FORMES CLINIQUES DU PALUDISME
I. Généralités. — Le premier principe à établir avant loul exposé concernant l'étude clinique du paludisme, c’est la relation étroite et nécessaire de la clinique avec l’hématozoaire de Laveran. On trouve, en effet, généralement, lhématozoaire dans le sang, quand on a affaire au paludisme non traité. Des cas se présentent où le Plasmodium est peu abondant : on le trouve pour peu qu'on examine avec allention la plus grande surface possible de la préparation. Parfois enfin on ne parvient pas à le découvrir. Dans ce cas, si la présomption clinique est nettement en faveur du paludisme (qui est alors généralement bénin), il suffit qu'on attende, sans donner de quinine, que des rechutes se produisent; lhématozoaire, devenu plus abondant, apparaîtra sur la lame.
Dans ce principe général, nous n'envisageons que le Plasmodium sans hstinction d'espèce : vivax, quartanum, præcox. Avec un peu d'étude, le diagnostic de lespèce de Plasmodium en cause devient facile. Cela n'est pas sans importance, comme nous le verrons, pour le pronostic et la thérapeutique de l'infection palustre. Le clinicien devra done s'y employer.
Enfin, pour chacune des espèces de Plasmodium, il faut distinguer les formes asexuées des formes sexuées. La différenciation est des plus faciles pour P. præcox, à cause de la forme en croissant des gamètes. Elle n’est pas difficile pour les autres Plasmodium, en particulier pour P. tertianum. Le diagnostic différentiel en est important. L'étude de la pyrexie palustre, que nous allons exposer, le fera bien comprendre.
1° Données cliniques générales. — La caractéristique clinique qui domine dans l'infection de l'organisme par l'hématozôaire de Laveran, c'est avant tout l’accès intermittent fébrile. La période fébrile, ou accès proprement dit, est caractérisée par l'élévation plus ou moins brusque et plus où moins élevée de la température du corps, en même temps qu'apparaissent el se succèdent les symptômes de frisson, de chaleur et de sueurs. Quand laccès est net, les phénomènes se passent de la manière suivante.
Après quelques prodromes, consistant dans les heures qui précèdent en sensation de lassitude, de courbature, de céphalée, et aussi dans une hypotension artérielle, surtout dans la maxima (Abrami el Senevet), mais souvent aussi sans prodrome appréciable (par exemple quand laccès succède à une fatigue ou à un refroidissement), le paludéen est pris d'un frisson. Ce frisson est d'intensité variable. I est parfois si léger que les malades ne l'accusent pas; mais il est plus souvent très intense et alors très pénible et très impressionnant. « Le malade éprouve une sensalion intense de froid ; pour se réchauffer, il se ramasse sur lui-même, il”s’enfonce sous ses draps et surcharge son lit de couvertures et de vêtements: les dents elaquent, le corps tout entier est secoué par le frisson, les secousses communiquées au lit sont si fortes que le bruit qui en résulte s'entend d'un bout à l'autre d’une grande salle d'hôpital. La face et les extrémités sont pâles où cyanosées: la peau présente, à un degré plus ou moins prononcé, le phénomène
H: VixceNT et J. RIEUX.
connu sous le nom de chair de poule(!) ». À celte ‘période, la céphalée est vive. Il existe très souvent des vomissements alimentaires ou bilieux, enfin un point de côté splénique; le pouls est rapide et filiforme. Au bout d'une heure ou deux, souvent moins, ce frisson fait suite à une sensation de chaleur qui oblige le malade à se découvrir; la céphalée est toujours vive, mais les vomissements sont moins fréquents. Le facies se colore. Le pouls est plus fort, le malaise moins grand. Enfin, après quelques heures, la crise de l'accès s'établit. « La chaleur devient moins âcre, on dirait que la peau se dilale et s’épanouit. » [Maillot (?)} La transpiration commence, apportant avec elle une sédation aux phénomènes précédents el une sensa-.
Lo?
Fig. 8 et 9. — Marche habituelle de la température horaire dans l'accès fébrile palustre. | (D’après A. Laveran.)
Lion de mieux-être. Elle est très souvent très abondante et profuse; d'autres fois, elle se borne à un peu de moileur de la face et des extrémités.
La courbe thermométrique qui accompagne ces symptômes est bien connue depuis l'origine même de la thermométrie médicale. Gavarret, dès 1859, en a donné une première description. La température centrale, fourme par la thermométrie reclale, où même buccale, accuse une ascension rapide dès l'apparition du frisson initial, parfois même avant lui. En 1 ou 2 heures, l’'acmé de la fièvre est atteint: il se chiffre alors par un degré variable, mais qui est communément de 40-419: le chiffre maximum de température rectale que nous ayons observé a été de 419,5 dans un accès de tierce; on doit tenir pour très exceptionnelles les Températures supérieures à 42° fournies par quelques auteurs. Une fois Facmé atleint, Ia température décroît progressi-