‹ Nouveau traité de médicineChapitre 156 sur 189 · I. — LES STATISTIQUES · texte numérisé non relu

I. — LES STATISTIQUES

En matière de cancérologie, comme d’ailleurs pour toute autre branche médicale, une foule de renseignements ont été tirés de l'étude statistique. Cette méthode, bien que toute empirique, conserve néanmoins sa valeur si l’on sait juger et interpréter les faits comme 1il convient. En effet, si les recherches statistiques ont aujourd'hui perdu la plus grande partie de leur importance, en raison du développement des sciences biologiques, il n’en rèéste pas moins vrai que pour beaucoup d’affections, comme le cancer, dont la cause est encore inconnue, des renseignements utiles peuvent être ürés de l'étude statistique.

En France, on n'aime guère les statistiques et l’on en fait fort peu. A l'étranger, comme en Amérique, en Angleterre et en Allemagne, elles occupent une place importante dans les sciences médicales. Entre ces deux tendances extrêmes, il y a place pour un moyen terme ; aussi croyons-nous utile de consacrer un chapitre à l'étude des statistiques du cancer et à leur importance du point de vue social.

La première statistique importante sur le cancer date du xix° siècle, époque où dans tous les pays les notions d'hygiène sociale commencent à se préciser. Mais ces efforts échouèrent plus ou moins, par suite du désintéressement complet du corps médical. Puis les méthodes se précisent et l’on établit des statistiques mieux comprises. C'est alors que Bashford en Angleterre, de Bovis en France, Kolb, Korber, Behla en Allemagne donnent les directives générales à suivre dans les recherches statistiques. Enfin Rosenfeld (1911), à Vienne, et Hoffmann (1915), en Amérique, publient d'importantes monographies sur la question.

Règles générales et causes d'erreur des statistiques. — Le bul d’une statistique est d'établir, par rapport au chiffre total des individus vivants, la fréquence du cancer en général, celle de ses formes en particulier, enfin les différentes conditions qui semblent jouer un rôle dans son éclosion.

La condition essentielle d’une bonne statistique est de reposer sur un grand nombre, sinon on est exposé à des erreurs grossières. Pour cela, 1l faut que les enquêtes s'adressent à toute la population d’un pays. Si elles sont partielles, régionales où départementales, il est nécessaire de les renouveler plusieurs fois, tous les six mois, par exemple, pour ne réunir le total des chiffres qu'après quatre ou cinq ans. Les chiffres ainsi obtenus ont une certaine valeur puisqu'ils donnent un nombre absolu qui sera toujours comparable à ceux des statistiques antérieures ou postérieures faites

Gusrave Roussx et Maurice Wozr.

dans les mêmes ou dans d’autres conditions. Toutefois; pour obtenir une valeur immédiate, il faut tenir compte, dans la statistique, du chiffre global des personnes. vivantes sur lesquelles à porté l’enquête: ce n’est qu'ainsi que l’on peut établir la proportion de cancers par rapport à un chiffre global de population donnée. Cette règle préconisée par Kolb a été critiquée par d’autres auteurs. Hirschberg a fait remarquer que les enfants, en particulier les nourrissons, troublent les résultats parce qu'ils sont très rarement affectés de tumeurs malignes et Teilhaber a proposé d'établir les tableaux suivant l’âge des sujets, c’est-à-dire de faire des classes par individus de même âge ; ces détails ont leur importance surtout dans les statistiques partielles.

Les statistiques du cancer ont pour base des documents provenant de différentes sources, qui sont d'ordre médical ou d'ordre administratif.

Les statistiques administratives sont difficilement utilisables. Elles reposent sur les chiffres fournis par les administrations hospitalières, les compagnies d'assurances, les caisses ouvrières, les prisons, les asiles, et comportent de nombreuses sources d’erreur. Les renseignements médicaux

sont presque toujours insuffisants et de plus les résultats sont faussés du :

fait que les chiffres ne sont pas établis nominativement; ainsi un individu atteint de différentes maladies peut figurer dans plusieurs @briques à la fois ou plusieurs fois dans la même. Les statistiques hospitalièrés varient encore suivant le nombre des hommes et des femmes, des adultes, des vieillards ou des enfants, que comporte tel ou tel hôpital, et suivant l’importance relative de ses services médicaux et chirurgicaux.

Les statistiques médicales puisent leurs renseignements à trois sources

principales : statistiques par cause de mortalité, statistiques basées sur les autopsies et les observations cliniques, AUS par enquêtes médicales de différents ordres.

Statistiques par cause de mortalité. — Elles n’ont qu'une valeur très relative, car elles reposent avant tout sur les certificats de décès, et l’on sait combien souvent ces certificats sont établis sans vérification précise. Néanmoins, elles peuvent fournir des renseignements sur l’âge, le sexe, les professions, la situation sociale, ainsi que sur le mode de vie et les conditions chimatériques. |

Les. statistiques . basées sur les autopsies comportent des chiffres extrêmement petits, en raison des obstacles que rencontre aujourd’hui encore dans la plupart des pays, la pratique des autopsies ; aussi n'est-ce guère-qu’à

l'hôpital, c’est-à-dire sur les sujets des classes pauvres, que l’on peut recueil

lir des documents de cet ordre. Cette source de slatistique est néanmoins précieuse ; elle donne des renseignements précis sur la fréquence du cancer comme cause de mort, sur l’existence des cancers latents et le nombre des erreurs de diagnostic. De plus, ce n’est que par des documents statistiques tirés des autopsies que l’on peut étudier la fréquence des métastases, la localisation et la malignité des différentes formes de cancers et leurs r'apports avec d’autres tee

Les statistiques tirées des observations cliniques sont sujettes aux mêmes réserves que les précédentes. L'ensemble des investigations cliniques nous fournit des renseignements précieux sur l'apparition, l’évolution et les

LE CANCER, DU POINT DE VUE SOCIAL. Fasc. V. — 705

Répartition des cancers suivant leur siège externe ou interne (Kolb).

Page 1