‹ Nouveau traité de médicineChapitre 105 sur 189 · LA BIOLOGIE DU CANCER · texte numérisé non relu

LA BIOLOGIE DU CANCER

L'étude biologique du cancer comporte l'étude générale des, processus cancéreux, c’est-à-dire l'analyse de la nature de ce processus el de son évolution complète, de son début à sa terminaison.

Le processus cancéreux comprend, nous l'avons déjà dit, deux phases principales. Dans la première, la cellule normale se transforme en cellule cancéreuse ; dans la seconde, la cellule cancéreuse prolifère, forme le nodule tumoral, se généralise et finit par déterminer la mort du sujet porteur de cancer. Ceci revient à distinguer : 1° « la cancérisation de la cellule »: 20 « la cancérisation de l’organisme ».

La première phase est le phénomène princeps et spécial du cancer; c’est de lui que découlera toute l’évolution ultérieure du processus néoplasique. La seconde, au contraire, ne représente qu’un phénomène biologique banal, phénomène de multiplication et d’accroissement commun à tous les êtres vivants unis ou pluri-cellulaires.

Le problème du cancer se résume donc à un problème cellulaire, et ce sera faire l’étude de la biologie générale des processus cancéreux que d’étudier la biologie propre à la cellule cancéreuse elle-même.

L'étude étiologique du cancer nous a faît connaître les causes générales qui permettent ou favorisent la cancérisation de la cellule. L'étude biologique va nous conduire à pénétrer plus à fond dans le mécanisme intime du phénomène et à nous demander en quoi consiste la cancérisation cellulaire, c’est-à-dire l’acquisition de propriétés nouvelles, prolifératives et destructives, associées généralement à la dédifférenciation cellulaire,

Le processus endo-cellulaire de la cancérisation est en rapport avec des modifications de la constitution même de la cellule dont il y a lieu d’envisager les diverses modalités du point de vue morphologique, chimique, physique «et physio-pathologique. Nous conservons pour l'instant avec les classiques, cette division, quoique les acquisitions récentes de ‘la cytologie moderne aient considérablement modifié nos connaissances sur la structure cellulaire normale.

L'histologie moderne tend en effet à abandonner de plus en plus l'étude de la cellule morte pour s'attacher à celle de la cellule vivante, procédé qu'avaient utilisé les premiers micrographes et que les perfectionnements de techniques, de fixations et de colorations avaient fini par faire complètement abandonner. L'emploi de l’ultra-microscope, de la photographie aux rayons ultra-violets, de la cinématographie microscopique, des cultures cellulaires et des colorations vitales sont autant de méthodes qui nous montrent, que sinon tout, du moins beaucoup de choses sont à modifier dans les descriptions classiques de la structure cellulaire. On tend à rapprocher de plus en plus la structure morphologique cellulaire de sa composition chimique et physique, et avec les histologistes modernes, comme Prenant,

GusTAVE -Roussy et MAURICE Wozr.

Bouin et Policard, on arrive à la conception de l’histo-physiologie qui remplace l’ancienne histologie morphologique. En histo-pathologie, d’une façon générale, et plus particulièrement en cancérologie, ces nouvelles idées commencent à peine à être introduites et n’ont encore rien apporté de bien nouveau dans la question; ce sera peut-être l’œuvre de l'avenir. C’est pourquoi, et jusqu’à plus ample informé, on ne peut renverser les notions acquises jusqu'à ce jour; les modifications objectives des éléments cellulaires mises en valeur par des procédés de technique peuvent être artificiels, mais ils n’en conservent pas moins en histologie pathologique une réelle valeur, en ce sens que, par comparaison avec la cellule normale, ils font apparaître dans la cellule pathologique des modifications de sa composition biologique. Après avoir étudié la cellule cancéreuse nous verrons comment ces modifications nous semblent pouvoir être interprétées.

Page 1