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IV. — Période moderne

Les théories pathogéniques du cancer. — Peu à peu, les constatalions purement morphologiques et le souci de l'étude des tumeurs du seul point de vue de l’histogenèse vont faire place au besoin que l’on a d'expliquer la cause des maladies, idées qui pendant une assez longue période avaient été laissées un peu dans l'oubli. C’est ainsi que l’on assiste à l’éclosion d’une série de théories pathogéniques, théories d’abord inspirées par les travaux des OU el des anatomistes, puis par ceux des bactériologistes et des biologistes. Comme aucune d'elles jusqu'ici n’a apporté de solution satisfaisante au problème du cancer nous les exposerons dans leur ensemble dans ce chapitre. Puis, nous verrons dans le chapitre traitant de la Biologie du cancer comment les données nouvelles de la physico-chimie ont permis d'orienter celle question dans une voie nouvelle. |

Les principales théories pathogéniques peuvent être ainsi groupées : théorie embryologique ou lissulaire, théorie histologique ou cellulaire, théorie bactériologique. |

Théories embryonnaires. — C’est en 1875 que Cohnheim de Würzbourg fil paraître un lravail dans lequel il étudiait le rôle joué par les inclusions embryonnaires dans le développement des tumeurs. Si le mérite d’avoir institué en dogme le principe de l’origine embryonnaire des néoplasmes, revient sans conteste à Cohnheim, il est juste de rappeler que l’idée était dans l'air à celte époque. Lobstein déjà, en 1829, avait rapproché le tissu tumoral du tissu embryonnaire el recherché la cause du cancer dans la perte du contrôle réciproque des éléments de l'organisme. Vers la même époque Récarnier insistait sur l’origine inflammatoire des tumeurs et la cancérisalion fréquente des « Lissus extraordinaires accidentels ». Rockitansky considérait les myomes comme d’origine embryonnaire et Luc établissait l’origine enibryonnaire des Lératomes. Enfin, Paget (1833), Remack (1859) admettaient que les tumeurs peuvent avoir pour point de départ des

L'HISTOIRE DU CANCER. FascrV.-1009

ilots de malformation tissulaire, et Durante (1864), apportait des arguments en faveur de l’origine embryonnaire des cancers næviques.

Qu'il s'agisse d' une malformation embryonnaire complexe ou d’un groupe isolé de Rite embryonnaires n'ayant pas suivi l’ordination régulière au cours de la division des feuillets, ces éléments hétérotopiques étaient tôt ou tard le point de départ de processus tumoraux. Cette théorie permettait, d'après Cohnheim, d'expliquer l’origine non seulement des tératomes, des tumeurs mixtes, mais aussi de toutes les autres tumeurs. Elle fut acceptée et développée par un grand nombre d'auteurs; à l'heure actuelle elle est encore soutenue, sous une forme moins absolue, par la plupart des anatomo-pathologistes. Il faut remarquer cependant que si la théorie embryonnaire de Cohnheim peut satisfaire l'esprit lorsqu'il s'agit d'expliquer la pathogénie des tumeurs congénitales, elle ne dit pas pourquoi la plupart des embryomes reste indéfiniment bénins ni pourquoi un petit nombre seulement se transforme en cancer. À cette question, des auteurs comme Aschoff répondent que la cellule embryonnaire de Cohnheim est pourvue de qualités évolutives anormales qui correspondaient aux propriétés morphologiques particulières aux cellules cancéreuses. D’autres ont émis l’hypothèse d’un excès de potentiel de croissance accumulé dans les débris embryonnaires (Borst), ou de la perte de contrôle des nerfs, ou des rapports physiologiques avec les tissus environnants. Mais il s’agit là de vues purement spéculatives qui ne sont que des interprétations et non des explications; toutes les tentatives expérimentales faites en vue de confirmer ces idées n’ont abouti qu'à des échecs. |

Avec Ribbert se dessine la tendance à adapter les idées de Cohnheim à des conceptions plus physiologiques. Dans sa théorie de la séclusion cellulaire, Ribbert considère comme essentiel l'isolement soit congénital, soit acquis d’un groupe cellulaire. Cet isolement entraîne la séparation des tissus vivant, normalement en symbiose et l'autonomie d’un groupe cellulaire qui pourra désormais proliférer indéfiniment. Il en est ainsi pour l’épithélium séparé de ses rapports normaux avec le connectif. Dans cette formule, Ribbert reprend, en somme, les idées de Cohnheim, ainsi que celles émises par lhiersch et Waldeyer à propos des greffes chirurgicales et par Remack à propos des tumeurs. Mais tandis que les auteurs précédents admettaient que l’épithélium et son évolution pathologique faisaient tous les frais du cancer, Ribbert y voit une participation active du tissu sous-épithélial. Pour cela il applique à l’origine des tissus cancéreux la théorie embryogénique de Wilhelm Roux sur les corrélations inhibitrices des différents tissus les uns sur les autres, théorie adaptée par Weigert au domaine anatomo-pathologique.

Sans doute, le développement du cancer sur des cicatrices de brûlures, sur des lésions cicatricielles tuberculeuses, sur des foies atteints de cirrhose permettent d'admettre, suivant la conception de Ribbert, un isolement d’un ou de plusieurs groupes cellulaires avec évolution maligne consécutive. Mais les nombreux faits dans lesquels ces processus cicatriciels ou inflammatoires ne sont pas suivis de cancer montrent que pas plus la théorie de Ribbert que celle de Cohnheim ne peut s'appliquer à la généralité des cas.

f GusTave Roussy et Maurice Wozr.

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