COMPLICATIONS DE LA VACCINE
En dehors de ces anomalies il est toute une série de manifestations cutanées qui peuvent s’observer chez les vaccinés, plus particulièrement chez les sujets jeunes et à la première inoculation et surtout, semble-t-il, avec le vaccin de génisse frais. Ce sont les éruptions vaccinales proprement dites :
la Roséole vaccinale, qui apparaît du 3° au 4 jour, sous la forme la plus habituelle d'érythème morbilliforme à macules larges, ou rubéoliforme à macules petites, débutant le plus souvent sur les bras, au pourtour des pustules vaccinales, puis se généralisant:
la Mihaire vaccinale apparaissant à la même.époque, caractérisée par des papules surmontées d’une petite vésicule ;
l'Erythème scarlatiniforme, l'Érythème polymorphe, parfois bulleux et pemphigoïde ; l'Érythème ortié, plus rare.
Chez les vaccinés, par infection secondaire, peuvent secondairement se développer :
de l’ecthyma, de l’impetigo, du pemphiqus. ”
On a décrit des Vaccines ulcéreuses chancriformes qui simulent le chancre syphililique ; des Vaccines qui s'accompagnent de Ilymphangite, de dermite ou d’un véritable processus d’escarrification (comme par exemple
1. Toutefois, Richard, Etienne ont signalé des cas de généralisation vaccinale survenue chez les enfants ayant sucé les boutons de leur vaccin, et absorbé ainsi le virus par voie digestive.
P.-J:Trissier et L. TANoON.
dans la vaccination au cours de la Scarlatine) ; des Vaccines accompagnées d’abcès, d’adéno-phlegmon, de phlegmon diffus; parfois de septicémie (épidémies de San Giurino, d’Asprières).
L'Érysipèle, soil peu de temps après l’inoculation, si le streptocoque a été introduit par piqûre, soil du 7° au 10° jour, quand la malpropreté du sujet est en cause, peut se développer; le plus souvent, bénin et localisé autour de la pustule; ambulant ou généralisé et alors grave et mortel (Rauchfuss).
Ce furent là déjà des raisons qui, -phidèrent contre la continuation du procédé de vaccination de bras à bras, mais le principal obstacle à ce procédé fut la Syphilis vaccinale. De tristes exemples de cette contamination provoquant de véritables pate épidémies, ont été rapportés; l’aceident initial pouvant se présenter 25 jours après, lorsque la Vaceine a échoué, ou, si la Vaccine reste fertile, apparaissant alors que la croûte est tombée. Parfois la croûte subsiste et laisse à sa chute apercevoir le chancre.
La Tuherculos- vaccinale à été l’objet de nombreuses controverses el aussi d'expériences. Toussaint a rapporté trois faits positifs qui avaient fait craindre que la lymphe recueillie sur un animal ou sur l’homme tuberculeux, pût donner la Tuberculose. 11 semble qu'il n’en soit rien. Les recherches de Guttmann, Meyer, Straus, Peiper, n'ont jamais décelé de bacilles dans la lymphe vaccinale recueillie sur le tuberculeux. Les expériences de Chauveau et Josserand portant sur 14 individus tuberculeux, sont également restées négatives; la peau est d’ailleurs, dans ses parties superficielles, réellement réfractaire à l’inoculalion luberculeuse, témoin les faits de
Chauveau, Bollinger et Schmidt; même, après les expériences positives de
Courmont et Lesieur, on peut encore dire qu'elle est le plus habituellement réfractaire.
La Tuberculose du veau ou de la génisse est par ailleurs exceptionnelle. Enfin, depuis Jenner, on n'a cité aucun cas de Tuberculose à proprement parler vaccinale. Il se peut seulement que la Vaccine puisse faciliter la reprise d’une infection tuberculeuse, comme lorsqu'un lupus vient se localiser sur une cicatrice vaccinale.
De même la Vaccine peut provoquer une poussée d’eczéma chez les sujets prédisposés ou déjà atteints d’eczéma. Il y a en pareil cas danger à vacciner sur une peau dénudée et lésée, ce qui peut entraîner de trop larges vaccinations el faciliter l'infection secondaire. Aussi a-t-on recommandé d'éviter de vacciner les enfants en poussée d’eczéma, ou de ne faire qu'une seule piqûre dans la région la plus éloignée de la dermite.
La multiplicité de ces complications, car.il s’agit surtout de complications, réserve faite des cas de transmission directe ou d'action du virus vaccin sur un revêtement culané déja lésé, reconnait des origines diverses.
La sérosité ou lymphe vaccinale contient, en dehors du virus vaccin, des agents bactériens adventices: et il semble bien nolamment que si certains rash vaccinaux comportent une cause toxique (!), d’autres procèdent d’une infection associée. : ne
1. Ilest en effet (en dehors des conditions, où pour toute autre raison que la Vaccine, peuvent se produire des phénomènes toxiques d'ordres divers), une source d'intoxication appartenant à la Iymphe du vaccin, lymphe provenant de bovidés. Il
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ÉTIOLOGIE
Nous verrons plus loin l'importance de la flore bactérienne du vaccin et le rôle qu'on a voulu lui faire Jouer, concernant l'activité du vaccin luimême. Cette question a fait l'objet des recherches de Straus, Chambon el Saint Yves Ménard et aussi plus récemment, de Kelsch, L. Camus el L. Tanon. De cette dernière étude qui a porté sur 125 échantillons de vaccin, il résulle que les agents adventices que l’on rencontre le plus, sont les staphylocoques (en association habituelle, st. aureus, albus, citreus), le b. subtilis, le b. mesentericus, le megatherium, exceptionnellement le streptocoque ; très exceplionnellement des cocci variés venant de l'air; des bacilles acido-résistants ou des anaérobiés facultatifs. Tous ces germes quels qu'ils soient, proviennent de trois sources: de la peau de l'animal (staphylocoques surtout), de la Htière (b. subtilis, mesentericus), et de l'air à un moindre degré.
Il est, à vrai dire, possible, en prenant certaines précautions, de débarrasser le vaccin de ces germes adventices, par l’éther ou d’autres substances. En y mettant le Lemps nécessaire, el, dans des conditions de température délerminées, on peut avoir du vaccin pur.,A la suite des recherches de Léoni au Congrès de Rome (1894), on à accusé ces germes de provoquer des réactions phlegmasiques funestes à l'évolution vaccinale, el aussi de déterminer des complications chez les vaccinés.
C'est en raison de ce fait que l’on a considéré, après les recherches de Straus, Chambon et Saint-Yves Ménard, que la meilleure pulpe était celle qui avait subi un vieillissement prolongé dans la glycérine et qu'il était préférable d’écarter les pulpes jeunes ainsi que la vaccinalion de bras à bras.
Mais Vaillard en 1900, montra que les pulpes récentes sont les plus efficaces. Tel fut également l'avis de Kelsch, qui enseigna que si le vieillissement détruit en effet les germes adventices, il peut aussi atténuer l’action spécifique du vaccin, et admit qu'il ne semblait pas y avoir de corrélation entre la teneur de la pulpe en agents adventices et l'intensité de la réaction phlegmasique peri-pustuleuse. Kelsch constala même que pour les primovaccinations d'enfants, l'aréole phlegmasique est parfois plus large avec une pulpe amicrobienne qu'avec celle chargée de souillures adventices. Dans les observations faites par l'un de nous avec un vaccin purifié préparé par L. Camus, la réaction vaccinale a été également plus marquée avec la pulpe amicrobienne.
I en résullait celle notion que l’aréole’ phlegmasique procède bien du virus vaccinal, el que les accidents d'ordre inflammatoire, qui peuvent comest possible d'obtenir des éruptions qui procèdent de l’intoxication par le sérum, intoxication dont il n’est guère parlé, et dont cependant l’un de nous a cité quelques exemples, notamment le suivant : Un jeune enfant, sensible d’une façon invraisemblable à des accidents graves du type anaphylactique, par simple ingestion de lait de vache, fut considéré, eu égard à cette intolérance, comme devant être vacciné avec du vaccin humain. Le conseil ayant été oublié, l'enfant fut vacciné plus tard avec du
cow-pox, et il présenta au milieu de réactions cutanées multiples, où seule l’éruption vaccinale faisait défaut, des accidents fort graves.
Pi-J TrissiEr et. L. TANON.
pliquer éventuellement ou aggraver le processus vaccinal, sont imputables à des infections secondaires (!).
Concernant la nature de l'agent virulent de la Vaccine nous serons brefs.
C'est en 1867, que le grand physiologiste français, Chauveau, adoptant les idées de Davaine et de Rayer, sur le rôle actif des corps filiformes que ces savants constatent dans le sang des moutons atteints de la maladie désignée sous le nom de «sang de rate » (1850), décrivit dans lès humeurs vaccinales varioliques et claveliques, des formes corpusculaires qu'il estime être des granulations vivantes el représenter l'agent virulent de ces maladies (?).
Depuis ce travail, nos connaissances sur la nature du virus vaccimal ne se sont guère précisées ; nous savons seulement qu'il existe et où 1l existe, mais jusqu'ici, seule, l’inoculation a permis de déceler cette existence. II suffit de relire lhistoire des découvertes éliologiques qui concernent la Variole et que nous ne saurions utilement répéter ici, pour se rendre compte que sur le terrain bactériologique comme sur le terrain parasitologique, l'assimilation entre le virus de la Vaccine et de la Variole fut, à chaque découverte nouvelle, tentée ou réalisée. Nous rappellerons seulement pour justifier la parenté étroite de la Variole et de la Vaccine, et sans vouloir préjuger du degré de celte parenté : |
1° Que l’inoculation d’une goutte de sérosité vaccinale au niveau de la cornée détermine, au même litre que l’inoculation d’une goutte de séro-pus variolique, le développement des inclusions dénommées corps de Guarnieri;
20 Que dans la flore variée des vésico-pustules vaccinales ou varioliques, dans laquelle les auteurs français, ou étrangers ont voulu faire un choix, l'absence de l’un ou de l'autre de ces germes successivement choisis ne supprime pas la virulence du produit vaccinal ou variolique. |
3° Que la filtrabihité du virus vaccinal ou variolhique, filtrabilité que les travaux de Camus et de Wurtz ont montré n'être que partielle, fait provisoirement ranger ce virus dans la catégorie des virus filtrants. :
% Que le sérum de sujets (homme, animaux), immunisés contre la Variole ou la Vaccine, exercent une action protectrice mutuelle contre les inoculations ultérieures de l’une ou de l’autre de ces maladies.
»° Que le sérum sanguin, ou certaines autres sérosités des animaux immunisés contre la Vaccine ou la Variole, contiennent des substances dites anticorps ou sensibilisatrices, qui, en présence des seuls antigènes spécifiques varioliques ou vaccinaux, donnent la réaction de déviation du complément de Bordet-Gengou (Casagrandi, P. Teissier et P. Gastinel).
La similitude des inclusions cellulaires après inoculation intra-cornéenne
1. Le rôle des éléments infectieux secondaires n’est pas toutefois absolument négatif. Comme le prouvent les expériences sur le porc auxquelles nous faisons allusion plus loin (voir p. 289), expériences qui ont montré quelles réactions inflammatoires — et parfois d'apparence spécifique, — les germes d’une pulpe vaccinale ou un germe spécial isolé de cette pulpe peuvent provoquer.
2. Il est instructif de rappeler comment Chauveau démontra que le virus vaccinal est un ferment figuré et non soluble ; et par quel moyen il réalisa cette démonstration sans microscope. Il mêlait la Iymphe vaccinale recueillie à de l’eau contenue dans une haute éprouvette et laissait reposer le mélange, puis vaccinait successivement avec.le liquide recueilli aux diverses hauteurs et constatait que seul le liquide des régions inférieures permettait d'obtenir une réaction positive. -
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de la lymphe vaccinale ou variolique, comme la similitude des antigènes introduits avec celte Iymphe et des anticorps apparaissant dans le sang après l’inoculation des antigènes, sont les témoignages évidents des liens qui unissent la Variole et la Vaccine(').
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L'étude macroscopique des lésions de linoculation vaccinale rentre plus logiquement dans la description des caractères objectifs de la Vaccine inoculée. Les variations de ces lésions, déterminées par certaines conditions de terrain, dépendent surtout de la revaccination et comportent avant tout une signification clinique.
La Vaccine, en dépit de sa bénignité, est une infection générale, mais cette infection générale, dans l'immense majorité des cas, borne son action tout au moins apparente : à la modification des éléments solides du sang (leucocytes plus particulièrement), ou des substances chimiques du sang et des principales humeurs ; aux variations dans la composition des urines. qui peuvent dépendre surtout de la fièvre vaccinale ; aux lésions légères du système lymphatique qui peuvent se caractériser, comme nous l'avons vu, par l'inflammation des vaisseaux lymphatiques et l'augmentation de volume des ganglions. l
Histologiquement, la lésion vaccinale, comme la lésion variolique, est représentée par la formation d’une pustule épidermique, due à la prolifération des cellules endothéliales, rapidement suivie de dégénérescence vacuolaire.
L'évolution dans le temps, qui a été figurée dans la description chnique, réserve faite des modifications cellulaires que le: traumatisme de l’inoculation à pu déterminer, répond aux phases successives que les travaux de Leloir et surtout de Renaut ont si parfaitement mises en lumière. Les différences lésionnelles histologiques découlent naturellement des variations que la revaccination impose dans les conditions que nous avons envisagées, de l'intensité de ces lésions, de leur précocité, de la succession plus ou moins rapide des diverses phases; de la suppression de certaines d’entre elles.
Avant d'aborder la pratique des inoculalions vaccinales, deux questions importantes restent à traiter : 1° celle de la réceptivité vaccinale ; 2° celle de l’immunilé vaccinale.
1° Réceptivité vaccinale. — La réceptivité originelle pour la Vaccine est presque absolue.
Il est sans doute, chez le nouveau-né, des états réfractaires, d’ailleurs peu durables, dus à la Variole, à la vaccination de la mère pendant la grossesse, ou relevant de causes inconnues. Chez le nourrisson jusqu'à trois mois cette diminution de réceptivité se fait sentir pour toutes les maladies. Dans l'épidémie de Marseille de 1898, pas un enfant de moins de trois mois n’eul de Variole. C’est dans ces conditions qu'il importe de pratiquer des revac-
1. Nocucuit (1915) a montré l’affinité que le virus vaccinal possède à l’égard du
testicule, en dehors de celles pour la cornée et la peau. A. Maig (1920), Levaditi et Nicolau (1921-22) ont apporté des expériences en faveur de son affinité neurotrope.