BACTÉRIOLOGIE
Le bacille de Ducrey est un bacille court, de 0 x 50 de largeur sur 1 u DÙ
à 2 y de longueur, à extrémités arrondies, parfois un peu élranglé à sa par-
lie moyenne. Il se colore bien par les couleurs d’aniline, mais se décolore par la méthode de Gram; 1l prend plus fortement la coloration par ses extrémités, le centre restant quelquefois clair, ce qui lui donne un aspect en navette. Les bacilles sont surtout abondants à la périphérie de lulcéralion chancrelleuse, sous le bord décollé qui la limite. C’est en ce point qu'il faut prélever un peu de pus pour les rechercher au microscope. Le frottis sur lame devra être fait avec précaution pour ne pas détruire le sroupement caractéristique des bacilles; on colorera avec une couleur d’aniline quelconque, de préférence avec le mélange suivant, recommandé par Pick et Jacobsohn (Queyrat), et qu'on laissera agir pendant 10 minutes :
Solution de’fuchsinetde ZiehE ere X goultes.
Solution‘de bleu de méthylène 19 RCE SE Eau /distillées., 7 ans MUR SR TN DR ER ES
Les bacilles sont quelquefois englôbés dans les cellules de pus; le plus souvent ils sont libres, tantôt disséminés, tantôt formant des chaînettes isolées, tantôt groupés en un faisceau de chaïînettes de 3 à 5 et 10 éléments, réunies à l’une de leurs extrémités, s’écartant en éventail à l’autre extrémilé:; ce dernier aspect est tout à fait caractéristique.
Le bacille de Ducrey est donc un sfreplo-bacille. Dans certains cas cependant il se présente sous la forme coccienne (Queyrat). À la surface du chancre, il est d'ordinaire associé aux divers saprophytes de la peau: Dans les Lissus les bacilles sont disposés en faisceaux de longues chaînettes qui s’enfoncent profondément entre les fibres du tissu conjonctif et les cellules.
Le bacille de Ducrey ne se développe pas sur les milieux ordinaires. Lenglel a réussi à le cultiver en utilisant les produits de digestion des
1. Cu. Mauriac. Rareté actuelle du chancre simple. Paris, Delahaye, 1865.
BACTÉRIOLOGIE. Hasc: Vi
éléments proléiques de la peau humaine par des ferments solubles. Mais c’est Bezançon, Griffon et Le Sourd qui ont fait entrer la culture du bacille du chancre simple dans la pratique bactériologique, en employant le sang de lapin gélosé, ou le sérum de lapin non coagulé. Le bacille est aérobie et pousse à +57. Au bout de 24 heures, on obtient, sur la gélose au sang, « des colonies arrondies, saillantes, brillantes qui atteignent leur complet développement en 48 heures el sont alors opaques grisâtres, larges de 1 à 2 millimètres »; les colonies ne sont pas adhérentes à la gélose, mais olissent à sa surface sans se laisser dissocier; la culture est abondante aussi dans le liquide de condensation. Les repiquages donnent des colonies plus nombreuses encore, mais Jamais confluentes, sans que le bacille perde sa virulence. Il conserve sa vitalité pendant 3 semaines. Sur les milieux liquides (sérum de lapin), il se produit un trouble léger avec quelques flocons; la cullure est moins riche, el la vitalité du microbe moins longue. Dans les colonies développées sur gélose au sang, les bacilles sont isolés ou groupés en amas ou en courtes chaînettes; dans les milieux liquides, ils sont grèles, el forment de très longues chaînettes enchevêtrées. L’inoculation à l’homme de ces cultures à reproduit des chancres simples typiques.
Le pus chancrelleux conserve longtemps sa virulence à lPabri de air (17 jours, Ricord); il la garde Poe également bien dans l'urine, le mucus vaginal, l’eau. Elle est détruite par la dessiccation à la température ordinaire en 24 à 56 heures, par le chauffage à + 42° en 1 heure (Aubert): elle résiste au refroidissement à ——16° (Jullien); les antiseptiques faibles, les bases, et les acides la font disparaitre.
Les animaux de laboratoire sont réfractaires à linoculalion du chancre simple. Ch. Nicolle à réussi le premier à le reproduire chez le singe, par inoculation de pus humain, el aussi à faire des passages de singe à singe. Thibierge, Ravaut et Le Sourd(!) ont répété ces expériences, el montré que le point d'élection pour ces inoculations est le bord de la paupière. Gravagna (?) a obtenu aussi des chancrelles chez le singe et le lapin. Il faut noter que le singe n’est pas indéfiniment réinoculable en un même point; mais peut-être celle immunité locale n'est-elle qu'apparente, el due seulement à la sclérose cicatricielle de la paupière trop souvent imoculée.
1, THIBIERGE, RavauT et'LE Sourp. Chancre simple expérimental de la paupière chez le singe. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des Hôpitaux de Paris, 2 juin 1905, t. XXII, : p. 472.
2. GRAVAGXA. Culture du bacille du chantre mou. Giornale ilal. delle mualattie veneree e della pelb, 1907, VI, p. 637.
R. DEMANCHE.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE ('
Le chancre simple est caractérisé par une ulcération destructive-de lépiderme qui est sectionné, de la couche papillaire et de la partie superficielle du derme, à la différence du chancre induré dans lequel le corps papillaire n’est pour ainsi dire jamais détruit (Cornil).
La lésion iniliale consiste dans une infiltration de cellules de pus, disposées en trainées qui traversent le derme et forment sous l’épiderme une vésico-pustule très riche en strepto-bacilles. Tout autour lépiderme est envahi par les cellules migratrices et prolifère. Les vaisseaux sanguins sont dilatés. Il se forme ainsi un nodule plasmatique pénétrant jusqu’à l'hypoderme. ;
Plus tard, l'épiderme se détache, laissant une ulcération à bords coupés net et décollés. Le fond, lapissé par une couche de pus riche en streptobacilles et recouverte elle-même par des détritus granuleux, est raviné par de nombreux sillons remplis de leucocytes morts et de chaînettes de bacilles ; il est constitué par un infiltrat très dense de cellules plasmatiques qui se continue dans les parties sous-jacentes du derme, en dissociant sa trame conjonclivo-élastique; celle-ci se mortifie et s’élimine, le processus ulcératif résultant d’une sorte de digestion des tissus par lé parasite. Les vaisseaux sanguins, très dilatés, présentent des lésions d’endo-péri-vascularite intense, qui expliquent leur grande fragilité. Les Iymphatiques sont aussi dilatés.
SYMPTOMATOLOGIE
Le chancre simple n’a pour ainsi dire pas d’incubation; quoique, en général, ce ne soit que le 4 ou 5° jour après le coït infectant qu'il se manifeste par une plaie capable d'attirer l'attention du malade, la réaction dermique locale commence en réalité dès le moment de l’inoculation. C’est sur les inoculations expérimentales que l’on peut en suivre le mieux les premiers stades. Au bout de 24 heures, apparaît autour de la piqûre une petite tache érythémateuse; dès le 2e jour l’épiderme se soulève; puis il se forme une vésico-pustule, et le 5° ou le # jour lulcération est constituée avec son aspect caractéristique; elle ne fait ensuite que s'étendre en surface.
C'est une wlcération arrondie ou ovalaire, de forme assez régulière, de dimensions variables, atteignant rapidement la taille d’une lentille. Les bords sont sinueux, nettement faillés à pic, et décollés; c’est là un caractère essentiel de lulcération chancrelleuse; tantôt ce décollement est directement visible quand on étale le chancre et qu'on cherche à éverser ses bords; tantôt 1l faut le rechercher en introduisant sous lé bord un stylet ou une spatule de platine. La peau ainsi entaillée est enflammée autour de la plaie et plus ou moins rouge; elle est parfois soulevée par des fusées purulentes. Le fond, constitué par le derme mis à nu, est plan: il est irrégulier,
1. UNxA. Loc. cut. — Corxiz. Lef£ons sur la syphilis. Paris, 1879.
SYMPTOMATOLOGIE. FSC Ve
anfractueux, vermoulu, traversé par des sillons qui s’entre-croisent, comme s'il avait été soulevé par le cheminement de vermisseaux; il est de coloraion gris jaunâtre, recouvert par une couche plus ou moins épaisse de pus homogène, facile à étaler, quelquefois desséché en croûtes jaunîtres ; il saigne facilement par la pression ou par le raclage sous forme de petites hémorragies punctiformes. Le plus souvent, maisnonconstamment, la base en est souple, et on peut facilement leéplhersentre deux doigts de manière à superposer ses bords:
tout au plus estal le siège d’une inflammalion œdémateuse qui lui donne une consistance pâleuse; mais il arrive souvent qu'il soit induré artificiellement par des applications irritantes : nitrate d’argent, chlorure de zinc, calomel, teinture d'iode, eau blanche:
dans le sillon balanoprépulal, il peut présenter une certaine induration naturelle.
Cette exploration provoque d’assez vives douleurs, réveillées par la pression, le moindre contact, le passage de
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