TRAITEMENT. FAR OU ON
la zone périphérique de lulcération. N'importe quelle partie du bouton convient, par contre, si celui-ci n’est pas ouvert ous'il estencore à la période de suintement séreux.
Une coloration au Giemsa y montre la présence des leishmania avec leurs caractères typiques. L'identité du parasite est complète avec celui du Kala Azar. Il est donc inutile que nous répétions ici une description donnée avec quelques détails au chapitre qui précède. Conime les leishmania du Kala Azar, celles du bouton d'Orient sont ou bien libres ou bien contenues dans de grandes cellules mononucléaires, qui peuvent en héberger un nombre considérable. |
La lésion du bouton d'Orient est caractérisée par une accumulation de ces cellules d’origine endothéliale ; tout ce qu'on peut observer en outre est l'effet des infections bactériennes secondaires.
Parasitologie. — La Leishmanio tropica ne diffère en rien de la Letshmania donovani. Elle cultive sur le même milieu et les repiquages peuvent en être faits de façon indéfinie. Virus et cultures sont pathogènes pour le singe et le chien, chez lesquels il est ainsi facile de reproduire des boutons typiques (Ch. Nicolle). Les autres animaux paraissent réfractaires.
Etiologie. — Le siège exclusif des boutons sur les parties découvertes fait penser au rôle d’un insecte transmetteur. La localisation de la maladie dans certaines régions semble bien indiquer qu'il existe là un facteur spécial ou un ensemble de facteurs qui ne se rencontrent pas dans les pays indemnes. S'agit-il de l’insecte même ou bien d’un réservoir particulier de virus (animal naturellement infecté), nous l’ignorons el c’est de ces deux côtés à la fois qu'il convient de porter les recherches.
Toutes les races, indigènes ou non, sont sensibles au bouton d'Orient ; les nouveaux venus, dans les pays atteints, paraissent toujours plus frappés. Une première atteinte semble donner une immunité durable et il y a sans doute de nombreux cas frustes et insoupçonnés.
Traitement. — Le bouton d'Orient est une affection tenace. On ne peut rien espérer contre elle de médicaments employés en solutions faibles ou pommades. Il faut, pour agir, détruire à la fois la totalité des parasites et par conséquent largement le tissu qui les héberge. Une demi-mtervention ne ferait qu'ouvrir une brèche nouvelle à l'infection.
Le traitement qui a donné jusqu’à ce jour le moins inconstant résultat a été préconisé par Benoit (de Gafsa); il consiste à décaper la lésion et à en saupoudrer la surface avec le permanganate de potasse en poudre. On
obtient ainsi, dans la plupart des cas, la destruction en masse des tissus el
des parasites ; si on échoue, on devra recommencer. Cette méthode brutale et douloureuse ne s'applique pas évidemment aux boutons de la face, ni aux lésions très étendues. Pour celles-ci, on se contentera de pansements antiseptiques et on attendra la guérison naturelle. La radiothérapie serait à tenter, elle nous a donné un résultat favorable. On a publié quelques cas de guérison par l'emploi des injections intra-veineuses d’émétique suivant la méthode que nous avons exposée au chapitre Kala Azar.
Les leishmanioses cutanées américaines. Sous les noms d’'Espundia (Pérou) et Buba (Brésil), les médecins sud-américains ont décrit récemment
Cu. NicOLLE.
9092 BOUTON D'ORIENT. ÿ
une maladie cutanée, voisine du bouton d'Orient, mais qui, contrairement à lui, attaque en outre les muqueuses: voile du palais, fosses nasales, et peut déterminer, par sa gravilé et sa longue durée, des mutilations profondes du nez et de l’arrière-gorge. I ne s’agit plus d’un an, terme déjà si long dans le cas de la leishmaniose cutanée de l'Ancien Monde, mais de plusieurs années (10, 15, jusqu'à 50 ans). Bueno de Miranda a démontré que l'agent
élait, dans ces cas encore, une leishmania, identique par ses caractères à.
celle du bouton d'Orient; l’étude expérimentale n’en est-pas actuellement
avancée, mais on peut affirmer qu'il s’agit d’une maladie et d’un parasite |
distincts et dont les conditions étiologiques doivent être spéciales. Le meilleur traitement consisterait dans les injections intraveineuses d'émétique.
Nous avons dit plus haut qu'on devait, à notre avis, suspecter l’origine américaine et par là même la nalure de certains boutons d'Orient déerits récemment en Sicile. Il est possible que les leishmanioses américaines soient actuellement en voie d'introduction en Europe du fait du retour en leur pays d’Italiens émigrés dans l'Amérique latine.
TRICHINOSE
Par le Docteur Ch. JOYEUX
Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris.
La trichinose est une affection causée par un Nématode : Trichinella spiralis (Owen, 1855), dont les embryons se fixent dans les muscles.
Historique. — Avec R. Blanchard(!), nous pouvons admettre quatre périodes dans l’histoire de la Trichine.
|. Observations précédant la découverte du parasite. — On attribue généralement la première observation, assez vague, à Tiedemann d'Heidelberg (1821). Cet auteur, à l’autopsie d’un goutteux, trouve des concrétions pierreuses dans le tissu conjonctif de la plupart des muscles, ainsi que dans les parois des artères. Il est difficile aujourd'hui de savoir s'il s'agissait vraiment de Trichine, les pièces anatomo-pathologiques n'ayant pas été conservées.
En 1828, Peacock dépose au musée du Guy’s hospital de Londres un fragment de muscle trichiné, sans en reconnaître la nature.
En 1855, Addison, au cours d’une autopsie faite à ce même hôpital, découvre des concrétions répandues dans tout l'organisme. Il en soupçonne le caractère parasitaire et les assimile à des cystiques.
II. Pécouverte du parasite. — En 1855, Paget, au St. Bartholomew’s hospital, découvre de petits vers dans les kystes musculaires d’un malade ayant succombé à la tuberculose et au mal de Bright. D'autre part, Owen, chez plusieurs personnes voit également le parasite qu'il appelle Trichin« spriralis. Il constate que le kyste est une réaction de l'hôte et peut contenir plusieurs Nématodes. |
A la suite de ces découvertes, plusieurs observations de trichinose sont publiées : notamment celle de Wood (1835), qui signale de violentes douleurs musculaires chez son malade,
Jusqu'à la fin de 1856,4la maladie est étudiée en Angleterre; à partir de cette époque, c'est surtout en Allemagne que vont se poursuivre les travaux qui élucideront la biologie du Ver. Signalons cependant les publications américaines de Borrditch (1842) et [de Leidy (1847). Ce dermer découvre des larves dans un jambon, mais l'importance de cette observation échappe complètement aux hygiénistes.
De nombreux cas de trichinose sont alors publiés, cependant l’étude zoologique du Ver fait peu de progrès. Von Siebold (1844) et Dujardin (1845) le reconnaissent comme un Nématode, probablement à l’état larvaire. Dujardin pense même que l'apparition de la Trichine dans les
1. Trichinose, Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales. Paris, Masson, 1885.
CH. JoYEUx.
204 TRICHINOSE.
muscles « est encore un des plus puissants arguments en faveur de la génération spontanée de certains Helminthes ».
Luschka donne une bonne description du Ver : la partie effilée représente l'extrémité antérieure et non la postérieure, ainsi qu'on le croyait généralement. La cuticule est striée et l'animal possède un tube digestif.
III. Étude du cycle évolutif de la Trichine. — Herbst (1848) démontre le premier que la Trichinose se contracte par ingestion de viande parasitée. Un blaireau nourri de muscles de chien trichiné s’infeste; d’autres chiens ayant absorbé à leur tour la chair du blaireau sont contaminés. Malheureusement Herbst commit de regrettables confusions entre le Ver étudié et d’autres Nématodes, notamment les Filaires.
A partir de 1855, Küchenmeister, Leuckart, Virchow se livrent à de nombreuses expériences dans le but d’élucider l'histoire de la Trichine. C'est d’ailleurs l’époque féconde en découvertes helminthologiques dues à Leuckart et à ses élèves. Voici les principaux points de l’histoire de notre Ver. Küchenmeister fait avaler à un Chien des muscles humains parasités, mais n’observe que de la diarrhée chez l'animal (sans doute la dose imgérée élait trop considérable). Trompé par la présence de Trichocéphales, 1l croit pouvoir établir une relation entre les larves de Trichine et les Trichocéphales adultes. Cette erreur fut partagée par Leuckart pendant un certam temps. Virchow (1859), sacrifiant un chien quatre jours après l'avoir infesté, observe de nombreuses Trichines en train de développer leurs produits sexuels. D'autre part, Leuckart constate que le Nématode arrive rapidement à maturité sexuelle dans l'intestin du Chien et décrit la forme adulte, jusqu'alors inconnue. Virchow, peu après, expérimentant sur le Lapin, conclut que les embryons, nés dans l'intestin, vont s’encapsuler dans les muscles. Ces faits sont confirmés par’Leuckart.
Enfin Leuckart publie, en 1860, ses « Untersuchungen über richina spiralis » où il décrit le cycle évolutif de Nématode. Dans l'intervalle, on a infesié expérimentalement un grand nombre d'animaux.
IV. Étude de l'action pathogène du parasite. -— Zenker, à Dresde, en 1860, fait l'autopsie d'une femme morte d’une affection que l’on croyait être la fièvre typhoïde, accompagnée toutefois de très vives douleurs musculaires. Il découvre des larves de Trichine dans les muscles et des adultes dans les matières fécales. D’après les renseignements fournis par la famille de la défunte, la maladie aurait été contractée en mangeant de la viande de porc malsaine. Celle-ci, qui avait été salée et conservée, est examinée par Zenker: il y trouve le parasite en grande abondance. Cette observation, publiée, attire lattention des médecins, el bientôt on signale de tous côtés des cas isolés où même des épidémies de trichinose; on s'aperçoit qu'elle a été souvent méconnue et de nombreux diagnostics erronés sont ainsi établis rétrospectivement. L'opinion publique s'émeut et d’énergiques mesures sont prises, réglementant le commerce de la charcuterie ; elles sont adoptées dans les pays où sévit la trichinose. |
Nous pouvons considérer la période historique comme terminée à ce moment. Les grandes découvertes sont faites, il ne reste que quelques points de détail à préciser.
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ETUDE ZOOLOGIQUE DU PARASITE, . Fase V. — 9,