LES CAUSES DU CANCER
Les causes du Cancer ne sont vraisemblablement pas uniques, pas plus d’ailleurs que ne le sont ses aspects objectifs. La diversité de ses formes de début, la variabilité de ses modalités évolutives, la richesse de ses types anatomo-cliniques tendent de plus en plus à faire considérer le cancer, non comme une maladie unique, mais bien comme l'expression d’affections multiples que réunissent des liens communs. Si, en effet, la définition que nous avons adoptée, doit être maintenue jusqu'à plus ample informé, il n’en reste pas moins vrai qu'à des syndromes cliniques semblables du cancer peuvent correspondre des aspects anatomiques, physiologiques et biologiques très différents, et inversement.
On peut donc admettre à l’origine des cancers, des causes propres à chacun de leur grand groupe : celles des épithéliomes n'étant pas identiques à celles des sarcomes, celles des cancers de la peau ou des muqueuses malpighiennes, n'étant pas analogues à celles des parenchymes glandulaires, par exemple.
Cette tendance à croire à la multiphcité étiologique des cancers, assez généralement admise aujourd’hui, semble devoir orienter dans une voie nouvelle les recherches des causes du cancer, avec peut-être plus de chance de succès. |
En se plaçant sur le terrain de la pathologie générale, on peut actuellement considérer le problème du cancer comme comportant deux grands processus :
a) La transformation de la cellule normale en cellule néoplasique; ce qu'on peut appeler la « cancérisation de la cellule ».
b) L’accroissement et la prolifération des cellules cancérisées, c'est-à-dire la «cancérisation des tissus ». |
Ce sont les deux actes du processus cancéreux (Borrel), et ce sont les causes qui président au premier de ces actes que nous devons étudier ici.
Ces causes sont les unes déterminantes, essentielles, les autres occasionnelles ou prédisposantes. |
Les premières nous sont encore inconnues, et la cause intime, l’ultimum movens qui transforme une cellule préparée ou non en cellule cancéreuse, nous échappe complètement. Toutes les opinions émises jusqu'ici ne sont que d’ingénieuses hypothèses dont aucune n’a apporté de solution satisfaisante. C’est pourquoi nous avons placé, au chapitre de l’histoire du cancer, les théories pathogéniques, contrairement à la plupart des traités classiques.
Plutôt que de substituer une hypothèse à une inconnue, mieux vaut, nous semble-t:1l, avouer franchement qu'aujourd'hui comme hier, le problème du cancer reste entièrement posé.
Parmi les causes prédisposantes, il en est de valeur très inégale. Quel: ques-unes comme les états dits pré-cancéreux, les traumatismes, l'hérédilé
Gusrave Roussy et Maurice Wozr.
occupent une place de premier plan et acquièrent même pour certains auteurs, la valeur de facteurs fondamentaux, déterminants. Ceci, à notre avis, reste à démontrer, et nous croyons plus sage de considérer les éléments connus ou invoqués dans l’étiologie du cancer comme des facteurs de prédisposition. S'ils sont capables de placer l'individu ou quelques-unes des cellules de l'organisme dans un état propice au développement du cancer, aucun d'eux, nous le verrons, n’est suffisant pour déclancher le phénomène de la cancérisation, ou du moins n’a été démontré comme tel jusqu'ici.
Les causes prédisposantes du cancer, appartiennent : les unes aux conditions générales dans lesquelles nous vivons (climat, sol, race, habitation), d’autres, aux conditions que créent nos habitudes, nos mœurs, nos occupations (profession, alimentation, coutume): d’autres enfin résultent d’accidents fortuits congénitaux ou acquis qui frappent notre organisme (maladie, traumatisme, cicatrice, malformation).
Pour sérier les questions, on peut distinguer parmi ces causes, des facteurs de prédisposition générale et des facteurs de prédisposition locale; les premiers représentant plutôt les conditions d'adaptation naturelle propres à chaque individu, les seconds répondant à des états anatomiques définis, plus précis et mieux connus.
Cependant, l’étude des conditions dans lesquelles se développe le cancer, les statistiques établies à cet effet, nous ont, apporté des documents qui nous permettent d'apprécier avec une certaine précision les circonstances qui semblent favoriser la cancérisation de la cellule elle-même. La connaissance de ces facteurs éliologiques de prédisposition a non seulement un intérêt doctrinal, mais également une utilité pratique en ce qu’elle nous permet, à l'heure actuelle, de jeter les premières bases de la prophylaxie et de la lutte sociale contre le cancer.