‹ Nouveau traité de médicineChapitre 58 sur 189 · PRONOSTIC DU PALUDISME · texte numérisé non relu

PRONOSTIC DU PALUDISME

Rien n'est plus variable que le pronostic de linfection paludéenne. Il diffère selon les régions palustres, selon les conditions des individus qui les occupent, selon les formes cliniques contractées, enfin selon le traitement plus ou moins aclif suivi par le malade.

1° Pronostic selon les régions. — On peut affirmer d’une manière générale que le pronostic du paludisme s'aggrave d'autant plus qu'on se rapproche de léquateur où des régions tropicales. Généralement bénin dans les zones situées aux limiles nord et sud de sa répartition géogra-. phique, le paludisme est au contraire souvent grave dans la zone équatoriale. La différence est dès lors très grande entre la malaria du Sénégal, du Cameroun, du Congo, de Madagascar, de l’Archipel de la Sonde, de Saïgon, de Panama el du Centre-Amérique, de la Guyane et des pays limitrophes d’une part, el entre la malaria du Nord-Afrique, du bassin méditerranéen, de la Perse, de l'Inde, de l'Australie, des États-Unis et du Brésil.

PRONOSTIC DU PALUDISME. Fasc. V. — 119

Dans chaque pays le pronostic du paludisme varie aussi selon les saisons. C'est ainsi que dans le Nord de l'Afrique la gravité de la malaria est plus grande dans le deuxième semestre de l’année que dans le premier.

2° Pronostic selon les conditions des individus. — Les populations autochtones des pays à malaria ont toujours subi d’une manière profonde et grave l'atteinte du paludisme. Le fait s'explique par les réinoculations plus ou moins nombreuses auxquelles ces populations sont exposées et par l'absence ou l’état incomplet d’immunité congénitale ou acquise contre la maladie. Cette gravité s'applique à tous les pays palustres, aussi bien ceux d'Europe que ceux des autres parties de la terre. Les tableaux décrivant l’état de ces populations sont du reste très nombreux.

À l'encontre des populations autochtones, les groupements humains qui ne séjournent qu'un temps restreint dans les pays à malaria sont alleints d'une manière moins grave par la maladie. Mais il convient dans cette appréciation de faire la part des cas où l’homme est à la fois soumis à un surmenage intensif, à une infection non moins intensive et surtout à une thérapeutique quinique insuffisante, et de ceux où les conditions précédentes n'existent pas. C'est ainsi qu'âäu début de la conquête de l'Algérie alors que toutes ‘les causes favorisantes s’additionnaient, la mortalité de l’armée par paludisme fut de 1 sur ».

L'expédition de Madagascar (1895) en est un autre el triste exemple. En quelques mois la mortalité a atleint près de 6000 décès, dans lesquels 12 pour 100 étaient attribuables au paludisme.

Quand, au contraire, le surmenage est moins intense, les soins médicaux meilleurs, le rapatriement plus largement appliqué, la mortalité des 1mpaludés tombe à un chiffre très bas. Un bon exemple en est fourni par la statistique médicale du Maroc (1911) et aussi, malgré le nombre considérable de cas observés, lexpédition de Macédoine (1916).

Dans de semblables conditions le pronoslie par paludisme devient d’une bénignité remarquable.

9° Pronostic selon les formes cliniques. — Le pronostic varie enfin selon les formes cliniques et par conséquent, puisque ces formes en dépendent, selon l'espèce de Plasmodium en cause.

De toutes les formes cliniques du paludisme, l'accès intermittent, tierce à P. vivax, quarte à P. malariæ, ou quotidien par double-tierce ou triplequarte, est incontestablement le plus bénin. Des deux variétés le paludisme quarte est peut-être le plus anodin. Cette bénignité des paludismes lerce et quarte est déjà signalée dans les livres hippocratiques. Il est certain que les paludismes lierce ou quarte mettent rarement en danger la vie de limpaludé. Mais leur traitement ne s'en impose pas moins

Le paludisme intermittent, quotidien ou irrégulier, à P. prœcox, bien que généralement curable, grâce à une quinisalion bien comprise, n'offre pas la même bénignité que les précédents. L’empreinte de l'organisme est plus profonde, l'anémie plus marquée. Nous savons que c'est cette forme «de Plasmodium’ qui, seul ou associé à l’une des deux autres et spécialement P. vivax, est le facteur des fièvres continues, de la cachexie palustre, de l'accès pernicieux enfin.

H: Vincent el J. RrEUx.

La fièvre rémillente ou pseudo-continue palustre, due elle aussi au même P. prœæcox, est déjà plus sévère que la fièvre intermittente. Son allure clinique implique une subintrance des accès el par conséquent une multiplication des éclosions plasmodiales. L'entrée en scène de phénomènes nerveux, caractérisant la forme typhoïde de cette fièvre palustre, assombrit encore le pronostic. Prise à temps et bien traitée, il est rare cependant que la fièvre, soit rémitlente, soit pseudo-continue, entraîne la mort.

Le pronostic s'assombrit avec l'accès pernicieux, qui n'est en définitive qu'une variété particulièrement sévère du paludisme pseudo-continu el qui est dû, plus encore que celui-ci, à une pullulation extrême de P. præcox dans le sang des organes profonds. Tous les auteurs qui ont écrit sur le paludisme sont d'accord sur la gravité de l'accès pernicieux. La proportion de décès serait, d’après les auteurs suivants (A. Laveran) :

Bailly : 1 décès sur 2,95 cas; Nepple.: 1 décès sur 2 cas; Antonin et Monard : 1 décès sur à cas: Maillot : 1 décès environ sur à cas; Haspel : Î sur 5 cas: Pampoukès : 1 sur # cas.

Rappelons qu'un premier accès pernicieux guéri peut laisser une prédisposition à un second ou à un troisième accès qui peut être mortel.

Avec le paludisme chronique accompagné de cachexie nous atteignons au summum de la gravité de la maladie: on pourrait croire que le malade, ayant résisté aux manifeslalions aiguës antérieures, doit résister à la maladie chronique. En réalité cependant la perturbation de l'organisme est si profonde, que le retour à la santé est pour ainsi dire impossible, si le malade n'est point où s'il est mal Uraité. Le cachectique palustre suceombe dans un délai plus ou moins court, soit à un accès pernicieux, soit à -la cachexie elle-même et à l’anémie, soil enfin à une complication, d'ordre généralement infectieux, en particulier la pneumonie et la fièvre typhoïde, ou plus proprement la Lypho-malaria, dont nous avons signalé, en exposant sa symplomalologie, l'extrême gravité.

Toutefois la médication ralionnellé et longtemps poursuivie exerce, dans le paludisme chronique avec cachexie, comme dans les formes aiguës de la malaria, une influence très favorable sur l'évolution du mal.

La nalure du lraitement, l'administration, à doses suffisantes et répétées de la quinine, constituent, en conséquence, des facteurs de premier ordre qui commandent le pronostic, presque loujours bénin si la quinisation est bien faile, assombri el même grave si ce traitement est nul ou incomplet. L'accès pernicieux, l'anémie ou la cachexie palustres, sont les aboutissants habituels d'une thérapeutique négligée.

Page 1