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MORT 0 PIN ET CARE

d'accroissement d’une tumeur et il serait malaisé, d’après les auteurs

anglais, d'en tirer des conclusions quant à la réceptivité individuelle.

Enfin. nous ne ferons que citer un phénomène observé d’abord par ! ?

Flexner et Yobling, confirmé plus tard par Gay et Morperghi et dont Bashford et Murray ont précisé les conditions d'apparition. Voici en quoi il con-

siste : l’inoculation d’un petit fragment de tumeur ou d’un fragment de:

tissu tumoral rendu moins virulent par un procédé physique, chimique ou sérologique quelconque peut favoriser la prise d’une greffe plus grosse faite une dizaine de jours plus tard. Woglom a fait une étude détaillée de cette « hypersensibilisation », sans aboutir à aucune conclusion d’ordre théorique ou pratique.

Modifications expérimentales des greffes. — De nombreuses expériences ont été faites dans le but de vérifier l'influence des agents les plus divers sur la prise de la greffe (Jensen, Loeb, Clunet, Contamin). Contamin a bien m#s en valeur dans sa thèse, les condition expérimentales à réaliser, en montrant qu'il fallait se servir de souris placées dans des conditions d'élevage identiques et utiliser des doses de greffon semblables tant au point de vue qualitatif que quantitatif. :

Sans modifier le terrain, on peut obtenir des résultats différents en utilisant une même greffe faite dans des conditions différentes, ou en soumettant cette greffe à l’action de divers agents physiques ou chimiques.

Avec un même greffon, on peut obtenir une augmentation de la virulence en multipliant le nombre des greffes. Tandis que les premières greffes donnent toujours un pourcentage faible, les greffes multipliées, soit dans le nombre des animaux par séries, soit dans le nombre des séries elles-mêmes font rapidement monter le pourcentage à des chiffres qui atteignent 80 à 100 pour 100. Mais ces résultats ne sont pas constants; il est des tumeurs qui ne se greffent qu'une seule fois, d’autres dont la virulence diminue progressivement au cours des passages, pour disparaître dès la 5° ou 6° génération. D'une façon générale, la croissance de la greffe est plus rapide que celle de la tumeur spontanée, source du greffon.

Ebrlich n’a pas seulement obtenu une augmentation de virulence par des séries de greffes plus nombreuses, mais encore en les rapprochant, c’està-dire en faisant des inoculations avec des tumeurs développées peu de jours après la première greffe. Plus les tissus de tumeurs réinoculées sont Jeunes et moins il y aura de temps écoulé entre les inoculations, plus on aura de chances de voir s’exalter la virulence de la tumeur greffée! En employant des tumeurs âgées de plusieurs semaines, on a au contraire une virulence très faible, Murray en faisant des inoculations de tissu de récidive de tumeur, a pu observer, comme pour des inoculations de métastases, une virulence plutôt atténuée.

Nous avons vu ailleurs que le mode opératoire peut influencer les résultats des greffes et que les tumeurs particulièrement dures (contenant surtout du tissu conjonctif) et les tumeurs particulièrement molles (composées surtout de kystes et d'espaces sangüins) souffrent du broyage qui disperse les cellules. On peut utiliser ce moyen pour obtenir une résorption de la tumeur avec immunisation consécutive de l’animal.

Enfin la dose a son importance; elle ne doit être ni trop forte, ni trop faible, puisqu'il existe une dose initiale effective au-dessous de laquelle l’inoculation reste sans résultat (Bashford). Cette dose varie avec la valeur biologique de la tumeur et la même dose peut aboutir à une immunisalion dans certains cas, alors que dans d’autres elle donne naissance à des tumeurs volumineuses. Il semble que les doses moyennes de 0,5 c. c. ou de 0,1 à 0,2 gr. donnent les résultats les plus constants. Parfois elles coïncident avec la dose immunisante; il faut alors employer soit des quantités plus petites, insuffisantes à immuniser, soit des quantités plus fortes capables de surmonter les effets de l’immunisation. Ce sont des résuitats de ce genre qui ont suggéré à Bashford son idée de la fluctuation de l'énergie de croissance.

On a essayé aussi, mais sans résultats jusqu'ici, de faire varier les modifications de virulence d’une tumeur dans sa structure histologique.

En fin de compte, les recherches dans lesquelles on a modifié le mode de prélèvement ou d’inoculation des greffes n’ont abouti qu’à fort peu de résultats. Aussi a-t-on cherché à modifier le greffon lui-même par différents procédés, au moyen de divers agents physiques ou chimiques.

Comme agents chimiques, on a employé des lipolytiques tels que le chloroforme ou l’éther, ou la plupart des désinfectants (acide phénique, cyanure de potassium, sublimé en concentration habituelle) qui ont déterminé une diminution de la virulence, mais d’une façon très irrégulière suivant les conditions de durée et de température de l'exposition, ou de volume el de nature du fragment.

L'action de la température produit des effets différents. C'est ainsi qu'Ebrlich a pu conserver une tumeur pendant ? ans à 8-12 en dessous de zéro sans lui enlever sa faculté de croissance et de greffe. Une série d’expé-. riences faites par de nombreux auteurs (Sticker, Hertwig et Poll, Uhlenhut, Weidantz, Mooré, Walker, Barrat et Gaylord) ont montré que la durée de l’action du froid est un facteur important; il ne fait pas en général disparaître la virulence d’une tumeur, mais il diminue considérablement leur énergie de prolifération et n'altère pour ainsi dire pas l’inoculabilité des cellules.

La chaleur atténue plus rapidement la virulence d’une tumeur. Au-dessus de 40° la disparition de l’inoculabilité et de l’énergie de prolifération s’obtient très rapidement. À des degrés inférieurs cette. action est variable suivant la nature de la tumeur (Clowes et Baeslack); les tumeurs à croissance faible sont d’abord exaltées puis atténuées; celles à ‘croissance forte au çontraire tout de suite atténuées; le sarcome supporte mieux la chaleur que l’épithélioma.

Au moyen des rayons ultra-violets ou des divers agents physiques (rayons X, radium), l’énergie de croissance d’une tumeur est plus vite modifiée que son aptitude à l’inoculation; mais cette action varie suivant l'intensité de la radiation : faible elle exaltera le pouvoir prolifératif; forte elle l’anéantira (Dominici, Menetrier, Clunet, Contamin, Lazarus, Barlow.)

Gusrave Roussy et Maurice Wozr.

Immunité tumorale. Étude biologique du terrain.

La nature du terrain, l’état physiologique de la souris porte-grelfe, enfin les modifications de ce terrain lui-mème sont très importants pour le résultat de la greffe. |

On peut observer en effet des différences dans l’évolution des eréReS en variant les modalités de l’expérimentation.

Ainsi, le point d'inoculation est un facteur qui conditionne la réussite d’une greffe, la région ventrale étant plus favorable que la région dorsale.

L'âge est également important; les animaux jeunes donnent un pourcentage de résultats positifs qui: peut atteindre le double de celui des animaux VIEUX.

Le sexe n’a pas d'importance pour la réussite des greffes.

Bashford a signalé l’influence de l’état général de la souris sur la prise de la greffe : toutes causes de débilité, d'infection, de dénutrition, se traduisent par un retard, un arrêt ou même une résorplion de la grefle. Les souris en gestation sont souvent réfractaires aux inoculations et résorbent même parfois des tumeurs développées antérieurement.

L'influence modificatrice du terrain est une question très importante dans l'étude du cancer expérimental; et les modifications naturelles ou artificielles du terrain porte-grefle, susceptibles de favoriser ou d'empêcher le développement de la greffe, nous conduisent à l'étude de l'immumité tumorale.

Avant de prononcer ce terme, il nous semble opportun d’en préciser.

le sens exact. Il n’y a pas en effet identité, mais bien analogie entre les phénomènes d’immunité tumorale et ceux qui sont créés par l'organisme dans la lutte contre les microbes, les virus, les ferments et les poisons. Dans ce dernier cas, les propriétés défensives, les anticorps, visent la cause nocive et tâchent de la neutraliser. Dans la greffe de tumeurs, au contraire, rien ne prouve Jusqu'ici qu'il y ait formation d'anticorps, c’est-à-dire que rien n'indique que l’organisme combatte le facteur étiologique de la tumeur. C’est pourquoi, les essais diagnostiques de réaction de fixation et les tentatives thérapeutiques basées sur la production de sérums anti-toxiques spécifiques sont restés vains. |

L'organisme porte-greffe ne devient pas cancéreux, infecté en quelque sorte par la greffe, il ne fait que subvenir aux besoins de nutrition et de développement d’un élément étranger, doué lui-même de propriétés envahissantes et destructives : le greffon. Si le sujet neuf se montre parfois rebelle à l'implantation, c'est qu'il se refuse à héberger le nouveau tissu

greffé, mais on ne saurait affirmer qu'il anihile directement dans ce tissu

l'influence primordiale qui a mis en branle la prolifération néoplasique (Bordet). |

Il semble donc bien que le phénomène de l’immunité tumorale se rattache directement à la question de la réceptivité des greffes de tissus en général, aussi bien normaux que pathologiques. Les expériences de Bashford et de ses collaborateurs, de Haaland, de Clunet, de Murray, de Fibiger, ont mon-

Pad

tré que la résistance à la greffe d’un sujet n’avait rien à voir avec l’immunmité contre la maladie spontanée : un animal qui refuse de servir de terrain à une tumeur inoculée peut très bien présenter plus tard une tumeur spontanée ou provoquée, el un animal porteur de tumeur spontanée ou provoquée peut laisser prendre une greffe. Ainsi la résistance vis-à-vis du facteur étiologique tumoral et la résistance vis-à-vis d’une cellule étrangère, tumorale ou non, sont totalement différentes.

Ces réserves faites, nous considérerons avec les auteurs, comme rentrant dans l’immunité cancéreuse, les cas où un tissu cancéreux inoculé par une méthode quelconque d’un animal à un autre animal ne prend pas sur ce dernier. Cette immunité peut être naturelle où artificielle.

A. — Immunité naturelle. — Elle peut être d'ordre zoologique et permanente ou d'ordre physiologique et passagère.

a) — L'’immunité zoologique est liée à l'espèce animale et à la race.

Les conditions dans lesquelles on peut transplanter avec succès des tumeurs malignes paraissent à l’heure actuelle étroitement limitées à une seule espèce animale. Ces conditions sont les mêmes que celles qui régissent la biologie des greffes de tissus en général et nous en avons suffisamment parlé ailleurs pour qu'il soit utile d'y revenir ici. D'autre part on sait que des greffes cancéreuses prennent difficilement ou ne prennent pas du tout sur des animaux de race différente, comme la souris grise et la souris blanche par exemple; tous les auteurs qui ont étudié la question du cancer expérimental ont insisté sur ces faits aujourd’hui bien connus (Loeb, Fleisher, Woglom, Wood).

b) L’immunité physiologique est liée à des modifications de l’état physiologique des animaux en expérience. Celles-ci varient suivant les conditions d'élevage, de nourriture. Les tumeurs provenant d'élevage étranger prennent difficilement sur des souris élevées en France par exemple. Pour Haaland, Cuénot et Mercier c’est l'influence des variations du régime alimentaire qui expliquerait cette immunité passagère; en effet ces modifications de réceptivité disparaissent lorsqu'on place les animaux dans les mêmes conditions que celles où se trouvaient les animaux porteurs de greffe. L'immunité passagère est également réalisée par des conditions physiologiques qui entraînent des perturbations du métabolisme de l’organisme telles que la gestation, la lactation ou un état de débilité congénitale ou acquis. Les animaux âgés ou en mauvais état de nutrition donnent également moins de greffes positives. C’est chez les animaux jeunes et robustes que le pourcentage des greffes positives présente le taux le plus élevé. |

c) Immunité individuelle durable. — Chez certains animaux répondant aux conditions nécessaires pour permettre d'apprécier la valeur comparative des greffes (identité d’origine, de race, de nourriture, de poids, de sexe et si possible de portée) on peut observer que des tumeurs facilement greffables sur leurs congénères, ne prennent pas. Il s’agit là d’une immunité individuelle et spontanée qu'on appelle plus spécialement immunité natu-

relle : les animâäux sont réfractaires à toute tentative d’inoculation, du

GusraAve Roussy et MAURICE Wozr.

moins de la même tumeur. Cette immunité individuelle apparaît lorsque, chez une souris une greffe tumorale régresse et se résorbe au bout de quelques semaines, ou qu’elle guérit spontanément, alors que chez les autres souris de la même série, provenant du même élevage, greffées dans des conditions identiques, avec des fragments de même greffon, cette tumeur se comporte comme une tumeur maligne et aboutit à la mort de l'animal.

d) Mécanisme de l'immunité naturelle. — Comment expliquer ces phénomènes d'immunité individuelle ?

L'étude des processus histologiques qui se passent au niveau du see ne nous fournissent guère de renseignements. En effet, si pour Bashford et Russel il y aurait refus par l’organisme porte-greffe de fournir à la tumeur les éléments vasculaires nécessaires à la nutrition, si Burgess croit à l’intervention d’un exsudat inflammatoire développé autour d’un greffon, si Peyton Rous et Murphy expliquent la régression de la greffe par une réaction conjonctive périphérique, si enfin V. Dungern, da Fano et Murphy insistent sur le rôle des éléments leucocytaires, toutes ces interprétations n’expliquent pas le mécanisme biologique de l’immunité tumorale dans les formes différentes sous lesquelles elle se présente. Aussi a-t-on cherché des explications d'ordre plus général, d'ordre humoral.

a) Théorie de l'immunilé athrepsique. — Elle a été formulée par Ehrlich qui, inoculant au rat un épithélioma très virulent de la souris, a vu cette tumeur, se développer avec son ancienne énergie pendant une ou deux semaines, puis régresser et se résorber. Si on prélève un fragment de cette tumeur au moment de son volume maximum pour l’implanter à un second rat, on voit que la tumeur ne prend pas du tout, alors qu'inoculée en même temps à la souris, elle reprend non seulement sa virulence première, mais elle devient capable d’être greffée à nouveau sur le rat. En

pratiquant ainsi des greffes alternantes, Ehrhich a pu conserver indéfini-.

ment une même tumeur expérimentale. Cette expérience a été interprétée de façons différentes.

Pour Ehrlich et ses élèves il s’agit d’un manque ou d'un épuisement des matériaux nécessaires au ee Et d’une tumeur, c’est-à-dire d’un phénomène comparable à celui découvert par Pasteur pour les microbes. Le tissu cancéreux a besoin de certains éléments nutritifs pour cultiver sur l'animal terrain; ces élémênts se trouvent naturellement sur l'animal dont est issue la PE) mais ils peuvent manquer sur un animal de race difté-

rente, et plus encore sur un sujet d'espèce ‘différente. Cette théorie du

manque de nutrition cadre bien avec certaines formes de résistance notées chez l’animal au cours de la gestation ou d’un état débile.

Elle peut servir aussi à expliquer les résultats des expériences de réinoculations sur des animaux déjà porteurs d’une première tumeur greffée (Borrel, V. Gierke, Jensen, Contamin). S'il n'existe pas de choc anaphylactique à la suite de l’inoculation de la seconde tumeur, une deuxième

inoculation assez rapprochée de la première, provoque chez une souris

positive à la première greffe une greffe positive (Yamamouchi), Les deux tumeurs progressent parallèlement, en conservant leur retard d’inocula-

lion; mais la masse globale des tumeurs réunies n'excède pas le volume obtenu par une inoculation unique. Il faut done admettre qu'il y a un maximum de néoformation tumorale qui ne dépend ni de la tumeur iniliale, ni du nombre de greffes, mais bien du pouvoir nutritif de l’animal, et ce qui le prouve, c’est qu’une réinoculation reste négative si l’on s'adresse à un animal déjà porteur d’une tumeur de gros volume (abricot, pruneau).

8) Théorie des anticorps. — Bordet a fait remarquer que la théorie d'Ehrlich ne tenait aucun compte du facteur réactionnel d’un tissu ou d’un organisme vis-à-vis de tout lissu étranger, et de plus que cette théorie était infirmée par les expériences de parabiose (vie à deux d'animaux accolés par le ventre). Aussi certains biologistes admettent avec Bordet, que dans l'expérience d’Ehrlich, apparaissent chez le rat des anticorps qui luttent contre la tumeur et finissent par la faire succomber. Transplantée sur la souris assez à temps pour qu'elle n’ait pas perdu toute force proliférative, la tumeur pourra reprendre, n’étant plus entravée dans son développement par un milieu hostile. Transplantée par contre une seconde fois sur le rat, elle succombera définitivement par suite du renforcement des actions défensives sur ce milieu nouveau.

Cette hypothèse n’est cependant que partiellement exacte. Les expériences de parabiose dans lesquelles Lewin a accolé à un rat positif, un rat réfractaire, n'ont modifié en aucune façon le développement de la tumeur chez le premier. D'autre part les expériences de Lambert et Hanes, qui ont été invoquées à l’appui de cette théorie, ne sont guère probantes. Ces auteurs ont transplanté des cultures de cancer de souris sur du plasma de rat et ils ont constaté que ces cultures poussaient bien sur du plasma de rat normal, mais non sur du plasma de rats inoculés antérieurement avec la tumeur de souris. On peut conclure de ces expériences qu’il doit en effet exister des anticorps, mais ceux-ci sont uniquement antilissulaires et n’empêchent en aucune façon le développement spontané d’une tumeur. Rien jusqu'à présent ne permet d'admettre une immunité anti-cancéreuse contre l’agent présumé du cancer. |

Il est donc prudent pour le moment de rester éclectique et d'admettre avec Bashford, Murray et Cramer qu'il peut s’agir tantôt de résistance antilissulaire, suivant la conception de Bordet, tantôt d'immunité athrepsique suivant la conception d'Ehrlich.

Pour les greffes multiples, Bashford et Russel n’acceptent pas la théorie * d'Ehrlich, pas plus d’ailleurs que Bridré et Uhlenhuth. Ces derniers

auteurs, répétant une expérience dont l'initiative revient à Clunet, ont montré que si on extirpe un sarcome de rat, de façon à empêcher toute récidive, on enlève du même coup à l’animal la possibilité d’une réinoculalion avec laïîmême tumeur; si on laisse au contraire un fragment capable de former récidive, on rend la réinoculation possible. Cette expérience a été reproduite aussi chez la souris, L’explication semble pouvoir en être donnée par la théorie des anticorps antitissulaires : s’il y a récidive celle-ci fixera tous les anticorps et ils ne pourront plus s'attaquer comme dans le premier cas, à une tumeur de réinoculation.

Enfin les greffes multiples étudiées surtout dans un but thérapeutique

GusTAve Roussy et Maurice WOLE.

ont fait l’objet de nombreux travaux, notamment à l’'Imperial Cancer Research Fund (Murray). Elles ont été pratiquées soit par inoculation simultanée ou à des époques différentes, soil par inoculation de fragments de même volume ou de volume différent. Les résultats sont encore trop contradictoires pour qu'on puisse en faire état définitivement. Mais il semble que le volume global de la tumeur obtenue — en un seul ou plusieurs nodules — présente un maximum qui dépend de la quantité des éléments nutritifs que l’animal est capable de fournir à la tumeur. À

En résumé, l’immunité tumorale, telle qu'elle nous apparait dans les expériences de greffe, se résume à une immunité antitissulaire.

Le caractère anti-tissulaire de l'immunité cancéreuse suffit à expliquer tous les phénomènes que nous avons envisagés sous le terme d’immunité spontanée, zoologique. Les expériences de Uhlenhuth et de Wassermann (réaction de la précipitine), les expériences plus récentes des auteurs américains ont montré qu'il existe entre les différentes espèces, même proches parentes, des différences dans le caractère des substances constituant le plasma ; or, celles-ci modifient suffisamment le terrain de la greffe tumorale pour le rendre inhabitable.

Les mêmes conditions physio-pathologiques sont à la base des phénomènes de l’immunité physiologique passagère; en effet, on peut admettre que si dans l'immunité zoologique ces conditions liennent aux protéines de la constitution, dans l’immunité physiologique elles tiennent aux éléments minéraux ou lipoïdes du métabolisme. Toutes deux cependant semblent être surtout d'ordre biochimique; la culture cellulaire ne trouve pas sur l'animal inoculé les éléments nutritifs qu'il lui faut pour se développer. Tyzzer, Roffo et d’autres auteurs ont en effet montré la perte de l'immunité chez les hybrides pour les animaux d’espèces, de race ou de condions physiologiques différentes.

Peut-être existe-t-1l chez certains animaux négatifs, placés dans les mêmes conditions que les animaux positifs de la même série, des cyto-agglutinines comparables aux hémo-agglutinines mises tout récemment en évidence chez l’homme. Ceci ressort du fait que ces animaux ne présentent pas une panimmunité contre les greffes, comme le pensait Ehrlich, mais une immunité spécifique contre une greffe d’un animal donné; ceci ressort des expériences de Bashford et Haaland qui ont pu greffer sur des animaux négatifs à un type de tumeur, d’autres types de tumeur. De plus, le fait que ces animaux négatifs à la greffe font du cancer spontané ou provoqué montre qu’il n'existe pas chez eux d'anticorps anticancéreux. Il n’est donc pas possible pour le moment d'admettre l'existence d’une immunité anticancéreuse.

B. — Immunité artificielle. — C'est celle que l’on tente de reproduire chez l'animal dans un but thérapeutique. | | | Comme pour les maladies infectieuses, l’immunisation contre le cancer

peut être obtenue de façon active ou passive. L'immunisation active ou vaccination anti-cancéreuse ne peut être qu’antitissulaire. L'immunisation passive ou sérothérapie cancéreuse tend. à mettre

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à la disposition d’un organisme incapable de se défendre, les éléments de défense d’un autre organisme qui s’en est montré capable :

1° La vaccination anti-tissulaire se sert tout simplement de tissu normal. L’inoculation de tissu normal faite dans un but préventif a été pratiquée pour la première fois par Bashford qui, avec du tissu embryonnaire ou adulte de souris et même par l'injection de globules rouges, réussit à immuniser des souris contre le cancer; les injections de sérum pur restèrent sans résultat. Borrel et Bridré ont montré que la plupart des tissus d’animaux de même espèce étaient capables d’immuniser contre la greffe tumorale; mais avec une intensité variable. La rate est l'organe immunisant le plus sensible ; cet organe joue peut-être un rôle dans l’immunité ainsi que le prouvent les expériences de désplénisation qui favorisent la greffe consécuüve de cancer (Haaland, Braunstein, Medigreceanu). Fibiger cependant n’a pu confirmer ce fait dans ses expériences de cancer de goudron chez des souris desplénisées, Lambert a pu immuniser, moins efficacement il est vrai, des souris avec leurs propres tissus et Lewin a élargi le cadre de ces immunisations en injectant à des rats du tissu de souris et inversement.

2° La vaccination par du tissu cancéreux se rapproche des vaccinations telles qu'elles sont pratiquées en bactériologie; elle s'obtient par injection de tissu cancéreux modifié. Ehrlich a montré que l’inoculation d'une tumeur

à tendance faible, — tant par sa prolifération que par sa proportion de

greffes positives — était capable, après résorption d’immuniser contre des tuméurs plus actives. Cette résistance est d'autant plus marquée que la tumeur inoculée est plus virulente. Cette atténuation peut être obtenue, nous l’avons vu, soit en variant les méthodes d’inoculation, soit en faisant agir sur le fragment des agents chimiques. Bridré à constaté en 1907 que l'implantation d’un fragment était suivie d’une réaction moins intense et moins rapide que l'injection en dose suffisante d’un broyat de tumeur; ceci s’explique par la multiplication, dans le deuxième cas, des points de contact entre le tissu greffe et le tissu terrain. Le même auteur a obtenu également une ébauche d’immunité à la suite d’injeclions répétées de tissu cancéreux desséché, mais une immunité bien plus faible que par l’ingestion de matériel vivant. |

La résorption spontanée de tissu cancéreux dans un but préventif, à l'instar de ce qui se passe dans l’immunité naturelle, peut être provoquée ou facilitée par une intervention chirurgicale ou par des procédés physiques ou chimiques. Une tumeur de grosseur moyenne, soumise par exemple à l’action des rayons X, peut être résorbée sans danger pour l'existence de l'animal. Celui-ci est ensuite immunisé contre la tumeur résorbée, et même à un certain degré contre d’autres tumeurs (Contamin, Clunel).

3° L'immunilé passive par injection de sérum chargé d'anticorps se

heurte jusqu’à présent à des difficultés insurmontables.

On n’a pu mettre en évidence des anticorps anticancéreux et la sérothérapie ne peut donc tendre qu’à obtenir des anticorps antitissulaires, c'est-àdire des auto-anticorps ou des iso-anticorps. Depuis les premiers travaux de Richet et Héricourt en 1895 les rechérches n’ont donné aucun résultat dans ce sens. On a essayé également la protéinothérapie et la thérapeutique

GusrTave Roussy et Maurice Wozr.

par le phénomène du choc dans les tumeurs spontanées, provoquées ou dans les greffes, mais sans plus de résultat.

Blumenthal, puis Fischera, ayant observé la présence de certains ferments anti-cancéreux chez les animaux porte-tumeur se sont servi d’autolysats de tumeur pour immuniser des animaux porteurs de la même tumeur en favorisant la résorption de celle-ci. Mâis ces expériences n’ont pu être confirmées par Haaland, Frankel, Fuhner, et Borrel a signalé des dangers de l’intoxication créés par l'injection de nouveaux poisons ajoutés à ceux qui sont produits par la tumeur déjà existante.

Culture des cellules cancéreuses.— Tandis les greffes cancéreuses ont permis de bien étudier les modifications du terrain porte-greffe, les cultures sur plasma, ou autre milieu artificiel, ont facilité l'étude du tissu et des cellules cancéreuses en dehors de toute influence contingente.

La technique employée pour. cultiver les cellules cancéreuses ne diffère pas de celle qui a été suivie par Carrel et ses collaborateurs pour la culture des tissus normaux. On prend des fragments de 0,001 gr. de tissu tumoral (épithélioma de la souris, sarcome du rat, de la poule) qu’on place dans du plasma de l’animal correspondant, en une chambre humide, à l’étuve à 57°. L'essentiel est d'observer une asepsie des plus rigoureuses.

Les éléments ainsi cultivés en goutte suspendue en une chambre humide, ou suivant d’autres procédés, peuvent être examinés journellement au microscope pourvu d’une platine chauffante. Les cultures peuvent être encore fixées, colorées, et pour les colonies volumineuses incluses et coupées, à la paraffine.

Pour ces cultures, on s’est servi de presque toutes les tumeurs utilisées dans les expériences de greffe, en particulier de la tumeur de Jensen, du sarcome du rat et du sarcome des poules.

Des recherches faites notamment par Lambert et Hanses, par Burrows, par Wood et Prime, Hadd et Russ, v. Wassermann et d’autres, il ressort que les cellules des épithéliomas ou des sarcomes poussent très bien et plus vite que le tissu conjonctif normal. Les éléments cellulaires présentent des mouvements amiboïdes très nets, de la phagocylose et des mitoses atypiques.

Champy et Coca en 1919 ont pu cultiver un adénome du col utérin, qui les a amenés à des vues intéressantes touchant la pathogénie du cancer. Il s'agissait dans ce cas d’un polype adénomateux de la cavité cervicale de l'utérus présentant en un point une transformation épithéliomateuse. Dans la culture des fragments prélevés en partie saine, ces auteurs ont pu suivre les différents stades de dédifférenciation cytologique avec mitoses atypiques reproduisant une image histologique tout à fait comparable à celle qui était fournie par les coupes histologiques de la portion épithéliomateuse de la tumeur. Champy et Coca, relevant la similitude entre la dédifférenciation in situ des éléments cancéreux et celle des cellules adénomateuses culti- . vées in vitro, admettent que le mécanisme de la genèse des cellules atypiques est le même dans l’un et l’autre cas. Cela n'indique pas d’ailleurs pour eux, que la cause du cancer soit la même que celle qui agit dans les cultures,

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ni qu'elle soit seulement de même ordre, mais cela indique comment agit sur les cellules la cause inconnue du cancer. Nous savons en effet que certäins tissus exercent l’un sur l’autre une influence qui se manifeste nettement par l'inhibition de la croissance, c’est-à-dire qu'ils s’équilibrent l’un l’autre. Si dans cet équilibre l’un des tissus prend une potentialité excessive, l'équilibre tend vers la rupture et celle-ci se produit plus aisément sous l’influence de toutes les causes qui la peuvent provoquer. On comprend très bien ainsi que l’adénome soit une cause favorisante du cancer.

On a essayé de modifier le tissu cultivé ou le milieu de culture. L’exposition du tissu tumoral à différents agents chimiques ou physiques telle que nousd’avons décrite à propos des greffes, donne des résultats identiques à celles-ci et le tissu ne se cultive plus après l’action des mêmes agents qui rendent la greffe négative. L'animal porte-greffe ne joue donc pas vis-à-vis de la greffe un rôle différent de celui du milieu de culture.

Les modifications du plasma ont été moins bien étudiées, parce qu'elles sont plus délicates et qu’elles compromettent facilement le succès de la culture. |

Le plasma d'animaux naturellement résistants contre la tumeur peut servir aux cultures au même titre que celui d'animaux réceptifs, ce qui semble indiquer l'absence de ferments lytiques dans le sang des premiers ou leur innocuité in vitro. Le plasma d'animaux différents, du lapin, des gallinacés, du chien est graduellement moins favorable à la culture des cellules de sarcome du rat; celles-ci cependant poussent encore sur ces milieux; par contre, les cellules du sarcome ou de l’épithélioma ne poussent pas sur le sérum d'animaux immunisés contre ces tumeurs (Lambert et Hanes).

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