III. — TRAITEMENT PAR LES AGENTS CHIMIQUES
Les agents chimiques comprennent, d'une part, les substances qui, grâce à leurs propriétés caustiques ou modificatrices, agissent par destruction locale des tissus cancéreux; et, d'autre part, les substances supposées douées d’une affinité élective pour les éléments néoplasiques, et pouvant agir par l'intermédiaire de la circulation générale.
Un grand nombre de caustiques ont élé préconisés pour traiter les cancers cutanés; l'acide arsénieux est considéré comme le meilleur d’entre eux. Il peut être employé suivant deux modalités : dans l’une, plus brutale, on laisse agir le caustique de douze heures à plusieurs jours, quelquefois
même jusqu’à la chute de l’escarre. À ce procédé, très douloureux, il faut
préférer celui de Cerny et Trunecek qui recherche une action progressive : on met d’abord à nu, avec la curette, la surface qui doit être cautérisée, puis on la badigeonne avec la solution suivante :
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Ces badigeonnages sont renouvelés {ous les deux jours. En général, la croûte se détache au bout de 6 à 8 jours, laissant voir une surface blanche, lorsque tout le tissu néoplasique a été détruit; cette surface est au contraire marbrée de rouge lorsque la cautérisation à été insuffisante. Il faut alors la renouveler.
Cette méthode a donné de bons résultats, mais elle est à peu près abandonnée depuis l'emploi des radiations.
Des divérses substances utilisées en injections dans la tumeur même; aucune n’a apporté de résullats satisfaisants. Les essais tentés par Delbet avec le bichlorhydrate de quinine radio-active, le colloïde d'argent radioactivé, le tellurate de soude, le tungstène ont été sans effets. Par contre les applications d’amalgame d’élain ont paru avoir une action locale manifeste (Delbet).
LA THÉRAPEUTIQUE DU CANCER. Fasc. V. — 701
La chimiothérapie proprement dite est basée sur l'emploi de substances qui, introduites dans l'organisme, seraient capables d’avoir pour les cellules néoplasiques une affinité el une toxicité électives. Mais s’il est relativement facile d'atteindre, par des substances chimiques, certains agents microbiens, il est beaucoup plus difficile de frapper de la même manière dans l'organisme même, des cellules dontla composition n’est pas très différente de celle des cellules normales. Il en résulle une marge thérapeutique souvent trop étroite pour l'application pratique du médicament.
En fait, les essais tentés dans cette voie ont paru donner parfois quelques résultats satisfaisants sur l'animal, en particulier sur les souris porte-greffes, mais Jamais Jusqu'ici chez l’homme. Nous rappellerons pour mémoire, les différents corps chimiques qui ont été essayés dans la thérapeutique anticancéreuse. |
Sélénium. — L'emploi du sélénium, préconisé par Wassermann est basé sur la propriété que possèdent les cellules à pouvoir réducteur élevé, de fixer certaines substances telles que les tellurates et les séléniates de soude. Étant donné le pouvoir réducteur marqué des cellules néoplasiques, Wassermann songea à utiliser cette propriété pour fixer le sélénium sur ces éléments et agir ainsi sur le tissu tumoral. Chez la souris, l’injection de sélénium au niveau même de la tumeur en amène la fonte ; mais introduit dans la circulation générale, il est rapidement toxique, ce qui limite considérablement son utilisation. Tous les essais tentés, soit par injection au niveau de la tumeur (Delbet), soit par injection dans la circulation générale, n'ont abouti, en thérapeutique humaine, qu'à des échecs.
Métaux colloïidaux. — L'utilisation de métaux colloïdaux dans la thérapeutique du cancer a été tentée pour la première fois par Gaube du Gers en 1912. Cet auteur a signalé l'influence favorable de l'injection de combinaisons cCupro-albumineuses colloïdales. Loeb et ses collaborateurs Mac Clurg et Sweek auraient également obtenu des améliorations par l’emploi du cuivre colloïdal. L’injection de sélénium colloïdal, de nickel, de cobalt, de platine, de fer, d'argent, d’or, de sels de mercure, d’arsenic et d’étain a été tentée sans résultats.
Choline. — Werner, puis Exner ayant émis notes que l'effet des radiations était dû à la formation de choline, produit de dédoublement de la lécithine des cellules, ont espéré obtenir, par des injections de choline, la reproduction de l'influence biologique des rayons sur les cellules néoplasiques. Werner a signalé quelques résultats favorables sur l'animal ; d'autre part, il aurait observé que les injections de choline, combinées avec la radiothérapie, peuvent augmenter considérablement l’action des rayons et raccourcir d’une manière-sensible la durée du traitement. Il est évidemment difficile de faire la part de ce qui revient à chacun des deux traitements dans l’amélioration des malades. Aussi l'emploi de la « cholinethérapie » estal à peu près abandonné.
Gusrave Roussy et Maurice Wozr.