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AMANDES AMÈRES

Les amandes amères sont les semences de YAmygdalns communis. Elles contiennent les mômes principes que les amandes douces , et en outre une matière cristalline appelée amygdaline et une résine jaune ficre. Elles ont été étudiées successivement par M.Vogel, par M. Robiquet, par MM. Robiquet et Boutron, et par MM. Woehler et Liébig.

On a compté au nombre des principes constituans des amandes amères , l'acide prussique et une huile volatile ; mais

ces deux principes ne préexistent pas dans la graine. Aussi , quand on exprime les amendes amères pulvérisées, surtout lorsqu'elles sont un peu anciennes et par conséquent bien sèches, on n'oblienl que de l'huile douce, résultat qui ne saurait avoir lieu si les amandes contenaient en môme temps de l'huile fixe et de l'huile volatile. M. Planche avait pensé que la chaleur était la principale cause du développement de celle-ci ; mais MM. Henry et Guibourt ont démontré qu'elle ne se produit que sous l'influence de l'humidité.

MM. Robiquet et Boulron ont confirmé ces résultats; en traitant les amandes amères par l'éther et par l'alcool fort, ils n'ont pu séparer d'huile volatile. L'éther mis en contact avec le marc des amandes exprimées ne donne qu'un peu d'huile fixe. L'alcool fort et bouillant laisse déposer quelques cristaux. En le distillant pour réduire la liqueur en sirop et en traitant celui-ci par agitation avec de l'éther, il s'établit peu à peu trois couches. La couche supérieure est une dissolution par l'éther d'une résine jaunâtre , liquide , acre. La couche inférieure est un hquide visqueux qui donne un peu de sucre de consistance de miel. La couche intermédiaire est d'un blanc mat et d'une consistance demi-solide. On la fait égoutter sur une toile fine , et on la traite par l'alcool bouillant. Il se dépose une multitude de petites aiguilles qui , ainsi que les premières , sont de l'amjgdaline.

Ce qui est fort remarquable , c'est qu'aucun de ces produits n'a l'odeur d'amandes amères , et que le marc , mis en contact avec l'eau , après qu'il a été épuisé par l'alcool, ne prend pas non plus l'odeur prussique. On n'a pu obtenir cet acide avec aucun des produits , ou par leur mélange entre eux ou avec le résidu d'amandes. Il y a là un principe fugace qui sert de lien commun et qui n'a pu être saisi.

L'amygdaline est une matière blanche cristalline , dont la saveur, d'abord sucrée , rappelle bientôt celle des amandes amères. Elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool ; elle ne se dissout pas dans l'éther. Elle est formée de carbone , d'oxigène, d'hydrogène et d'azote. Le feu la décompose , mais ne la volatilise pas. Sous l'influence des alcalis caustiques, elle donne de rammoniaque , et par l'acide nitrique eik donne

532 DES mkdicamf.nsnFournis par les végétaux.

de l'acide benzoïque. II paraît qu'elle contribue à la formation de l'huile volatile ; car, quand elle a été séparée des amandes , on ne peut plus développer l'huile essentielle.

L'huile volatile d'amandes amères , après avoir été purifiée, est incolore ; son odeur se rapproche de celle de l'acide hydrocyanique; sa saveur est araèreet brûlante. Elle est extrêmement vénéneuse ; sa densité , quand elle est pure , est de 1,043. Elle ne se décompose pas en passant à travers un tube incandescent.

Exposée à l'air, elle absorbe l'oxigène et se change en acide benzoïque.

Le chlore la change en acide hydrochlorique , et en un corps crislallin particulier qui se transforme , au contact de l'eau , en acide hydrochlorique et en acide benzoïque.

Chauffée avec l'hydrate de potasse , l'huile d'amandes amères donne de l'hydrogène et un benzoale alcalin.

L'acide nitrique la change en acide benzoïque.

Ces diverses réactions s'expliquent bien d'après la composition de l'huile d'amandes amères , qui peut être considérée comme une combinaison binaire de 1 proportion d'hydrogène avec 1 proportion d'un radical composé , que MM. Liébig et Woehler ont nommé Benzoïle, et qui est lui-même formé de carbone ( 14- pp. ), d'hydrogène (5 pp. ) et d'oxigène ( 2 pp. ). L'huile volatile d'amandes amères est un hydrure de benzoïle.

L'huile volatile d'amandes amères est changée en acide benzoïque au contact de l'air; c'est que l'oxigène est absorbé. Il brûle l'hydrogène de l'huile en formant de l'eau, en môme temps qu'il se combine au benzoïle et constitue de l'acide benzoïque ( Bz 1 pp. -|- oxig. 1 pp. )

Le chlore , en agissant sur l'huile , se combine à l'hydrogène et forme de l'acide hydrochlorique en même temps qu'il se combine au benzoïle et le change en chlorure. A son tour, ce chlorure , mis en contact avec l'eau , s'empare de ses deux élémens. L'hydrogène de l'eau et le chlore du chlorure de benzoïle forment de l'acide hydrochlorique , tandis que l'oxigène de l'eau et le benzoïle constituent de l'acide benzoïque.

( Voyez . pour plus de détails , le Mémoire de MM. Woehler et Liébig, Annales de chimie et de physique.

Pour préparer l'huile d'amandes amères, on prend des

tourteaux d'amandes amères récemment exprimés; on les pulvérise ; on y ajoute assez d'eau froide pour en faire une pâte liquide ; on laisse macérer pendant 2ï heures dans la cucurbile d'un alambic; on adapte le chapiteau et le serpentin, et l'on fait arriver au fond de la cucurbite , au moyen d'un tube , la vapeur d'eau produite par une chaudière, et l'on continue h faire passer de la vapeur d'eau tant que le liquide qui passe à la distillation est très -odorant. On reçoit le produit dans le récipient llorentin. Après avoir recueilli tous les produits, on sépare l'huile volatile , on met l'eau distillée dans la cucurbite d'un alambic, et on distille de nouveau. L'huile passe tout entière avec les premiers produits ; ce qui vient ensuite n'en contient que de faibles quantités.

Les premiers produits qui passent lors de la distillation des amandes amères ont une odeur prussique extrêmement vive, et ils paraissent contenir un produit cyanique particulier qui favorise la dissolution de l'huile dans l'eau ; aussi la première eau est-elle limpide , bien que Irès-chargée d'huile essentielle ; les produits qui viennent ensuite sont moins odorans; l'eau est laiteuse , et cependant alors elle est moins chargée d'huile que les premières liqueurs; mais la matière cyanique y est moins abondante.

C'est M. Geiger qui a montré l'utilité de la macération des amandes avant la distillation ; la proportion d'huile qui se forme est alors plus considérable. Ce sont MM. Boutron et Robiquet qui ont fait connaître la nécessité de redisliller les produits de la première opération pour retirer une plus grande quantité d'huile essentielle. L'huile d'amandes amères, obtenue ainsi que nous venons de le dire, a une couleur jaunâtre : elle contient toujours de l'acide prussique, mais on ne sait pas bien sous quel état. Quelques chimistes pensent que cet acide ne se forme qu'à mesure que l'huile se décompose ; en tous cas , la présence de cet acide, ou celle du composé qui lui donne naissance, rend l'huile d'amandes amères médicinale fort différente de l'huile purifiée ( hydrure de benzoïle ). Cette huile non purifiée est un médicament fort énergique dont les propriétés médicales sont analogues à celles de l'acide hydrocyanique , et qui ne doit être employée qu'avec la plus grande circonspection.

Si on >oulait la débarrasser de l'acide prussique , il faudrait l'agiler avec de l'iiydrale de chaux , puis avec une dissolulion de chlorure de fer, et la distiller de nouveau. On la rectifierait par une nouvelle distillation sur de la chaux en poudre; elle serait alors privée complètement d'acide benzoïque , d'acide hydrocyanique et d'eau ( Liébig et Woehler ).

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