‹ Nouveau traité de médicine (volume 5)Chapitre 51 sur 224 · P.-J 2 TEISSIER · texte numérisé non relu

P.-J 2 TEISSIER

Le rougeoleux est dangereux parce qu'en parlant, erachant, étérnuant, toussant, il disperse le germe, la contamination pouvant d’autre part avoir lieu par les mains, le D et la literie, qui reçoivent par ailleurs les mucosités virulentes.

Le mode de contagion le plus fréquent est assurément la’ contagion directe. La présence d’un enfant atteint de Rougeole dans une école, une salle d'hôpital suffit à contagionner tous les enfants qui, durant un délai fort court, ont pu être en contact avec lui. Dans les salles d’hôpitaux, ce sont les lits voisins qui sont pris les premiers. Le mode de contagion indirecte est cependant réel. Une personne saine peut être porteur du contage; un objet peut être une source de contamination. Mais ce mode de contagion ne semble se faire qu’à de petites distances et durant un temps très court. Je sais bien qu'avant de conclure au transport du germe par un organisme sain, il convient de rechercher s’il ne s’agit pas d’un sujet porteur d'une Rougeole fruste; cependant la contagion indirecte n’est pas douteuse.

En pareil cas, qu'il s'agisse de contamination par un sujet sain ou un objet, il importe que le contact avec la source virulente soit assez prolongé et que ce contact $e fasse de facon précoce et aussi immédiatement que possible après'la contamination du sujet sain ou de l’objet(!). On comprend dès lors que le médecin soit un faible agent de dissémination.

Sans doute, 1l est des faits exceptionnels témoignant de transmission à longue distance, qui ne sauraient infirmer la règle habituelle (telles, les observations de Siégert, de Joal). Il est également des circonstances dans lesquelles le virus morbilleux desséché a conservé un certain temps sa virulence et a pu se revivifier (obs. de Vallin, de Kelseh, de Sardou). C’est ainsi que des objets ayant appartenu à des rougeoleux ont pu être l’occasion de Contagions indirectes.

On s’est demandé si la contagion pouvait se fairé par l'air, eu égard à la diffusion rapide de la Rouen de Bard, Béclère, Sevestre l’admettent, alors que Grancher considère cette contagion comme exceptionnelle, sinôn inexistante. Il n’est pas douteux que la zone dangereuse autour du rougeoleux, zone entretenue par l'émission constante et pour ainsi dire ininterrompue de sécrétions virulentes, est peu étendue; mais elle est incessamment chargée d’une quantité considérable de virus et cela peut expliquer la facilité et la rapidité de contagion de toute une collectivité, que l’on ne retrouve dans aucune autre maladie éruptive et qui: explique les difficultés pratiques des mesures d'isolement, la facilité des recrudescences épidémiques.

Epidémiologie. — La Rougeole sévit de façon endémique dans toutes les grandes villes où elle reste un facteur de mortalité que l’on ne saurait considérer comme négligeable. Les recrudescences épidémiques, facilitées comme il vient d’être dit, surviennent par explosion, se développent brus-

1. Comme pour la Scarlatine j’insiste aussi pour la Rougeole, sur la nécessité de ne pas laisser sortir de l'hôpital un Rougeoleux guéri qui avant sa sortie aura été en: contact avec un Rougeoleux en pleine activité, entré par exemple de la veille, Ce. genre de contamination indirecte est fréquent; il justifie la séparation des salles de convalescents d’avec les salles de malades attemts de Rougeole en pleine évolution; il apporte un argument nouveau en faveur de l'isolement par box ou chambres séparées.

ÉTIOLOGIE. Fasc. II. — 155

quement, arrivant en peu de jours à leur acmé pour s'éteindre avec une certaine rapidité. Parfois, après un certain laps de temps, une nouvelle recrudescence se produit, qui est comme une sorte de queue épidémique.

Les explosions épidémiques semblent se produire aux changements de saison; le maximum s’observe en avril, mai, le minimum en septembre et octobre. Il devient alors difficile que dans les villes, les enfants échappent à la maladie, quand ils sont élevés dans les milieux collectifs.

Dans les campagnes où la Rougeole n’est pas endémique, où les épidémies se produisent par importation, la protection est plus facile; l’on comprend ainsi que le jeune campagnard soit pris facilement quand il arrive au régiment.

Concernant la gravité de ces épidémies, j'ai déjà exposé que les conditions qui les favorisent tiennent à l’encombrement, aux causes de misère collective ou individuelle, de surmenage, de fatigue, de mauvaise alimentation, comme celles qui peuvent exister pour les armées en campagne, pour les prisonniers. Il est remarquable, à ce point de vue, que la grande guerre (1914-19) ait été à cet égard une véritable exception, non pas par le fait d'un hasard heureux mais de tout un ensemble de raisons et de mesures que jai analysées par ailleurs.

Mais j'ai rappelé également que des épidémies fort graves peuvent se produire dans des Dale jusque-là indemnes. Telle la première épidémie des îles Féroë en 1781 qui décima une proportion considérable de la population. Telle aussi la deuxième épidémie observée dans ces îles en 1846 par Panum et où seuls les vieillards âgés de moins de 65 ans, c’est-à-dire qui avaient été contaminés lors de la première épidémie, furent épargnés.

S1 la Rougeole est une maladie immunisante, l’immunité naturelle ne semble pas exister à son égard. Les prédominances s'expliquent par un ensemble de causes prédisposantes, mais’ il n'existe guère à proprement parler, de distinction d'âge, de sexe, de race; Rochoux avait signalé autrefois que les créoles des Antilles perdent leur immunité après un voyage en Europe. Cependant le nourrisson présenterait un certain degré d’immunité. Guersant et Blache ont rappelé en 1830 les faits que Vogel et Sydenham avaient observés un siècle auparavant. Ils expliquent cette immunité par un défaut de contagion, le nourrisson étant tenu à la chambre, emprisonné dans ses langes presque toute la journée. Hutinel en 1915 attribue le fait au passage des substances immunisantes à travers le lait maternel.

Il est toutefois des cas exceptionnels de Rougeole de nourrisson comme des cas de Rougeole par contagion intra-utérine. Tyler en 1847, Smith en 1870 ont signalé des observations de Rougeole congénitale; Underhill en 1880 rapporte 7 cas qu’il emprunte à Fabricius, Hedrich, Guersant, Chauvet, Michaelsen. Mason à rapporté l'observation d’une primipare de 19 ans, qui accoucha à terme (alors qu'elle était en convalescence d’une Rougeole), d’un enfant dont le corps était tacheté et présentait une desquamation furfuracée que l’auteur distingua de la dermatite exfoliatrice du nouveau-né. Rocaz en 1906 rapporte l'observation lypique suivante : quatre enfants dans une même famille sont alleints de Rougeole; la mère est enceinte de 8 mois 1/2; les enfants sont éloignés; malgré ces précautions, la mère est

Pi. TErSsrER.

contaminée, et, en pleine période éruptive et fébrile accouche d’une petite fille bien constituée, très vive, qui présente une éruption morbilliforme de la face, du tronc, avec fort peu de catarrhe. oculo-nasal et sans fièvre. J'ai observé pour ma part deux faits de Rougeole d'enfants mis au monde dans: le service, qui quatre Jours après, c’est-à-dire dans des conditions d’incubation trop brèves pour légitimer une contagion externe, présentèrent un érythème morbilliforme discret avec catarrhe. Je rappellerai enfin les Rouseoles apyrétiques que l’on peut observer chez le nourrisson et qui semblent relever d’une infection en général atténuée. Lesage s’est même demandé si un certain nombre d’états septicémiques avec fièvre, diarrhée, léger coryza observés chez le nourrisson ne seraient pas des Rougeoles frustes.

Quoi qu'il en soit, l’immunité relative du nourrisson, qui justifie l’allaitement par la mère atteinte de Rougeole, s'oppose à la prédisposition des enfants de 2? à 5 ans vis-à-vis de cette maladie. -

PROPHYLAXIE — TRAITEMENT

La Rougeole, maladie contagieuse, est depuis la loi de 1902, soumise à la déelaration obligatoire. Cette déclaration doit être précoce et entraîner la désinfection des locaux occupés par le rougeoleux comme aussi des objets, literie, vêtements qui ont servi au malade ou ont été en contact avec lui. La Rougeole une fois reconnue, doit être l’objet de mesures d'isolement.

Les conditions qui président à la contagiosité de la Rougeole expliquent les difficultés d’une prophylaxie rigoureuse et d’un isolement suffisamment précoce.

Mon collègue Comby tablant sur la caducité du contage morbilleux proteste contre les excès de la désinfection obligatoire et considère celle-ci comme inutile. Avec un certain nombre de médecins il est prêt à admettre que la déclaration est pour cette raison une superfétation. Il invoque la décision du bureau sanitaire de New-York de renoncer à la pratique de la désinfection; et, toul en reconnaissant que les mesures de désinfection furent reprises au début d’une épidémie parce bureau qui ne voulut pas être accusé de négligence, il croit que ces mesures n’eurent aucune influence sur l dei qui continua de s'étendre.

Tablant sur ces discussions et sur les rapports de MM. Martin et Vaudremer, un vœu fut émis en novembre 1909 en faveur de la désinfection facultative. Il me paraît que ce retour en arrière n’est pas entièrement justifié, alors que la désinfection pour la Rougeole compliquée est reconnue comme légitime, même par les partisans de la désinfection facultative. EL je persiste à croire qu’une désinfection bien faite, qui en tout état de cause est susceptible dans des intérieurs misérables d’être l’occasion de mesures de propreté utiles à tout point de vue, doit s'ajouter à l'isolement comme moyen de lutter avec efficacité contre la propagation de la Rougeole et de ses complications.

L'isolement précoce s'impose. Durant longtemps il était, lui aussi, illusoire parce que le diagnostic n'était posé qu'au moment où la Rougeole avait

PROPHYLAXIE. — TRAITEMENT. Fasc. II. — 157

déjà rempli son office de maladie contagieuse. Même après que la construction de pavillons spéciaux, spacieux, aérés, munis de chambres d’isolement eut amené une importante diminution de mortalité, avec l’aide des mesures complémentaires d’antisepsie préconisées par Grancher. Même alors que les enfants suspects d’incubation de Rougeole n'étaient autorisés à rentrer dans les salles qu'après 18 jours écoulés, les résultats si satisfaisants pour les autres maladies éruptives restaient imparfaits pour la Rougeole. Aussi Grancher ajoutait-il que le médecin qui trouverait le moyen de reconnaître la Rougeole pendant l’incubation rendrait les plus grands services. [l permettrait, disait-1l, « de combattre avec efficacité la propagation et la recrudescence incessantes de la maladie contre laquelle nous sommes désarmés ».

Ces signes existent : la courbe leucocytaire, en quelque mesure la chute de poids, le signe de Koplik surtout, font que le diagnostic de la Rougeole est possible à un moment, où dans les familles, frères et sœurs d’un petit malade pourront être écartés, échapper à la maladie et ne point la porter dans un autre endroit comme autrefois. Dès lors dans les collectivités (casernes, écoles) les licenciements ou les changements de cantonnement pourront se trouver utilement retardés, ou ne pas être nécessaires.

Que cet isolement précoce soit toujours facile, c’est autre chose. Il est entendu que dans les intérieurs pauvres, l'isolement reste irréalisable ; le rôle du médecin est d'envoyer le petit malade à l'hôpital. Pour ceux qui ne sont pas encore atteints, la formule reste d'application délicate; il faudrait les envoyer en surveillance à l'hôpital. Mais à ce point de vue, l’organisation hospitalière est encore déficiente. Au dépôt de l'assistance pour ce qui est de Paris, les mêmes objections se présentent ; or, laisser des enfants non malades dans le milieu infecté, c’est avouer son impuissance et se résigner à ne rien faire. En tout état de cause, on ne doit pas les envoyer dans un autre endroit, où se développerait un nouveau foyer épidémique.

Dans les familles aisées l'isolement est plus facilement réalisé, sinon plus facile à obtenir, car ces milieux s’accommodent mal aux difficultés de vie même éphémères auxquelles oblige cet isolement, qui doit porter sur le malade et les personnes qui le soignent, et se compléter de toutes les me- sures de désinfection et de lavage nécessaires.

Dans les écoles, les mêmes données de mise en observation et d'isolement doivent s'appliquer au rougeoleux et aux enfants de la classe où le premier cas de cette maladie s’est montré; les internes seront surveillés, les externes renvoyés chez eux et leurs parents avisés; ceux-ci ne les laisseront revenir que lorsque le temps d’incubation augmenté de deux jours aura été accompli.

Mais si dans l’école plusieurs cas de Rougeole se sont produits, surtout de Rougeole compliquée, le licenciement intervient, avec ses avantages et ses inconvénients, parmi lesquels la fermeture des établissements scolaires, et de ce fait l’aide apportée à la diffusion du contage.

C’est devant ces inconvénients de fermeture trop répétée ou trop durable des établissements scolaires qu’on a plus souvent recours de nos jours aux mesures fort imparfaites et quelque peu illusoires de 5 à 6 jours ‘de fermeture avec désinfection des locaux. Et cependant, Banks-Raffle étudiant les

P.-J. Trissier.

chiffres d’une statistique concernant une épidémie de Rougeole développée dans diverses écoles d’une même ville, a fait quelques constatations intéressantes. 4.470 enfants élaient exposés à la contagion, sur lesquels 2.180 étaient aptes à contracter la maladie; sur ces 2.1K0, 853 ont été contagionnés ;.698 le furent pendant le séjour à l’école et 140 au cours des 14 jours qui s’écoulèrent après la fermeture de l’école; soit 778 qui ont pu contracter l'infection soit en classe, soit à la maison, de sorte qu'au moment où l'infection d'origine scolaire ne -pouvait plus avoir lieu, c’est-à-dire 14 jours après la fermeture de l’école, il restait encore 1.400 enfants suscepübles de prendre la Rougeole. Or, sur ce nombre 75 seulement, furent atteints de cette maladie. Cet exemple montre le rôle considérable joué par l’école dans le développement de l'infection morbilleuse, et l’importance que peut prendre la fermeture des écoles, en présence d’une épidémie de Rougeole, comme mesure prophylactique. Le lHicenciement reste donc, dans certains cas, une mesure nécessaire.

A l’hôpital l'isolement doit être, autant que possible. : un isolement individuel : pavillon avec box pour enfants surtout, ou pavillon formé de chambres comportant un petit nombre de lits.

L’isolement individuel s'impose pour les formes compliquées ou les formes malignes. Les complications qui constituent l'élément primordial de gravilé de la Rougeole éclatent dans les collectivités où lencombrement existe, où l'isolement est insuffisant, où les locaux sont peu salubres ou malpropres. |

A l'annexe du dépôt des enfants assistés à Thiais en 1910, la mortalité atteignit à un moment 60 0/0. Même dans un service admirablement tenu où les soins assidus sont prodigués aux enfants, la mortalité par complicaons peut atteindre des proportions de 39 0/0 ou plus, dans le même temps ou dans Îles hôpitaux où l'isolement individuel est pratiqué la mortalité ne dépasse pas 2 0/0.- R

Les règlements établissent que la durée d'isolement doit être de 16 jours, chiffre raisonnable à moins qu’il ne s'agisse d’une Rougeole compliquée auquel cas il peut être insuffisant. A l'hôpital Claude-Bernard où les malad es arrivent souvent à la période éruptive, la durée de séjour à Phôpital pour les Rougeoles régulières est de 12 jours, ce qui, avec les 4 jours de la période d'invasion, représente les 16 jours réglementaires.

Prophyiaxie individuelle. — Klle est très importante et permet, quand elle est bien comprise, de préserver le malade contre les complications qui relèvent des infections secondaires.

Je n'insiste pas sur lès conditions d'hygiène que doit réaliser la chambre du malade, ni sur les mesures d’asepsie ou d’antisepsie qui doivent s’appliquer au local, aux objets, aux personnes en contact avec.le rougeoleux. Les ue ou vaporisations de l'atmosphère de la be sont utiles en ce qu'elles favoriseront la chute des poussières.

On a proposé pour la Rougeole comme pour d’autres maladies éruptives l'emploi de la lumière rouge que l’on à considérée comme susceptible de diminuer l'intensité de l’éruption, ou encore la photothérapie. Chatinière

PROPHYLAXIE. — TRAITEMENT. Fasc. II. — 159

(1908), Bechman (1908) disent avoir obtenu des résultats intéressants. Il en fut autrement pour Comby, Guinon, Rousseau St-Philippe.

Le traitement antiseptique ou aseptique est un des modes les plus importants de prophylaxie: L'enfant quel que soit le milieu où il se trouve doit ètre tenu dans un état de propreté absolue. C'est cette propreté minutieuse qui explique l'utilité des mesures préconisées par Milne.

La balnéation à l'entrée (bain de sublimé préconisé par Hutinel, bain sinapisé utilisé à l'hôpital Claude-Bernard, pour les raisons déjà données), peut être répétée au cours de l'éruption sous la forme de bains tièdes, peu prolongés: après l’éruption, sous la forme de bains savonneux, de bains alcalins, et à la convalescence de bains à l’oxycyanure de mercure ou au sublimé.

Les plaies, croûtes, ulcérations, les placards impétigineux ou les surfaces eczémateuses doivent être pansés aseptiquement avec une minutie chirurgicale, toutes ces surfaces infectées pouvant être des éléments d'infection broncho-pulmonaire.

Les muqueuses doivent être soignées aussi minutieusement que la peau. Les muqueuses nasales comme la muqueuse bucco-pharyngée, la muqueuse oculaire, la muqueuse intestinale ou vulvaire. Il importe toutefois pour les muqueuses nasale et bucco-pharyngée d'éviter l’usage des liquides antiseptiques trop irritants. Pour la bouche les lavages à l’eau bouillie ou boriquée tiède sont préférables aux attouchements et nettoyages par tamponnements.

Après une expérience de plus de 40 ans, Milne affirme avoir pu réaliser la prophylaxie de la Rougeole comme celle de la Scarlatine, sans isolement et sans désinfection générale. Sa méthode, comme je l’ai déjà signalé, consiste à répéter deux fois par jour pendant quatre jours et une fois, du cinquième au dixième jour, des frictions de la peau avec de l'huile d'eucalyptus, à réaliser l’asepsie amygdalo-pharyngée par l'huile phéniquée au 1/10

en attouchement toutes les deux heures(!). Si l’on peut discuter quant

aux conséquences qu'en tire Milne concernant l'inutilité de toute autre mesure de prophylaxie, il reste que sa méthode est légitime et efficace au point de vue individuel.

Le régime alimentaire ne soulève pas les mêmes discussions que pour la Scarlatine. Le nouveau-né sera allaité par la mère, à moins qu’elle ne soit atteinte d’une Rougeole maligne ou compliquée. Pour les enfants et les adultes, le régime liquide, le lait d'abord, puis ultérieurement les potages, les purées ou les fruits cuits doivent constituer la base de l'alimentation. Des boissons abondantes, boissons acidulées, tisanes, limonade vineuse doivent être données régulièrement et de façon répétée. La reprise d'un régime mixte sans exagéralion peut avoir lieu dès la convalescence.

Le malade doit garder le lit jusqu'au début de la desquamation, soit quarante-huit heures ou trois jours après la fin de l'exanthème.

1. Dans le service de contagieux que j'ai dirigé à la V° armée et où les conditions d'isolement ne pouvaient guère être rigoureusement observées en raison des locaux mis à ma disposition, j'ai déjà exposé que j'avais pu, malgré les contacts facilités par la proximité des pièces et qui étaient fréquents entre les malades dès qu'ils n'étaient plus surveillés, éviter tout cas de contagion intérieure, par l'usage incessant de vaseline au baume de Pérou, en applications sur la peau et dans les fosses nasales.

P.-J. Teissrer.

Traitement. — Le traitement de la Rougeole régulière doit être aussi discret que possible. Comme le disait Trousseau 1l faut se garder des médications intempestives. La médication générale tonique ou stimulante, la révulsion trouvent toujours leur indication. ;

Tout au contraire, la médication doit prendre une place importante dans les formes malignes ou compliquées.

La aa tiède ou progessivement refroidie, à son défaut, les lotions et les injections d'huile camphrée auront pour le traitement de la forme nerveuse une action plus favorable que l'emploi des antipyrétiques.

Contre la Rougeole hémorragique, les injections de sérum d'animal jeune me paraissent très supérieures à l'emploi des sels de calcium et plus régulièrement efficaces que les injections de peptone.

Contre la Rougeole à forme suffocante, en dehors des toniques et des excitants diffusibles, de la balnéation froide ou sinapisée, une thérapeutique réellement efficace est réalisée par les injections sous-cutanées d’oxygène selon la méthode de Bayeux (Ramond, Sacquépée, Béraud), ou des: inhalalions de très grandes quantités d'oxygène sous pression selon les données de Weil.

Les instillations rectales de sérum glucosé selon la méthode de Murphy sont également indiquées comme méthode générale de traitement.

Dans ces dernières années la sérothérapie (sérothérapie spécifique) a été introduite dans le traitement de la Rougeole; le sérum est emprunté à un sujet guéri de Rougeole. Les résultats obtenus un des plus encouent J:

Le traitement hygiénique de la Rougeole régulière vise surtout à empêcher les complications pulmonaires de la Rougeole, aussi toutes les complications locales qui peuvent atteindre les muqueuses préparées par le catarrhe. |

Lorsque ces complications se sont développées (stomatite, angine, laryngite ulcéreuse) elles comportent au dehors des grandes lignes du traitement l'application des méthodes thérapeutiques locales utiles en pareil cas : attouchements au bleu de méthylène, à l’hypochlorite de soude, à l’hydrate de chloral, au protargol.

La laryngite striduleuse sera utilement traitée par les enveloppements humides du cou, les inhalations, les antispasmodiques et même, quoique

4. Pour nombre de maladies infectieuses immunisantes et notamment pour les maladies exanthématiques (Searlatine, Variole, Typhus exanthématique, Rougeole, etc.) des tentatives de sérothérapie ou d’hémothérapie curative et même préventive par injection sous-cutanée ou intra-veineuse, de sérum ou de sang rendu incoagulable, recueillis avec toutes les précautions nécessaires sur un convalescent porteur de la même maladie se sont multipliées dans ces dernières années. On verra plus loin celles que nous avons réalisées pour la Variole. Pour la Rougeole les résultats obtenus, notamment par MM. Ch. Nicolle et E. Conseil semblent avoir été satisfaisants, et avoir diminué la durée et l'intensité de la maladie. Ces expérimentateurs ont même admis que ce traitement serait justifié à titre préventif en vue de protéger contre la maladie les enfants que l’on ne peut isoler. Ils préconisent à cet effet une injection de 10 cc. de sérum prélevé sur un convalescent de Rougeole simple, peu après la chute de la fièvre. Les résultats qu’ils auraient observés les engagèrent à considérer que cette méthode serait appelée à rendre de réels services.

PROPHYLAXIE. — TRAITEMENT: Fasc. II. — 161

avec grandes précautions, l'emploi de la morphine (Lesage, un milligramme par année d'âge) :

Dans la laryngite ulcéreuse, la trachéotomie se justifie s'il existe de l'æœdème glottique ou des lésions du cartilage, dans le cas contraire le tubage sera employé préalablement et si après le délubage au bout de vingl-quatre heures l’enfant continue à avoir du tirage, la trachéotomie deviendra nécessaire.

Contre la broncho-pneumonie, en dehors de la révulsion locale ou générale (sinapisation en solution aqueuse ou hydro-alcoolique), des bains ou enveloppements, de la médication stimulante (huile camphrée, sérum caféiné, sérum glucosé, adrénaliné), l'emploi des injections sous-cutanées d'oxygène, des injections sous-cutanées ou intra-veineuses de substances colloïdales peut être justifié. Il conviendra de s'abstenir de la médication émélisante.

Bien entendu le traitement devra s'inspirer de l’état de résistance de l'enfant, de sa débilitation héréditaire ou acquise, de l'association d’une autre infection aiguë ou chronique (Tuberculose, Syphilis). Je ne saurais entrer, sans répétitions inutiles, dans le détail des traitements multiples qui correspondent à ces diverses indications. Mais en terminant et pour donner un nouveau el dernier témoignage de l'importance des complicalions respiraloires pour le présent et l'avenir de l'enfant, je crois devoir insister sur le fait, que la Rougeole comme la broncho-pneumonie étant guéries, la tâche du médecin n’est pas encore terminée. En vue de prévenir les complications éloignées, dans une maladie si fréquemment tuberculisante, le médecin doit s’efforcer d’instituer un traitement prolongé, que la médication arsenicale, la climatothérapie, la suralimentation ou l'usage de l'huile de foie de morue pourront réaliser.

P:-J. TEissrer

Par P.-J. TEISSIER

Professeur de Clinique des maladies infectieuses à la Faculté de Médecine de Paris. Membre ‘de {’ Académie de Médecine.

La Varicelle, maladie épidémique contagieuse et, peut-on dire aussi, imoculable (‘), reçut son nom en 1764 de Vogel, nom qu’elle conserve au milieu de toutes les désignations populaires qui lui furent données. Elle appartient comme la Variole et la Vaccine au deuxième groupe des maladies exanthématiques dans lesquelles la lésion cutanée est du type papulo-vésiculeux el vésiculo-bulleux.

Sa place dans la nosographie a été longtemps discutée. Elle l’est encore pour quelques-uns. | :

C'est Heberden qui, en 1767, la sépara nettement le premier de la Variole, distinction qu'en 1799, Desoteux et Valentin devaient confirmer. Toutefois, en dépit, de travaux de cés médecins, une longue période d’hésitation persista concernant son autonomie, qui, tour à tour, selon les besoins de la cause, fut acceptée ou refusée. Depuis Rhazès elle a dû faire partie du groupe de ces fausses varioles (verruqueuses ou vésiculeuses). Lors de la pratique de la variolisation, elle fut tantôt considérée, par les détracteurs de la variolisation, comme une Variole atténuée et tantôt, par les partisans de la variolisation, comme une entité distincte.

La confusion avec la Variole et surtout la Varioloïde avec laquelle la différenciation est si souvent délicate, s'est donc maintenue jusqu'au milieu du xviut siècle, malgré les travaux qui viennent d’être rappelés, malgré aussi le fait nettement établi de l'impossibilité de conférer l’immunité, contre la Variole par la varicellisation ou d'acquérir l’immunité contre la Variole par la Varicelle spontanée. Nombre de médecins, d’ailleurs, il.y a environ 40 ans, en France et à l'étranger, considéraient comme identiques de nature : Variole, Varioloïde et Varicelle (Rayer, Bazin, Rülliet et Barthez); et telle était en Allemagne et en Autriche l'opinion de Kaposi, Kassowitz, Hochsinger. À cette opinion, en Angleterre, ne devaient guère s’opposer que Abercrombie et Bryce. .

En dépit des arguments restés sans répliques que Trousseau opposa à la doctrine de l'identité, Talamon reste, en France, encore partisan de celte

doctrine. Toutefois dans notre pays comme à l'étranger il n’est plus guère

1. Pays de langue anglaise : Chuken-pox, Water-pox; pays de langue italienne : Varicella; pays de langue espagnole : Viruelas locas; pays de langue allemande : Wasserpocken., Schafpocken, Hühnepocken.

DESCRIPTION CLINIQUE. Fasc. II. — 165

de personnalités qui adoptent que la Varicelle ne soit qu'une rechute de la Variole. Thomas (1875), Jürgensen (1896) lui accordent avec juste raison dans la nosographie une place à laquelle sans conteste elle a droit.

DESCRIPTION CLINIQUE

FORME RÉGULIERE

Elle est commandée en grande partie par l’exanthème, et son évolution.

|. Exanthème.— Il convient de lui reconnaître deux phases principales : la phase maculeuse ou maculo-papuleuse; la phase vésiculeuse ou vésiculobulleuse. Ces phases envisagées dans une forme aussi régulière que possible se présentent ainsi

Phasemaculeuse.— Elle est caractérisée par l'apparition, au deuxième jour de la maladie, de taches rouges assez nettement limitées, de forme ärrondie ou ovalaire; macules punctiformes ou plus étendues, à peine saillantes, disparaissant à la pression. Ces taches sont plus ou moins isolées selon leur nombre par des intervalles de peau saine.

La durée de cette phase est éphémère et dès le 3° jour de la maladie peut débuter la seconde phase :

Phase vésiculo-bulleuse. — Très rapidement, en quelques heures, les macules se surmontent de vésicules et de bulles, sans passer par le stade papuleux ; les papules ne se produisant, à vrai dire, que si la vésicule avorte.

La bulle ou vésicule est, soit de forme circulaire (il s’agit alors plutôt d'une vésicule) soit le plus souvent de forme oblongue, et quasi-ampullaire, avec un étranglement à sa partie moyenne. Ses dimensions sont des plus variables : grosse parfois comme un grain de mil, elle peut être plus volumineuse et atteindre notamment au tronc 5 ou 4 millimètres de longueur sur 2 à 5 de largeur. Ses limites sont, en général, bien tranchées,

fréquemment un peu sinueuses ou déchiquetées, les sinuosités de ses contours étant accusées par la collerette rose ou rouge qui lentoure et parfois se diffuse en une zone inflammatoire discrète plus ou moins étendue.

Cette bulle ou vésicule est légèrement enchâssée dans la peau : son contenu est clair, transparent, renfermant quelques leucocytes (éléments surtout mononucléaires). Au toucher, elle ne donne pas l'impression d’induration profonde que l’on perçoit en pressant entre les doigts la vésicule variolique ; ce n'est pas la sensation de la « perle de verre » que donne cette dernière. De plus, et c’est là un caractère important, si la paroi superficielle de la bulle cristalline est apparemment tendue sur son contenu transparent, il est possible, lorsqu'on opère une légère traction aux deux extrémités, de déterminer des stries ou des rides qui quelquefois existent honte mEnt que l’on exagère alors par la traction, et qui donnent à la surface de la bulle un aspect parcheminé.

Dès le second jour de cette phase, le liquide se trouble, devient opalin, se charge encore plus de leucocytes, et la surface s PRE exagérant ses phcalures, son froncement.

À ce moment, plusieurs évolutions sont possibles. Une apparence d’ombi-

PJ TEISSIER.

lication se produit sous la forme d'une zone centrale plus foncée, une petite croûtelle, brune, puis noirâtre qui, d’abord punctiforme s'étend excentriquement, restant limitée par un rebord lymphogène (reliquat de la surface vésiculaire parcheminée), puis par la collerette rouge. Gette pelite croûtelle qui simule l’ombilication est très nettement perceptible à la palpation, en raison de la dureté et de la saillie qu'elle présente. Parfois la vésicule se dessèche, s’affaissant rapidement sans que son contenu soil devenu trouble. Dès le 4° jour, les vésicules qui se Sont desséchées sans avoir subi l’opacification de la lymphe qu'elles contiennent, sont à peine visibles alors que les autres semblent s’élargir par le fait de l'extension de la zone inflammatoire. Plus tard, vers les 7° et 8° jour, les croûtes se délachent, la décrustaion pouvant être favorisée parle grattage du malade, par l'usage des bains, ou les onctions de corps huileux antiseptiques. A vrai dire, dès le 5° jour, l'évolution de l'élément peut être considérée comme terminée: elle peut l'être souvent, disait Trousseau, en trois fois 24 heures.

On peut distinguer une troisième phase, phase de décrustation. Le plus souvent, la chute des croûtes est suivie d’une tache, on macule de terminaison. La cicatrice est plus rare; toutefois il est exceptionnel, qu'en un point quelconque, ne persistent pas quelques cicatrices en pelit nombre, peu profondes, le plus souvent irrégulières, lisses, sans poils, plus blanches que le reste de la peau, indélébiles.

Celle éruption de courte durée, eu égard à sa faible profondeur, qui s'accompagne de démangeaisons légères quand les vésicules deviennent opaques: et Aussi, principalement, à la phase de déteb ES la fois par tous les points du corps: tronc, face, cuir chevelu, membres sans lieu d'élection (Trousseau). Elle peut occuper tous les points du corps (y compris la paume des mains et la plante des pieds.) :

Les éléments prédominent, dès le début en général, au tronc plutôt qu’à la face. On a voulu faire de ce caractère un élément différentiel'avec la Varioloïde qui débute plutôt à la face; j'estime que sa valeur est loin d’être aussi grande, car, très fréquemment, de nombreuses macules peuvent sièger à la face. | à

Comme pour tous les exanthèmes, la prédominance peut se produire dans les régions qui ont été l’objet d’une irritation(!), d'un frottement ou d'une compression habituelle comme dans le decubitus (observation d'Henoch d’une éruption plus dense au niveau du côté gauche chez un enfant toujours couché sur ce côté).

Tel est l'aspect habituel de l’exanthème quand celui-ci répond à une poussée unique, que celle poussée soit discrète ou accentuée. Si la réalité de celle évolution ne peut être mise en doute; si à étudier quelques-uns des éléments érupüfs, on peut assister à leurs phases successives, cette description, schématisée en quelque sorte pour les besoins de l'analyse, ne répond pas à la réalité clinique habituelle.

1. Le D' CHaTiIN, de Lyon, R. RENDU et GALLIARD ont pu voir des enfants chez qui à la suite d’une large application de teinture d’iode sur le thorax, la Varicelle s’était développée sous la forme d’un large placard d'aspect eczémateux ou était deve-. nue plus confluente alors qu'elle restait partout ailleurs discrète.

[PLANCHE

Nouveau TRAITÉ pe MÉDECINE. FIÈVRES ÉRUPTIVES.

É à FE

Page 1