COMPLICATIONS
L'évolution de la chancrelle est en général bénigne, surtout chez la femme: elle peut cependant être prolongée et aggravée par diverses complications.
Nous avons déjà signalé la fréquence du phimosis dans les cas de chancres sous-préputiaux.
La lymphangite tronculaire est relativement rare. Elle se manifeste par un cordon de Tlymphangite dorsale de la verge enveloppé dans une gaine d’œdème inflammatoire, et présentant souvent des renflements, qui se ramollissent et sont le point de départ d’abcès Iymphangitiques. Ces abcès se compliquent fréquemment de décollements étendus; parfois leurs bords se chancrellisent.
Bubon. — C'est la complication de beaucoup la plus fréquente du chancre simple; elle est presque la règle dans la classe ouvrière, et elle assombrit notablement le pronostic de cette affection. Comme le remarque Gougerot(), l’adénopathie chancrelleuse est ordinairement grave, plus grave que le chancre lui-même, à cause de sa longue durée, de sa tendance à la suppuration, et de la lenteur avec laquelle elle se résout, entraînant pendant presque toute son évolution une incapacité de travail plus ou moins complète.
L'homme y est beaucoup plus exposé que la femme. La marche, la fatigue, les travaux pénibles y prédisposent, ainsi que le défaut de soins locaux, les pansements mal faits, les cautérisations intempestives. Le bubon complique surtout les chancres du filet, de la fourchette, de l'anus, ceux qui sont le plus traumatisés ou le plus infectés; mais il peut accompagner aussi les ulcérations les plus bénignes, et il y a souvent un contraste entre la rapidité de guérison de l'accident initial et la gravité de l’adénite. Il se développe habituellement dans les premières semaines qui suivent l'apparition du chancre. Mais il peut être précoce, survenant dès les premiers jours, ou ne se manifester que très tardivement alors que le chancre achève déjà de se cicatriser, ou même a évolué sans attirer l'attention du malade qui ne vient consulter que pour son adénite. Îl faut alors se livrer à un examen attentif pour retrouver la porte d'entrée de l’infection. Ce sont des faits de ce genre qui ont fait admettre l'existence du bubon d'emblée.
L'infection se localise dans les ganglions sans provoquer de Iymphangite intermédiaire appréciable. L’adénite siège du même côté que le chancre,
1. L. QueyraT et H. BourTrier. Bulletins et Mémoires de la Société Médicale des Hüpitaux de Paris, 14 février 1915.
2. L. QuEyrAT. Bulletins et Mémoires de la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, 8 décembre 1911.
9. H. GOUGEROT. Chancre mou. Paris médical, 1911-1912, n° 21, p. 501.
R. DEMANCHE.
sauf dans le cas où les Iymphatiques franchissent la ligne médiane pour se déverser dans les ganglions du côté opposé. Ce sont les ganglions inguinaux qui sont le plus souvent atteints, qui le sont seuls, d’après les classiques; cependant Audry(!) signale la participation exceptionnelle des ganglions iliaques; d'après un travail récent de Gaymard(?), l’adénite iliaque externe serait assez fréquente, el accompagnerait, du moins parmi la clientèle hospitalisée, dans 1/10° des cas, l’adénite Imguinale qui la précède toujours. L'inflammalion est d'abord monoganglionnaire, et surtout périganglionnaire; mais les ganglions voisins a êlre pris à leur tour et former avec le Lissu cellulaire qui les enveloppe un large placard, ou donner lieu à une série de pelits abcès. Il y à d’abord simplement augmentation de volume et congestion de Ha glande; mais, déjà à ce stade, le ganglion est fréquemment farci d'abcès miliaires, et le plus souvent l’inflammation abou- Lit à la suppuration ganglionnaire, avec ouverture de l’abcès à la peau. Quelquefois aussi l'adénite évolue vers la sclérose.
La suppuration peut être due soit aux microbes pyogènes vulgaires, soil au streplo-bacille de Ducrey lui-même. L'échec des premières tentatives d'auto-inoculation, pratiquées avec le pus des abcès, avait fait admettre à Sraus (5) et à Robin(') que le bubon n’est pas primitivement chancrelleux, mais qu'il ne le devient que secondairement par suite du transport sur la plaie du virus du chancre. Mais, à défaut de la recherche directe, souvent négalive, la méthode des cultures sur sang gélosé a permis à Bezançon, Griffon et Le Sourd et à Simon(), de déceler ce bacille dans le pus. Tomasczewski(f) est parvenu, en cullivant systématiquement le pus des bubons, à mettre en évidence le streplo-bacille dans 40 pour 100 des cas. Il est donc hors de doute que le bacille de Ducrey peut passer du chancre aux ganglions par la voie lymphatique, et qu'il est dans la très grande majorité des cas l'agent de la suppuration. Même quand le pus n’est pas virulent dès l'ouverture de l’abcès, il le devient souvent les jours suivants, par suile de la miseren liberté des bacilles contenus dans les parois de l’abcès, en dehors de toute contamination extérieure.
Le bubon inguinal forme une tuméfaction de volume variable arrondie et saillante quand un seul ganglion est atteint, étalée en placard plus ou moins large quand toute la chaîne ganglionnaire est enflammée. Cette tuméfaetion est douloureuse au contact et par les mouvements. Elle adhère rapidement aux Uissus voisins el à la peau. Par le repos absolu et les parisements humides ladénite peut rétrocéder et linflammation se résoudre sans aboutir à la suppuralion. Mais le plus souvent on voit la tuméfaction augmenter de