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LIPOME

Le lipome est une tumeur encapsulée, formée par des cellules graisseuses eroupées en lobules et coordonnées par rapport à des axes conjonctivovasculaires.

Cette définition permet d'éliminer l'accumulation de tissu graisseux qui constitue l’adipose simple, dans laquelle il n’y a ni encapsulation, ni lobulalion, ni ordination par rapport à des axes conjonctivo-vasculaires.

Suivant son siège, on peut distinguer les lipomes sous-cutanés, les plus fréquents (cou, nuque, dos, lombes, fesses); les lipomes musculaire; sousmuqueux (rare); sous-périosté, intra-osseux; périglandulaire (glande mammaire, péritoine, rein); péritonéal (mésentère, hernie); intra-parenchymateux (exceptionnel). |

Le tipome sous-cutané circonscril est une tumeur arrondie, lobulée, mobile sous la peau et sur les plans profonds, molle, pseudo-fluctuante (parfois crépitante). A la coupe, il a la couleur et l’aspect du tissu graisseux normal.

Histologie. — La tumeur comprend :

1° Des axes conjonctivo-vasculaires avec plus ou moins de tissu conjonctif autour de vaisseaux adultes.

20 Des lobules formés de cellules graisseuses adultes, c'est-à-dire cellules arrondies dont le protoplasma est représenté par une volumineuse goutte de graisse et dont le noyau aplati est refoulé à la périphérie. Sur les préparations traitées par les méthodes ordinaires, après inclusion à la paraffine, la graisse a été dissoute par les alcools et la cellule paraît vide de contenu; seul persiste le noyau et le fin liséré périphérique cellulaire. Sur coupes traitées par l'acide osmique, la graisse est fixée et colorée en noir; sur celles faites

Gusrave Roussy et Maurice Worr.

par congélation et colorées par le Sudan. elle apparaît en rouge orangé, par le bleu de Nil, en rose.

5° Des lobules formés de cellules graisseuses Jeunes où les cellules sont

faisceau conjonctif.

Un lobule de la tumeur.

fibres muscul.

striées.

vaisseau

cellules adipeuses

fibres striées.

fibres striées coupées transvers.

Fig. 54. — Lipome musculaire (Roussy)

A. — Aspect général d’un lobule de la tumeur. Celle-ci est composée de tissu graisseux (cellules adipeuses à noyau refoulé le long des membranes protoplasmiques), soutenu par une charpente conjonctive la divisant en une série de lobules arrondis. De place en place on aperçoit encore quelques trainées irrégulières de fibres musculaires striées qui sont dissociées par la néoformation graisseuse (Gr. 25/1).

B, — Un fort grossissement (220/1) montre les grandes cellules graisseuses claires dont on ne retrouve que la membrane d’enveloppe et le noyau collé à la paroi. La substance grasse dissoute par les produits d’inclusion a disparu, laissant vide le centre de la cellule. Les fibres musculaires striées sont dissociées et refoulées.

encore vacuolaires et renfermant plusieurs gouttelettes de graisse; ce sont les lobules d’accroissement.

Les deux tissus, graisse adulte et graisse jeune, sont souvent intriqués

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fasc. V. — 509

la graisse adulte existe seule dans les vieilles tumeurs. Les éléments jeunes se voient dans les tumeurs en évolution.

Variétés, — Le lipome diffus, non encapsulé, se confondant ‘avec le Lissu graisseux voisin, se rencontre surtout à la nuque où 1l est plus rare que le lipome circonscrit.

Les lipomes symétriques correspondent à une maladie dystrophique comparable à ce qu'est au fibrome la neurofibromatose de Recklinghausen. L'ordination topographique périphérique serait réglée par une atteinte du système nerveux central (topographie radiculaire). C'est encore un type de maladie nævique.

Pour certains auteurs la topographie serait réglée par le siège des vanglions (adéno-lipomatose de Launois et Bensaude). Il y aurait alors soit métaplasie directe des éléments lymphoiïdes en éléments graisseux, soil pénétration du tissu graisseux dans les ganglions Iymphatiques.

| ipomes complexes. — On peut décrire le fibro-lipome, dans lequel le tissu conjonctif est plus abondant que dans les lipomes purs: l'anglio-lipome ou lipome télangiectasique, dans lequel il y a prolifération et abondance de néovaisseaux associée au tissu graisseux; le lipome calcifié relevant d’un processus de nécrose de la tumeur avec surcharge de sels calcaires.

Il faut distinguer des lipomes vrais — lumeurs bénignes dont les rapports avec le processus inflammatoire ne sont pas jusqu'ici démon- Lrés — les formes suivantes qui relèvent nettement d'un processus inflammaltoire.

La scléro-lipomatose, fréquente autour des parenchymes (scléro-lipomatose périrénale, scléro-lipomatose péricæcale en rapport fréquent avec la tuberculose).

Les lipomes arborescents des synoviales articulaires, directement en rapport avec une inflammation chronique de la synoviale, le plus souvent de nature tuberculeuse.

Le lipome est le type de la tumeur bénigne qui ne se transforme en cancer que très exceplionnellement.

Il existe cependant des tumeurs très malignes du tissu cellulo-graisseux qui, histologiquement, sont constituées par des lobules graisseux adultes, des lobules graisseux formés de cellules jeunes vacuolaires, des amas cellulaires pleins constitués par des fibroblastes ou par des cellules conjonctives arrondies du type des sarcomes.

Ces tumeurs s'accroissent rapidement, font des mélastases el récidivent après ablation : ce sont les lipo-sarcomes ou lipomes malins.

ANGIOME

L'angiome est une tumeur constituée par des vaisseaux néoformés, à structure capillaire, artérielle ou lacunaire. On lappelle aussi héman-

Il se rencontre au niveau : de la peau ou du tissu cellulaire sous-cutané

Gustave Roussyx et Maurice Wozr.

où il forme les taches de vin ou envies (tête, face, lèvre, oreille, paupière, front, cou); des muscles (langue, joues, plancher buccal, vessie, tissu musculaire); des os el des viscères (foie, mamelle, rate, poumon, etc...).

Peau et tissu cell.sous-cutané.

épithélium malpighien cutané.

bourgeons épithéliaux.

obliques.

| hypoderme.

poil.

glande

Angiome. ; sudoripare.

vaisseaux embryonn.

tumoraux.

Re AÉST RD 0e Ÿ TEE À

ces

vaisseau normal coupé tissu adipeux parallel.

vaisseau adulte.

axe Con).

vaisseau

à structure vaisseau

à paroi adulte.

Fig. 55. — Angiome capillaire du front (Roussy). A. — Vus d'ensemble de l'angiome. Gr. : 95/1. B. — Détails des vaisseaux embryonnaires. Gr. : 2920/1.

Petite tumeur développée chez un nourrisson de 17 mois. Elle avait débuté à l’âge de 6 mois, et passé de la taille d’une tète d’épingle au volume d’une cerise. Couleur rouge violacé. Pièce opératoire.

Au-dessous du derme, dans l'épaisseur de l'hypoderme, apparait la tumeur composée d’une masse importante d’orifices capillaires séparés par un tissu conjonctif jeune, riche en éléments cellulaires et dépourvu de fibres collagènes.

Au fort grossissement (B), on voit que les capillaires sont du type embryonnaire, les cellules qui les limitent ne sont pas encore différenciées et sont les cellules mêmes du tissu jeune qui les entoure.

ANAPONMIPRPATTIOLOGIOUE DL CANCER Fasc. Ve 51

Il comprend différents types :

1° L'angiome simple est une tumeur lobulée remplie de sang et formée de capillaires nombreux, dilatés, flexueux, à parois plus ou moins différenciées, poussant souvent des diverticules, ordinairement pelotonnés sur eux-mêmes. Les cellules endothéliales des capillaires sont tantôt aplaties, tantôt hautes, cubiques. Parfois il existe des parois musculaires qui renferment plus ou moins d’élastine ; ordinairement la structure est musculaire.

D’après la circulation on peut distinguer des angiomes rouges ou artériels

Angiome.

cavité contenant globules rouges.

Coque conjonctive.

travées hépatiques.

CE SH, veine Len SE NN de sus-hépatique.

Foie à S Avi Capill.

ITS ? distendus.

$ æ dt SAS MARMANSAÏ Fig. 56. — Angiome caverneux du foie. Gr. : 25/1. (Roussy).

La tumeur de la grosseur d’une cerise, présentait une teinte rouge brun caractéristique. On distingue à gauche et en haut le réseau conjonctif à mailles larges et irrégulières qui circonscrit les lacunes sanguines. Cette tumeur bien limitée, d’évolution lente, est séparée du parenchyme hépatique par une capsule conjonctive par endroit, assez épaisse.

dans lesquels le sang circule facilement et conserve les caractères du sang artériel, et des angiomes bleus où veineux, à circulation difficile, qui ont la teinte bleue du sang veineux.

L'angiome simple est tantôt circonscrit, tantôt et plus souvent diffus : dans ce dernier cas les capillaires néoformés poussent à la périphérie des pointes d’accroissement qui envahissent les tissus avoisinants.

VARIÉTÉS. — On peut rencontrer : l’angiome calcaire par suite de thrombose et de formations d’angiolithes (pierre des vaisseaux); l’angiofibrome et l’angio-lipome par association de tissus fibreux ou adipeux néoformés.

GusTAvE Roussy et Maurice Wozr.

20 L’angiome caverneux est une tumeur érectile, mal circonscrile, rappelant la structure des corps caverneux. Elle est formée de lacunes, de volume variable et limitées par une fine membrane à structure endothéliale. Entre les cavités, existent des travées conjonctives plus ou moins abondantes. Par leur amincissement et la dilatation des cavités elles créent l'angiome hkystique.

LYMPHANGIOME

Conslitué par des vaisseaux lymphatiques néoformés et dilatés, presque toujours congénital, le Iymphangiome siège à la langue (macroglossie), à la lèvre (macrocheilie), à la joue, au plancher de la bouche, au cou, à l’aisselle ; plus rarement aux membres, à la paroi thoracique, aux fesses, au périnée.

Il comprend trois variétés :

Le lymplhangiome simple qui est constitué par des canaux lymphatiques dilatés et disposés en amas. Les capillaires comprennent une fine paroi conjonctive et un endothélium aplati que limprégnation aux sels d'argent mel bien en évidence.

Le lymphangiome caverneux qui est au lymphangiome simple ce que l'angiome caverneux est à l'angiome simple. Les parois des canaux dilatés forment de véritables cavités Iymphatiques communiquant entre elles et donnant à la coupe l’aspect d’un tissu spongieux ou caverneux. Les cavités sont limilées par un stroma conjonctif d'épaisseur variable et par un endothélium plat. Il donne dans les mêmes conditions que pour l’hémanglome.

Le lymphangiome kystique, parüiculièrement fréquent au niveau du cou, où il constitue les ystes séreux congénitaux du cou. Il peut également s’observer au niveau de la nuque, de l’aine, de l'épaule, de laisselle, de la région sacro-coccygienne et même dans les viscères.

Les kystes sont uniloculaires ou multiloculaires, 1ls renferment un liquide citrin (lymphe); leur paroi, formée de tissu conjonctif plus ou moins épais, est lapissée intérieurement par un endothélium aplati.

Les Iymphangiomes sont des tumeurs essentiellement bénignes.

OSTÉOME

Tumeur formée de tissu osseux, c’est-à-dire de cellules anastomotiques (ostéoblastes) sécrétant une substance anhiste, acidophile (osséine) qui s'imprèzne de sel de chaux.

I faut distinguer des ostéomes, les exostoses qui ne sont pas des tumeurs el dont les rapports directs avec les processus inflammatoires peuvent être facilement établis.

Tumeur dure, plus ou moins bien circonscrite, l’ostéome est constituée par des lamelles de tissu osseux adulte formant des canaux de Hawers mais à disposition plus irrégulière que dans le tissu osseux normal.

Suivant l'importance de ceux-ci, l’'ostéome revêt trois types différents :

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fasc. V. — 515

L'ostéome compact à structure analogue à celle de la diaphyse des os : l’ostéome spongieux à structure spongieuse analogue à celle des épiphyses et renfermant des lamelles osseuses abondantes ;

cavité de la moelle osseuse.

os adulte.

tissu fibreux

fibres muscul.striées.

stéoblaste

fibres muscul.

striées.

tissu conij.

osséine.

Fig. 57. — Ostéome musculaire du brachial antérieur (Roussx).

Tumeur développée dans l'épaisseur du muscle à la suite d’un traumatisme ancien. A. — Dans une masse fibreuse, on voit de larges travées osseuses irrégulières, mais comportant néanmoins tous les attributs de los adulte, cavités médullaires et canaux

de Havers.. (Gr. 25/1.) \

B. — Un fort grossissement {Gr. 220/1) montre le processus d’ostéogénèse : les cellules conjonctives sont peu à peu englobées dans la masse osseuse qui s'accroît ainsi, mais d’une façon extrèmement lente.

l’'ostéome éburné formé de lamelles osseuses compactes sans espaces médullaires.

o14 LECCANCER,

VARIÈTÉ SUIVANT LE SIÈGE. — On distingue : l’ostéome du squelette partüculièrement fréquent au niveau des os longs;

l'ostéome musculaire localisé au brachial antérieur, biceps brachial, muscle adducteur (ostéome des cavaliers). La formation du Lissu osseux dans les muscles à été AS de deux facons différentes :

1° Théorie de l’arrachement d'un fragment de périoste au moment d’une fracture ou d'une luxation. Ce fragment entrainé dans un muscle édifie du tissu osseux par ostéogénèse périostée:

2° Théorie inflammatoire (myosile ossifiante) par suite de traumatisme ou de processus inflammatoire. Le tissu conJonciif intra-musculaire peut subir différentes métaplasies el notamment la métaplasie osseuse. On sait d’ailleurs que c’est aux dépens du tissu conjonetif que se forment directement les os plats.

L'ostéome des parenchymes se voit dans le poumon, le foie, les corps caverneux de l’urètre, les surrénales, les méninges, etc. Il s’agit parfois de tissu osseux adulte, le plus souvent de Lissu ostéoïde (tissu osseux jeune).

La formation du tissu osseux dans les parenchymes peut s'expliquer soit par un vice de développement avec persistance de quelques éléments ostéogènes (théorie congénilale), soit par une transformation du tissu conjoncüf intra-parenchymateux en tissu osseux sous l’acion d'un processus inflammatoire (métaplasie).

L'ostéome fait souvent partie des tumeurs mixtes: le Lissu osseux ou ostéoïde est fréquent dans les embryomes : testicule, ovaire, elc.

L'exostose ostéogénique est une maladie dystrophique et un nouvel exemple de maladie nævique. Elle est au tissu osseux ce que la fibromalose de Recklinghausen est au Lissu fibreux, la lipomalose symétrique au tissu adipeux.

C’est une affection congénitale avec formation d’ostéomes multiples le plus souvent à disposition symétrique.

Fig. 58. — Ostéo-sar- ‘come périoslé du | fémur chez un en- CHONDROME fant de 10 ans.

(Coll. du Laborat. Tumeur formée de Lissu cartilagineux adulte formant

ou Rails souvent des lobules et orienté suivant des axes conjonc-

tivo-vasculaires.

C'est une tumeur unique ou souvent multiple, de consistance dure, masi élastique à la périphérie, lisse, bosselée sur coupe macroscopique.

Au niveau des os courts (main et pied) on observe le chondrome interne ou l'enchondrome. Il est rare là où existe normalement du cartilage (bronches, poumon, côtes), ainsi qu’au niveau des os longs, tibia, fémur.

Le chondrome externe ou périchondrome siège auniveau des os longs etplats.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER Fase. V. — 515

[I a la structure du cartilage hyalin normal dont il se différencie par l'absence ou la rareté de l’ordination sériée des capsules cartilagineuses qui sont plus volumineuses avec noyaux souvent monstrueux et par la pré-

axe conjonc.

| vascul, Re

du chondrome.

capsule et cell.

cart. normale

chondrine.

cellules hypertroph.

cellules sans cellule capsule. fragmentée.

Fig. 59. — Chondrome hyalin du genou (Roussy). A. — Un faible grossissement (Gr. 25/1) montre l'aspect lobulé de la tumeur parcou-

rue par des travées fibreuses, épaisses et serrées; on n’y retrouve ni l’ordination sériée du cartilage normal ni la régularité des capsules noyées dans la chondrine.

B. — A côté de cellules cartilagineuses sensiblement normales, isolées dans leur capsule, on note de véritables monstruosités, soit de volume, soit de forme. Il convient cependant d’en excepter les fragmentations cellulaires artificielles dues à un défaut de fixation. (Gr. 220/1.)

On remarque d'autre part que si la majorité des cellules se sont creusées des logettes, quelques-unes sans capsule et isolées au milieu de la chondrine représentent des chondroblastes jeunes en évolution.

Gusrave Roussy et Maurice Wozr.

o16 LE CANCER:

sence d’axes conjonctivo-vasculaires pénétrant le tissu et lui donnant un aspect lobulé.

VARIÉTÉS ET DÉGÉNÉRESCENCE. — Le chondrome à cellules ramifiées forme

vaisseau.

lobules

axe conjonct.

du chondrome.

lobulant la tumeur.

chondrome.

vaisseau.

cellule étoilée monstrueuse.

cell. étoilées.

subst.

fondamentale.

Fig. 60. — Chondrome costal à cellules étoilées ([Roussy). À. — À un faible grossissement (Gr. 25/1), l'aspect général ne diffère pas d'un

chondrome hyalin; c’est l'examen de la morphologie cellulaire qui révèle l'absence

de toute capsule.

B. — Au fort gross. : 500/1, les cellules sont étoilées, anastomosées, par leurs

expansions protoplasmiques. Il s’agit ici d’une sorte de régression vers un type cellulaire rappelant le tissu conjonctif indifférencié, par suite de dégénérescence du tissu

hyalin.

tantôt la totalité d’une tumeur, tantôt quelques-uns de ses lobules. La chondrine ou tissu hyalin cartilagineux prend un aspect mucoïde ou œdémateux;

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fasc. V. — 517

les cellules cartilagineuses revêtent le type étoilé à fins prolongements protoplasmiques périphériques. C’est un aspect revêtu secondairement par la tumeur, et non un type propre, histogénétiquement défini.

Le chondrome kystique est le résultat d’un processus de nécrobiose et de ramollissement central de la tumeur.

Le chondrome calcaire el ossifiant se forme par surcharge de tissu calcaire et par métaplasie osseuse ; transformations relevant le plus souvent de processus hémorragique ou inflammatoire.

Le chondrome complexe siège surtout dans les tissus mous, dans les parenchymes et en particulier dans les embryomes : fibro-chondrome, ostéochondrome, ete. Dans les tumeurs de la parotide, il s’agit ordinairement de üssu chondroïde (tissu cartilagineux jeune dans lequel la chondrine non encore différenciée revêt encore l'aspect fibrillaire); dans les embryomes des glandes sexuelles (testicule, ovaire), c’est du tissu cartilagineux adulte.

Le chondrome est une tumeur habituellemunt bénigne mais qui peut, à un moment donné, devenir maligne : c’est le chondro-sarcome.

MYOME

Nous ne ferons que signaler le rabdomyome, formé aux dépens des fibres musculaires striées, qui est exceptionnel et ne se rencontre guère que dans les tumeurs mixtes.

Nous étudierons seulement le {éomyome qui est une tumeur circonserite, constituée par du tissu musculaire lisse, adulte, dont les faisceaux s'orientent en tous sens et forment souvent des tourbillons assez volumineux. Le type le plus fréquent en est le myome de l’utérus appelé communément par les cliniciens, fibrome, parce qu'il y a en général association du tissu musculaire et de tissu conjonctif.

De volume très variable, parfois considérable, le myome est une tumeur dure, bosselée, à contour lisse. A la coupe, son aspect blanc nacré, avec tourbillons caractéristiques, tranche sur la couleur rose du muscle utérin; les nodules qui le composent sont séparés les uns des autres par des limites précises, ainsi que la tumeur elle-même dont la décapsulation est facile.

On en décrit les 5 types suivants : sous-péritonéal, interstitiel, sous- MmUuqUueuz.

En dehors de l’utérus, le myome siège au niveau de la trompe, de l'ovaire, du ligament rond; de la prostate (hypertrophie de la prostate); de l'intestin, de l’estomac; plus rarement de la peau.

Histologie. — Tumeur formée de cellules musculaires lisses, c’est-à-dire de cellules allongées fusiformes à protoplasma finement strié longitudinalement, à noyaux en boudin à bouts coupés, en bâtonnet, arrondis parfois et non fusiformes comme ceux du fibroblaste. Pas de substance anhiste intercellulaire. Ces cellules constituent des faisceaux coupés tantôt en long, tantôt en travers; dans ce cas la cellule apparaît formée d'un cercle avec un noyau central assez volumineux.

VARIÉTÉS ET DÉGÉNÉRESCENCE DES LÉIOMYOMES. — Myome complexe. — Le

GusTaAve Roussy et Maurice Worr.

léiomyone est rarement pur, le plus souvent il est associé à du tissu fibreux (fibro-myome) ou à du tissu glandulaire (adéno-myome). Certains léiomyomes sont très riches en vaisseaux, d’autres au contraire,

muq. utérine. -

Myome.

cul-de-sac glandulaire dilaté dans sous-muqueuse.

* Muscle utérin.

fibres muscul.

lisses coupées

perpendicul. noyau d'une * fibre muscul.

lisse.

travée conj.

fibres lisses coupées longitudinal.

Fig. 61. — Myome sous-muqueux de l'utérus (Roussy).

A. (Gr. 2/1). Tumeur développée dans l'épaisseur du chorion de la muqueuse utérine. Myome sous-muqueux.

On reconnait, en B (Gr. 250/1), les tourbillons entre-croisés rappelant l’architecture du fibrome, mais ici les éléments sont des fibres musculaires lisses pourvues seulement d’un stroma conjonctif minime. Fibrome et myome sont d’ailleurs associés dans la majorité des cas, dans des proportions variables.

volumineux, en sont relativement dépourvus. On note souvent la présence de lésions de vascularite associée ; d’où la fréquence des processus dégénératifs secondaires modifiant l’aspect et la consistance de la tumeur : œdème (pseudo-myxome); hémorragie; nécrose aseptique (pseudo-kyste); infiltration calcaire ; infections secondaires (polypes cavitaires).

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fasc. V. — 519

Le myome, surtout celui de l'utérus, se transforme assez souvent en tumeur maligne, c’est-à-dire en myosarcome qui ne diffère histologiquement du myome que par le caractère moins différencié de ses cellules.

SARCOME FUSO-CELLULAIRE ou sarcome fibro-blastique.

Le sarcome fuso-cellulaire ou fibro-blastique est Ia tumeur maligne du tissu conjonctif commun fibroblastique.

Il se rencontre à tous les âges, mais particulièrement chez les sujets

caryocinèse.

fibroblastes coupés parallel.

néo-vaisseau.

noyau monstr.

fibroblastes coupés perpend.

noyaux monsir.

deux caryocinèses atypiques.

Fig. 62. — Fibio-sarcome sous-cutané. Gr. : 220/1 (Roussy).

Les cellules tassées les unes contre les autres sont du type fibroblastique. Ces éléments s’écartent les uns des autres, laissant entre elles les lacunes sanguines. On se rend compte ici que les cellules, bordant les fentes vasculaires, sont les cellules mêmes de la tumeur qui se différencient pour constitue: la paroi et dont quelquesunes sont même monstrueuses. En p'usieurs endroits, des atypies nucléaires, soit de forme, soit de nombre; en haut et en bas de la figure, deux cellules en mitose, l’une avec plaque équatoriale, l’autre au stade diaster; ces dernières images marquent le caractère de prolifération active des éléments constitutifs du néoplasme.

jeunes, à l'inverse des épithéliomas qui paraissent l'apanage de l’âge adulte, et se développe partout où existe du lissu conjonctif commun. Comme celui-ci forme le derme de la peau et de toutes les muqueuses, comme il édifie le stroma de toutes les glandes et de tous les parenchymes, pénétrant

Gusrave Roussy et MaurIcE Worr.

même avec les vaisseaux dans le tissu nerveux central ou périphérique, on

Tumeur. Paroi utérine.

Hbres dt fibres muscul.

ibres e longitudinales.

cellules

néoform.

cloison | :{__ fibres museul.

conjonct. perpendicul.

division cellulaire. fibroblastes - coupés perpendicul.

noyau atypique.

—- mitose.

fibroblastes normaux.

cellules fibres muscul.

monsirueuses. lisses.

capillaires.

Fig. 63. — Sarcome de l'utérus (Roussy).

Tumeur utérine avant évolué rapidement et acquis en l’espace de quelques mois un volume considérable.

On reconnait ici (A, Gr. 60/1), à droite la partie musculaire lisse de l'utérus avec ses faisceaux entre-croisés, coupés sous diverses incidences. À gauche, la tumeur richement cellulaire, séparée de la portion normale par une coque conjonctive.

B. L'examen à un plus fort grossissement (Gr. 220/1) permet de reconnaître à premiere vue l’extrême malignité de la tumeur en raison de ses monstruosités cellulaires multiples. Les cellules sont du type fusiforme, groupées en faisceaux formant des tourbillons. Çà et là, on aperçoit quelques cellules musculaires en voie de dégénérescence avec noyaux en pycnose. Les formes néoplasiques atypiques sont particulièrement nombreuses : formes de division multiples, caryocinèses anormales, inclusion intranucléaire, noyaux hyperchromatiques, autant de figures signalant le degré d’activité extrême du développement néoplasique.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fase. V. — 521

peut trouver des sarcomes fuso-cellulaires dans tous les points de l'économie. Cependant sa fréquence est plus grande dans certaines régions comme le üissu cellulaire sous-cutané, les muscles, le périoste, les os, les méninges.

Au niveau des viscères les sarcomes sont beaucoup plus rares que les épithéliomes avec les formes atypiques desquels on les a confondus trop souvent.

Au point de vue histologique c'est une tumeur formée de cellules allongées en forme de fuseau (fibroblaste) disposées en faisceaux, en tourbillons.

Ces faisceaux apparaissant coupés, les uns en long, les autres en travers et sont disposés le plus souvent autour des axes vasculaires. Le protoplasme

Vs FO &. Et se 11 4 APT

vaisseau avec hématies et leucocytes.

bourgeon néoplasique intravasculaire.

cellules sarcom. intravasculaires.

cellules sarcomateuses.

Fig. 64. — Sarcome fuso-cellulaire de Vaisselle. Gr. : 250/1 (Roussy).

Tumeur d'aspect fusiforme, composée de cellules conjonctives jeunes, d’accroissement rapide. Les néo-vaisseaux abondants dans le sarcome sont creusés à même le tissu néoplasique et limités seulement par les cellules tumorales plus ou moins mal différenciées en cellules endothéliales. On voit ici à droite un volumineux bourgeon intravasculaire dont la présence fait prévoir les métastases. Ces dernières, ainsi que les irrégularités nucléaires soulignent la notion clinique de tumeur maligne.

des cellules sarcomateuses, plus abondant que celui du fibroblaste adulte normal, est légèrement basophile; les prolongements anastomotiques fins et allongés sont difficiles à voir sur les coupes, mais apparaissent particulièrement bien sur des dissociations. Le noyau est plus gros que dans le fibroblaste adulte avec grains de linine sphériques plus apparents et souvent un ou deux nucléoles géants. Les mitoses normales ou anormales y sont nombreuses ainsi que les monstruosités nucléaires.

Les fibres de collagène, élément de différenciation du tissu conjonctüf adulte, peuvent manquer complètement dans les sarcomes à développement très rapide, ou bien être très abondantes.

GusTAve Roussy et Maurice Wozr.

9929 LECANCER.

Stroma et vaisseaux du sarcome. — Le tissu cellulaire sous-cutané, un muscle, un parenchyme quelconque envahi par un sarcome, voit ses éléments normaux se désagréger par cyltolyse (action des ferments cancéreux), puis la place occupée par les éléments cytolysés est comblée par les cellules sarcomateuses néoformées; c'est l’envahissement destructif, qui forme un des caractères les plus importants des cancers. Mais tous les éléments d'un tissu normal n'ont pas la mème fragilité; les tractus fibreux

faisceau de fibroblastes.

fibroblastes dissociés.

Fig. 65. — Cellules fusiformes d'un sarcome. Gr. : 220/1 (Roussy).

La préparation a été obtenue par dissociation de tissus sarcomateux. Cette technique, qui détruit les rapports entre les différents éléments de la tumeur, permet d’en étudier d’une façon plus précise la morphologie cellulaire.

Toutes les cellules se présentent avec un aspect généralement identique : le protoplasma est constitué par une masse principale peu abondante autour du noyau. De cette masse centrale partent une série de prolongements fiiliformes, de tailles variables, ramifiés et semblant parfois s’'anastomoser les uns avec les autres. Les noyaux ont généralement une forme ovalaire, le réseau chromatinien est assez nettement visible, et supporte un ou plusieurs nucléoles bien apparents. Parfois ces noyaux se présentent, soit avec un volume exagéré, soit avec des contours atypiques, ce qui constitue un caractère de malignité de la tumeur.

el les vaisseaux sont les derniers à être détruits, si bien que longtemps, au moins à la périphérie des sarcomes les plus malins, on trouve au milieu du lissu néoplasique, des bandes fibreuses, des vaisseaux normaux adultes. Ces éléments n'ont pas été édifiés par le sarcome, mais bien respectés par lui: c’est le stroma d'emprunt du sarcome.

D'autre part, la cellule sarcomateuse peut sécréter des fibrilles de collagène, c'est le stroma sarcomateux. Elle peut laisser entre elle et ses voisines un espace qui entre en communicalion avec les vaisseaux normaux des tissus voisins, ce sont les lacunes ou néo-vaisseaux sarcomateux qui n'ont d'autre paroi que les éléments mêmes de la tumeur. Leur présence

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU CANCER. Fasc., V. — 595

dans une préparation histologique a une très grande importance pour le diagnostic de sarcome, mais la présence de vaisseaux adultes n'exclut pas du tout ce diagnostic.

Le bourgeonnement endo-cavitaire des parois d’un vaisseau sarcomateux est le point de départ fréquent d’embolies, qui vont coloniser là où elles s'arrêteront, c’est-à-dire au premier réseau capillaire

La présence d’un grand nombre de néo-vaisseaux sans paroi, creusés au sein même de la tumeur explique l'apparition des hémorragies, des processus de nécrose qui sont si fréquents dans les sarcomes et en modifient considérablement l'aspect histologique.

Le terme de sarcome fuso-cellulaire s'applique à des tumeurs qui présentent en majorité le Lype cellulaire fusiforme à noyaux allongés, mais si dans quelques cas cet aspect est général sur toute l'étendue des préparaions, dans nombre d’autres il est fréquent de trouver des régions où, à côté des cellules fusiformes, on voit des éléments arrondis, de grandes cellules indifférenciées du tissu conjonctif, des cellules à type lymphoïde plus ou moins net, parfois des cellules multinucléées. Ce polymorphisme cellulaire pourra dans certaines lumeurs devenir nettement dominant, et l’on portera alors le diagnostic de sarcome à cellules HÉAANEp LES dont nous parlerons plus loin.

Diagnostic du sarcome fuso-cellulaire. — Souvent le diagnostic macroscopique est très difficile à faire entre un processus inflammatoire à évolution lente et progressive (pseudo-sarcome) el un sarcome vrai. Le diagnosic clinique ne peut se baser que sur les notions d’envahissement destructif, de récidive et de métastase; aussi le diagnostic histologique a-t1l une très grosse importance pratique (biopsie, pièce opératoire).

Nous avons réuni ci-dessous, en un tableau succinct, les principaux caractères différentiels permettant d'orienter le diagnostic.

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