DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT
Diagnostic. — Le diagnostic est facile pendant une épidémie; mais, pour les cas isolés, il devient d’une extrême difficulté, surtout s'il s’agit d'accidents bénins. La marche de la maladie, les œdèmes des paupières et du visage, les douleurs musculaires fournissent de bons renseignements. Les examens de laboratoires aideront au diagnostic. On fera rechercher les trichines dans les matières fécales, surtout s'il y a eu de la diarrhée. Plus lard, une biopsie permettra de reconnaitre le parasite dans les muscles du malade si linfestation est intense. Enfin le médecin s’efforcera de connaître l'origine de laffection : souvent la viande suspecte, salée et conservée, n'a pas été entièrement consommée, des échantillons seront envoyés au laboratoire pour y être examinés.
Dans les cas s'accompagnant de symptômes fébriles marqués, le diagnoslie est à faire avec les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes dont les courbes de température sont similaires. [ci encore, les examens de laboratoire : hémocullure, sérodiagnostie, peuvent tirer le médecin d'embarras. Les ouvrages datant d’une quinzaine d'années insistent sur la valeur de la
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«diazo-réaction, positive dans la fièvre typhoïdé, négative dans la trichinose. On sait que cette réaction n'est plus guère ulilisée aujourd'hui, on pourrait néanmoins y avoir recours. Romanovitch à essayé sans succès d'obtenir des anticorps spécifiques. Enfin, la trichinose, après guérison apparente, peul persister sous forme de douleurs musculaires qui durent pendant de nombreuses années. Elles simulent le rhumatisme musculaire, et le diagnostic ne peut guère être fait que par l’interrogatoire du malade el peut-être par la biopsie. f
Traitement. — Si le médecin a la chance d'être appelé près duÿmalade immédiatement après la consommation de viande contaminée et qu'il puisse établir son diagnostic tout de suite, au cours d’une épidémie, par exemple, en examinant la charcuterie suspecte, 11 expulsera les parasites par une médication vermifuge avant que ces derniers n'aient eu le temps «de se répandre dans l'organisme. Il est probable que le thymol ou Fhuile de Chenopodium donneraient d'excellents résultats.
La plupart du temps, 1l n’en sera pas ainsi et le médecin ne sera consulté que beaucoup plus tard, lorsque les parasites ont quitté lintestin et sont hors d'atteinte. Il se bornera alors à la médicalion symptomatique et aux calmants qui soulageront momentanément le malade. Un grand nombre de médicaments ont été essayés sans succès par les anciens auteurs au cours des épidémies du siècle dernier. Récemment, Sanchez del Val (1914) a utilisé l'huile grise, le bleu de méthylène, le néo-salvarsan, sans résultats appréciables. Cependant il a obtenu des guérisons avec le cyanure d'or : ce produit est donné en injections intra-veineuses à la dose Ge 0 gr. 02 centigr. à 0 gr. 07 centigr. Romanovitch à échoué dans la recherche d'un vaccin ou d’un sérum spécifiques. Il a démontré qu'il était impossible d'immuniser les animaux contre une nouvelle infestalion : ce fait avait déjà été vu par Askanazy et Rupprecht. Les injections d'émétique aux animaux d'expérience ont pu quelquefois ralentir l’évolution de la maladie.
Prophylaxie. - Si nous sommes à peu près désarmés pour guérir la trichinose, nous connaissons heureusement les moyens de léviter, el cette maladie qui se manifestait au siècle dernier par de terribles épidémies es! maintenant rare, grâce aux mesures prophylactiques rigoureusement appliquées dans les pays où elle sévissait.
La trichinose se contracte, dans l'immense majorité des cas, en mangear! de la charcuterie contaminée. Reste à savoir où le Porc lui-même s’est infesté. À la suite de nombreuses enquêtes épidémiologiques, on est arrivé à conclure que c'est presque toujours en mangeant les restes de ses congénères. Dans les porcheries et établissements d’équarissage, on avait coutume de nourrir les porcs à l'engrais avec les débris de ceux qu'on avai abattus. Cette pratique à été condamnée; les déchets d’un porc destinés à être distribués dans les mangeoires de la porcherie doivent être cuits aup°-
ravan£.
Une seconde mesure consiste à examiner la viande destinée à la consommalion humaine afin de s'assurer qu'elle ne contient pas de trichines encapsulées. Ce contrôle à été pratiqué d'une façon systémalique dans divers pays, notamment en Allemagne; des mesures législatives ont pres-
Cit- JOYEUX
218 TRICHINOSE.
cril la visite sanitaire de tous les pores sacrifiés. L'examen se fail en prélevant un fragment de muscle qui est mis dans un petit appareil compresseur. composé essentiellement de deux lames de verre entre lesquelles on place l'échantillon. Des vis de pression permettent d'écraser plus ou moins le morceau de muscle. On ajoute une goutte d'acide acétique pour dissoudre les formations calcaires qui peuvent s'être formées. L'examen est fait avec un pelit microscope, grossissant 40 à 50 fois. Dans les abattoirs modernes d'Amérique, on ulilise maintenant un appareil à projections qui fait voir sur un écran l'image de Fobjet examiné.
Notons qu'un grand nombre de Nématodes, autres que Trichinella spiralis, peuvent se trouver encapsulés à létat larvaire chez divers animaux. Les naturalistes les ont souvent pris pour le Ver qui nous occupe: la déterminalion des larves de Nématodes, d'ailleurs très difficile el souvent impossible, est sans intérêt pratique pour le médecin. Lorsqu'on trouve des larves encapsulées dans les muscles du Porc, on peut admettre qu'il s'agit de trichine. |
Nous croyons inutile d'insister sur les nombreux décrets pris au siècle dernier pour réglementer le commerce de la charcuterie et prohibant d'autre part pendant un certain temps l'importalion des pores américains. L'industrie des viandes frigorifiées fait d'ailleurs envisager la question sous un autre aspect, comme nous allons le voir.
Examinons maintenant les mesures d'hygiène privée qui doivent être prises pour éviler la (richinose. Supposant qu'une viande parasitée ail échappé au contrôle, quels sont les moyens de la rendre inoffensive? La salaison ne suffit pas pour luer les larves. Ge fait a été vu par de nombreux auteurs : Joannès, Chalin, Ch. Girard, Palst, de Benecke, Fourment. Ce dernier, nolamment (1895), a montré que des viandes salées depuis 15 mois élaient encore infeslantes. Les divers condiments culinaires ont une action plus où moins prononcée sur la vitalité du Ver, mais, en général, ne le détruisent pas (1). La putréfaction laisse également des larves intactes. La chaleur, par contre, tue sûrement le parasite. Cette expérience a été faile par de nombreux observateurs. Piana, entre autres, a établi (1887) que le chauffage à 56° pendant une minute suffit pour rendre la viande trichinée inoffensive. Cette notion est importante à connaître pour comprendre lPéliologie de nombreuses épidémies et la répartition géographique de affection. Suivant les habitudes culinaires des différents peuplées, la charcuterie est consommée crue où cuite. En Allemagne notamment, on la mange souvent crue, ainsi s'explique que la trichinose ait fait tant de ravages dans ce pays.
Depuis quelques années, l'industrie des viandes frigorifiées s'est répandue dans le monde entier et les hygiénistes se sont demandé si le froid pouvail détruire la trichine. Leuckart ne le croyait pas : à la suite d’une expérience, probablement entachée d'erreur (1865), il pensait qu'un froid de —- 20 à 25° pendant trois Jours et (rois nuits est insuffisant pour luer les
|. Cependant RANSOM, SCHWARTZ el RAFFENSPERGER Viennent de démontrer que le parasite est tué au cours de Ja fabrication de certains produits de charcuterie, notamment de diverses sortes de saucisses (Bull, n° 880, U. S. Dep. of. ayricult., septembre 1920). :
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larves. Gibier et Bouley avaient constaté des faits contraires. Récemment ces recherches ont été reprises plus méthodiquement. Schmidt, Ponomarec el Savellier établissent (1915) que lon détruit sûrement les larves à — 187.
tansom (1914-1916) constate que la grande maJorilé des larves succombe à — 170,8 (= 0° Fahrenheit). Il existe vers — 15° un point crilique au-dessous duquel les effets du froid se font rapidement sentir. En laissant les viandes contaminées à celle Lempéralure pendant cinq jours, la plupart des larves sont tuées où incapables de se développer. Les allérations portent surtout sur le cordon cellulaire de lœsophage et les cellules germinatives dont le contenu devient granuleux. Cependant de très légères infestalions ont été oblenues avec des muscles trichinés exposés à — 17,8 ou même — 22°,8 pendant dix Jours. Praliquement l’auteur américain considère que la réfrigéralion à — 15° pendant au moins vingt jours suffit pour détruire les larves encapsulées.
Cr. JOYEUX
FILARIOSE
Par J. GUIART
Professeur à {a Faculté de Médecine de Lyon.
Le Lerme de filariose, qui devrait s'appliquer à toutes les maladies produiles par des parasites appartenant au genre F'ilaria, ne s'applique plus en réalité à l'heure actuelle qu'à une série d’'affections, qui sont sous la dépendance de l'une de ces Filaires, la Filaria Bancrofti. Les principales manilestalions de la filariose sont : Ia Iymphangite, les abcès Ilymphatiques, les varices Iymphaliques, les exlravasions Iymphatliques ou chyleusés (aseile chyleuse, Iymphocèle, chylurie, diarrhée chyleuse) et probablement léléphan- Liasis.
Parasitologie. — (est au chirurgien français Demarquay que revient le mérile d'avoir, en 1865, découvert les embryons de la Filaire dans le liquide d'une hydrocèle chyleuse opérée par lui, à la Maison Dubois, sur un jeune homme originaire de la Havane. Mais sa découverte passa inaperçue. En 1866, Wucherer redécouvre le même parasite à Bahia, dans les urines d'un malade atteint de chylurie, et tout d’abord il n'y allache aucune importance. Mais n'ayant pas lardé à réunir 28 observations analogues, il revient, en 1868, sur sa découverte et attire sur elle l'attention du publie médical. Or, en cette même année, Lewis, dans l'Inde, trouvaitle même parasite dans un cas de chylurie. De 1870 à 1872 Lewis publie toute une série de lravaux, où il décrit l'embryon avec sa gaine et montre quil s’agit d'um parasite de l'Homme, qui vit normalement dans le sang et qui se rencontre surtout chez les individus atteints de.chylurie, de varices lymphatiques, de diarrhées Ivmphatiques et d'éléphantiasis. En même temps il donne au parasite le nom de Filaria sanguinis Lominis.
Ce n'est qu'en 1876 que Bancroft découvrit la Filaire adulte, à Brisbane, en Australie, dans un abcès lymphatique du bras, d’où le nom de Filaria Bancrofti, qui-lui fut donné l’année suivante par Cobbold. Le Ver adulte, découvert par Bancroft, était une femelle, mais la même année Lewis, là Calcutta, observait le premier échantillon mâle.
Dès l’année 1878 Patrick Manson, ayant observé la périodicité nocturne des embryons de Filaires dans le sang, émettait hypothèse que le Moustique pourrait bien être l'agent de transmission du malade à l'individu sain. À ce titre l’année 1878 fait époque dans l'histoire de la médecine, car c'est celle idée de Manson qui devait amener bientôt la découverte de la transmission de tant de maladies par les Insectes, découverte qui allait révolutionner la médecine. En 1884, Manson en donnait la preuve expérimentale, qui fut complétée, en 1900, par les travaux décisifs de Bancroft et de Low.
C'est également à Manson que revient le mérile d'avoir montré que les
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embryons de plusieurs espèces de Filaires peuvent se rencontrer dans:le sang de l'Homme et d'avoir donné leurs caractères distincüfs. L'embryon de la Filaria Bancrofti est aujourd'hui connu sous le nom de Wicrofilaire nocturne.
Filaria Bancroîfti (Cobbold 1877). — Les deux sexes vivent ensemble parfois inextricablement enroulés entre eux. Ils occupent le plus souvent des dilatations lymphaliques périphériques. Le mâle, qui est le plus petil (Hig. 1, a), mesure environ 4 centimètres de longueur sur 100 & de diamètre ; il est caractérisé par sa queue en vrille. La femelle, beaucoup plus grande (Hg. 1, b), mesure 8 à 10 centimètres de long sur 200 à 300 y de diamètre. La vulve s'ouvre au voisinage de la bouche. La femelle est généralement vivipare, c'est-à-dire qu'elle donne naissance directement à des embryons, qui sont les Microfilaires. Il semble cependant que dans certaines conditions pathologiques elle puisse subir un véritable avortement el pondre directement ses œufs. Manson a basé sur ce fait une (héorie pathogénique de léléphantiasis.
On trouve toujours la femelle adulte en Û amont des ganglions lymphatiques, qu'elle ne (Ex x peut traverser à cause de ses dimensions. Mais s fig. nine Bancholt, les embryons auxquels elle donne naissance grandeur naturelle : a, mâle: franchissent facilement ces ganglions et, par 0-femelle; d'après P. Manson. l'intermédiaire des gros troncs Iymphatiques, gagnent le courant sanguin. Toutefois, contratrement à loule attente, ils ne sont pas visibles dans le sang à toute heure de la journée. Pendant le jour, ils restent cachés dans les gros vaisseaux du thorax et surtout dans le poumon. Depuis les anciennes recherches de Manson, on admet qu'ils n’envahissent la circulation périphérique que pendant la nuit, d'où le nom de Microfilaires nocturnes, qui leur à été donné. A la vérité il est plus exact de dire qu'ils envahissent le sang périphérique non pas la nuit, mais pendant le sommeil, car on peut les trouver parfaitement dans le sang d'un individu qui s'est endormi en plein jour. Il semble même que le dogme de la périodicité nocturne ne soit plus intangible, car Brochard, auxiles Wallis, et Bahr, aux îles Fiji, ont constaté que les embryons de la Filaria Bancrofli S'Y rencontrent aussi bien le jour que la nuit. On peut dire cependant que dans la plupart des cas il est plus facile d'observer les Microfilaires assez tard dans la soirée, car en général elles envahissent le sang vers 5 ou 6 heures du soir, pour en disparaître vers 8 ou 9 heures du matin. Les Microfilaires existent dans le sang en quantités variables ; dans certains cas cependant, elles sont tellement nombreuses qu'on à calculé que le sang d’un malade peut renfermer parfois 140000 de ces embryons.
La Microfilaire nocturne (fig. 5, 1) a la forme d’une petite anguille arrondie en avant, effilée en arrière, longue d'environ 500 y sur 7 à 8 w de large (à peu près le diamètre d’un globule rouge). Examinée à Pélal frais, elle s'agile avec une grande activité, Lout en restant à peu près à la même place, et déplace constamment les globules sanguins qui l'entourent. À un fort ærossissement on constale que la Microfilaire est incluse dans une gaine, qui luiest étroitement accolée, mais qui, étant beaucoup plus longue qu'elle,
J.. GURT.
229 FILARIOSE.
lui permet de se déplacer en avant et en arrière. Les portions inoccupées de celle gaine sont aplalies et pendantes. On peut voir aussi certains détails
EP ES Fe 4 Q HS Re RE : > OC SES SOS LS SES 2 D — SH OR 2 Su ZE ar Ans DEEE
ren 9 34 C.q
de Fembryon. La culicule présente sur toute Ja Jon gueur du corps une silualion transver sale très fine el très serrée. Mais ce qui frappe le plus c’est la têle ; l'extrémité antérieure, en effet, est entourée d’une sorte de prépuce, présentant six den-
Fig. 2. — Microfilaire nocturne après coloration vitale X< 1.000; (elures, qui lui don-
d’après Fülleborn.
nent vaguement l'aspect d'une co-
rolle de fleur. Ce prépuce découvre el recouvre allernativement la tête d’un mouvement continuel. Enfin, du sommet añlérieur, émerge un petit stylet
extrêmement mince, qui peut être projeté au dehors ou se rélracter subilement dans le corps de l'animal.
Pour mieux connaître la structure des Microfilaires, 11 faut recourir aux colorations. La coloralion vilale donne d'excellents résultats. On emploie le rouge neutre ou le bleu azur IT, dissous dans la solution physiologique : 11 suffit d'en déposer une goutte sur la lame, à côté de la goutte de sang, et de les recouvrir de la lamelle. Au bout de quelques minutes (fig. 2), on disungue sous la culicule de grandes cellules aplalies ou cellules mères de la souscuticule (Csc), un pore excréteur (Pe) vers le Liers antérieur du corps avec une cellule excrélrice (Ge) lui faisant suite, puis vers le quart postérieur une série de quatre cellules génitales (1, 2,5, 4 Cg) aboutissent à un pore génital (Pg). Tous ces délails apparaissent avec Ia dernière nellelé. Enfin vers Ie milieu du corps se colore un corps cylindri-
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Fig. s. — Diverses Microfilaires du sang.
aprés fixation et coloration par l'hématoxyline : 1, Microfilaire nocturne :
2, M. persistante; 5, M. diurne : 4 M.
de Demarquay: d’après P. Manson.
que assez long (C); c'est le corps interne ou corps central de Manson. On peut aussi faire des frotüs de sang, qu'on colorera par l'hématoxyline. Dans ces conditions la Microfilaire se présentera sous la forme d'une colonne
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de cellules extrêmement petites, Lassées les unes contre les autres à lintérieur de la cuticule. Les noyaux à grand axe longitudinal sont très apparents (fig. 5). Sur la longueur de l'animal, on distingue un certain nombre de taches DRE UE c'est du moins le nom qu'on leur à donné, mais
es 4. — Allitudes de la Microfilaire Fig. 5. — Altitudes de la Microfilaire nocturne; d’après P. Manson, diurne; d’après P. Manson.
en réalité ce sont des zones brillantes, au niveau desquelles n'existent pas de noyaux. La fache céphalique, siluée en avant, représente sans doute la parue antérieure du tube digestif: la fache oblique, le système nerveux; la lache en V, qui siège vers le Liers antérieur et au niveau de “laquelle existe
Fig. 6. — Figure destinée à montrer le développement de la Microfilaire nocturne chez le Moustique: original.
un pore, correspond à l'appareil excréleur; la. grande tache médiane où corps central de Manson est sans doute lorigine de l'intestin moyen ; quant à la fache caudale, située vers le quart postérieur el au niveau de laquelle existe également un pore, elle correspond certainement à lorigine des organes génitaux. Ces taches ont une grande importance, car leur distance relative est utilisée dans la classification des Microfilaires. La Microfilaire nocturne ne peul guère être confondue qu'avec la Microfilaire diurne, qui. comme elle, présente une gaine et des dimensions identiques (fig. 3). Ausst, à l'état frais et sans coloration, il est pratiquement impossible de faire Ie diagnostic différentiel. D’après Manson cependant, la Microfilaire nocturne lormérail des courbes gracieuses arrondies (fig. 4), tandis que la Microfilaire diurne présenterait des coudures brusques rappelant un bâton qui serai
Je GürkkTr:
224 FILARIOSE :
brisé en plusieurs fragments (fig. ). Mais dès qu'on vient à faire des préparations colorées, la différence saute aux yeux, car la Microfilaire diurne a des noyaux beaucoup plus gros et ne présente pas de corps central.
Transmission par le Moustique. — Le D' Patrick Manson, alors qu il élait médecin des douanes chinoises à Amoy, eut un Jour l’idée qu’en raison de la périodicité nocturne des embryons, le Moustique, qui vient piquer l'Homme pendant son sommeil, pourrait bien être l'agent de transmission de la Microfilaire. Telle est l'hypothèse qui fut émise par lui en 1878, et, dès l’année 1884, il montrait qu'en effet, la Microfilaire peut se développer chez le Moustique. Si un Moustique vient piquer un individu atteint de filariose, il introduit dans son estomac en même temps que le sang un certain nombre d'embryons. Mais la dilacération de nombreux Moustiques ainsi nourris mon- Lra à Manson que les embryons ne tardent pas à quitter leur gaine et que, Lraversant la paroï du tube digestif, ils tombent dans la cavité générale et gagnent la région des muscles thoraciques, où ils se logent dans Pinterstice des faisceaux musculaires, pour y attendre leur transformation en larves; celle migration ne demande pas plus de vingt-quatre heures. Ce n’est qu’en 1900 que Manson put terminer létude de leur développement avec l'aide de Bancroft et de Low. Dans les muscles thoraciques les embryons augmen- Lent rapidement de grosseur el atteignent finalement 1 mm 5 de longueur: ce sont des larves, qui ont dès lors une bouche et un tube digestif complet. Vers le 17° jour, elles quittent les muscles thoraciques, retombent dans la cavité générale, mais se rassemblent dans la région antérieure du thorax. Vers le 20° jour elles franchissent le pédoncule céphalo-thoracique el s’accumulent dans la tête, d’où elles pénètrent dans la gaine de la trompe, qui n'est en somme qu'un prolongement de la cav ité -cé iphalique du Mouslique.
Lorsque ce Moustique viendra piquer un individu sain, la gaine de la lrompe va se replier au fur et à mesure que la trompe et les stylets péné- Lreront dans la peau. Mais comme cette gaine se trouve remplie de larves qui lui donnent une certaine consistance, elle se plie plus difficilement, et les : larves pressées les unes contre les autres déchirent une mince membrane, qui se trouve à l'extrémité de la gaine, à l’arliculation des deux labelles et qui a reçu le nom de membrane de Dullon, en mémoire de l’auteur qui a le premier décrit le phénomène. Devenues libres, les larves restent un instant à la surface de Ta peau; mars, dès que le Moustique a retiré ses stylets, elles : pénètrent el s’enfoncent dans les issus. Toutefois une certaine moiteur de la peau, provoquée par la chaleur extérieure, parait nécessaire pour faciliter cette dernière partie de la migration des larves.
Ainsi inoculées par le Moustique dans la peau d’un nouvel individu, les larves gagnent les lymphatiques, où elles ne tardent pas à arriver à l’état adulte. L'Homme constitue donc l'hôte définitif de la Filaria Bancrofti el le Moustique son hôte provisoire.
On a fait de nombreuses recherches pour savoir s'il en était de la filariose comme du paludisme el si le parasite n’élait pas Lransmis par un Moustique déterminé. Mais de ces recherches, 11 semble résulter que la plupart des Moustiques peuvent servir d'agents d’inoculalion, que ce soient des Culici-
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nées ou des Anophélinées et dans un très grand nombre de cas, l'agent de transmission est le Moustique le plus banal, à savoir le Culèx pipiens ou le Culex fatigans, c'est-à-dire les Cousins les plus vulgaires, qui se trouvent disséminés un peu partout à la surface du globe. Parmi les autres espèces pouvant servir d'agent d’inoculation, nous signalerons : le Culex (Stegomyia) calopus et le Culex (Stegomyia) pseudo-scutellaris, le C. (Mansonia) uniformis, le C. (Mansonia) pseudo-titillans, l'Anopheles (Pyretophorus) costalis. l'A. (Myzomyia) Rossi, l'A. (Myzorhynchus) nigerrimus, VA. (Myzorhynchus) minutus et l'A. (Cellia) albimanus. I en existe sans doute d’autres, mais ces quelques espèces suffiront à montrer la variété des agents de transmission.
Pathogénie. — Nous devons étudier tour à tour le rôle pathogène des Microfilaires et celui des Filaires adultes.
En ce qui concerne les Microfilaires, 1l est un phénomène frappant, c’est que, quelque puisse être leur nombre dans le sang, elles paraissent être absolument inoffensives, aussi bien dans les vaisseaux périphériques que dans les vaisseaux du poumon.
Etant donné l'innocuité des embryons sanguicoles, c’est donc à’la Filaire adulte qu'il faut attribuer les symptômes de la filariose. Cependant 1l arrive fréquemment que dans les pays où sévit la filariose on rencontre des individus, qui ont des embryons de Filaire dans le sang et qui paraissent parfaitement sains. Or, ces individus sont évidemment porteurs de Filaires adultes et il doit en exister au moins un couple quelque part dans leur appareil Iymphatique. Le Fig. 7. — Cadavre ouvert dorsatrouble produit est sans doute compensé; le lement pour montrer les énor-
: À LS ns mes varices lymphatiques dans parasite etson hôte vivent à l’état d'équilibre; un cas de chylurie; d’après Mamais c’est un équilibre bien instable, car la Ckenzie. plus légère cause pourra déclencher la maladie. En somme, le rôle pathogène semble dépendre surtout du siège des parasites. Si un paquet de Vers adultes vient à obstruer un gros vaisseau lymphatique ou même le canal thoracique, il en résulte une irritation lente des parois, d’où hypertrophie du tissu conjonctif environnant, sténose el finalement oblitération du conduit avec toutes ses conséquences. Comme dans le cas bien connu, publié par Mackensie (fig. 7), tous les lymphatiques abdominaux et pelviens pourront constituer d'énormes varices cachant plus ou moins les viscères abdominaux. Les varices lymphatiques pourront s'étendre à tous les vaisseaux de l’aîne et du scrotum. Il en résuliera du varicocèle lymphatique, des adéno-hymphocèles, et des lymphangiectasies cutanées. Mais on comprend facilement qu’une des varices puisse se rompre et comme tous ces vaisseaux ectasiés renferment à la fois du chyle et de la lymphe, ce liquide lactescent va se déverser dans les cavités viscérales ou dans différents organes : si la rupture se fait en un point quelconque des
J: GUrART.
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voies urinaires (uretères ou vessie) on aura de la chyluwrie:; si la rupture siège au niveau d’un chylifère intestinal on aura la diarrhée chyleuse ; l’'ascite chyleuse et l’hydrocèle chyleuse seront le résultat de la rupture dans la cavité péritonéale ou dans la tunique vaginale. Enfin la rupture pourra même se faire à l’extérieur (lymphorragie cutanée, lymphoscrotum).
Parfois 1l en résultera une lymphorragie persistante, qui par son abondance, pourra amener l'épuisement du malade. En général les liquides que l’on pourra recueillir de la sorte renfermeront en plus ou moins grand nombre des embryons de Filaires.
Si au lieu de siéger dans les gros vaisseaux, les Filaires adultes siègent dans les Iymphatiques périphériques, il se produira encore une obstruction de ces lymphatiques et par suite des varices lymphatiques en amont. Mais celles-ci seront beaucoup moins considérables et s’étendront tout au plus au territoire d’un ganglion lymphatique. De plus, comme les chylifères ne seront pas touchés, ces vaisseaux ectasiés renfermeront simplement de la lymphe, c’est-à-dire un liquide Himpide et transparent. Dans toute la région atteinte, le système lymphatique pourra s'enflammer avec la plus grande facilité et ce sera probablement là, l’origine de l’éléphantiasis sur lequel on a beaucoup discuté. "Il est bien certain que lPéléphantiasis n’est qu'un syndromeet peut s’observer chez des porteurs d’autres parasites (Filaria volvulus) ou même dans des régions où la filariose n'existe pas, à la suite d’une irrilation répétée ou chronique de l'appareil lymphatique. Chez nous l'éléphantiasis est rare, parce que rares sont aussi les causes d’inflammation chronique d'un territoire lymphatique étendu. Dans les pays chauds, au contraire, où la filariose est extrêmement répandue, il ne faudra pas nous étonner de rencontrer aussi l’éléphantiasis. La filariose a simplement affaibli la résistance-de l’appareil lymphatique; l’inflammation secondaire, qui va provoquer l’éléphantiasis, en sera la conséquence.
Anatomie pathologique. — La Filaire adulte paraît produire une irritation chronique sur la paroi du vaisseau lymphatique, d’où résulte une prolifération de l’endothélium et une invasion de la paroi par du tissu fibreux; ainsi se produit l’épaississement de la paroi. Si une lymphangite ou un abcès viennent à se produire dans les régions voisines, il arrive le plus souvent que les Vers meurent et se calcifient, par dépôt de carbonate de chaux à l’intérieur de leur corps. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce fait quand nous parlerons de l’éléphantiasis. En somme, la lésion primitive dans la filariose consiste en une dilatation et un épaississement de certains vaisseaux lymphatiques. Cette lésion peut gagner les ganglions. Au début, ceux-ci seront simplement hypertrophiés, mais pourront ne pas paraître altérés; cependant, sur une coupe, ils paraîtront criblés de trous, qui sont constitués par la lumière des vaisseaux lymphatiques dilatés. Mais, dans les cas anciens, le ganglion lymphatique devient tout à fait méconpaissable et se transforme en un grand sac que des travées fibreuses, gorgées d’éosinophiles, cloisonnent en de nombreux compartiments, is rem- An des amas de lymphocytes. |
Dans l’éléphantiasis au début, nous n’aurons encore que des vaisseaux [ymphatiques dilatés et épaissis avec une simple infiltration de leucocytes
SYMPTOMATOLOGIE. -* | Pase. V — |)
dans le tissu conjonctif. Mais dans les cas anciens tout le tissu conjonctif est fortement hypertrophié, aussi bien le tissu conjonctif sous-cutané que les aponévroses qui entourent les muscles, les vaisseaux et les nerfs et le tout est noyé dans de la lymphe extravasée; les os sont épaissis, les muscles en état de dégénérescence graisseuse, l’épiderme normal ou épaissi.
L'examen du sang révèle simplement une éosinophilie constante, qui esl en moyenne de 5 à 15 pour 100, maïs qui, dans un cas de Remlinger, s’est élevée jusqu'à 70 pour 100. |
Symptomatologie. — En étudiant la pathogénie de la filariose, nous avons vu que cette maladie peut se présenter sous les aspects cliniques les plus variés. Certains symptômes sont tellement rares qu'ils ne méritent pas de retenir notre attention. Nous étudierons simplement les symptômes les plus fréquents et, pour la commodité de la description, sous trois chefs principaux :. la filariose urinaire, la filariose génitale et la filariose cutanéé.
1° Filariose urinaire. — Quand une varice lymphatique profonde vient à se rompre dans un uretère ou dans la vessie, le contenu du lymphatique, c'est-à-dire un mélange de lymphe et de chyle, se mélange à l'urine, qui devient laiteuse; c’est là, la chylurie, qui constitue en certaines régions un des symptômes les plus fréquents de la filariose. La chylurie survient généralement par accès. Le malade ressent tout à coup des douleurs à la région lombaire et l’urine devient bientôt lactescente, aspect qu'elle peut conserver durant des mois. Généralement l'urine n’est trouble que le matin, pouvant être normale le reste de la journée. Le malade atteimt de chylurie peut conserver l'apparence de la santé et n’éprouver aucun trouble fonctionnel: quelquefois cependant on observe de la faiblesse.
De temps en temps l’urine chyleuse peut se teinter de sang; elle prend alors une teinte chocolat au lait et parfois même franchement rouge; on dit qu'il y a hémalochylurie. Certains auteurs pensent que cette hématochylurie serait due à la coexistence de la bilharziose, mais le fait aurait besoin d’une
. démonstration.
Le principal caractère de l’urine chyleuse est de se, coaguler au bout d’une demi-heure. Pour y rechercher les Microfilaires, il faudra donc filtrer l'urine le plus rapidement possible et examiner au microscope les quelques souttes visqueuses qui restent au fond du filtre.
Chez, des individus dont la vessie est malade, la coagulation de l'urine peut se faire dans la vessie même et dans ce cas la maladie débutera par
une rétention d'urine. Quand le caillot gélatiniforme qui est engagé dans
l’urètre ne peut en être expulsé par les efforts de miction, il est facile de le faire progresser et même de l’écraser à travers les parois pour en faciliter l'expulsion.
% Filariose génitale. — Elle débute généralement par des dilatations lymphatiques des régions ganglionnaires de l’aîne. Ces adénolymphocèles constituent des tumeurs indolores, à début lent et insidieux, mettant souvent quatre ou cinq ans pour atteindre le volume d’un œuf. Puis les dilatations variqueuses gagnent les lymphatiques du cordon, des testicules el des bourses. Indolents, donnant aux testicules la sensation de bosselures à fluctuation douteuse, ces hymphangiomes se développent lentement, mais en
J. Guragrt.
LU
| 1 X 11008 | FILA RIOSE.
s’accompagnant parfois de poussées subinflammatoires, le plus souvent à la suite d’un traumatisme ou d’une marche forcée (orchite filarienne). En même temps on sent, sur le trajet du cordon, des tumeurs multiples, extrêmement dures et bosselées, roulant sous le doigt (varicocèle lymphatique). Si une de ces varices lymphatiques vient alors à se rompre dans la vaginale, il en résulte dans celle-ci un écoulement de lymphe (lymphocèle ou hydrocèle chyleuse).. Cette affection ressemble à l’hydrocèle, mais n’en possède pas la translucidité et on peut en retirer par ponetion jusquà 200 grammes d’un liquide, blanc comme du lait, renfermant dés Microfilaires.
9° Filariose cutanée et éléphantiasis. — Elle débute généralement par des varices Iymphatiques cutanées qui constituent des cordons dépressibles faisant saillie à la sur-
des bras. Souvent elles sont permanentes, mais parfois aussi elles peuvent disparaître au bout de quelques heures pour reparaître ensuite. Dans ce dernier cas, 1l semble bien quil y ait irrilalion et engorgement momentanés dus à la présence de Filaires adultes dans les lymphatiques.
en cas d’obstruction profonde; il est au contraire limpide en cas d’obstructon superficielle. Nous avons déjà
Fig. 8. — Lymphoscrotum d’origine fila- vu que dans ce dernier cas les varienne; d’après Murray.
et laisser leur contenu s'écouler au dehors. Il en résulte une lymphorragie, dont l’épanchement peut varier dans les 24 heures depuis quelques grammes jusqu'à plusieurs centaines
de grammes. Dans un cas même, Manson put recueillir plusieurs litres de.
lymphe en un seul jour. Cet écoulement. de lymphe peut se produire en un point quelconque des Léguments (lymphorragie cutanée), mais le plus souvent (fig. 8), il se produit au niveau du scrotum (lymphoscrotum). En raison de Finfection facile de la région (lymphangite fébrile, abcès filarien). ce lymphoscrotum consliluera presque toujours la première mamfestation de l’éléphantiasis du serotum. Et
L’engorgement des Iymphatiques périphériques ne présente par lui-même aucune gravilé, mais 1l expose malheureusement le malade à de graves complications infectieuses. Quelquefois, c’est un abcès qui se produit au niveau de l’obstruction parasitaire; quand il est superticiel il s’ouvre dehors
et guérit sans difficulté, mais lorsqu'il est profond, il peut produire des
troubles septiques graves pouvant entraîner lintervention chirurgicale, Le
face de l’abdomen, des jambes ou
|. Le contenu des varices est chyleux
ricès Iymphatiques peuventse rompre
de V6, 2
- s'observent très rarement dans le sang
cutanée cesse alors, mais les parties en-
SYMPTOMATOLOGIE. Fasc. V. — 299) |
plus souvent les varices lymphatiques se compliquent de poussées de lymphangite à répétition. Les varices deviennent turgescentes, douloureuses et la peau rougit au voisinage; bientôt même toute la peau de la région malade prend une teinte érysipélateuse, et, après un frisson violent et prolongé, une forte fièvre ne tarde pas à s'établir. L'accès de fièvre peut durer plusieurs jours et s'accompagne de violents maux de tête, de perte de l'appétit, de vomissements, quelquefois de délire. Elle se termine généralement par des sueurs profuses. L'inflammation
flammées restent épaissies d’une manière permanente. On comprend dès lors qu’à la suite d’un certain nombre de rechutes, puisse se produire un gonflement considérable, qui se traduira finalement par l'éléphantiasis. Cette Iymphangite fébrile a reçu les noms de lymphangite endémique des pays chauds, de lymphangite filarienne ou de fièvre éléphantiasique.
D'après les recherches de Le Dantec, d'Achalme et de Sabouraud, il semble bien que le Streptocoque pyogène soil l'agent principal de ces infections. Toutefois 1l faut mentionner également un Diplocoque décrit par Le Dantec et par Dufougère et connu actuellement sous le nom de Dermolymphocoque. | Bien que la filariose et l’éléphantiasis aient la même distribution géographique et coexistent souvent chez un même individu, certains auteurs prétendent que l'éléphantasis n'est nullement de nature filarienne, parce que les Microfilaires
des malades. D’autres l’expliquent en Fig. 9. — Eléphantiasis de la jambe; ; : d’après Godard.
disant que la lymphangite, survenant chez un filarien, a pour résultat de tuer les Filaires et leurs embryons, dont les cadavres se calcifient dans les lymphatiques en contribuant ainsi à leur oblitération. Dans 95 pour 100 des cas, l’éléphantiasis siège au niveau de la jambe,
portant sur une ou plusieurs sections du membre. Souvent la jambe, consi-
dérablement hypertrophiée (fig. 9), prend une forme plus ou moins eylindrique, qui l’a fait comparer à un pied d’éléphant, d’où le nom qui a été donné à la maladie. La circonférence de la jambe peut atteindre 75 centimètres.
Quand c’est le scrotum qui est atteint, les bourses augmentent peu à peu de volume, et la tuméfaction envahissant graduellement le fourreau de la
J. GurART.
re
sil | FILARIOSE.
verge, au bout de quelque temps le scrotum el la verge ne constituent plus qu'une énorme tumeur arrondie (fig. 10), ressemblant plus ou moins à une citrouille et sur laquelle on distingue avec peine un orifice, par où s'échappe l’urine. Il n’est pas rare, dans les bazars de l'Inde, de voir accroupis par
Fig. 10. — Éléphantiasis du seroltum; d’après Godard.
terre des individus atteints d’éléphantiasis du scrotum, qui se servent de leur tumeur comme d’un pupitre où d’une table servant à leurs occupations habituelles. De même, dans certaines villes d'Extrême-Orient, il arrive de
= voir certains malades déambuler par les rues en portant leur scrotum sur
une brouette ou sur une sorte de civière. Ces tumeurs pèsent communément 15 ou 20 livres, et il nest pas rare d'en rencontrer pesant 40 ou 50 livres. On cite un éléphantiasis du scrotum, qui atteignait le poids de
di
TRAITEMENT. FascoV el b: Eh4
105 kilogrammes, encore la tumeur avait-elle été pesée après la sortie du sang et de la lymphe.
On à vu la grande lèvre d’une femme atteindre une longueur de 33 centimètres et une circonférence de 80 centimètres; la lumeur descendait jusqu'aux genoux el pesait 6 kilogrammes. Enfin on a vu des seins éléphanliasiques descendre jusqu'au pubis, voire même jusqu'aux genoux et peser jusqu’à 10 kilogrammes.
Traitement. — Daus la plupart des cas, on devra se borner à faire venir le malade en Europe ou dans tout autre pays où la filariose n'existe pas et à soutenir son état général par une alimentation convenable, par l’hygiène
Fig. 11. — Éléphantiasis de la jambe. Fig. 12. — Le même malade après simple
(D'après Castellani.) traitement par la fibrolysine et la com- : pression, sans la moindre opération chirurgicale. (D’après Casteilani.)
et par l’hydrothérapie. S'il survient de la lymphangite on fera le traitement
de l’érésipèle par les compresses et les pulvérisations antiseptiques et au besoin on fera des injections de sérum antistreptococcique. Dans les cas d’éléphantiasis confirmé des membres, Castellant à obtenu de bons résultats par les injections hypodermiques de fibrolysine combinées avec la compression et le massage (fig. 11 et 12). On peut en plus exciser les masses exubérantes de peau sous forme de lambeaux allongés. Dans le cas d’éléphan-
-Liasis du scrotum, on extirpera la tumeur, en respectant les testicules et le
pénis; les lambeaux devront être taillés dans la peau saine, et on prendra au besoin la peau des cuisses pour reconstituer le scrotum; des greffes cutanées seront souvent nécessaires, et cependant, malgré limportance des plaies, on pourra avec une antisepsie sérieuse, reconstituer des organes parfaitement présentables et pouvant même recouvrer leurs fonctions. L'éléphantiasis des seins ou des grandes lèvres sera traité par l’extirpatlion pure el simple.
Enfin il est un traitement qui mérite une mention spéciale, c'est celui de
J: GUIART
2352 FILARIOSE.
: Dubruel. Cet auteur convaincu de l’origine streptococcique de l’éléphan-
liasis a essayé de traiter les malades par le perchlorure de fer, médicament préconisé, par les accoucheurs anglais dans l'infection puerpérale. Le perchlorure de fer est prescrit à la dose journalière de 60 à 100 gouttes, administrées dans l'intervalle des repas par prises de 20 gouttes diluées dans un peu d’eau. Dans les accès de lymphangite aiguë, la médication diminue la gravité et la durée des crises. Si on continue l'administration du médicament les accès ne se reproduisent plus. Même dans l’éléphantiasis chronique la médication peut donner d'excellents résultats et faire disparaître presque complètement la lésion, à condition toutefois que la maladie soit encore en cours d'évolution, c'est-à-dire qu'il se produise de temps en temps des accès de lymphangite. Mais dès que toute espèce d’inflammation s’est éteinte, la médication est sans action sur les tissus définitivement sclérosés et il faut dès lors recourir au traitement chirurgical.
Prophylaxie. — Nous avons montré tout à l'heure que la filariose est transmise par les Moustiques. Toutes les mesures culicifuges usitées contre le paludisme et la fièvre jaune (voir ces maladies) lui seront donc apphcables. IT faudra en un mot détruire les Moustiques et se protéger contre leurs piqûres.
D'autre part, étant donné que les Moustiques s’infestent sur les malades, il est évident que les individus atteints de filariose constituent un danger pour leur voisinage. Par conséquent toutes les fois que ce sera possible on s'efforcera de les faire coucher sous des moustiquaires ou dans des maisons protégées contre les Moustiques. |
STRONGYLOSE
Par J. GUIART
Professeur à {a Faculté de Médecine de Lyon.
On doit comprendre sous ce terme toutes les affections produites par des Helminthes appartenant à la famille des Strongles. Mais comme ceux-ci constituent à l'heure actuelle une famille immense, pour ne pas sortir du
Fig. 1. — Rein de chien renfermant une femelle de Strongle géant; grandeur naturelle; d’après Railliet.
cadre qui nous a été tracé, nous étudierons simplement la strongylose
rénale.
Strongylose rénale. — Cette forme de strongylose a pour agent le plus
grand Nématode parasite de l’homme, l’Eustrongylus renalis (Gæze-1782),
connu communément sous le nom de Strongle géant.
Ce Nématode est le représentant de la famille des Eustrongylidées. La femelle (fig. 1) est longue en général de 40 centimètres à 1 mètre sur 1 centimètre de diamètre environ; le mâle a des dimensions moitié moindres. Ce parasite présente une coloration rouge vif, due à une
J. Gurarr.
FQUES + déve 1e
254 STRONGYLOSE.
‘substance voisine de l’oxyhémoglobine, qui se retrouve aussi bien dans la cuticule que dans le liquide de la cavité viscérale; 1l est du reste probable que cette coloration tient à l’absorption du sang, car, dans un cas, le Ver, noyé dans un liquide purulent, était resté incolore. L’extrémité antérieure, arrondie, est percée d’une bouche hexagonale, entourée de six papilles. Le long des champs latéraux, la cuticule porte également de chaque côté du corps une série longitudinale d'environ 150 papilles. La vulve est située. ventralement, à à ou 7 centimètres de la bouche. L’extrémité postérieure de la femelle est obtuse et présente un anus terminal en croissant. Le mâle présente au contraire une bourse copulatrice avec un spicule.
Les œufs (fig. 2) sont ellipsoïdes, un peu amincis vers les pôles et mesurent 65 à 70 & de RSR sur 40 à 45 de largeur. La coque est chitineuse, épaisse et de couleur brune, sauf aux deux extrémités, où elle reste incolore, comme chez le Trichocéphale. Mais ici la surface est criblée de petits pertuis, tranchant en clair sur la teinte brune | générale et dont chacun est entouré d'une assez large bordure; ces pertuis ne sont autre chose que l’embouchure de petits canaux en entonnoirs, qui traversent la coque de part en part, en respectant toutefois la membrane vitelline. Cet œuf est entraîné au dehors avec l'urine.
Fig. 2. — OEuf de Strongle géant : À, vu à , extérieurement; B, le même vu en coupe APE Sn pas RADEON Fe déreleppe optique; x 600; d’après Balbiani. à son intérieur. Les infestations
expérimentales ayant échoué, on ignore complètement l’étiologie du parasite. Toutefois il existe presque certainement un hôte intermédiaire, et certains auteurs pensent que cé. serait un poisson.
Le Strongle géant est répandu un peu partout et vit ordinairement je le chien. Chez l’homme, c’est un parasite très rare. La littérature médicale en renferme bien un nombre considérable d'observations, mais en réalité il: s’agit presque toujours d'Ascarides erratiques, et les cas authentiques se réduisent à une dizaine. Le parasite occupe d’abord le bassinét, mais il détruit peu à peu tout le parenchyme du rein, et souvent les tuniques d'enveloppe persistent seules, formant ainsi une sorte de kyste renfermant l'animal (fig. 1). Celui-ci peut s'engager dans l’uretère, passer dans la vessie et être expulsé au dehors par l’urètre; il inflige dans ce cas au malade de vives souffrances, en raison de sa grosseur et de l’étroitesse des vais-: seaux qu'il parcourt. Il peut, il est vrai, rompre ces vaisseaux et tomber dans la cavité péritonéale, d’où il peut gagner le foie ou quelque autre organe. C’est done un parasite extrêmement dangereux.
Le diagnostic de la strongylose rénale ne peut être fait que par la découverte des œufs dans les urines, en général sanguinolentes ou purulentes.
STRONGYLOSE RÉNALE. Fasc. V: — 955
Le seul traitement sera l’extirpation du rein malade. On aura soin de ne pas confondre le Strongle géant avec les longs cylindres fibrineux, qui sont expulsés par l’urètre dans certains cas de tuberculose ou de cancer du rein et dont plusieurs cas existent dans notre collection personnelle (Musée de Parasitologie de la Faculté de Médecine de Lyon) et dans celle du professeur R. Blanchard (Collections du laboratoire de Parasitologie de la Faculté de Médecine de Paris).
J. GuraRT.
DISTOMATOSE
Par J. GUIART
Professeur à la Faculté de Médecine de Lyon.
On désigne sous ce nom les états pathologiques provoqués par la présence dans l'organisme humain de certains Vers Trématodes, connus communément sous le nom de Douves et appartenant pour la plupart à l’ancien genre Distomum. Cette étude demanderait d'assez longs développèments, mais étant donné le peu de place dont nous disposons, nous ne donnerons ici qu'un court résumé de la question, renvoyant pour plus de détails aux ouvrages spéciaux (!). |
Les Douves sont des Vers aplatis ayant le plus souvent la forme d’une feuille et présentant deux ventouses : une antérieure, qui entoure la bouche, et une autre ventrale ou postérieure, qui sert à la fixation. Les Douves subissent dans l’eau un développement assez compliqué (?) et dans la plupart des cas l’infestation se fait par l’ingestion d’eau: contaminée provenant de mares, de plantes aquatiques telles que le cresson, ou bien par l'ingestion de certains animaux aquatiques (mollusques et poissons). Il semble cependant que dans certains cas (bilharziose) l'infestalion puisse se produire en se baignant simplement dans des eaux contaminées.
DISTOMATOSE HÉPATIQUE
La plupart des Douves vivent dans le foie; c’est donc cette forme de distomatose que nous prendrons ,comme type. Dans nos pays elle est très commune chez le bœuf et chez le mouton, dans le foie desquels la Fasciola hepatica (fig. #4, 3) et le Dicrocælium lanceatum (fig. #4, 5) sont d’observalion courante. Chez l'homme, au contraire, la présence de Douves est tout à fait exceptionnelle. Il est vrai que l'attention des médecins n’est pas attirée sur ces parasites, et qu'il ne leur arrive guère de songer aux Douves en présence d’un malade atteint d'une affection du foie. Le fait est du reste regrettable, car nous sommes persuadés que la distomatose hépatique est beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense et depuis longtemps nous avons attiré sur ce point l’attention des médecins : on la diagnostiquera quand on prendra l'habitude d'examiner au microscope les matières fécales des malades atteints de troubles hépatiques. Il en sera comme de la sporotri. chose et de l’actinomycose, qu'on croyait rares el qu’on rencontre aujourd'hui partout où on les cherche.
1. J. GurarT. Précis de Parasitologie. Paris, 1921, p. 225 à 262.
2. J. GuiarT. Biologie et rôle pathogène des parasites animaux. Nouveau Traité de Pathologie générale de Boucnarp et RoGER, Paris, 1914, t. IT, p. 872-874.
TC
DISTOMATOSE HÉPATIQUE. Fasc. V. — 937
si
Dans d’autres pays, au contraire, la distomatose hépatique s’observe couramment chez l’homme; c'est ainsi que lOpisthorchis felineus (fig. 4,7) est très commun en Sibérie et que PO. sinensis (fig. 4, 8) produit en Extrême-Orient une affection tellement grave et fréquente, qu'on peut le considérer comme un véritable fléau. ,
Anatomie pathologique.— Les Douves vivent dans les canaux biliaires du foie, où elles peuvent pénétrer dans des conduits d’un très petit diamètre en senroulant ou en se repliant sur elles-mêmes. Elles se meuvent dans ces conduits en se servant de leur extrémité antérieure comme d’un
Fig. 1. — Coupe de foie de mouton douvé montrant une grande Douve (Fasciola hepatica) dans un canalicule biliaire dilaté et à paroi sclérosée; noter le revêtement -épineux de la cuticule du parasite et l’obstruction complète du canalicule biliaire. Microphotographie originale.
véritable appareil dilatateur et en se fixant progressivement par leurs ventouses; certaines espèces sont de plus ancrées dans la paroi par le revètement épineux de leur cuticule (fig. 1). Les Douves obstruent de la sorte les canaux biliaires et l’obstruction est d'autant plus complète qu'elles sont plus grosses, plus nombreuses et remontent plus avant. Il en résulte
une stase de la bile et par suite une dilatation des canaux biliaires. En
même temps l’épithélium, vivement irrilé; prolifère, en provoquant un développement soûvent assez considérable de canalicules de néoformation (fig. 2). Le issu conjonclif environnant proliférant à son tour (fig. 1), il en résulte des îlots de sclérose autour des canaux parasités, d’où une cirrhose hypertrophique du foie. Le tissu hépatique enserré de toutes parts au milieu de ces noyaux de sclérose ne larde pas à dégénérer, d’où une atrophie fibreuse du foie, qui s’observera à la période ultime de la maladie. Dans
J. GUIART
- 258 > DISTOMATOSE,
les tissus qui entourent les canalicules parasités existe une éosinophilie locale, souvent très intense. |
Symptomatologie. — Quand il n'existe que quelques individus, la présence du parasite peut passer facilement inaperçue. C’est le cas le plus fréquent dans nos pays. Mais 1l n’en est pas de même en Sibérie, au Tonkin, en Chine et au Japon, où les malades, soumis probablement à des causes continues d'infection, peuvent héberger des milliers de parasites. Il
en résulte forcément une anémie grave due aux pertes continues de sang, :
des troubles de la digestion et de l'absorption dus à l’arrêt de la bile et
Fig. 2. — Coupe du foie humain (Annamite) montrant une petite Douve (Opisthorchis sinensis) dans un Canalicule biliaire dilaté; noter le nombre considérable des cana-
licules de néoformation, dont l’ensemble constitue un véritable adénome. Micro-
photographie originale.
enfin de l’ascite déterminée par la stase sanguine résultant de la compres.
sion des branches de la veine porte par les noyaux de cirrhose.
En général les malades se plaignent tout d’abord de troubles gastro-
intestinaux variés, tels que : boulimie, alternative de constipation et de diarrhée, douleur et pesanteur dans l’épigastre et l’hypocondre droit. On ne tarde pas à reconnaître à la palpation et à la percussion une hypertrophie plus ou moins intense du foie et sa sensibilité à la pression; bientôt apparaissent généralement des.coliques hépatiques et de l’ictère en même temps que s’élablit une fièvre rémittente (à rémittences matinales) non
influencée par la quinine. En Chine lhémoglobinurie est fréquente (Nogué) et on peut avoir tous les symptômes d’une fièvre bilieuse hémoglobinu- .
rique grave. Dans quelques cas le malade peut mourir cachectique (Taylor) ou du fait d’une maladie intercurrente. Mais dans un grand nombre de cas
les.sujets porteurs de Douves peuvent n’épreuver aucun trouble ou que des
DISTOMATOSE HÉPATIQUE. Fasc. V. — 939
troubles insignifiants. La distomatose hépatique n’en est pas moins une des affections les plus graves d'Extrême-Orient.
Distomatose hépatique autochtone. — Dans nos pays c’est presque toujours la Grande Douve (Fasciola hepatica) qui est en cause et la constalation du parasite fut presque toujours une découverte d’autopsie. Sur une cinquantaine de cas publiés, cinq seulement furent diagnostiqués pendant la vie du malade : trois fois à la suite de l'expulsion de Douves et deux fois à la suite de la découverte des œufs par l'examen microscopique des matières fécales (‘). La seule observation vraiment complète a été publiée en Angleterre par Gordon Ward, en 1911 (°).
Au cours de cette guerre nous avons eu également la chance de pouvoir observer un deuxième cas, encore inédit, avec œufs dans les matières fécales et que nous avons étudié successivement avec les docteurs Champy et Savy. |
De ces deux cas il résulte que le malade présente en général l'aspect extérieur d’un homme bien portant; 1l a simplement la peau sèche, les muqueuses légèrement décolorées et se plaint surtout de douleurs au côté droit et d’une paresse progressive au travail; 1l reste facilement au lit. L'examen clinique montre une exagération du pouls et un peu de température vespérale. L'examen du sang indique une légère hypoglobulie ne dépassant guère 4000 000 de globules rouges par millimètre cube de sang (4430 000 dans le cas de Ward et 3 800000 dans notre cas personnel) avec une Hyperleucocytose plus ou moins prononcée (16950 dans le cas de Ward et 8100 dans le nôtre) portant surtout sur les éosinophiles. En effet le premier examen, dans le cas de Ward, donna un pourcentage de 37,2 pour 100 d’éosinophiles et dans le nôtre de 10,5 pour 100. Bref le malade a tous les symptômes d’une toxhémie. Ce fait n’a pas leu de nous étonner, car les recherches de Taufflieb, faites dans notre laboratoire de 1915 à 1914, ont montré qu'on peut provoquer expérimentalement l’éosinophilie chez le cobaye en lui injectant des extraits de Douves(5); ce sont les toxines du parasite, absorbées et passées dans le sang, qui provoquent l’éosinophilie et le leucocyte éosinophile est en somme spécialisé dans la lutte contre les toxines, qu’il absorbe et détruit.
L’éosinophilie sanguine devra donc mettre sur la voie du diagnostic, que viendra confirmer la découverte d'œufs à clapet (fig. 3) dans les matières
1. C’est Perroncito qui le premier, en ‘1881, signala l'existence d'œufs de Douves dans les matières fécales de certains ouvriers travaillant au tunnel du Saint-Gothard; ces œufs coexistaient avec ceux de l’Ankylostome et le tableau clinique était celui de l'anémie pernicieuse des mineurs. C’est à l'espagnol Sagarra que revient le mérite d’avoir, en 1890, fait le premier diagnostic de distomatose hépatique par la recherche des œufs dans les matières fécales.
2. Gonpon Warp. Hepatic distomiasis (sheep rot) in man. Brit. med. Journ., p. 931, 22 avril 191F. ;
5. R. TaurrLies. Distomatose à Fasciola hepatica chez l’homme et chez l’animal. Quelques propriétés des extraits de Distomes; leur rôle dans l’éosinophilie. 7hèse de Lyon, 51 juillet 1916. L'auteur démontre, en particulier, le fait intéressant que les toxines contenues dans les extraits sont facilement détruites par la chaleur (10 minutes à 50°) ou par certains antiseptiques (addition d’un cristal de thymol ou de quelques gouttes d'acide phénique).
J. GUIART
240 DISTOMATOSE.
fécales (!). Toutefois nous insislerons sur ce fail que l'examen microscopique pourra être négalif, si on n’a pas la précaution de faire prendre au malade un peu de calomel pendant les deux ou trois jours précédents. C’est ainsi que, dans le cas observé par nous, un chef de laboratoire nous avait affirmé que le malade ne présentait pas d'œufs; nous lui fimes prendre un peu de calomel et ses selles présentaient, dès le lendemain, une moyenne de 5 à 4 œufs par préparation. De plus, toutes les fois que l'examen microscopique redevint négatif, le calomel fit réapparaître lesœuts?#
Traitement. — La distomatose hépatique est une affection vraisemblablement très longue et-qui paraît avoir peu de tendance à guérir d'elle-même. Le thymol nous à donné de meilleurs résultats que la fougère mâle. On y joindra lemploi du calomel et le traitement symptomatique:
Hate OM te Doure PAOn donnera du fer et de l’arsenic contre
observé dans les matières fé l’anémie et on soutiendra les forces du ma-
cales de notre malade.et des- ]ade en attendant la mort ou l'énkystement siné à la chambre claire ; x 450. : =
Original. | des parasites. On devra naturellement le
soustraire ‘aux causes d'infection en veillant à la pureté de l’eau de boisson et en lui défendant les salades et le cresson. |
DISTOMATOSE INTESTINALE
Il semble que dans la plupart des cas la distomatose intestinale ne soit qu'un épiphénomène et que les Douves du foie puissent parfaitement vivre dans l'intestin. Cependant il existe un certain nombre de Douves, qui n'ont jamais été rencontrées que dans lintestin et qui seraient assez fréquentes dans certains pays. Le Fasciolopsis Buski (fig. 4, 1), que l'on considérait autrefois, comme étant très rare chez l’homme, serait au contraire très répandu en Indo-Chine (chez 12 pour 100 des individus d’après Th. Barrois et Noc) et existerait aussi en Chine, aux Indes et jusqu'au -
1. On devra distinguer l'œuf de la Grande Douve (Fasciola hepatica) d'avec celui de la Petite Douve (Dicrocælium lanceatum) et celui du Bothriocéphale (Dibothriocephalus latus). Pour cela il sera nécessaire de les mesurer. Celui de la Grande Douve, de couleur brun jaunâtre clair, mesure de 130 à 160 & de longueur sur 70 à 90 w de largeur; il est donc de très grande taille. Celui de la Petite Douve, de couleur brun foncé, est trois à quatre fois plus petit et mesure:de 40 à 45 y de long sur 95 à 50 w de large. Enfin celui du Bothriocéphale, de couleur légèrement brunâtre, présente une coque beaucoup plus mince que les précédents et une dimension intermédiaire : 70 y de longueur sur 45 y de largeur.
DISTOMATOSE INTESTINALE. Fasc. V. — 21
Natal. L'Echinostonum ülocanum (fig. 4, 4) le remplace aux Philippines et en Malaisie. En Egypte c'est l’Heterophyes heterophyes (fig. 4, 10), qui se rencontre avec fréquence dans l'intestin de l'homme. Enfin nous signalerons deux Amphistomes : le Gastrodiscus hominis (fig. 4, 42) en Cochinchine et dans l'Inde et le Cladorchis Watson (fig. 4, 44) de la Nigeria, qui semblent assez fréquents et comptent parmi les formes les plus pathogènes.
Symptomatologie. — Les symptômes produits par les Douves inteslinales sont essentiellement variables. Il semble bien que certaines Douves particulièrement petites, comme lAeterophyes heterophyes, puissent être
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Fig. 4. — Principales Douves pouvant s'attaquer à l’homme, grandeur naturelle : 4, Fasciolopsis Buski; 2, Fasciola gigantea: 3, F. hepatica; 4, Echinostomum ilocanum : 5, Dicrocælium lanceatum: 6, Opisthorchis noverca; T, O0. felineus; 8, O. sinénsis: 9, Paragonimus Westermanni: 10, Heterophyes heterophyes; 11, Cladorchis Watsoni: 12, Gastrodiscus hominis ; 15, Schistosomum hæmatobium. Original.
inoffensives. Mais dans la plupart des cas on observera une diarrhée intense, capable par elle-même d'entraîner la mort ou pouvant se compléter d’une infection secondaire (appendicite, fièvre typhoïde, choléra). C'est qu'en effet les Douves intestinales peuvent avoir la même action pathogène que les Nématodes de l'intestin. Comme eux ce sont des parasites qui se nourrissent de sang et qui produisent, au niveau de la muqueuse intlestinale, des plaies, qui peuvent ouvrir la porte à l'infection. Celle-ci semble se produire plus facilement avec les Amphistomes. Mais même quand linfection ne se produit pas, ce qui semble être le cas normal, il existe presque loujours une violente irritation de la muqueuse, d'où une diarrhée intense avec selles parfois striées de sang. |
Diagnostic. — Le diagnostic sera facile quand les Douves seront expulsées hors de l'intestin, mais 1l sera également possible de rechercher les œufs par un examen microscopique des matières fécales.
J. GUIART