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Les théories embryonnaires du cancer, admises aujourd’hui par beaucoup d'auteurs, nous expliquent la genèse histologique d’un certain nombre de tumeurs, surtout de tumeurs bénignes, mais ne nous donnent pas les raisons de leur transformation maligne.
Théories cellulaires. — L'insuffisance des théories embryonnaires à expliquer les causes du cancer devait inciter à fouiller plus profondément les détails intimes de la structure cellulaire pour en saisir les vices de fonctionnement physiologique. Les modifications plaçant la cellule dans des conditions aptes à faire du cancer appartiennent-elles à la cellule ellemême et quelles sont-elles ? C’est à cette question qu'ont cherché à répondre un certain nombre d'auteurs.
Théorie de l'anaplasie. — Recherchant les caractéristiques morphologiques correspondant aux modifications biologiques qui rendent la cellule apte à faire du cancer, V. Hansemann croit la voir dans la présence des mitoses atypiques. Ces mitoses entraînent parfois une réduction du nombre des chromosomes dans une cellule, ce qui indiquerait une diminution de la fonction nutritive au profit des fonctions prolifératives. La multiplication excessive des cellules entraîne une évolution régressive, une anaplasie qui passe par des étapes similaires, mais non identiques à celles que la cellule a parcourues au cours de son développement normal. C’est à une de ces étapes de la régression que la cellule deviendrait cancéreuse. Malheureusement, la théorie de l’anaplasie ne précise ni la cause provocant la régression cellulaire, que l’on peut d’ailleurs rattacher à un processus inflammatoire, ni surtout la cause de la transformation cancéreuse de la cellule anaplasiée.
Théorie de la cellule nodale. — Savory (1849) avait assimilé la cellule cancéreuse spécifique de Lebert à la cellule embryonnaire. En partant de celte notion, Bard cherche à tenir compte de l’évolution normale, physiologique, des éléments cellulaires et ramène le phénomène du cancer à une « anomalie ou monstruosité » du développement de la cellule. « Le type du cancer, dit Bard, est déterminé par la cellule, organisme vivant consi-, déré dans sa physiologie et son évolution » et « aux diverses étapes de cette évolution physiologique correspondent des caractères morphologiques qui se retrouvent dans les diverses variélés de tumeurs embryonnaires ». Ainsi toute famille cellulaire possède son cancer, car « omnis cellula e cellula ejusdem generis ». Reprenant plus tard (1890) sa conception du cancer, Bard compare l'œuf à un germe végétal qui donne naissance au tronc, aux branches, aux rameaux, aux feuilles et forme ainsi un arbre parfait. Dans cet « arbre histogénétique » les cellules nodales (celles qui donneront naissance à toute une lignée : tiges, branches ou rameaux), sont particulièrement importantes; elles le sont d'autant plus qu'elles se trouvent placées à la base d’un embranchement plus près de la première division. L'évolution anormale néoplasique sera d'autant plus embryonnaire, atypique et maligne que la cellule sera plus rapprochée de l’œuf; au contraire elle sera d'autant plus normale, spécifique et bénigne qu’elle sera plus rapprochée du degré ultime de différenciation assigné à la cellule dans son développement spécifique. Bard explique ainsi le cancer par le processus d’une
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évolution déviée, mais rigoureusement spécifique de la cellule; mais pas plus que ses prédécesseurs, pas plus d’ailleurs que ses successeurs il ne donne une explication de la cause du phénomène. Cette théorie, quoique d'ordre purement spéculatif, a eu néanmoins le très grand mérite d'apporter Es la première fois des idées CAGLOE général, physiologiques et évolutives
à la question du cancer, et ceci à une époque où, entre les mains des anatomo-pathologistes, elle risquait de se cantonner dans des recherches purement morphologiques. D'ailleurs, plusieurs des opinions les plus récentes émises sur le cancer se sont inspirées des idées de Bard, sans le suivre toutefois dans son rigorisme en matière de spécificité cellulaire.
Théories de la fécondation cellulaire. — La question des ressemblances morphologiques entre les cellules embryonnaires et les cellules cancéreuses a dominé, pendant longtemps, toute la question du cancer et autour de cette idée sont venues se grouper plusieurs théories. On cherche, en effet, à trouver la cause du cancer dans un vice de la fécondation cellulaire : théorie de la fécondation des cellules cancéreuses par des leucocytes (Klebs et V. Hansemann), théorie de la cellule cancéreuse considérée comme un embryon gémellaire non développé (Critzmann), théorie des auto ou hétéro-fécondations (Schleich, Kronthau, Auchel, Kelling). Cette dernière hypothèse a été reprise en France par J. Roux, Dor et surtout par Hallion. D'après la théorie du rajeunissement karyogamique d'Hallion d’une fécondation réeiproque de deux cellules de même espèce au sein d’un tissu; cet acte anarchique permet à la cellule de s'affranchir des lois qui régissent son développement.
Toutes ces théories ne représentent encore que d'ingénieuses hypothèses. Il en est de même de théories toutes récentes comme celles de Fortier et d'Auguste Lumière.
bites a cru trouver dans sa Théorie des symbiotes une explication au mécanisme intime de phénomènes cellulaires néoplasiques. La masse protoplasmique des cellules de tout être hétéromorphe normal contient deux centres d'attraction : le noyau et l'appareil mitochondrial. Ce dernier serait constitué en fait par une réunion de micro-organismes auquel Portier a donné le nom de Symbiotes. Le cancer serait dû à une rupture d'équilibre entre les chromatines nucléaires d’une part et les mitochondries, les symbiotes d’autre part. L'inégale sensibilité du noyau et des mitochondries aux rayons X expliquerait peut-être la production du cancer par les radiations. La théorie des symbiotes ne représente encore qu’une Imgénieuse hypothèse
de travail.
Auguste Lumière, dans un ouvrage récent sur Le rôle des colloïdes en biologie, émet, au sujet des propriétés physicochimiques des tissus cancéreux, l'hypothèse que le protoplasma de la cellule néoplasique est constitué par des colloïdes électropositifs. L'action floculante des rayons y du
radium sur les colloïdes positifs, a été démontrée in vitro, et l’on peut donc
penser que si les rayons y sont capables de tuer certaines cellules, c’est qu'ils
font floculer leur protoplasme, et que ce protoplasme est constitué par un
colloïde positif.
Théorieirritative. — Avec les auteurs précédents nous avons vu rechercher
de UTP ; : 4 jM LAN4 ROM TER TA NT PES ONE ENTREE
dans un vice embryonnaire ou dans un trouble physiologique apporté dans la s
cellule au cours de la vie embryonnaire les causes qui font d’une cellule normale une cellule néoplasique. Mais ces qualités nouvellement acquises par la cellule, ne sont pas l’apanage unique du cancer et se retrouvent, quoique modifiées, dans tous les grands processus inflammatoires aigus ou chroniques. Rien d'étonnant, par conséquent, à ce qu'on ait cherché à rapprocher. du cancer ces deux phénomènes et à faire jouer aux réactions irritatives ou: inflammatoires des tissus un rôle dans le déterminisme des proliférations tumorales. |
La première application de cette idée revient à Virchow qui considère le cancer comme l'effet d’une transformation de cellules embryonnaires, lympho-conjonctives et inflammatoires, en lissu néoplasique sous l'influence d'une irritation quelconque. Puis cette conception se modifie au fur et à mesure que se précise la notion des tumeurs Suivant leurs tissus d’origine, et l’on en vient peu à peu à,;admettre que l’irritation dans n'importe quel issu peut produire un protessus hyperplasique, lequel conduit tôt ou tard au cancer. C’est à Menetrier en France, à Orth en Allemagne que revient le mérite d’avoir apporté un faisceau de preuves importantes en faveur de la théorie irritative du cancer. Pour eux le cancer n’est pas une forme morbide primitive, mais l’aboutissant d'une série d’états pathologiques préparatoires. Au premier rang de ces états se placent les inflammations chroniques dont les manifestations lointaines sont, pour la peau le papillome, pour les glandes l’adénome; états transitoires, mais nécessaires et qui conduisent par une voie plus ou moins rapide au cancer. Les cellules du cancer, si aclives que soient leurs propriétés prolifératives, sont des cellules pathologiques qui ont leurs analogues non dans les éléments normaux de Fembryon, mais dans les cellules altérées des tissus pathologiques. |
Sans doute la théorie irritative du cancer s'appuie sur des faits dont il est impossible de nier la valeur. Il nous semble cependant que,.pas plus que les théories émises jusqu'ici, elle n’est susceptible de nous donner la clé du problème, En effet, on admet parfaitement à l'heure actuelle que des processus hyperplasiques, tels que les hyperplasies épithéliales dénommées élats précancéreux, sont à la base d’une série de cancers. Mais il est difficile de ne pas tenir compte des faits sans lesquels ces états hyperplasiques préparatoires du cancer manquent totalement. Aussi pour notre part ne pouvons-nous suivre les partisans de la théorie irritative lorsqu'ils considèrent le cancer comme n'étant que l’aboutissant de processus prolifératifs ou hétérotypiques.
Nous reviendrons ailleurs sur cette question que nous discuterons longuement à propos de l’origine du cancer.
Théories bactériologiques et parasitaires. — L'idée de l’infectiosité du cancer est aussi vieille que la notion des maladies infectieuses elles-mêmes.
Il était donc bien naturel que les idées pasteuriennes aient leur répercussion sur le cancer et incitent les chercheurs à trouver, dans les processus tumoraux, des agents microbiens ou parasitaires comparables à ceux . qui chaque jour étaient retrouvés dans les tissus inflammatoires. Il est à
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remarquer d’ailleurs que la plupart des auteurs qui se sont ralliés à cette théorie sont des bactériologistes, tandis que la plupart des anatomo-pathologistes sont plutôt opposés à cette conception.
Théorie bacillaire. — Nepveux (1872) émit le premier l'idée de l'origine
bactérienne du cancer, et Scheuerlen (1886) fut le premier auteur qui crut avoir trouvé l'agent causal du cancer et l'avoir reproduit expérimentale-
ment. Puis, presque en même temps Schill à Dresde, Lampiari à Rome, Domingo Freire, Franke et bien d’autres décrivirent des bactéries dans les lissus cancéreux. En parcourant la littérature médicale de cette époque il est facile de se rendre compte de l'émotion que suscitèrent ces premières publications. Chaque pays veut avoir l'honneur de compter parmi ses savants celui qui a découvert l'agent du cancer. Mais peu à peu, au fur et à mesure que les notions bactériologiques se perfectionnent, on démontre qu'il ne s’agit dans la plupart des cas, que de vulgaires saprophytes; on réagit ainsi contre la tendance très naturelle du début de l'époque pasteurienne, à considérer tout agent microbien découvert dans un tissu néoplasique comme étant nécessairement l'agent causal du cancer.
En France cette tendance trop simpliste fut combattue par Nepveux luimême et Verneuil, en Belgique par Ermenghen qui s'élèvent contre l’analogie complète du cancer et des processus inflammatoires. Tandis qu’en Angleterre, Shattock et Balance établissent l’asepsie absolue des cancers non ulcérés, en Allemagne Lenger, Baumgarten et Rosenthal soutiennent que tous les agents considérés comme spécifiques du cancer correspondent
soit à des germes banaux, soit à des germes pathogènes et spécifiques déjà connus. Enfin les travaux de Richet sur la flore microbienne des cancers
cutanés et ceux de Maragliano sur la bacillémie passagère dans le cancer ulcéré marquent une étape importante qui semble apporter le coup de grâce
à la théorie bactériologique du cancer. Aussi ne nous reste-t-1l qu'à signaler
pour mémoire la découverte plus tapageuse que scientifique de Doyen (1902) qui voulait voir dans le micrococcus néoformans la cause du cancer. Cette mauvaise cause fut si bien défendue par Doyen qu’elle suscita de violentes polémiques et qu'il fallut l'intervention d'hommes comme Cornil, Metschnikoff et Letulle pour remettre les choses au point.
Théorie des levures et des champignons. — De même que les protozoaires, les végétaux inférieurs furent incriminés comme cause possible du cancer. Ce furent tout d’abord les corpuscules décrits par Russel (1890), et que l’on prit pour des levures jusqu'à ce que Lubarsch et Klein eussent démontré leur présence dans les lissus nécrôsés de toutes sortes. Puis San Felice (1895-1915) fit des cultures et de nombreuses inoculations expérimentales de soi-disant levures trouvées dans les tumeurs. Cette origine blastomycétique du cancer eut, durant un court laps de temps, une certaine vogue (Roncali, Corcelli et Frisco, Plummer, Curtis, Montsarrat, etc). Mais assez rapidement on arriva à se convaincre que pas plus que les parasites de Bosc, les levures de San Felice n'étaient spécifiques. Il en fut de même pour les champignons inférieurs comme le mucor racemosus trouvé par Otto Schmidt,.le plasmodiophora de Behla, le nectria ditissima de Bra, trouvée dans les plantes par Behla et pour bien d’autres encore.
Gusrave Roussy et Maurice Wozr.
Théorie des parasites animaux. — Elle eut à un moment donné la faveur des auteurs, puis fut peu à peu abandonnée. Darier, dès 1904, a complètement renoncé à l’idée de la nature parasitaire de la maladie de Paget du sein qu'il avait attribuée à une psorospermose. De même on a cru pouvoir trouver les causes du cancer parmi les protozoaires, les sporidies, les coccidies ou grégaridies. C’est ainsi que Pfeiffer note dans le cancer une série de protozoaires et que Peyenne et Schaudin voient des amibes dans les tissus néoplasiques. Beaucoup d'auteurs se sont ralliés à la théorie de l’origine parasilaire du cancer, nous ne retiendrons ici que les principaux.
Borrel dans sa thèse sur « Evolution cellulaire et le Parasitisme dans le Cancer » place la question des rapports des parasites et des néoplasmes sur un nouveau terrain. Il n’admet pas la présence de parasites à l’intérieur des cellules, mais 1l soutient qu'ils sont les vecteurs de l'agent causal du cancer. Borrel a soutenu depuis cette époque, et avec beaucoup d'énergie, la théorie parasitaire du cancer. Il à mis en évidence le rôle des acariens et des démodex, des helminthes et des cysticerques dans la genèse du cancer, et a été un des défenseurs de la transmission possible du cancer chez les animaux par l’intermédiaire des cages. Il a démontré l'existence de cellules pigmentaires incolores au niveau de la couche basale des assises épithéliales et a insisté sur leur sur-activité, leur désorganisation et leur pénétration en masse dans le mésoderme à une certaine période de l'existence, fait qui paraît jouer un rôle dans l'infection cancéreuse.
A la Conférence internationale du Cancer de 1910, Borrel apporte de
nouveaux faits plaidant en faveur du rôle joué par les parasites comme vecteur de l’agent hypothétique du cancer et insiste à nouveau sur le rôle des cellules pigmentaires dans la genèse des néoplasies malignes.
Bosc, de Montpellier, depuis 1896, a soutenu également le rôle joué par les sporozoaires dans l’étiologie du cancer et distingue cinq formes différentes de parasites intra-cellulaires. Ces idées ont été violemment attaquées et réfutées par Fabre-Domergue dans son travail sur les Cancers épithéliaux (1898). |
Cependant cette tendance à vouloir retrouver dans les tissus cancéreux un agent figuré devait s’atténuer à la longue: la multiplicité des germes rencontrés, l'absence complète de preuves expérimentales fournies en faveur de leur spécificité devait en effet décourager les plus chauds partisans de la théorie bactériologique ou parasitaire du cancer.
KL
A Pa :
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