, qui pour Netter et Porak ferait défaut dans la Scarlatine (ce qui reste discuté) et la Rubéole, serait un élément de diagnostic différentiel(t) entre ces maladies et la Rougeole. |
De même si la Kougeole agit sur la Vaccine et le sérum, le sérum et la Vaccine peuvent retentir sur elle. On a dit notamment que la période d’invasion de la Rougeole pouvait être prolongée par la vaccination, que les injections de sérum (Kathe, Neumark) peuvent retarder l'apparition de l’exanthème morbilleux.
Les maladies exanthématiques peuvent s’ associer à la Rougeole : ainsi la Scarlatine, la Variole et la Varicelle, et, eu égard aux différences des périodes d’incubation, la subordination dans le temps est des plus variées.
S1 la Rougeole post-scarlatineuse est grave au point que la mortalité peut atteindre 32 ?/,, la Scarlatine post-rubéolique ne semble pas sensiblement ou habituellement aggravée, à moins que la Rougeole ait été elle-même grave ou compliquée. Par contre si les maladies évoluent presque simultanément il semble qu’elles n’exercent aucune influence l’une sur l’autre.
La Rougeole peut aggraver la Variole. La Varicelle ne semble guère modifiée par la Rougeole et cette dernière n’est point influencée par la Varicelle.
La Grippe(?) peut s'associer à la Rougeole, auquel cas la première aggrave les complications respiratoires de la seconde ou en favorise le développement.
La Fièvre typhoïde, de son côté, semble créer pour la Rougeole une prédisposition aux complications HS)
On a signalé des observations d'association de Rougeole et de Suette mihaire, la Rougeole empruntant à la Suette ses syndromes nerveux initiaux ou terminaux, mais on peut se demander s’il ne s’agit pas aussi bien de ces variétés rubéoliformes de la Suette miliaire décrites par Brouardel et Hontang.
L'association de l’Erysipèle et de la Rougeole m'a paru exceptionnelle, el dans les cas qu’il m'a été donné d'observer je n’aï pas constaté ces formes traînantes et à tendance suppurative dont Lasègue a parlé.
Quant à l'influence réciproque de la Puerpéralité et de la Rougeole, elle n'est pas comparable à ce que j'ai déjà exposé au chapitre de la Scarlatine.