ADÉNOMES
On désigne sous le nom d’adénome les tumeurs bénignes des parenchymes ou des revêtements glandulaires constituées par l’hyperplasie simple du tissu épithélial qui tend à s'ordonner en lobules el à s'indivi- . dualiser du reste de l’organe.
Il existe des rapports évidents entre les processus inflammatoires et les formations adénomateuses.: gastrile el polypose de l'estomac, cirrhose et adénomes mulliples du foie, néphrite et adénome de rein sont autant
d'exemples qui viennent affirmer ces relations. Dans ces cas les formations adénomateuses sont habituellement nombreuses et multiples.
Mais on trouve aussi chez les sujets jeunes, parfois même chez les enfants, des adénomes solitaires dans tel ou tel parenchyme, sans que rien ne révèle la signature d’un processus inflammatoire. Si donc l'inflammation peut favoriser jusqu à un certain point l’évolution d’un grand nombre d’adénomes, il est certain qu'elle n'existe pas toujours et que souvent l’origine de la tumeur reste inconnue.
VARIÉTÉS. — On peut, suivant le Lype histologique, distinguer différentes variétés d’adénome, qui toujours dans leur ensemble, correspondent à une hyperplasie simple, non désordonnée, du tissu glandulaire et aboutissent à une modification de l’ordination normale de la glande.
S'il s’agit d’une glande acineuse ou tubulee, comme le sein, on note une augmentation quantitative et des modificalions qualitatives des acini ou des tubes glandulaires. Ceux-ci sont plus nombreux, plus petits ou plus volumineux qu'à l’état normal, souvent déformés, aplatis ou dilatés, mais toujours reconnaissables et nettement distincts du stroma. La paroi acineuse où tubulaire est intacte. L'épithélium glandulaire prolifère, se replie sur lui-même en formant des végétations plus ou moins ramifiées. Les cellules elles-mêmes sont hyperplasiées ; leurs noyaux souvent volumineux ne présentent qu'exceptionnellement des figures d’atypie cellulaire. Les réactions cyto-chimiques du cytoplasme et du noyau diffèrent peu ou pas de celles du tissu normal. De même, les réactions tinctoriales des produits de sécrétion glandulaire restent comparables à celles de la glande saine. Ce sont les adénomes acineux et tubulés.
S'il s’agit d’une glande trabéculée, comme le foie, on note des modifications de l'orientation normale des éléments de l’organe : désorientation des travées en rayons de roue du parenchyme hépatique, travées irrégulières souvent épaissies avec tendance fréquente au groupement acineux. C’est l’adénome trabéculé.
Le stroma, toujours nettement indépendant du tissu épithélial, peut rester normal, ou au contraire, subir diverses modifications qui donnent à la tumeur des aspects et des formes particulières : ce sont les formes mictes comme l'adéno-fibrome, fréquent au niveau du sein. Ici le tissu conjonctif forme tantôt une hyperplasie collagène disposée concentriquement autour des acini (adéno-fibrome péri-canaliculaire); tantôt il pousse des prolongements refoulant lépithélium dans l'intérieur des acini en formant de véritables végétations (adéno-fibrome intra-canaliculaire). L'adéno-fibro-myome est une variété de polypes utérins constitués par l’association de l’hyperplasie glandulaire à une prolifération fibreuse et musculaire lisse.
L'adéna-lipome et l’adéno-angiome sont des associations plus rares de l’'adénome et d’un état lipomateux ou angiomateux du stroma. Le cysto-adénome, caractérisé par une dilatation kystique des acini ou des canaux excréteurs qui peuvent atteindre un volume considérable, se rencontre principalement au niveau du sein.
GusTAvE Roussy et Maurice Wozr.
VARIÉTÉS SUIVANT LE SIÈGE. — Adénome de la peau. Ce sont les adénomes sébacés fréquents à la face et les adénomes sudoripares qui semblent plus
À, * kyste ee —i T à contenu granuleux.
cellules adipeuses.
acinus ü À dilaté et issu Con). Fa:
, J irrégul.
scléreux.
acini normaux.
acini à parois végétantes éosinoph.
acinus tapissé par cellules éosinoph.
et cellules revêtem myo-épithéépithélial. liales, cellules épith.
desquam. Sinon conjonct.
/ Fig. 11. — Adénome kystique du sein (Roussy). |
À. On a ici affaire à un type d’aberrations formatives fréquentes, sans aucun caractère cancéreux. Il réunit des malformations galactophores, acineuses, mammaires et sudoripares. L'irrégularité des formations glandulaires permet mal de différencier les acini mammaires des canaux galactophores, seules des colorations électives à l’orcéine feraient retrouver les, traces de l’armature élastique de ces derniers. Les grands kystes sudoripares à cellules éosinophiles, revêtus d’un épithélium bourgeonnant, sont par contre facilement identifiés dans l’angle inférieur gauche.(Gr. ?5/1.)
Un fort grossissement (B, 180/1) montre bien la différence tinctoriale pes l’adénome mammaire et sudoripare. De plus ce dernier (à droite) est encerclé par une couche de cellules myoépithéliales.
rares. Cependant certains auteurs, Letulle en particulier, tendent à élargir le groupe des tumeurs bénignes d’origine sudoripare et à y rattacher une
ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fasc. V. — 449
grande partie des formations dysembryoplasiques du sein. La signature fréquente de vices de développement dans des glandes mammaires plus ou
tissu conj.
péri tumoral.
acinus dilaté
en prolifération. 2 galactoph.
elirés.
acini normaux.
acini en .
voie de t. fibreux
prolifération. péri-acineux.
galactoph.
Cétiresel proliférant.
Fig. 12. — Adéno-fibrome du sein (Roussy).
En A, vue d’ensemble d’un noyau de la tumeur (Gr. 9/1). Les éléments acineux apparaissent plus nombreux qu’à l’état normal, dilatés, avec multiples invaginations ; de larges canaux galactophores plus ou moins irréguliers parsèment la préparation. La graisse du stroma a disparu; les acini sont englobés dans une masse fibreuse tourbillonnante. La tumeur était en totalité encerclée par une gangue conjonctive que l’on aperçoit en haut et à gauche.
A un fort grossissement (B. Gr. : 60/1), on se rend compte de l’aplatissement des néoformations acineuses par la prolifération conjonctive. La limite entre le tissu épithélial et le conjonctif reste nette et tranchée.
moins anormales, la coexistence d’adénomes sudoripares à cellules éosimophiles, sont autant d'arguments en faveur de cette opinion. Adénome des muqueuses. — Ils existent fréquemment au niveau de
GusTaAve Roussy et Maurice Wozr.
l'estomac, de l'intestin, du gros particulièrement, du rectum, de lutérus, des fosses nasales. Ordinairement pédiculés, ils constituent les polypes muqueux. Enfin les adénomes muqueux sont souvent mullüiples : polyadénoine où polypose de l'estomac ou de linteslin.
Adénome des parenchymes. — Uniques ou multiples, 1ls se présentent sous deux types principaux, particulièrement nets dans le rein et le foie (surtout dans les cirrhoses):; ce sont les adénomes à cellules foncées, formés d'éléments petits et granuleux et les adénomes à cellules claires, formés d'éléments volumineux à protoplasma vacuolaire contenant souvent des lipoïdes. Ces derniers sont appelés Lypernéphromes bénins lorsqu'ils siègent au niveau du rein.
Les adénomes des glandes salivaires et du pancréas sont peu fréquents et ne présentent pas de particularité notable.
L'adénome de la protaste répond à l'hyperlr'ophie prostatique du el)
Les adénomes des glandes endocrines sont très fréquents dans le corps thyroïde, l’hypophyse et les surrénales.
Les adénomes thyroïdiens peuvent être uniques ou multiples. Dans ce cas on a affaire à l’hyperplasie adénomateuse qui correspond au goitre.
Suivant la forme et la structure des acini thyroïdiens, on distingue :
a) L'adénome colloïde ou à gros acini caractérisé par l’irrégularité des vésicules thyroïdiennes plus ou moins riches en substance colloïde ;
b) L'adénome à pehits acini avec augmentation du nombre des éléments glandulaires (à cellules claires ou sombres) et présence de petites cavités pauvres en substance colloïde.
Les adénomes hypophysuires ne sont souvent qu'une trouvaille d’autopsie. Ils siègent toujours dans le lobe antérieur, glandulaire, de l'organe et sont formés, soit de cellules foncées, (éosinophiles ou basophiles) soit de cellules claires (chromophobes).
Les adénomes de la surrénale très fréquents, siègent presque toujours dans la corticale (adénome cortical), exceplionnellement au niveau de la médullaire (adénome méduliaire). Suivant la nature des cellules qui les composent, on distingue les adénomes à cellules claires ou spongiocytawres, les adénomes à celluies foncées ou indifférenciées ou encore(très rarement) les adénoires pigmentaires développés aux dépens de la zone réliculo-pigmentaire.
Les adénomes multiples dé la surrénale constituent l’hyperplasie adénomaleuse.
L'adénome peut se transformer ou évoluer en Tumeur maligne: celle-ci résulte dans la majorité des cas de la prolifération anarchique du tissu glandulaire lui-même, et l'adénome, après être resté longtemps une lumeur bénigne, devient un épithéliome glandulaire (adéno-épithéliome du sein, de la prostate). Dans quelques cas, beaucoup plus rares, c’est le Uissu con- Jjoncüf qui prolifère et forme un sarcome : l’adéno-sarcome (sein).