ANIMAUX A SANG FROID
Chez les animaux à sang froid, les trouvailles de tumeurs sont extrêmement rares, ce qui peut être dû en partie à ce que peu de zoologistes ou de vétérinaires y ont porté leur attention et à ce que souvent, on confond le cancer avec des pseudo-tumeurs inflammatoires.
Cependant ces recherches sont d’autant plus intéressantes qu’elles ont fourni une large contribution à la notion de l’étiologie et de l’'épidémiologie des tumeurs. On-a longtemps cru, à la suite des travaux de v. Hansemann, que le cancer n’était susceptible de se développer que chez des animaux avec puissance régénératrice faible, c’est-à-dire capables de remplacer des tissus, mais non des organes. Les animaux inférieurs à puissance régénératrice assez forte pour LOUE à la reproduction d’un organe complet, d’un membre ou même d’un individu — disait-on — ne faisaient pas de cancer; les animaux supérieurs, incapables de’ reproduire des formations organiques complètes, faisaient au contraire facilement des tumeurs. Cette hypothèse que nous ne faisons que rappeler en raison des vues intéressantes qu'elle comportait, se trouve aujourd’hui infirmée par les faits tirés de l'observation des animaux inférieurs.
Dans la famille des Reptiles on ne connaît jusqu’à présent qu’un cancer de l'ovaire chez un serpent et un goitre cancéreux (discutable) chez une tortue.
Amphibies. — Parmi les cas publiés de tumeurs spontanées de la grenouille, un examen minutieux n'en a laissé subsister qu’une vingtaine comme étant indiscutables. Celles-ci concernent surtout les ovaires, et les reins, moins souvent les téguments ou d’autres organes; ce sont soit des sarcomes, soit des sithélienes: soit des tumeurs bénignes (adénomes, Pentimali, Secher, Eberth). Chez la salamandre on a publié un cas de
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cancer du testicule avec métastases viscérales, fait tout à fait exceptionnel chez les amphibies, et deux tumeurs des téguments (Murray).
Chez les Poissons, les tumeurs semblent être assez fréquentes, même si l’on a soin d’en excepter les fausses tumeurs parasitaires qui sont d’observalion courante. Buignon d’abord, puis Plehn et Pick qui ont particulièrement étudié des tumeurs chez les poissons, ont pu dresser une longue liste de cas comprenant la plupart des tumeurs déjà connues chez les autres animaux. Ces auteurs ont en outre insisté sur le caractère infectieux de la
Fig. 119. — Adéno-épithéliome des glandes de la peau chez la grenouille. (Gr. 55/1). (d’après Murray).
A. Travées néoplasiques pseud6-glandulaires qui, en B, envahissent les muscles sousdermiques.
variole des poissons, surtout fréquente chez le barbeau, dont les néoformations papillaires ou kératosiques deviennent parfois malignes.
La distinction entre les tumeurs inflammatoires et le cancer est d'autant plus difficile, chez ces animaux que normalement la couche épidermique forme des bourgeons profonds qui s’enfoncent irrégulièrement dans le
derme. L'absence de lymphatiques et la rareté des métastases rendent
encore plus épineux le diagnostic entre une tumeur inflammatoire et une tumeur maligne parce que les tissus permettent aux deux un envahissement presque égal. So
La carpe, le goujon, le brochet ont été trouvés porteurs d'épithéliomas, de sarcomes fuso-cellulaires, d’ostéo-chondro-sarcomes et de diverses autres
tumeurs.
Les tumeurs des Salmonidés ont fait l'objet de nombreuses études depuis 1883. À cette époque Bonnet signala pour la première fois l'appari-
Gusrave Roussy et Maurice Wozr.
tion d’une tumeur du fond de la bouche et des branchies chez une truite d’un petit lac de la Haute-Bavière. Cette observation resta d'abord sans grand retentissement, quoiqu'on ait cité en Allemagne quelques cas semblables. Mais vers le début de ce siècle, et surtout en 1905 et 1904, apparut subitement aux États-Unis, une épizootie qui fit d'importants ravages dans les grands lacs des États du Nord. Le Gouvernement américain s’émut de l’importance économique que pouvait avoir cette épizooke et une Commission d'hygiène dirigée par Gaylord, Clowes et Harwey fut chargée de faire une enquête. En 1907 et 1910 elle publia le résultat de ses recherches qui concluaient à la présence d’un épithélioma du corps thyroïde, produisant parfois des métastases dans les viscères et détruisant sur une grande étendue les organes antérieurs du poisson porteur de la tumeur.
Fig. 4115. — Tumeur thyroïdienne de la truite. (d’après Gaylord). En A, la tumeur. ?
Ces auteurs précisèrent le caractère nettement endémique de cette tumeur et montrèrent qu’un traitement approprié au sublimé et à l’iode, en dissolution faible, était capable de supprimer le fléau. Les éleveurs avaient jeté en peu de temps sur le marché une quantité énorme de poissons avariés dont on fit des conserves. Les journaux s’emparèrent de ces faits et par-
vinrent à effrayer le public peu satisfait d’avoir mangé du cancer frais ou
en conserve ! — Une campagne de presse s’ensuivit et il fallut le concours des hommes de science, de tracts et de conférences-publiques pour calmer l'opinion. 4
Chez d’autres poissons d’eau douce on a trouvé des odontomes (tumeurs embryonnaires mortelles par les déformations qu'elles produisent) et des sarcomes, surtout au niveau du foie où ils s’accompagnent souvent de parasites.
Chez les poissons d’eau de mer, Bashford et Murray ont étudié de nombreux épithéliomas ou sarcomes, en particulier chez le cabliau et le hareng,
et la plupart des musées d’Anatomie pathologique des universités anglaises
en comptent des exemplaires dans leurs collections. Chez les cyclostomes il ne semble pas qu’on connaisse de cancer jusqu’à présent. à
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Les invertébrés ont également, jusqu’à ces derniers temps, passé pour être indemnes de cancer.
Cependant on a signalé la présence de tumeurs myxomateuses chez certains mollusques et en particulier chez les huîtres. Etant donné la consistance flasque et gélatineuse des tissus de ces animaux, il est difficile de se prononcer sur l’envahissement et l’infiltration de ces tumeurs, le caractère indifférencié de leurs cellules fait cependant songer au cancer.
Les insectes ont fourni tout récemment une contribution très intéressante à la pathologie du cancer: Bridges en 1916, dans une revue très complète sur la pathologie des larves de la Drosophila melanogaster (mouche à fruit ou à vinaigre, ampelophila, très répandue), attira le premier l'attention sur les tumeurs constatées chez ces animaux.
Parmi les maladies de ces larves, l’une consiste en une tumeur mélanique de nature indéterminée dont Miss Starck vient de poursuivre l'étude. Il s’agit d’excroissances cellulaires anormales, formées au centre, de cel- lules arrondies, fusiformes ou polyédriques, à la périphérie de cellules aplaties et imprégnées de pigment noir. Ces tumeurs de nature épithéliale sont surtout localisées au niveau du ganglion nerveux du proventricule, aux dépens duquel elles prennent probablement leur origine, pour s’étendre le long des filaments nerveux, vers les glandes salivaires. Elles sont irrégulièrement disposées, peuvent former jusqu'à 15 nodules distincts et font des métastases par voie sanguine. L’insecte porteur de cette tumeur meurt toujours avant la pupation. La tumeur est transparente au moment de son apparition, elle devient ensuite opaque et brune, puis noire. Cette évolution met 48 heures pour aboutir à la mort de l’insecte.
Il s’agit donc d’une tumeur peut-être infiltrante, peut-être mélastasante, mais sûrement mortelle. Les rayons X n’ont aucune influence sur son évolution. Les greffes très difficiles et s’accompagnant d’une mortalité de 90 à 99 pour 100 empêchent des larves précédemment saines de puper, l’extirpation de la tumeur fait survivre l’insecte pendant 24 heures. Des cultures dans la solution de Locke de tissu tumoral inoculées, ont provoqué la mort; les expériences de cultures sur gélose et bouillons restèrent complètement négatives. Miss Starck remarqua que les larves malades, avec taches noires, représentaient exactement un quart des larves et qu'elles étaient toutes du sexe mâle. Elle rechercha alors les femelles susceptibles de pondre des œufs à larves tumorales et nota que ces femelles, avec yeux foncés, donnaient 56 pour 100 de mouches adultes des deux sexes, tandis que les femelles « normales » à yeux blancs en donnaient 77 pour 100 c'està-dire, — en tenant compte de la perte régulière d’un quart — 25 pour 100 de plus que les premières. D’autres recherches très intéressantes montrèrent que l’hérédité cancéreuse suivait exactement la loi de Mendel.
Peu après, Miss Stark put étudier une deuxième tumeur chez les Droso-. philes. Celle-ci bénigne n'empêche ni le développement, ni la pupation, ni la procréation. Elle se compose comme la première de cellules polygonales ou arrondies qui se chargent de pigment et prennent leur origine dans des cellules hypodermiques épithéliales. La tumeur siège dans le 12° ou 15° segment, souvent dans plusieurs. Comme elle se rencontre aussi bien chez
Gusrave Roussy et Maurice Wozr.
les femelles que chez les mâles, et que le croisement de deux porteurs produit régulièrement des générations à tumeurs, Miss Stark localise la tumeur à un 5° chromosome neutre. |
La tumeur peut être enlevée et transplantée, mais même délivrées de leur tumeur les mouches donnent une descendance également porteur de tumeur. Le développement des mâles et femelles se fait normalement et 1l né leur manque que l'organe dont le rudiment a été remplacé par la tumeur. |
Ces expériences très intéressantes sont ‘encore trop récentes pour per-
mettre de se faire une opinion définitive.’ Le caractère de la transmission héréditaire rappelle les résultats obtenus dans le croisement des souris par Miss Slye et Loeb; mais dans. les expériences de ces auteurs, la proportion d'animaux cancéreux est plus forte et elle est très variable. Chez les Drosophiles mélaniques caractérisées zoologiquement par la prédominance des caractères pigmentaires, les tumeurs sont uniquement pigmentaires; elles sont rigoureusement héréditaires dans une proportion fixe, identique au mendélisme. Tower a montré qu'on pouvait, au moyen de changement de température dans les élevages, obtenir chez un coléoptère le Leptinotarsa decemlineata, des mutations différant par leur degré de pigmentation. Il est donc possible que chez les Drosophiles 1l s'agisse également de mutations pigmentaires. Les uns, descendant de femelles à yeux clairs, font des tumeurs localisées, bénignes; les autres, descendant de femelles mélanosées, à yeux foncés, sont réduites d’un quart, par l’apparillon en dominante d’une mutation pigmentaire provoquant une tumeur incompatible avec la vie. Ces tumeurs sont donc des malformations embryonnaires, des naevi, dont la nature cancéreuse reste à démontrer.
En quoi la connaissance du cancer des espèces animales peut-elle servir à l'étude du cancer en général. — Le cancer des animaux et celui de l'homme sont-ils une même maladie ou deux maladies différentes ? Telle est la question qu'il y a lieu de poser tout d’abord en essayant de dégager la réponse de l’étude que nous venons de faire du cancer chez les animaux.
Si pendant longtemps l'identité du cancer animal et humain fut controversée à la suite des travaux de v. Hansemann du point de vue morphologique, de Blumenthal du point de vue biologique, de Roger et Gilbert du point de vue clinique, la question paraît aujourd’hui définitivement résolue dans le sens de l’affirmative. ra
Au début des recherches sur le cancer dans la série animale, on avait tendance à limiter cette identité aux mammifères seulement, puis peu à peu on l’étendit d’abord aux oiseaux, puis à toutes les classes de vertébrés. Enfin des travaux récents ont fait connaître l’existence du cancer chez les invertébrés.
Il faut admettre aujourd’hui, avec Bashford, Plique, Borrel et Gabriel Petit que le cancer des animaux est essentiellement identique au cancer de l'homme. Son siège est aussi varié, ses caractères macroscopiques et microscopique, sa pathogénie, son évolution, sa généralisation, sont absolument semblables (T[° Conf. intern. du Cancer, Paris, 1910). |
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Il ressort de ces faits une donnée de la plus haute portée biologique et qui mérite d’être mise en valeur, à savoir que le cancer est une maladie commune à l’homme el aux animaux. De cette notion ont découlé une série de recherches et une foule de résultats du plus grand intérêt, touchant au problème biologique du cancer, et dont nous devons à Ehrlich, à Bashford, à Borrel, d’avoir été les initiateurs.
Admettant comme acquise la notion de l'identité des néoformations tumorales, animales et humaines, nous pouvons maintenant nous demander si, dans la foule des documents fournis par la pathologie comparée, il est possible de puiser quelque élément susceptible d'éclairer les points les plus intéressants touchant à l'étiologie et à la pathogénie des tumeurs.
Du point de vue de la fréquence relative des différents types de tumeurs, on sait que chez l’homme les tumeurs bénignes sont plus fréquentes que le cancer alors que c’est l’inverse chez les animaux.
Tableau indiquant la fréquence du cancer chez l’homme et quelques mammifères (d’äprès Sticker).
Sur 100 cancers.
HOMME CHEVAL BOVIDÉS CHIEN ee PS En À > Te PTE Be Te. D ue. CCR. OR
Mâle. |Femelle.| Mâle. |Femelle.| Màle.' | Femelle | Mâle. |Femelle.
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PÉDHMEN RUN RON 4e 0259,2 | 56,1: 43.5 | 36,3 4,6 | 45,0 | 95,0
MOD LENS ETILANM EC OPA 6 2102012, 22,9 | 95,0 À 45,5 1: 42,0 | 42,6 4,9 — digestif. 14,5 | 34,9 | 16,6 8,5 9,0 | 14,0 6,0 0,6 = respiratoire. . Ra Dh uto,21/ 116,6 9,0 4,6 5,9 0,5
Autres organes. . 4,2 11 9,2 0,2 — 4,6 2,4 0,2.
Tableau indiquant les rapports de fréquence des tumeurs bénignes chez les animaux (d’après John et Wolf).
EI AE a roportion RAT = É 5 = des S£6| S |o70 = |0J0| S [070 | Æ |0/0 | S [070 | tumeurs =) © = ae a Fe bénignes e al — = = © malignes.
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Quant à la forme histologique, il ressort des observations publiées par les auteurs que le sarcome est beaucoup plus fréquent chez l'animal que l’épithélioma, ceci contrairement à ce qui se passe chez l’homme. À ce propos, il y a lieu de faire une réserve et de se demander si on n'a pas fait peut-être trop facilement le diagnostic de sarcome en présence de tumeur très atypique dont l’origine épithéliale est souvent difficile à démontrer. Personnellement nous pensons (Roussy) qu’en anatomie pathologique
humaine, on porte trop facilement le diagnostic de sarcome au niveau d’un parenchyme glandulaire, chaque fois que la tumeur ne rappelle pas de près une structure épithéliale ; aussi croyons-nous que le sarcome est loin d’être aussi fréquent que l’épithélioma au niveau des parenchymes contrairement à ce que semblent prouver les statistiques actuelles. En est-il autrement chez l’animal ? C’est possible, mais il serait prudent de serrer de près les faits avant de conclure.
Il est de notion classique d'admettre que chez l'homme 1l y a un âge optimum pour le cancer qui, rare chez l’enfant ou l’adolescent, est surtout fréquent pendant la 2° partie de la période adulte (entre 40 et 60 ans). En est-il de même chez l'animal ? — De prime abord, en raison de la différence de longueur de vie si variable suivant les espèces animales, il paraît difficile de répondre à cette question. Néanmoins, en prenant comme base dans la série animale l’évolution physiologique et le terme du développement (6 semaines pour une souris, 3 à 4 ans pour le cheval, 15 à 20 ans pour l’homme, etc.), c’est-à-dire l’âge de maturité, on remarque que la courbe de fréquence du cancer pour chaque espèce animale est très sensiblement parallèle à celle de l’homme. Les différences apparentes proviennent donc vraisemblablement de ce que l’animal meurt rarement de vieillesse, exception faite pour certains animaux domestiques comme le chien, le chat, le perroquet, le canaris. Il était donc logique de se demander si, en plaçant les animaux dans des conditions de vie et d'hygiène analogues à celles de l’homme, en leur permettant ainsi d'atteindre leur vieillesse, on ne verrait pas le cancer se développer. À cette question les recherches récentes de Miss Slye ont apporté, du moins pour ce qui concerne la souris, des documents très importants et des résultats qui démontrent que c'est uniquement par addition de causes favorisantes, que l’âge provoque une plus grande fréquence de cancers.
La notion du sexe n’a donné jusqu'ici que peu de renseignements chez les animaux. Bashford notait bien la plus grande fréquence du cancer de la mamelle chez la femelle (exception faite pour le chien), mais dans les statistiques globales publiées par les auteurs on ne retrouve pas mentionnée la prédominance des tumeurs malignes chez la femelle, alors qu'on ie sait, celle-ci semble évidente chez la femme.
Par contre si on récherche le siège de prédilection des cancers chez les
Tableau indiquant les principaux sièges de cancer uro-génital chez les animaux {d’après Sticker).
Sur : 832 78 8 766 21 12 CHEVAUX | BOVIDÉS | MOUTONS | CHIENS CHATS PORCS
PIN AA Wan An ver 7e 29 10 — 19 Le 7 Vessior EPA 44 9 +. 9 = Teste Tr CRUE 15 1 — 18 — — Prostate eee | 2 : 10 — — Ovaire. STE LS n 16 Ex 5 1 — ULÉPUSEUT PROPRES 8 | 16 Le 6 en, = Vagin.. 7 2 = 6 —
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animaux, on voit que ceux-ci frappent avec une prédilection évidente les téguments externes et le système uro-génital. Chez tous les mammifères, en effet, le cancer de la peau, celui des glandes annexes, comme la glande mammaire, ceux du rein ou des organes génitaux sont de beaucoup les plus fréquents, ainsi que.le montre le tableau ci-contre.
C’est là une différence à noter avec ce qui se passe chez l'homme où le can-
| cer du tube digestif, et notamment de l'estomac, est de beaucoup la tumeur
maligne la plus commune. La nature des éléments ingérés, les nombreux
corps étrangers de toutes sortes avalés par les animaux devraient, semble-
Re.
t-1l, par les traumatismes qu'ils créent, favoriser au contraire chez eux la localisation du cancer au niveau des voies digestives. Or, il n’en est rien et ce fait n’est pas sans intérêt si on se rappelle l'importance attachée par les auteurs aux traumatismes en général, traumatismes brusques ou traumatüismes lents et répétés, dans l'apparition des néoplasies. Pour ceux qui, comme nous (Roussy), pensent que le rôle des traumatismes brusques dans l'apparition du cancer est sinon nulle, du moins très problématique, que celui des irritations chroniques est une cause prédisposante, et rien de plus, les faits fournis par la pathologie comparée méritent d’être pris en valeur comme favorables à notre opinion.
En est-il de même pour les rapports des tumeurs avec les parasites? Une foule de travaux dus à Borrel, à Fibiger, à Stahr et à d’autres auteurs semblent démontrer que le rôle des parasites facilite l'apparition du cancer.
Borrel s’est particulièrement fait le défenseur de cette opinion. Partisan de la théorie infectieuse du cancer, il s’est efforcé de démontrer le rôle joué par les parasites comme vecteur de l'agent de la maladie; c’est dans la pathologie comparée qu'il a puisé la plupart de ses documents en montrant l'association du cancer avec des nématodes du foie chez le rat, avec l’ankylostome de l'intestin chez le cheval. D'après Apolant, Fibiger, Boveri et Yamagiwa les parasites agissent surtout par l'élimination de produits chimiques.
L'étude du cancer chez les animaux, surtout dans ses acquisitions les plus récentes, semble nous apporter des notions dignes d'intérêt, concernant la contagiosité, la nature épidémique ou endémique de certaines variétés de tumeurs. C'est 1à une question qui a suscité de nombreuses controverses, et pour ce qui concerne l’homme nous avons vu qu'à l'heure actuelle l’immense majorité des auteurs refusent au cancer toute origine contagieuse. Aussi la présence de véritables épidémies de cancer chez l’animal comme celles des salmonidés, de la caroncule du bœuf, du métatarse de
la poule frappant des poulaillers entiers, ont-elles pu exciter la sagacité
des auteurs. Et l’on s’est demandé s’il s'agissait de cancer à proprement parler ou au contraire de pseudo-tumeurs inflammatoires ?
Borrel avait le premier relevé les épidémies de cancer chez les souris et insisté sur le rôle joué par les cages à cancer. Mais des investigations ultérieures et minutieusement poursuivies par Bashford en particulier, il ressort que cette opinion est erronée. La prédominance effective d'animaux cancéreux dans certaines cages peut trouver différentes explications
d’abord il s’est toujours agi de cages particulièrement mal tenues et les
GusrTavE Roussy et Maurice Wozr.
parasites nombreux ont pu provoquer des pseudo-tumeurs inflammatoires, diagnostiquées comme tumeurs par cerlains et trop souvent interprétées par les auteurs dans un sens conforme à leur propre tendance; ensuite les pseudo-tumeurs ont facilement pu engendrer de véritables tumeurs chez des animaux si fréquemment atteints de cancer comme le rat et la souris. Enfin Bahsford a bien démontré que les animaux cancéreux étaient presque tous âgés et que se trouvant à l’âge du cancer, ils auraient fait du cancer dans n'importe quelle cage. : |
C'est aussi l’avis de Condamin, Slye, Wells, Apolant qui ont montré que la notion des « cages à cancer » ne résistait pas à une enquête rigoureuse:
On arrive donc à cette conclusion que jusqu'ici l’étude du cancer chez les animaux n'a apporté aucun fait démonstratif de la contagiosité des tumeurs malignes. PerS |
D'autre part des recherches très intéressantes poursuivies dans ces der-, nières années par des auteurs tels que Loeb, Slye, Stark, Plehn viennent donner à la notion de l'hérédité un regain d'actualité. Miss Slye admel non seulement l’hérédité du cancer en général chez la souris mais encore la spécificité de cette hérédité. C’est ainsi que des souris atteintes de cancer primitif ou secondaire du foie ont pu produire, des lignées chez lesquelles des tumeurs de même aspect et de même nature s’observent fréquemment. De plus, dans certaines lignées, tel organe fera plus particulièrement du cancer secondaire et fixera par exemple ses métastases au niveau du poumon, tel autre au niveau du foie.
Loeb admet plutôt une hérédité de la tendance au cancer que du cancer lui-même.
Ce sont là des faits indiscutables, bien observés dont il est impossible de ne pas tenir compte désormais dans la discussion de l’hérédité du cancer.