DONNE
CANCER DES ESPÈCES. — CANCER EXPÉRIMENTAL. Fasc. V. — (49
1: 250 à 1 : 2500, la potasse caustique à l pour 100 et l'acide chlorhydrique à 0,8 pour 100. D'autres substances, notamment les colorants aniliniques et
la pyocyanine qui inhibent l’action d’autres virus filtrants n’empêchent pas celle de l’agent du sarcome.
IT. Gonditions d'action. — Les conditions d’action de l'agent du sarcome
des oiseaux ont été établies par Peyton Rous et ses collaborateurs dans les limites suivantes -:
Le virus peut être filtré, mais sur bougies Chamberland, sous pression
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Fig. 157. — Métastases spléniques et cardiaques de la tumeur précédente. (D’après des préparations de Peyton Rous).
À. — Métastase splénique. (Gr. : 250/1.)
a. — Tissu splénique, b. — Vaisseau sans paroi propre, du type sarcomateux, €. — Travée néoplasique formée de cellules fusiformes.
B. — Métastase cardiaque. (Gr. : 250/1.)
a. — Fibres striées du myocarde, b. — Fibre cardiaque en voie de régression, c. — Cellules fusiformes du sarcome.
basse (40-80 mill. Hg,); le filtrat passant dans les premières 40 minutes doit seul être employé. Celui-ci peut être ensuite plus ou moins dilué, suivant l'épaisseur du filtre utilisé, de façon à obtenir environ 10 à 15 gr. de tumeur pour 300 c. c. de solution de Ringer. Telles sont les conditions optima. En dosant la quantité de filtrat, on peut régler le mode de réaction et le temps que met la turneur à se développer.
Si l’on se sert de filtres extrêmement fins comme le filtre Berkefeld V par
Gusrave Roussy et Maurice Worer.
exemple, l'injection du filtrat seul ne provoque pas de tumeur, d’après Pentimalli.
Au lieu du filtrat, on peut se servir du broyat de la tumeur desséchée dans le vide à l'acide sulfurique, puis mis en suspension à 8 et 10 pour 100 dans le liquide de Ringer; le résultal est identique à celui du filtrat sur filtre Chamberland moyen. |
Peyton Rous a montré encore qu'on pouvait inoculer la tumeur par injection du sang total d’une poule porteuse de sarcome, et que chez les animaux porteurs de métastases, le sérum était également actif. Pentimalli et Burger ont pu confirmer la première de ces données et obtenir des tumeurs même avec du sang total dilué à 1 pour 100 dans le liquide de Ringer; ils ne purent par contre provoquer de Lumeur avec le sérum seul. L'injection de globules rouges lavés 5 fois dans du sérum physiologique donna toujours entre les mains de ces auteurs un résultat positif.
L'animal de choix pour ces expériences est la poule de race spéciale dite Plymouth Rock ou celles de races très voisines.
Par contre, les autres gallinacés, les oiseaux (pigeons) et les mammifères (rats, souris, cobayes, lapins), chez lesquels de nombreuses tentatives d’inoculation ont été faites, sont restés réfractaires.
L'état physiologique de l'animal n’est pas indifférent pour la réussite de l'inoculation; les: animaux doivent être jeunes et vigoureux; les poules malades ou vieilles ne donnent pas de bonnes tumeurs, et les animaux adultes résistent aux doses ordinaires. Au contraire, chez les embryons de 7 à 10 jours, l’inoculation, et surtout les greffes, donnent des résultats extrêmement rapides; ce que réalisent des conditions analogues à celles des cultures tumorales. Q
Le lieu d'élection de l'injection est le muscle pectoral; c’est la voie la plus généralement employée par les expérimentateurs. Cependant Peyron a remarqué que les crêtes et les bajoues présentaient, par suite de l’abaissement de la température et de la stase vasculaire, un milieu particulièrement favorable à l'inoculation. En y injectant des doses faibles, on obtient des réactions permettant de suivre les étapes successives du développement de la tumeur. Mais, ainsi que nous l'avons dit, l’injection de filtrat très fin (Berkefeld V) dans le muscle ne donne rien si l'on n’a pas soin d'ajouter à ce filtrat une petite quantité de poudre de diatomées ou de licopode. | |
L'injection intra-veineuse de tumeur desséchée, ou de filtrat fin, ne donne de tumeurs qu'aux endroits où existe une lésion traumatique ou inflammatoire (Pentimalli). Podwissotzki a montré que la poudre de diatomée seule provoquait une réaction purement inflammatoire, avec cellules géantes, mais jamais de lésions comparables au sarcome.
P. Rous pense que le lieu d'inoculation joue un rôle important pour le développement de la tumeur, et Kon et Fuji croient que l'injection dans un tissu quelconque provoque la prolifération néoplasique de ce tissu quelle que soit sa nature. Pour Pentimalli au contraire, le siège de l’inoculation n'a aucune importance, puisque c'est toujours le tissu conjonctif qui réagit et donne naissance à la prolifération tumorale.
CANCER DES ESPÈCES, — CANCER DES PLANTES. Fasc. V. — 651
Conclusions. -— Place nosographique à donner à la tumeur de Peyton Rous. — De la série des recherches que nous venons d'exposer, il ressort que la tumeur ‘décrite par Peyton Rous chez la poule constitue un type nosographique très spécial, si on la compare aux autres tumeurs malignes actuellement connues, tant chez l’homme que chez les animaux.
Si, du point de vue anatomo-pathologique, cette tumeur présente bien l’aspect du sarcome et ne saurait en être différenciée, ses caractères de transplantation, après filtrage sur bougies, et surtout par injection du sang, lui donnent, au contraire, une individualité propre que l’on ne retrouve jusqu'ici dans aucune autre tumeur conjonctive ou épithéliale de la série animale.
Faut-il pour cela lui refuser, avec certains auteurs, tout caractère tumoral vrai et la ranger dans le groupe encore mal délimité des pseudo-tumeurs inflammatoires? Nous ne le pensons pas, car l'étude minutieuse que nous avons pu faire des préparations histologiques que Peyton Rous à bien voulu nous envoyer nous à conduit à y retrouver tous les caractères du sarcome le plus classique.
Mais il serait hasardeux à notre sens, d'aller plus loin actuellement, et de ürer d'un fait très particulier comme celui du sarcome de la poule, des déductions d'ordre plus général concernant la pathogénie des tumeurs et de: conclure dès maintenant à la nature infectieuse des sarcomes.
Mieux vaut donc admettre que la tumeur de Peyton Rous forme un type à part, ne rentrant encore dans aucun groupement nosographique connu, et la ranger momentanément dans un cadre d'attente.
Conclusions de l'étude du cancer expérimental. — Les données fournies par les recherches expérimentales sur le cancer viennent en grande partie confirmer celles que nous possédons sur le cancer humain. En effet, il ressort de l'étude du cancer expérimental que nous venons de faire, que certaines causes (parasitaire comme le spiroptère ou le cysticerque, chimique comme le goudron) agissent de préférence ou exclusivement sur certaines espèces animales comme le rat pie, le rat mulot ou la souris blanche et se localisent de préférence sur certains organes comme l'estomac, lé foie ou la peau. Mais cette corrélation de cause et de terrain n’est pas exclusive, et l’on peut observer des tumeurs identiques (épithélioma malpiglien) dues à des agents différents (goudron chez la souris, rayons X chez l’homme) et des tumeurs différentes (épithélioma et sarcome) provoquées par un même agent (goudron) et sur un même organe (peau).
On retrouve donc dans le cancer expérimental, comme dans le cancer humain, cette donnée importante que nous avons cherché à mettre en valeur, à savoir qu'à des causes éliologiques multiples répond un processus unique, celui de la cancérisation de la cellule dont la cause intime nous
échappe encore.