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PIAN ET BOUBA

Par Ch. JOYEUX

Professeur agrégé à {a Faculté de Médecine de Paris.

Sous le nom de pian, on désigne une affection lropicale, voisine de Ja syphilis, mais réduite à des manifestations cutanées, dont l'agent pathogène est un Tréponème.

Le terme populaire de Bouba est employé en Amérique du Sud pour nommer diverses maladies se ressemblant plus où moins : leishmaniose brésilienne, blastomycose, pian. Nous lenvisagerons seulement dans ce dernier sens et le considérerons comme un synonyme local de pian.

Synonymie. —' En raison de sa réparüilion géographique disséminée, la maladie porte une foule de noms indigènes, empruntés à divers dialectes. Voici les principaux : Yaws, dans les colonies anglaises: Frambeæsia, employé par les auteurs allemands et italiens: Changou, à Madagascar : Ki-mo en Indo-Chine; Bouba, en Amérique du Sud, ete.

Historiqué. — Les manifestations du pian, faciles à observer, paraissent avoir élé connues depuis très longtemps. Les premiers médecins qui visitèrent l'Amérique au xvi* siècle font déjà mention de cette maladie. Bon- Lius, en 1718, signale sa présence en Asie; on en trouve de longues descriplions dans tous les ouvrages de médecine navale el tropicale du siècle dernier.

Son étude scientifique est commencée par Paulet (1848), qui démontre, par lexpérimentation humaine, que le liquide de l’éruption est contagieux et que l'affection peut se contracter par contact avec un malade. Charlouis (1881) répète ces expériences et prouve en outre qu'il s’agit d'une affection différente de la syphilis. Un nègre atteint d'éruplion pianique est inoculé de la syphilis; cette dernière évolue normalement el indépendamment de l'autre maladie. |

Il ne restait plus qu'à découvrir l'agent pathogène; de nombreux cocci avaient été incriminés par divers auteurs, mais c'est à Caslellani que revient l'honneur d’avoir mis en évidence le parasite qui est un Tréponème. très voisin de celui qui cause la syphilis (1905).

Enfin, dans ces dernières années, on s’est surtout efforcé d'établir, par l'expérimentation sur le Singe, les relations qui existent entre le pian et la syphilis; nous y reviendrons plus loin.

Distribution géographique. — Il existe trois fovers importants de pian. Le premier est américain. L'affection est endémique dans la Guyane

Cu. Joyeux.

oÙ PTAN ET'\BOUPA.

anglaise, le Vénézuéla, la Colombie et le Brésil. On l’observe rare »ment dans l'Amérique du Nord, où quelques cas ont été signalés dans les contrées méridionales.

Le second foyer est africain : le pian est répandu dans toute la côte occidentale d'Afrique et s'étend jusqu'à l’Angola, s'’avançant dans toute la profondeur du Congo. Sur la côte orientale, on le trouve surtout en Mozambique. Il est moins fréquent en Afrique australe, au Soudan anglo-égyptien, el très rare dans l'Afrique du Nord.

Le troisième foyer est asiatique : il comprend une partie de l'Inde, Farchipel Malais, le Cambodge, le nord de l'Australie.

Outre ces foyers principaux, on a signalé le pian dans quelques îles océaniennes, notamment en Polynésie, Nouvelle-Calédonie, îles Fidyi, Lovalty, Samoa, Tonga, Salomon et Marshall.

Réceptivité des races. Le pian est plus commun chez les indigènes, dans la classe pauvre, que chez le colon européen. Ce dernier n’est cependant aucunement immunisé et contracte parfaitement la maladie. Toutes les races humaines sont donc réceplives et le mode de vie des indigènes est seul à incriminer comme causant la plus grande fréquence de l'affection

chez eux.

Symptomatologie — Pour la commodité de la description, nous allons envisager plusieurs périodes qui peuvent d’ailleurs chevaucher les unes sur les autres.

Incubation. - Dans les expériences relalées ci-dessus, l’incubaton a varié de 12 à 20 jours. D'autre part, elle paraît beaucoup plus longue lorsqu'il s’agit d'affections contractées naturellement et peut atteindre DItatbUre MOIS.

Invasion. — Caractérisce e par des phénomènes généraux, que nous grouperons sous deux rubriques : fièvre pouvant ati 40°, s'accompagner de frissons, de céphalalgie intense et douleurs rhumatoïdes surtout dans les os longs. Signalons aussi des troubles digestifs. Ces manifestations ne sont d'ailleurs pas toujours aussi marquées, elles peuvent passer inaperçues.

Lésions cutanées. -— La peau prend un aspect rugueux et se couvre de fines macules à peine visibles à l'œil nu, surtout lorsqu'elles siègent sur une peau foncée. Puis on observe de petites squames irrégulièrement arrondies, plus où moins confluentes suivant les cas. Le tout généralement accompagné de prurit. |

Les phénomènes se calment parfois el une période de guérison apparente suit, mais cet élal peut persister pendant toute la durée de l'affection et présenter des recrudescences à chaque nouvelle poussée.

C'est alors qu'apparaît l’éruption caractéristique. Elle débute la plupart du temps pär une lésion isolée, comparable à un accident primitif. Le siège est extragénilal, souvent sur les membres. Les excoriations, les pustules vaccinales, les lésions de gale sont un terrain favorable pour son développement. C'est une papule ronde de 1 à 2 centimètres de diamètre, assez semblable à un furoncle, portant en son centre un point jaune. Mais, au

« vs

SYMPTOMATOLOGIE. Fasc. V. — 51

lieu de pus, on y trouve une substance caséeuse, fréquemment un poil se voit au milieu (Nicholls). La lésion peut rétrocéder, souvent elle continue à évoluer et donne le bouton pianique. Elle grossit, se trouve recouverte par la substance caséeuse dont nous venons de parler, qui lui forme une croûte superficielle. Lorsqu'on la détache, on trouve au-dessous un bourgeon papillomateux, saignant, ressemblant à une mûre ou à une framboise, c'est cet aspect caractéristique qui lui à valu le nom de Frambæsia. Le prurit qui avait accompagné son développement disparait et le papillome.est absolument indolore. On peut, sans provoquer de douleur, le toucher avec un acide (Manson). C'est là une bonne indication pour le diagnostic. Telle est la lésion-mère du plan, ainsi appelée dans divers dialectes « mama plan », « mother yaw », € buba madre ». Elle dure généralement plusieurs semaines. Puis le bouton pianique disparaît en laissant une cicatrice blanchâtre d'abord, foncée ensuite.

Les choses peuvent en rester là, mais souvent, au

bout d'un temps plus ou

moins long, pouvant at- Fig. 1. — Eruption pianique tres sévère : éléments

? ; : « du type commun disséminés sur la face. Nombreux teindre plusieurs mois, il placards nummulaires et polycycliques, du type apparaîl une aulre érup- syphiloïde, sur les membres inférieurs. (Enfant du

Bas-Laos.) (D’après Jeanselme, Cours de Lerma-

ion, quon peut qualifier de et

de secondaire. Elle est, la plupart du temps, précédée d’une période de phénomènes généraux semblables à ceux que

nous avons étudiés; mais, au lieu de se borner à une lésion unique, elle

s'étend à une région et peut même se généraliser à tout le corps. L'aspect des boutons pianiques est le même que celui de la lésion primitive. Cette homogénéité facilite le diagnostic en donnant un caractère assez spécial à la maladie, c’est sans doute pour cetle raison qu'elle à été observée depuis si longtemps. Signalons cependant la forme circinée de l’éruption: lorsque le centre d’un bouton guérit, la périphérie seule reste atteinte, d’où l'aspect en cocarde.

Les localisations pianiques se font surtout sur les parties découvertes, sur le pourtour des lèvres, de l'anus: cependant les muqueuses sont très rarenfent atteintes. Les plis de l’aine, du genou, du coude, de laisselle sont également des endroits de prédilection du pian. A la face palmaire el surtout plantaire, il revêt une gravité particulière. La lésion se développe sous

Cu.-Joveux.

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