‹ Nouveau traité de médicineChapitre 107 sur 189 · DAS · texte numérisé non relu

DAS

peut aboutir à la précipitation des éléments isolés, surtout protéiques, dans un milieu insuffisamment visqueux; il en résulte un état trouble, granuleux de la cellule avec parfois. des vacuoles dues à la condensation parcellaire du liquide.

Parmi les /roubles du métabolisme des éléments hydro-carbonés le mieux connu est l'augmentation de la teneur en glycogène.

La glycogenèse a été particulièrement étudiée par Brault. Cet auteur, après avoir rappelé que la glycogenèse constituait une des fonctions les plus importantes des cellules en voie de multiplication et d'hypernutrition, a montré que les tumeurs, loin de se soustraire à cette règle, présentaient au contraire une élaboration de glycogène plus abondante que celle des lissus normaux et même des tissus fœtaux en voie de développement.

D'autre part, les tumeurs, comme les tissus de l'embryon, offrent, on le sait, des périodes d’accroissement et des périodes de repos et certaines parties de leurs éléments semblent vivre comme les tissus adultes dans un état

d'équilibre parfait. Par l'étude de la glyeogenèse, Brault a montré qu'aux

périodes d’accroissement répond une formation glycogénique intense’ et aux périodes de repos une absence totale de la production de glycogène.

Brault à utilisé comme technique, le procédé employé par Ehrlich et .

Strauss dans leurs recherches sur le rein diabétique : fixation à l'alcool absolu, inclusion à la celloïdine, puis action sur les coupes de la gomme iodée. Le glycogène apparaît coloré en brun acajou, sous forme de gouttelettes, quelquefois de flaques, à l’intérieur des cellules qu'il peut quelquefois envahir en totalité.

La distribution du glycogène est variable suivant les tumeurs. Il est particulièrement abondant dans les épithéliomes malpighiéns de la peau ou des muqueuses où il prédomine dans les parties en voie d’accroissement.

Dans le sitroma conjonctif de ces épithéliomes, au contraire, le glycogène :

fait presque complètement défaut, ce qui permet de suivre aisément au microscope le développement de la tumeur et de la distinguer nettement du stroma. La même réaction s’observe dans les ganglions dont seuls les éléments néoplasiques sont infiltrés de glycogène. Les artérioles et les veinules de la périphérie des épithéliomas ne contiennent pas de glycogène dans les parties néoformées.

Il en est de même dans les épithéliomes cylindriques où le glycogène existe d’une façon constante dans toutes les parties de la tumeur en voie de prolifération active, ainsi que dans les épithéliomes des différents parenchymes : foie, pancréas, ovaire, testicule, etc...

L'élaboration glycogénique est également nette dans les sarcomes, particulièrement dans les sarcomes des glandes (testicule, mamelle, parotide); elle existe aussi dans les sarcomes des membres lorsque l’évolution de la tumeur est rapide, ou encore dans les lymphadénomes.

Par contre la formation de glycogène fait à peu près défaut dans les tumeurs mélaniques.

La glycogenèse en quantité anormale et excessive traduit donc l’'exagéralion du développement des tissus et peut revêtir, de ce fait, une réelle valeur pronostique : sa présence indique une propriété proliférative particu-

LA BIOLOGIE DU CANCER. Fasc. V. — 581

lièrement développée et permet de savoir si une tumeur est ou n'est pas en période d'activité.

Pour expliquer la présence du ne dans les tumeurs, Brault suppose que les matériaux indispensables à l'élaboration de cette substance contenus dans lé sang ou les autres humeurs de l’organisme ont une électivité spéciale pour le tissu tumoral. En effet, dès qu’un cancer apparaît la réaction spécifique du glycogène en décèle une quantité abondante dans la tumeur, que la fonction glycogénique du foie soit normale, troublée ou abolie (Brault).

Ces faits ont d’ailleurs une portée biologique générale puisqu'ils nous montrent qu'à côté de la fonction glycogénique du foie, certains tissus, et surtout les tissus tumoraux, possèdent également la faculté d'élaborer du glycogène.

Les dégénérescences graisseuses ou lipoïdiques sont de beaucoup les plus fréquentes étant donné que les corps gras représentent plus du tiers de la substance sèche des cellules normales (Policard) et que cette proportion semble encore augmentée dans les cellules cancéreuses. Elles s’observent surtout dans les tumeurs épithéliales, et, parmi celles-ci, dans les tumeurs glandulaires, c'est-à-dire dans les tumeurs formées de cellules riches en substance de réserve (substances grasses et hydrates de carbone). La teneur en acides-gras, éther-sels ou graisses neutres, d'une part, lécithine et cholestérine, d'autre part, se traduit, au microscope, par les réactions des graisses. et, en particulier, par la coloration au moyen du Sudan IT où du Scharlach-Rot, et par la présence de globules de graisse. de cristaux de cholestérine rhomboïdes ou en aiguilles. Ceux-ci sont caractérisés particulièrement par leur biréfringence, qui fait apparaître des croix brillantes aux deux Nicols perpendiculaires et par la métachromasie au bleu de Nil.

Les dégénérescences muqueuse, colloïde et hyaline intéressent autant le stroma que la cellule cancéreuse elle-même; nous y reviendrons au chapitre de l’anatomie pathologique.

III. Éléments phagocytés. — La cellule cancéreuse peut contenir des éléments les plus divers, son pouvoir phagocytaire étant très développé. On peut y trouver des fragments corpusculaires comme des grains de pigment ou de charbon, Hs cristaux, des éléments cellulaires comme des globules rouges ou même des cellules cancéreuses dégénérées.

B. MopIFiCATION DE LA FORME ET DU VOLUME DE LA CELLULE CANCÉREUSE. — Le volume des cellules cancéreuses est très variable aussi bien dans la même tumeur que dans des tumeurs différentes. On peut rencontrer sur une même préparation, des cellules extrêmement petites à côté de cellules normales; celles-ci semblant résulter d’une division cellulaire irrégulière et asymétrique. Parfois même cette division cellulaire anormale aboutit à la formation de vastes plasmodes ou cellules géantes caractérisés par la

‘présence de plusieurs noyaux disposés au centre ou à la périphérie (cytoplasme granuleux à contour mal défini). Dans ce cytoplasme existent souvent des éléments phagocytés, d'autant plus volumineux que la cellule est

plus grande, comme par exemple des globes épidermiques fragmentés ou

GusTaAve Roussy et Maurice WoLr,

entiers. Les cellules géantes sont fréquentes dans les épithéliomas et dans les sarcomes avec des variations propres aux diverses variétés de tumeurs et dont on ne connaît guère la cause. Depuis Virchow qui a le premier signalé les cellules géantes dans le cancer, un certain nombre d'auteurs ont particulièrement étudié cette question (Petersen, Becker et Bormann, Delamare et Lecène). Ces derniers auteurs ont montré que les cellules géantes sont très fréquentes dans les épithéliomas pavimenteux, même dans ceux de la vessie, du rein, et qu’au contraire elles font défaut dans les épithéliomas cylindriques du tube digestif, du sein, de l'ovaire, du corps utérin.

Dans certaines tumeurs, les cellules géantes font partie constituante du tissu normal dans lequel s’est développé le cancer et ne se trouvent augmentées de nombre que du fait même de la prolifération néoplasique. C’est ainsi que l’on doit considérer les cellules géantes osseuses ou myéloplaxes des tumeurs osseuses. À côté de ces cellules géantes, appartenant à Ja tumeur elle-même, 1l existe, dans toute tumeur, des formations gigantocellulaires résultant des modifications réactionnelles du stroma conjonctif, — nous y reviendrons plus loin en étudiant le stroma des tumeurs.

La forme de la cellule cancéreuse est évidemment variable et l’on peut observer dans une tumeur tous les aspects morphologiques allant de la goutte en sphère légèrement aplatie, aspect qui correspond à la consistance semi-liquide que prend la cellule vivante dès qu’elle est libre, jusqu’au fuseau étroit et allongé, aspect qui correspond à la lamellation la plus parfaite où la cellule a souvent perdu tout caractère individuel pour ne plus former qu'un élément statique dans une charpente de soutien.

Les données récentes de l’histo-physiologie nous montrent d ailleurs que toute cellule est capable de subir une influence physiologique ou pathologique qui lui fait revêlir les aspects intermédiaires entre ces deux types extrêmes. Aussi est-1l bien difficile de classer les tumeurs suivant la forme de leurs cellules et vaudrait-il mieux remplacer le terme de fuso-cellulaire ou de globo-cellulaire par une appellation spécifiant les caractères histo-physiologiques du tissu ou de la cellule d’une tumeur. LE

Ces modifications de la forme cellulaire dans le cancer se voient également dans d’autres processus tissulaires comme l'inflammation; cela nous explique pourquoi une tumeur se développant sur un tissu préalablement enflammé, peut revêtir un type cellulaire différent de celui du tissu d’origine, par un mécanisme connu sous le nom de métaplasie.

La Métaplasie considérée d’abord par Virchow comme la transformation d'une cellule épithéliale en cellule conjonctive ou inversement, n’est plus guère entendue aujourd'hui que dans le sens de la transformation d’une cellule en un type voisin de sa forme originale. Il s’agit de la transformation cubique des cellules cylindriques, de la stratification en plusieurs couches d’un revêtement à une seule rangée de cellules, ou encore de l’édi- - fication d’un tissu pavimenteux stratifié en un point de l'organisme où existait à l’état normal, un revêtement cylindrique (Ménétrier, Lubarsch). Ces faits sont, à l'heure actuelle, bien connus; ils viennent d’être étudiés récemment par Oberling, dans une thèse inspirée par Pierre Masson, dans laquelle l’auteur insiste sur l'importance de l'adaptation fonctionnelle envi:

LA BIOLOGIE DU CANCER. Fasc. V. — 3589

sagée au point de vue de lhistophysiologie. Dans les tumeurs épithéhales, notamment, ces métaplasies sont particulièrement fréquentes, et l’on peut, ainsi que l’a montré Masson, noter l’existence de cellules à type fusiforme, dérivant de cellules épithéliales, dans certaines tumeurs de Ia glande parotide. Ewing a déerit ces tumeurs sous le nom d’épithéliomes fuso-cellularres.

Il peut s'agir là de transformations sans modifications de la fonction originelle ou de mélaplasie purement morphologique qui sont à l'heure actuelle acceptées par tous les auteurs. Mais on est allé plus loin dans cette voie et certains histologistes admettent la possibilité d’une transformation des propriétés physiologiques de la cellule, c’est-à-dire d’une métaplasie physiologique. C'est ainsi que Laguesse explique la transformation des ilots endocrines du pancréas en acini glandulaires par l’inversion de la polarité sécrétoire et que Stôühr a démontré que les couches engainantes collagènes du poil sont fournies en partie par le tissu épithélial de celui-ci.

Tout récemment, P. Masson à montré que cette forme d'adaptation existe également dans un certain nombre de tumeurs et admet, pour certaines tumeurs épithéliales, une « métaplasie endocrine » qui aboutit parfois à une néoformation conjonctive.

Il est difficile à l'heure actuelle de se prononcer sur la réalité de ces faits dont l'interprétation nouvelle, des plus suggestive, ne nous semble pas encore définitivement établie (Roussy).

Aspect d'ensemble du tissu cancéreux. — 1° Le Parenchyme. — Le tissu cancéreux, d’une façon générale, répond au type de cellules qui le composent; si celles-ci ne sont pas différenciées, il ne le sera pas non plus.

Cependant la structure d’une tumeur n’a rien de définitif, el le type qu’elle revêt à l’origine peut se modifier au cours de l’évolution du processus néoplasique. On peut, d’une part, constater une simplification du cancer dans ses noyaux métastatiques, phénomène comparable à la purification d’une culture microbienne, et l’on peut, d'autre part, noter qu’à mesure qu'une tumeur avance en âge, ses cellules s’écartent davantage du type originel pour prendre l'aspect plus atypique, surtout lorsqu'elle fait des métastases et qu’elle récidive. On pourrait alors croire que l’on a affaire à un’ nouveau type de tumeur si l’on n’avait pas som de rechercher les zones de transition. |

Les groupements cellulaires peuvent perdre leurs connexions réciproques et donner naissance à des formations d’un type nouveau : ébauche de boyaux glandulaires ou pseudo-glandes, globe corné, etc. Parfois même ces néoformations désordonnées résultant du bouleversement architectural des tissus aboutissent à des formations véritablement monstrueuses, qui ne rappellent en rien celles du tissu d’origine : tubes glandulaires devenus de vastes kystes, conduits excréteurs changés en travées pleines, etc. On conçoit qu’alors le tissu de soutien, l’assise vasculo-conjonctive qui constitue le stroma de la tumeur, ait de la peine à suivre le développement et à s'adapter à ces nouvelles formations parenchymateuses capricieuses et désordonnées. Aussi dans les néoplasmes très atypiques le stroma est

Gusrave Roussy et Maurice Wozr,

presque nul : les vaisseaux sont très peu abondants. Ceci aboutit fréquemment à de vastes foyers de nécrose d’origine ischémique qui modifient, considérablement l’aspect objectif du tissu néoplasique. Dans des travaux: récents, Goldmann a soutenu que c'était moins la présence ou l'absence de vaisseaux que le degré de vitalité des cellules elles-mêmes qui était la cause de ces processus nécrotiques; 1l en donne pour preuve que l’on peut voir fréquemment des tumeurs avec zone de nécrose importante malgré l’existence d’une très riche vascularisation. On peut objecter à cette manière de voir que les cellules néoplasiques, ayant perdu leur caractère fonctionnel pour acquérir des qualités prolifératives très prononcées, ont besoin d’une vascularisation extrêmement intense, et que dans les tumeurs volumineuses, cette vascularisation reste insuffisante malgré le grand nombre des capillaires (Ribbert).

Il nous semble que ces faits méritent une explicalion beaucoup plus simple, les nécroses observées étant sous la dépendance des altérations vasculaires qui si souvent aboutissent à des thromboses partielles ou totales.

20 Le stroma. — Toute tumeur utilise le stroma de l'organe ou du tissu dans lequel elle se développe. Dans les épithéliomes la distinction entre l'élément parenchymateux du néoplasme et son stroma conjonctif est habituellement des plus nettes et des plus faciles à faire sur les coupes microscopiques; dans les sarcomes, il n’en est pas de même et bien souvent cette distinction est impossible. La présence et les caractères du stroma sont conditionnés par les influences très particulières qui tiennent aussi bien à l'élément envahissant qu'au terrain envahi. Au moyen de colorations spéciales, on a montré qu'il existe dans les épithéliomas un réseau fibrillaire collagène extrêmement ténu qui part des vaisseaux pour venir englober la plupart des cellules tumorales et peut différer suivant la forme de l'épithélioma. Les méthodes électives de coloration du tissu élastique permettent de constater, dans certaines tumeurs, comme par exemple les épithéliomas squirrheux du sein, une prolifération énorme du tissu élastique.

La méthode de Bielschowsky a permis de mettre en évidence, dans les tumeurs, des éléments spéciaux : les fibres grillagées (« Gitterfasern » des auteurs allemands); celles-ci sont particulièrement fréquentes dans les sarcomes alors qu'elles manquent habituellement dans les épithéliomes : ce fait a pour certains auteurs une grande importance pour le diagnostic différentiel des sarcomes et des épithéliomes. Quant à la genèse des fibres grillagées il semble que, comme pour les fibrilles tu il ne s'agisse pas d’un processus de néoformation conjonctivé, mais bien de restes de fibrilles conjonclives persistant au sein de la tumeur.

Dans les tumeurs envahissantes, l’aspect du stroma conjonctif est des plus variables, aussi bien dans les divers types de tumeurs que dans une même tumeur, suivant le moment considéré ; ces aspecls peuvent se ramener au nombre de trois.

Dans certains cas (tumeurs histoïdes), il s’agit d’un envahissement destructüf pur et simple, et le stroma fait défaut, :

Dans d’autres (tumeurs squirrheuses) le tissu envahi réagit et l'on observe des infiltrations inflammatoires, des processus de néoformation

LA BIOLOGIE DU CANCER. Fasc. V. — 591

el de prolifération conjonctive intense ou encore des élals dégénératifs secondaires.

La prolifération conjonctive aboutissant à l’état de sclérose peut constituer un mode de défense de l'organisme relativement efficace contre l’envahissement cancéreux, et l’on sait que les tumeurs extrêmement riches en tissu collagène, comme certains squirrhes du sein ou la linite plastique, ont une évolution particulièrement lente.

Enfin, dans quelques cas rares, on peut assister au développement de véritables processus néoplasiques aux dépens même du stroma conjonctif d’une tumeur; on est alors en présence de ces tumeurs mixtes épithéliosarcomes dont nous parlerons à propos des tumeurs expérimentales.

Daus les sarcomes, le stroma conjonctif fait partie intégrante de la tumeur elle-même et il est souvent très difficile de l’en distinguer. Nous reviendrons plus loin sur cette question, à propos des réactions de défense de l'organisme.

Comme le tissu parenchymateux, le stroma d’une tumeur peut subir ‘différents processus dégénératifs, qui sont dus soit à des troubles vasculaires, soit à une action de l'élément tumoral lui-même sur le stroma. L'œdème, les dégénérescences hyaline, muqueuse, et amyloïde, la calcification, etc., sont très souvent notés au sein du stroma des tumeurs.

Page 1